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CHAPITRE V

twvè^n^t^titmnmm^t^itmi»

Suite du règne de Jean le Terrible.

Négociations avec rAutriche. — Traité avecleDanemarck.

— Affaires de Crimée. — Négociations et guerre avec Batory. — Action admirable des canonniers moscovites.

— Prise de Polotsk et de Sokol. — Lettre de Kourbsky .

— Concile à Moscou. — Ambassade à l'Empereur et au Roi. -*- Conquête de Yéliki-Louki. — Malheurs de la Russie. — Septième mariage de Jean. — Humiliatioii inouie. — Lettre à Batory et sa réponse. — Ambassade du Pape. — Glorieux siège de Pskof. — Prise de Narva par les Suédois. — Négociations. — Trêve. — Infanticide. — Jean veut fuir le monde. — Médecin Strogonof.

— Entretiens de Jean avec l'ambassadeur de Rome.

i577 — Au milieu àQ& fêtes par lesquelles Jean célë-

' Négocia- ^^^ ^ Moscou SCS couquétes en Livonie , il

rAutriche! paraît que , méprisant Batory et la Suède , il ne

prévoyait pas de grands dangers pour la Russie.

Toutefois il cherchait des alliés ^ et^ en réponse

à une lettre de Rodolphe^ nouvel empereur d' Al-

lemagne^ dans laquelle ce prince lui annonçait ^577 — la mort de Maximilien^ il lui témoigna le désir de conclure avec lui un traité d'amitié et ^e fraternité. Le gentilhomme Kyaschniù tut envoyé à Vienne pour essayer de déterminer l'Empereur à déclarer la guerre à Etienne^ leur ennemi commun ^ afin de partager la Pologne et la Li^ thuanie^ et à prendre ensuite les armes avec toute TEurope contre le Sultan ; idée dominante à cette époque , inspirée aux empereurs par les papes ! Il se trouvait alors' à la cour de Vienne un illustre fugitif, Albert Lasko , voïévode de Sirad, qui entretenait avec Jean de secrètes intelligences. Ce prince rengageait à employer tout son çsprit, tout son zèle pour ranimer la froide et lente politique de l'Autriche. Observons que, d'après les instructions à lui remises, Kvaschpin^ devait s'informer en Allemagne si le pape était ami de l'Empereur, des rois de France, d^Espagne, d'Ecosse et d'Elisabeth d'Angleterre? Si les discordes intestines auxquelles la France était en proie se trouvaient apaisées ? De quelle nature étaient les négociations que l'Empereur entretenait avec ce pays et les autres puissances ? A combien s'élevait le montant de ses revenus et le nombre de se3 troupes? C'est ainsi que depuis Jean III , fondateur de la puis-

348 HISTOIR*

«577— sance des tzars et de la force nationale de la Russie^ ses flritices n'ëtaiept plus étrangers à FEurope ; ils oherehaient à connaîtrçf 1^ relations respectives de ses monarques y autant pour satis&ire une curiosité naturelle aux esprits actifs , que pour trouver, dans îes alliances et les inimitiés des diôerens ÉtsAs^^ des avantages immédiats ou éloignés pour la politique russe.

1578. Toutefois , Kvaschnin revint sans avoir obtenu ' ^'^* d'autre résultat que la promesse de FEmpereur d'envoyer bientôt un de ses grands dignitaires à Moscou , afin de resserrer davantage les rapports d'amitié qui existaient entre les deux puissances. Jean vit avec mécontentement que Rodolphe se plaignait du déplorable ravage de la Livonie, qu'il trouvait incompatible avec Xénv fraternité j et contraire aux lois de l'humanité comme à celle$ de la justice. Kvaschnin était également porteur à'une lettre de Robert, voïévode de Hongrie, dans laquelle^celui-ci vantait l'habileté de Fambas3adeur russe, et conjurait le tzar, comme le second parmi les monarques chrétiens, de devenir le sauveur de l'Europe. Il lui promettait >, pour la guerre contre les Turcs, un secours considérable en argent et en troupes. Il l'engageait aussi à s'emparer de la Moldavie , /^^£<^e à la Russie par le hospodar Boydan, mort à Mos>-

COU. Cette lettre était confidentielle et secrète, >5;78. car le cabinet autrichien^ toujours soupçonneux, n'aurait sans doute pas pertniç à un grand de Hong|i;î^ de correspondre au nom de sa nation avec un souyeraln étranger, sur des affaires d'une aussi haute importance. Robert connaissait l'Empereur : habile chimiste , astronome «t bon écuyer, mais fort mauvais monarque. Prévoyant l'orage dont l'ambition des Sultans menaçait la Hongrie, il voulait y opposer celle de la Russie^ renommée alors par sa puissance. En effet, les ambassadeurs de Maximilien qui, en iSyô, y avaient été envoyés, avaient publié en Europe que les forces militaires de Jean étaient incalculables; mais, malgré sa haine contre Batory, le pusillanime successeur de Maximilien redoutait le Sultan , et ne songeait pas à profiter de l'alliance du tzar pour conquérir la Pologne et sauver la Hongrie.

Frédéric, roi de Danemarck, pouvait devenir Traite le second de nos alliés naturels. Malgré la paix nemarck. par lui concilie avec la Suède , il ne se fiait pas à l'amitié de cette puissance, et recherchait celle de Jean. En i5j8 , il envoya à Moscou Jacques Uhtfeld et Grégoire Uhtstand , ^dignitaires de marque > pour se plaindre , en son nom , de ce que les Russes avaient occupé quel-

55o HISTOIRE

1678. (jues possessions danoises en Livonie^ telfes que Absal^ Léal^ Lodé, et pbur proposer une paix durable à des conditions *ëgalemen4; avantageuses pour les deux États. Frédéric , qui désimit obtenir une partie de FEsthoniei promettait d-aider les Russes à expulser les Suédois , se vantant de n'avoir accepté aucune des promesses flatteuses d'Etienne « cet ennemi de Moscou* Mais les boyards^ orgueilleux et inflexibles^ suivant le rapport d'Uhtfeld , uniquement occupés de leur propre ambition , n'eurent pas la moindre condescendance pour Frédéric ; ils ne voulurent écouter ni demandes^ ni observations^ ils repoussèrent l'alliance du Danemarck^ ainsi que la paix étemelle, et se bornèrent à conclure une trêve de quinze ans souâ les conditions suivantes; savoir :

I*. Le roi reconnaissait comme propriété du tzar les provinces de Livonie et de Courlande ; le tzar lui cédait l'île d'OEsel avec ses villes et ses domaines;

a*. Le roi s'engageait à ne fournir ni troupes , ni argent à Batory, ou aux Suédois, dans Leur guerre contre la Russie, qui, de son côté, ne devait prêter aucun secours aux enilemis du Danemarck ;

3*, Les anciennes limites entre les provinces

DE RUSSIE. 35l

russes et danoises devaient être rétablies en iS^s. Norvège ;

4*. Les parties contractantes garantissaient une liberté absolue aux marchands* de même qu'une entière sécurité aux voyageurs ;

5". Trédéric devait accorder libre passage aux artistes allemands qui se rendaient à Moscou.

Ce traité, évidenament avantageux au tzar seul, fit perdre à Uhtfeld la faveur de son maître, et, dans la description de son voyage, ce dignitaire , irrité contre les Russes , les maudit pour leur opiniâtreté, leur esprit rusé et indomptable.

Jean n'avait pas interrompu le cours de ses Affaire» relations avec Devlet-Ghireï, guidé par le désir de la paix plutôt que par celui d'une alliance avec ce prince valétudinaire et aux portes du tombeau, duquel il n'exigeait qu'une paisible inaction. Le khan mourut le 129 juin iSyy, et son fils Mahmet-Ghireï lui ayant succédé écrivit à Jean une lettre amicale pour l'en informer. Ensuite il porta la guerre en Lithuanie , mit à feu et à sang une grande partie de la Volhynie ; docile aux avis des grands de Tauride, qui prétendaieiit que le nouveau khan devait signaler son avènement au trône par des incendies et de sanglantes incursions dans les pays voisins! Aussitôt le tzar se hâta de lui envoyer le prince Mossalsky

1578. en qualité d'ambassadeur, pour le complimenter et lui porter des présens d'une telle richesse que, jusqu'alors, la Tauride n'en avait jamais vu de semblables*. Les instructions de cet envoyé lui prescrivaient la plus extrême condescendance pour le khan, et le chargeaient, par exemple, « de promettre des présens annuels en cas d'al- » liance, sanê-, néanmoins, en faire mention » dans l'acte du traité ; ensuite d'exiger de » Mahmet- Ghireï , mais sans opiniâtreté^ qu'il » donnât au souverain de Moscou le titre de » tzar; en général , de se conduire at^ec douceur , » d'éviter toute espèce de paroles désobl i géantes, )} et de répondre sans colère , si le khan ou les M seigneurs tatars venaient à rappeler les temps » de Kalita et d'Usbeck, Je n^ai aucune conrn naissance des temps passés; c^est le bon Dieu » et vous y seigneurs, qui les connaissez I » C'est ainsi que Jean cherchait à gagner l'amitié du nouveau khan , afin de réprimer Etienne par la crainte des invasions tatares, si fatales à la Lithuanie ; mais cette politique qui avait eu d'heureux résultats sous le règne de Jean III, ne réussit ni à son fils ni à son petit-fils. Pour prix de son amitié, Mahmet -Ghireï demandait la cession d'Astrakhan , offrant en échange de donner la Lithuanie et la Pologne à là Russie ; il exigeait,

en outre, que le tzar désignât d'autres contrées iS^s. de son Empire pour le séjour des cosaques du Don et du Dnieper. Les ambassad^rs du khan à Moscou ayant déclaré ces prétentions , on leur répondit que les cosaques du Dnieper et du Don n'étaient pas ^ous la dépendance de la Russie, les premiers servant Batory , et les seconds n'étant que des déserteurs russes ou lithuaniens , qu'on devait punir de mort partout où on les rencontrerait sur le territoire russe. Quant à la possession d'Astrakhan, elle est^ leur disait-on, assin^ée à la Russie par les armes et la religion^ on y voit déjà des temples consacrés au vrai Dieu y ainsi que des monastères ^ et une partie de sa population est d* origine chrétienne. Vous aviez consenti y répétait Mahmet-Ghirei^ à nous céder cette ville; vous devez donc aujourd'hui accomplir votre promesse. Alors vos veuves et vos orphelins pourront porter sans crainte des habits de drap y décret d^ argent; aucun dé mes guerriers n^ osera les dépouiller dans les chemins les plus déserts. Il demandait en même temps une somme de 4000 roubles. Le tzar lui en envoya 1000, avec quantité de jprésens pour ses femmes et les grands de sa cour. Inutile condescendance qui ne conduisit pas au but désiré! Etienne, appréciant l'importance de ces négociations, en prévint l'effet Tome IX. ^3

i5;;8. en açl^tant ramitié de ce chef de lirigands , et se trouva libre de diriger toutes ses fercas coatre la Russie.

NëgO' Batpry^ qu'euflammàit l'amcnir de la gloire ^ S^rrJaT^ savait aussi attendre avec prudence le moment ^^^^' et Foccasion favorables à ses desseins , et, sur les murs de Dantzig, assiégée }>ar ses troupes, il paraissait regarder avec indifférence les succès du tzar en Livonie. Il ss^vait , sans doute , que cî^t^it la force des armes et non pas des négDcia*tm^ qui termineraient leur querelle; cependant, dans une lettre où il témoignait au tzar sa surprise des dispositions hostiles de ce prince , il offrait: de renoncer à la guçrre si la paix pouvait concilier encore les intérêts , l'honneur et la su,rété de la Pologne, (c Votre ressentiment n'est >) pas fond^ , lui répondit le tzar; lorsque mes n villes de |aivonie sont rentrées sous^ ma puis-r » sance^, j'en ai renvoyé vos sujets sans aucune » pimiiicm» Vous êtes roi, mais non pas de cette » province. » Au mois de janvier 1 678, les voïévodes de Mazovie et de Minsk ,*aipbassadeurs * d'Etienne > arrivèrent à Moscou et déclarèirent aux boyards que la tranquillité des puissances chrétiennes occupait uniquement les pensées du roi , dont le plus sincère désir était de vivre en paix avec toutes > et particulièrement aveo la

Russie; /a trèpey ajoutaient-ils , n^a ^/^ v/o/^^ «5:». que par Vagression du tzar en Livonie. Etienne nous a remis de pleins-pouvoirs pour rétablir la paix à perpétuité. Pour préliminaire, les Boyards exigèrent alors qu'en accordant à Jean le titre de tzar^ grand duc de Smôlensi et de Polotsk^ le roi renonçât à ses prétentions sur la Liyonie et la, Courlande qui en était inséparable; ensuite qu'il cédât à la Russie les villes de Kief , Kanef , Vitebsk et plusieurs autres ; de leur côté , les ambassadeurs du roi réclamaient la cession , nmi-seulement de la Livonie entière , mais encore de toutes les anciennes provinces de la Russie , depuis Kalouga jusqu'^ Tcbernigof et aux rives de la Dvina. Ces prétentions respectives rendaient la paix impossible : le& négociations n'eurent donc d'autre résultat que le renouvellement , de la trêve pour trois ans* On avait intercalé dans la copie russe de l'acte ces mots qui ne se tro\Lvaient pas dans la copie en polonais : le roi doit renoncera ses prétentions sur la Lit^onie; et, le tzar ratifiant ce. traité avec les formialités d'usage , s'exprima ainsi : « Je jure d'observer » les conditions de la trêve concluiî avec mon » voiain^ le roi Etienne ; mais je ne renonce point }i à mes droits sur la Livonie et la Courlande. » Les dignitaires Karpol et Galovin se rendaient

^ 356 histoihe

1578. auprès d'Etienne pour recevoir son serment et faire VéchsLUge des traités : toutefois ces conventions demeurèrent sans effet et n'empêchèrent pas la guerre.

Déjà les circonstances commençaient à changer de face et prenaient un aspect de'favorable à la Russie. Eni Syy, l'amiral suédois Gillenanker, arrivé devant Narva avec une flotte de guerre , avait brûlé les fortifications eu bois de cette ville , tué ou fait prisonniers un grand nombre de Russes ^ tandis qu'un autre corps suédois dévastait les environs de Keksholm ; les troupes de Revel et Annibal Schenkenberg inquiétaient également FEsthonie russe par de fréquentes invasions. Cependant les voïévodes moscovites , livrés à un paisible repos , paraissaient mépriser des ennemis trop faibles , dont ils augmentaient l'audace par leur inactivité. On rapporte que les oflSciers lithuaniens s'emparèrent de la ville de Dunebouî*g au moyen d'une ruse. Ayant envoyé, en signe d'amitié, un tonneau d'eau-devie à la garnison , ils profitèrent de la nuit pour forcer les portes de cette forteresse, passèrent au fil de l'épée les soldats moscovites qui s'y trouvaient , tous plongés dans une complète ivresse. Les Allemands qui servaient sous les drapeaux de Batory, surprirent avec une égale

fecilitë une place plus importante encore, c'est- 1578, à-dire Venden, ville renommée par la mort courageuse des troupes de Magnus, et la terrible vengeance du tzar irrité. Mettant à profit la coupable insouciance des voïévodes russes , ils firent fabriquer, en secret, de fausses clefs pour ouvrir la porte de la ville où, une fois introduits, ils égorgèrent les russes endormis. A la même époque Jean vit s'évanouir l'ombre du prétendu royaume de Livonie , œuvrfe de sa politique artificieuse, par la fuite du fantôme de roi qu'il avait créé pour ce pays ; et la trahison , depuis long- temps tramée, se trouvait enfin accomplie. Victime de l'ambition et: de la crainte , M agnus qui veqait de prêter un nouveau serment de fidélité au tzar, retourna une autre fois eiicore à Batory , avec lequel il conclut un traité , ensuite il partit secrètement d'Oberpalen pour se rendre à Pilten j ville de Courlande, accompagné de sa jeune épouse; cette princesse ne put abandonner sa patrie sans éprouver un vif chagrin, bien qu'il fiit impossible d'aimer un oncle meurtrier de ses infoi^tunés parens.

Il paraît probable que Jean ne fut pas trèsétonné de la fiiite de Magnùs, qu'il avait employé un instant comme instrument de sa politique. Toutefois il feignit d'en être surpris ,

i57«. s'accusant de û<m excessive indulgence enyers un parjure, et détacha contre Venden ses plus illustres voïévodes, pour faire couler le sang allemand sur une terre arrosëe de celui des Russes ; mais ces généraux firent d'inutiles tentatives j^ur s'emparer de la forteresse. Leur artillerie venait de faire une brèche dans la muraille lorsqu'ayant appris l'arrivée des tro«H pes de Batory, commandées par Dembinskjr^ Buring et Khotkiévitsch , au secoui^ de Venden, ils levèrent le siège et s'éloignèrent de cette ville, La honte de cette infructueuse entreprise fut compensée par l'intrépidité du prince Jean Eletzky et du gentilhomme Léon V^looief , les plus jeunes officiers du tzar. Avec une poignée d'hommes, assiégés à Lehnvarden par. les AUe^* mands de Riga et le voïévodedeLithuanie, sans autres munitions que des armes et de la poudre, ils eom]t>attirent en héros pendant un mois en^^ tier , se nourrissant de la chair de leurs chevaux , de cuirs, etc. Vaincu par leur courage et leur patience, l'ennemi se retira^ laissant des monceaux de cadavres sous les murs de la ville. Cependant les Suédois , sous les ordres de l'infatigable Schenkenberg, brûlèrent le feubourg de Doppat et mirent à mor^ sans miséricorde , tous les Russes , hommes , femmes et en&ns qui tom-

bèrétot entre leurs mains : des deux côtés on jus- >578. tifiait ces atrocités par le droit de représailles. A la fin de Fété^ les Yoïéyodes moscovites > princes Galîtzin^ Toumensky^ Khyorostinin et Touffiakin , enlevèrent d'assaut la ville d^Obçr* païen que , depuis la fîiite de Magnas y les Suédois occupaient du consentemeat des, habitans. On y fit deux cents prisonniers qui furent envoyés à Moscou pour y être livrés au supplice. Les ^néraux devaient ensuite marcher sanis délai sur Venden ; leurs disputes sur le droit de primauté retardaient Texécutibn des ordres du tzar. Ce prince ^ justement courroucé ^ envoya à Dorpat Ift secrétaire d'État André Tchelkalof ainsi que son gentilhomme favori , Daniel Soltikof ^ avec l'ordre de remplacer les voïévodes, en cas d'une plus longue désobéissance. Cette mesure rigou*reusé les décida enfin à se mettre en marche ; mais ils avaient doimé à l'ennemi le temps de se préparer à la défense y et laissé aux Polonais la faculté de se réunir aux Suédois 9 dé sorte qu'ayant mis le siège devant Venden , ils virent quelques jours après l'ennemi derrière eux. Sapiéha^ à la tête des Polonais et des Alleniandâ y et le général Boë, avec lès Suédois y se prédi-^ pitefat sur dix-huit mille Kusses^ qui ont à peine lé temps de sortir de leurs retranchemenss et dé

36o HisToims

^s^' se ranger en bataille. On se bat long-temps ayec courage ^ mais dans un moment décisif, la cayalerie tatare abandonne Finfenterie moscovite et prend la fbite. Le désordre se met alors paimi les Russes qni , rompant leurs lignes, rétrogradent vers les retranchemens, oii ils arrêtent, par une forte canonnade, l'impétuosité de. l'ennemi. La nuit mit fin au combat : Sapiélia et Boe, décidés i le recommencer, attendaient impatiemment le point du jour. Dans cet intervalle, cédant au délire de la frayeur , Galitzin, le pre- ' mier des généraux moscovites , F(&olnik Théodore Schérémétief , le prince André Paletzky , et le secrétaire d'État Tchelkalof, homme d'esprit autant que pusillanime^ fuyaient au grand gal<^ vers Dorpat , abandcmnant au milieu de la nuit leurs troupes livrées, à la terreur. Le résultat de cette défection fut une déroute générale : quelques braves essayèrent encore de £iire entendre la voix du devoir et de l'honneur; inutiles efforts ! on ne les écoutait plus ; ils prouvèrent au moins que leurs discours étaient dictés par la véritable grandeur d'âme, en d(»mant un exemple digne des plus beaux temps de Rome. Fidèles h leurs postes , les voïévodes Basile Siizky , Yoronzof , commandant l'artillerie , Daniel Soltikof , le prince Michel Touffîakin, attendent la

DE RUSSIE. 36l

mort qu'ils trouvent le lendemain , au moment 1578. où Fennemi, n'apercevant plus qu'une poignée de brèves dans le camp des Russes ^ fond sur eux avec toutes ses forces, L'oflScier Tatef , les princes Khvorostinin , Simëon;Tou£Sakin et le secrétaire d'Etat Kloboukof furent faits prisonniers. L'ennemi se précipite alors sur les batte- Action ries et s arrête etoimé à la vue d un incroyable des canontrait de fidélité militaire. Pénétrés d^horreui* à covitc». l'idée de, se rendre, les canonniers moscovites s'étaient pendus à leurs, pièces !.... Aucune illusion de gloire n'avait inspiré ces valeureux soldats! leurs noms sont restés inconnus , et cet acte d'héroïsme eût été perdu pour ia postérité ^ si un homme de mérite , Leidenstein y ^crétaire du roi, ne l'eût rapporté dans l'histoire de ee prince , avec l'adiniration qu'inspire à une âme élevée tant ce qui a le caractère de la grandeur, . même chez des ennemis. Dix-sept pièces de canon tombèrent entre les mains dés vainqu^eurs , avec tous les bagages et une grande quantité de chevaux tatàrs. Les Russes eurent six ijrïille hoipmes de tués dans ce combat. Ainsi cojximencèrent les succès de Batory et les revers de .Jean , daps une guerre déplorable par ses réisultats plutôtqu'ignpminieuse pour la Russie, qui avait, tout pour enchaîner la victoire, force, valeur, dévouement.

i5;8. hormis un souverain vëriublefnlent digde de Yètte.

Jusqu'ici Jean n'avait pas sofi^ de bonne foi à la paix. Il ne pensait pas même que lé rm consentit à ratifier utte trêve de laqueHe résul-tât pou;r lui rengagement de se désister de ta Livonie. Il attendait d'abord des dépêches des ambassadeurs moscovites à Cracovie^ ensuite la nouTCfUe de k prise de Venden, qu'il regardait comme certaine et fecile. Il avait refiisé de voir un envoyé expédié par Etienne , pour l'engager à conclure un traité particulier au sujet des villes de la Livonie ; mais effrayé par le désas- 1579. tre de l'armée russe sous les murs de Venden, ciijanv. 1^ .tzar répondit sur-le-champ à la lettre de BSitory. Il consentait à de paisibles négociations relatiTes au sort de la Livonie y promettant à cet effet d'attendre à Moscou les nouveaux ambassadeurs du roi : en témoignant sa surprise de ne pas voir revenir de Cracovie ceux qu'il y avait envoyés, il exprimait le vif désir de fixer, par une paix honorable, les prétentions des deux puissances. Cette modération tardive ^tait h^rs dte propos , car Batory, qui venait de soumettre Dantrig, avait déjà fiiit ses préparati6 de guerre- Cet ennemi dangereux, en même temps iju'il

DE Kussne. 565

témoîgtïaîl des dispositions pacifiques envers la iS^g. Russie, démohtrait à la diète de Varsovie Ynr^ gente nëcessité d'établir la sûreté de l'État par la force des armes. « Nous avons deux ennemis, » disait-il : les Tatars de Crimée qui incendient » nos possessions, et les Russes qui les envahis- » sent. Faut*il marcher contre tous les deux à la M fois? Dans Iç cas contraire, lequel devons-nous I) attaquer le premier ? » Déjà la présence d'un grand homme avait ranimé l'amour de la patrie dans le coeur des magistrats et des gentilshommes : Batory parlait mal la langue, mais il connaissait parfaitement l'histoire de la Pologne ainsi que celle de la Lithuanie. 11 traça le tableau des envahissemens de la Russie, fit l'énumératioti des portions du territoii*e que cette puissance leur avait enlevées ; il accusa de ces malheurs la faiblesse de leurs rois , flatta adroitement l'amour-propre national, et posant la niain sur son épée il écouta avec attention les discussions de la diète. « La Tauride, disaient les grands » du royaume, est sous la dépendance du Sul- » tan qu une guerre offensive ne manquerait )) pas d'irriter ; pendant que nous serions dans » ce pays ^ les Ottomans entreraient en Pologne. » Et d'ailleurs, quel butin pourriws-nous es- » jiérer chez ce peuple sauvage, toujours paît-

t579. »>vre maigre ses continuels pillages? Il vaut )} mieux^ pour quelque temps encore^ rester en » paix ayec la Crime'e. L'empire de Moscovîe >> est puissant ; ;ios triomphes en seront d'au- » tant pluç glorieux ! Les dons de la nature et » les avantages du commerce le rendent flo- >j rissant ; notre butin n'en sera que plus consi- » derable ! >> D'une voix unanime^ la diète résolut la guerre contre la Hussie. Aussitôt des oi:'dres sont donnés pour rassembler unje armée nombreuse : les propriétaires, les citoyens se souinèttent^ sans murmurer^ à des impôts jusqu'alors inouis. Ou s'armait, on payait avec «èle ou du moins avec l'appareuce d'un profond dévouement : loin de se. laisser éblouir par une confiance aveugle dans ses propres forces, Batory crut nécessaire de les appuyer encore décolles d'autres puissances ^ et> à cet effet, il sollicita dfBS secours du Sultan et du Pape. Pour captiver U bienveillance particulière du premier , il n'hésita point à enfreindre les lois sacrées de L'honneur, persuadé qu'en politique, la conscience pouvait être muette et que l'intérêt de l'Etat devait . devenir l'unique loi d'un monarque.

A cette époque , où Etienne cherchait partout paix et alliance afinde pouvoir diriger tous ses

DE RUSSliE. 365

éiForts contre la Russie , un pauvre cosaque du «579. Borystène, valaque d'origine , fiimeux partisan et renommé pour ses forces physiques (a), parut tout-à-coup à la tête d'une bande de Vagabonds^ avec lesquels il envahit la Valachie , gouvernée alors par l'hospodar Pierre , tributaire du Sultan et ami de Batory. Irrité de ses audacieux succès, Etienne envoya des troupes pour chasser l'usurpateur; mais séduit par les promesses des voïévodes^ basant sa garantie personnelle sur la parole de Batory , le courageux cosaque mit bas les armes et se rendit de bon gré. Le roi lui fit trancher la tête pour complaire au Sultan > et > en présence de l'ambassadeur de ce prince^ il dit aux seigneurs polonais : t< Je n'irai » pas, par respect pour le droit des gens^ aigrir » un puissant monarque, qui pourrait nuire à » mes États. » Toutefois cette perfidie ne produisit à Batory que des assurantes d'amitié de la part d'Amurat. Son prudent visir Mahmet dit aux ambassadeurs d'Etienne à Gonstantinople : (( Nous souhaitohs à votre roi de glorieux » succès. 11 est difiicile, mais il n'est pas im- » possible de vaincre le tzar de Moscovie, que

{a) Il rompait un fer à cheval avec ses mains / ce qui lui avait fait donner le surnom de podkova^ c'est-à-dire fer à cheval.

i579- » le Sultan seul surpasse ea puissance. » Le pape promit à Batory de solliciter pour lui auprès de tous les cabinets de l'Europe ^ et lui envoya 9 en attendant^ une ëpée avec sa bénédiction. L'électeur de Brandebourg lui donna quelques pièces de canon. Le roi de Danemarck^ bien qu'il favorisât en secret les desseins de cet ennemi de la Russie y voulait temporiser et attendre lesévénemens; mais celui de Suède conclut sur-le-cbamp un traité d'alliance offensive et dé*fensive avec Batory. Le khan obtint les présens qu'il exigeait de la Pologne pour agir de concert avec elle dans la guerre projetée. La Transylvanie envoya à Etienne ses anciens et valeureux bataillons. Cependant il manquait de moyens préliminaires pour faire face aux frais de la guerre; U réduisit les dépenses de la cour ^ versa au trésor public ce qu'il possédait d'or et d'ar^nt^ et fit de nombreux emprunts : les troupes fiirent passées en revue , exercées par lui-même ; il forma des approvisionnemens ^ et , comme s'il eût eu encore du loisir ^ on le vit instituer de nouveaux tribunaux^ donner de nouvelles lois à l'État^ flatter la noblesse et affermir le pouvoir royal.

Ce fut sur ces entrefaites que Karpof et Golovin^ ambassadeurs de Jean^ porteurs de l'acte

DE M^SÏBi. 567

(le la trèye, arrivèrent à- Varsovie; ils avaiai^t 157g. été long-t^mps retenus en route par les foactionnaires du roi^ avec lesquels de vives discus-sions s'étaient élevées relativement au ^itre des deux souverains. Ldes Polonais rejetaient la nom insignifiant de voisin que le tzàr donnait à Ba^ tory ^ et voulaient une pàr&ite égalité^ ne dis^ simulant pas que le traité :de Moscou resterait sans exécution* On reçut honorablement les ambassadeurs ; mais Batory> assis sur son trône^ ne daigna ni se lever pour les saluer^ ni s'informer de la santé du tzar« Indifférent à leurs mtir^ muresy il leur fit dire qu'ils pouvaient sç retirer et retourner dans leur pays où sa réponse serait portée à leur maître par un courrier. Alors les ambassadeurs reprirent le chemin de Moscou > et le roi ne tarda pas à les suivre avec son armée y après avoir, fait partir pour cette ville l'officier Lopatinsky chargé d'une - dépêche adressée au ttor.

Mais Jean avait quitté sa capitale. Instruit de ce qui se passait à la diète de Varsovie; privé depuis long-ten^ps de nouvelles de ses ambassadeurs, il entendit parler d'un armwient formidable en Pologne et en Lithuanien et s'occupait lui-même de ses préparatifs de guerre. Dans un conseil général des boyards et du clergé ^ il s'ex*

368 HllsTOIRE

»5:f9- prima ainsi : « he moment de sanglons ùombats » * est arrivé. Quant à moi > implorant la grâce » de Dieu y je i^ais fixer le sort de la patrie ainsi » que le mièri , en marchant contre là Livonie » et la Pologne ! » Aussitôt il fit avancer son armée vers l'ouest ^ désignant lui - même les marches et les campemens : il avait laisse des garnisons dans quatre-vingts villes sur les bords du Volga, du Do», de FOka, du Dnieper et de la Dvina. Ses principales forces européennes et asiatiques avaient l'ordre de se réunir à Novgorod et à fskof. Les Russes ^ les princes tcherkesses , schavkals , mordviens , nogaïs ; les tziarévitchs et les mourzas de ^ancienne horde d'Or y de celle de Kazan , d'Astrakhan , s'avançaient à marches forcées vers les lacs d'Irmen et Peipùs, Toutes les routes étaient couvertes d'infanterie et de cavalerie. L'hiver, le printemps et une partie de l'été se passèrent au milieu de ces disposition^; enfin, après avoir confié le commandement de Moscou au prince André Kourakin,le tzar, accompagné de tous les boyards, des membres du conseil , d'un grand nombre de secrétaires d'Etat pour les affaires civiles et militaires, quitta la capitale au mois de juillet et se rendit à Novgorod où les chefs de l'armée attendaient ses derniers ordres. Ce fut dans cette

dernière ville que vinrent le trouver Karpof et 1579. Çrolovin, pour lui apprendre que Batory, ayant rejeté la trêve, marchait contre la Russie. -Son armée ^ d'après leur rapport , n'était forte que d'environ quarante mille hommes; mais elle s'augmentait sans cesse des troupes arrivant de Transylvanie et d'Allemagne > ainsi que de nombreux volontaires lithuaniens*

Telle était la force de l'ennemi qui {prétendait écraser la Russie ; et , dans sa garde seule , le tzar avait quarante mille gentilshommes, enfans -boyards > strélitz, cosaques, etc....! Ensuite il était entouré de deux armées principales réunies à Novgorod et à Pskof , sous le commandement de Siméon, prince de Tver, des princes Mstislavsky , Schouïsky, Nogtef, Troubetzkoï et autres généraux. Il pouvait donc , d'un seul mot , précipiter toutes ces masses sur la Pologne : le peuple , la noblesse de ce pays , op-^ ' posés aux vues guerrières d'Etienne, désiraient scrètement la paix avec la Russie , et un cri de terreur avait retenti des. rives de la Dvina à celles du Boug; mais les ombres de Schouïsky, de Sérébrianoï, de Vorotinsky, s'offraient à Fimtigination de Jean au milieu de ces tombes de Novgorod, comblées des victimes de ses fureurs. Il se défiait également du dévouement de Tome IX. 24

5jO HlsTOIRS

i5;9. g^ yqï^v^cKJi^ /et ck (^lui de ses sujels^^ car la cqnfiapcç 0'est un sentimeijit j^aturel que pour une conscience pure. Le tzar^ qui avait fait périr des héros , épargpait ^lors d'iudigiMÇs Toïéyodes. ]Le^ prioce^ Jew Galit^in^ Paleta&ky^ Théodore Sc^éréli^tief^ /couverts de honte par leur foite de Yendea ^ commAnd^ient encore dans Farmee ! A l'approche d'une guerre dangereuse y il n'osait p^s les Dunir^ d^m^ la crainte de se yoir trahi paf* cçwp: qui leur ressejn^hd^nt et qui auraient pu çherjcher un refuge auprès de !Patory. Avec cette fîianîèrç de pen^r sur le compte de ses gé^éra^ux, Jean se persuadait que lenteur et indécision deycinaient prudence; il ne voulait qipi'efiV^yer 3on ennemi par le nombre des troupes rassemblées , qoiiservapt encore l'espoir de 1^ pai?c ^ 0» du ipoins attendant pour tirer le glaive une urgente nécessité ; elle ne tarda point à se présenter.

Dès que le tzar eut appris que Lopatinsky^ envoyé de Batory 9 se rendait à Moscou, il donna l'ordre de le faire arrêter à Dorogouge. Cet officier lui envoya alors la lettre d'Etienne, écrite de Vilna W 26 juin; elle était, extrêmement prolixe y d'un style sec et sans éloquence, \nais écrite avec esprit. En voici l'analyse. «li'actede trêve , y était-il dit, est faux ; les boyards mos-

covites ayant insère frauduleusement dans son 15.^9. contenu Facte relatif à laLivonie. En parlant de la paix^ Jean fait la guerre dans cette province , domaine du roi ^ et il a imagine une fable pour feire remonter son origine aux empereurs romains. La Russie a enlève illégalement h la Pologne Novgorod, les provinces de Seversl, Smolensk et Polotsk. Karpof et Golovin sont partis de Cracovié sans avoir rien feit ni rien dit : toutes négociations ultérieures deviendraient inutiles, Etienne étant décidé à reconquérir ses droits , avec le secours de Dieu et par la force des armes. » Au moment où le tzar lisait cette lettre, il apprit que déjà Batory était entré sur ^ le territoire ru^se.

Après avoir ainsi déclaré loyalement la guerre à la Russie , le roi , entouré des grands et des chefs de Farmée, miten délibération les moyens et le point de Fattaque. Plusieurs d'entre eux étaient d'avis de pénétrer eu Livonie , pour en chasser les Russes et assiéger Pskof, ville riche ct'importante qu'ils supposaient mal fortifiée. SiC roi ne gQÙta pas cette proposition ; il démontra la difficulté de*ftire la guerre datas une province dévastée , Fimprudence de là laisser derrière soi , enfin le danger de s'éloigner des irontières. Selon son opinion , il était plus con-

1579. yenable de s'emparer de Polostsk, clef de la Livonieet de la Litfauanie même^ conquête qui ouvrirait à l'armée polonaise le chemin de la Russie^ établirait une communication assurée avec Riga^ au moyen de la Dvina y et lui procurerait des avantages réels pour la guerre et pour le com- « mçrce. Il faut^ disait-il, conquérir la Livonie » hors de ses frontières* A la vérité, la ville de D Polot^ est bien fortifiée ; il n'en sera que plus D glorieux de la prendre , et le succès de cette » entreprise intimidera l'ennemi en stimulant » le courage des Polonais* » Ces paroles étaient prononcées par un grand homme , elles fixreat écoutées. L'armée d'Etienne , semblable à celle d'Ânnibal , était composée d'hommes étrangers les uns aux autres par le langage, le costume, la religion; d'Allemands, de Hongrois, de Polonais ; d*anciens Slaves de Gallicie, de Yolhynie ou des bords du Dnieper ; de Krivitches et de Lithuaniens. Batory sut inspirer à cette multitude des sentimens unanimes et une vive émurlation. En quittant Svir pour ouvrir la campagne , il publia un manifi^te adressé au peuple russe : tf Je tire mon épée , disait-il , contre le » tzar de Moscovie, mais non pas contre les pai- B sibles habitans de ce pays : je les épargnerai, n j'userai de clémence envers eux, &ï toute oc-

DE RUSSIE. SyS

» casioii. J'aitae la valeur autant que j'abhorre 157^. » la barbarie, et je poursuivrai la victoire, en » évitant la dévastation autant qu'une inutile » effusion de sang. » Sa conduite réalisa ces promesses : jamais guerre ne fut conduite avec plus de modération , plus d'humanité envers les laboureurs et les citoyens } mais Batory qui parlait en chrétien , agissait en politique adrpit, cherchant à mettre les habitans de son parti, afin d'assurer la stabilité de ses conquêtes. Au com- sîcge et mencement du mois d'août, il ouvrit le siège Poiouk! devant Polotsk. Le tzar, persuadé que la Livonie deviendrait le principal théâtre des hostilités, ne s'attendait pas à une attaque vigoureuse du côté des frontières de la Lithuanie, de sorte que Polôtsk n'avait qu'une faible garnison. Cette ville était renommée pour ses fortifications , restaurées et étendues depuis l'année i56t : le fort de Strélitz et celui d'Ostrog, construits sur des hauteurs escarpées qu'entouraient les eaux de la Dvina et de la Polota, étaient réunis par un port et dominaient, pour la protéger, la ville principale, défendue en outre par des fossés profonds , des murs 6t des tours en bois* Le prince Téliatevsky commandait dans la ville , et Pierre Volinsky à Ostrog. L'autre forteresse était sous les ordres du prince Dmitri Scherba toi e1: dé Rj e vsky, secré-

1^:9* iatre d'État. Us avateot pouk* se défendre une qtiantite suffisante de munitions de guerre et de iiouché; fi»àîs^ s'il faut en croire les chroniques, beaucoup plus dfe zèle et de icouragé que de taiens militaires.

Afin d'effrayer Fc^nemi et pour ne se réserver d'autre alternative que la victoire ou la mort , cfes voïévodes> ayant fait prisonniers quelques Litbuaniens, les firent lier à des poutres et jeter dans la Dvina > à la yue de l'armée du roi*. b... L6s Polonais donnèrent d'abord l'assaut à la ville« Les Russes, en trop.petit nombre pour la défendre, y mireîit le feu et se retirèrent dans la citadelle, ou pendant près d'un mois ils se déjfendirent avec courage. Le temps les , fa vorisait à la vérité , car il tombait des tot'rens de pluie qui empêchaient l'effet des batteries ennemies ; les transports des assiégeans s'engouffraient dans la ^nge, leurs chevaux tombaient morts; épuisée par la faniine , l'armée faisait dHnutiles tentatives pour enlever la forteresse de vive force. V^yoîas comment le tzar sut profiter de ces circonstances.

. Le 1*'. août, il se trouvait à Pskof, et détacha vingt mille cavaliers asiatiques qui, sous les ordrefe de Khilkof et de BcEnin , traversèrent la Dvina et entrèrent en Courlande , pour

^ DB mussiE. 3^5

ravager et pfii^er impuaëment ce jimys. lï fit 1579. paï*tir en même temps d'antres troupes deétimes à défendre la Carelte et Tlnghermanie^ dévastées pai* les Suédois ; il ï*enfèrça les garnismis de la Livonie ; néanmoins il lui restait encore assez de troupes pour marèher bardiinent sur Vilna et Varsovie. Troublé par la nouvelle imprévue du âiége de Pc^otsk y il donna ordre à Sfdietn , au2 princes àè Likof ^ Palètzky et Krivoborsky de s'y riendre à marchés forcées ^ avec des compagnies d'^n&ns^boyai^ds , de cosiaques du Don y et d'employer la rusé ou la force pouir pénétrer dané la ville. Cependant^ en cas d'irarpossibilité absolue ^ il leur était prescrit d'occuper la forteresse de Sokol , de harceler l'ennemi et d'in*tercepter ses communications avec la Lithuanien en attendant l'arrivée du principal corps d'a.rjfoée russe ! Schein s'étant approéhé du camp de Batory n'osa pas livrer bataille et se cbntenta d'oecuper Sokél , faisant répandre le brùif que

bientôt Iç tzar en persohne y arrivent avee uiie armée form-idable.

Cette nouvelle foi loin d'inliraider le rpi : souplement ellç lui fit Sentir la nécessité de terminer prorhptement le siège. Ne pouvant plus compter surl'efiet de son artillerie^il proposaauk plus audacieux des^ Hongrois > sous l'appàt^le For et de la

1579. gloire^ d'escalader la hauteur sur laquelle était située la forteresse, et de mettre le feu aux fortifications. Alors, comme pour seconder ses desseins et favoriser une entreprise si audacieuse, le soleil ajrant reparu et desséché la terre , les assaillans s'élancent vers les murs , la torché à là main. . • . Plusieurs d'entre eux trouvent la mort dans cette attaque ; mais quelques-uns atteignent leur but, et cinq minutes après la citadelle est en feu. Aussitôt on entend retentir des cris de victoire. Sans écouter ni leurs chefs , ni le roi lui-même, les Hongrois se précipitent à l'assaut, et pénètrent dans la forteresse, à travers une grêle de boulets, de balles , de tisons embrasés , malgré les flammes qui s'échappaient des ruines. Cependant les Russes se battaient en désespérés. Ils repoussent l'ennemi qui , bientôt, renforcé par desi Allemands et des Polonais, renouvelle l'attaque et se voit obligé de céder encore à l'acharnement des assiégés. Le roi lui-même, oubliant sa silreté personnelle, se jejta dans une sanglante mêlée, pour rétablir l'ordre et rallier les fuyards. Le moment était décisif! Si Schein, Lykof et Paletzky avaient attaqué alors l'armée polonaise , ils pouvaient sauver et la forteresse et l'honneur de la Russie. Ils apercevaient l'incendie; ils étaient même à portée de voir le combat et

d^entendre les cris des assiégés > dans cet ipâtant 'S^g. de victoire, cris d'appel à leurs frères de Sokol! Mais le prévoyant Batory avait détaché des troupes fraîches du côté de Drissa, pour couper la communication et arrêter les Russes au cas qu'ils voulussent faire un n^ouvement vers Polotsk. En même temps les voïévodes de Sokol se virent trahis par les cosaques du Don qui , de leur propre autorité , abandonnèrent Farmée pour s'en retourner dans leur pays , défection de nature à excuser Schein et ses compagnons. En vain Etienne attendit leur dangereuse attaque pendant vingt-quatre heures : il finit par se tranquilliser à ce sujçt et se hâta de réparer l'échec qu'avaient éprouvé ses troupes.

Les Russes, après avoir repoussé l'assaut, s'étaient empressés d'éteindre l'incendie de la citadelle. L'ennemi établit alors d'autres batteries et s'avança vers les murs en ruines, qu'il embrasa de nouveau, en lançant des grenades dans leurs débris. A peine les assiégés pouvaient-ils respirer au milieu des tourbillons dé flammes et de fumée; occupés sans cesse à éteindre le feu, ils expiraient de fatigue ou sous la mitraille. Dans cette terrible position, ils résistèrent encore quelques jours , soutenus par l'attente d'un secours et l'idée de leur délivrance; enfin, tout es-

5j& HISTOIRE

1^79- poir étant ëvàtioui^ ils demandèrent à capituler. D'abord les voïe'vodes et le ve'nërable archevêque Cyprien repoussèrent cette propositioii. a Nous ne craignons pas^ disaient-ils^ le cour- >i rouî d'Etienne^ mais celui du tzar.^) Dans un généreux désespoir ^ ils conçurent la pensée de faire fauter la forteresse pour s'ensevelir sous ses ruines. Le faible Volinsky et les strélitz s'opposèrent à l'exécution de leur dessein. Us proposèrent des conditions à Etienne^ et soit par res-

, pect pour la valeur qu'ils avaient déployée , soit par crainte de perdre du temps > ce prince consentit à laisser sortir de la citadelle les che& et les soldats avec leurs familles , leurs effets^ promettant de fortes récompenses à ceux qui voudraient se ranger sous ses drapeaux. Étrangers à cette (Capitulation^ quelques voïévodes s'enfermèrent avec Tarchev^que dans l'antique église de Sainte-Sophie d'oii il fallut les arracher de force. Ils parurent en- présence de Batory, humbles et non pas humiliés de leui* défaite. Au rapport d'un historien^ témoin oculaire de cet événement^ les Russes^ bien que vivement touchés de la générosité^ de l'humanité du roi^ refusèrent cependant de s'enrôler à son service. S'attendant presque tous à être envoyés au supplice par le tzar courroucé^ ils demandaient avec

fermeté d'aller se livrer à ses vdloalés > sourds 1679. aux offres flatteuses d'Etienne. « Preuve, ajoute ^ cet historien > d'un admirable de vouement à la » patrie ! »

Malgré saixromesse, Etienne retint long-^temps Tces prisonniers > comme s'il eût craint de rendre à son ennemi des guerriers si fidèles et si braves. Aussitôt que la forteresse fut déblayée des cadavres qui l'éjQCoinbraient , le roi y fit une entrée triomphante. Il déclara Polotsk, piiéfecture du grtind duché de Lithuanie, et ordonna la construction d'une superbe église catholique romaine, laissant celle de Sainte^ophie, aux chrétiens du rit grec , à qui il donna pour ^vêque l'ex^prélat de Vitebsk. Ensuite , comme il songeait à étendre ses conquêtes en Russie^ il assura, par un édit, le libre exercice de cette religion , afin de se ccmcilier l'amour de la nation au moyen d'une Bagé tolérance , principes opposés à ceux des jésuites, ses favoris ; il leur distribua alor^ de riches dotations , des terres considérables dans la Russie Blanche > en les exhortant à corriger les moeurs des habitans par leur doctrine et leur exemple. Depuis cette époque , Polotek^ antique apanage de; la dynastie de Vladimir et de Rognéd«^ , dont la facile conquête couvrait de honte le souverain de Moscou; Pblotskqui, depuis

38o HISTOIRE

iS:9. dizr-lmit s^ns/faisait partie de son Empire, retomba sous la domination de la Lithuanie et y resta jusqu'au règne de Catherine ii , d'immortelle mémoire^

Après la prise de Polotsk, Etienne fit partir sa cavalerie légère pour s'approcher de Pskof, et observer les mouvemens de Farmée moscovite ; d'autres troupes arrivèrent devant Sokol, qu'elles assiégèrent le 19 septembre^ et, le 26, ayant mis le £eu aux tours, les assaillans se précipitèrent sur les muraiUes, au bruit des trompettes. Les Russes cherchaient à éteindre l'incendie, lorsque tout à coup plusieurs édifices en bois s'embrasèrent; de sorte que les ciliq ou six mille combattans renfermés à Sokol ne savaient où se réfugier. Us firent alors une sortie et résistèrent long-temps aux forces supérieures de l'ennemi. Bientôt contraints d'y céder , ils rentrèrent dans la forteresse où les Allemands se jetèrent avec eux. Là , commence aussitôt un cmnbat acharné, combat de désespoir pour les deux partis, car les Russes avaient refermé les portes et baissé la herse , afin d'ôterv tout moyen de salut aux ennemis comme à eux-mêmes. On s'égorgeait au milieu des flammes qui étoufiaient, qui dévoraient une partie des combattans. Après de longs efforts , les Polonais et les Lithuaniens étant par^

DE RUSS^IE. S8l

ventis à enfoncer les portes de la ville , ache- 1579, vèreiit d exterminer les assiégés. Quatre mille Russes restèrent sur la place. On ne fit prisonnier que Schérémétief et un petit nombre d'enfitns-boyards. Dans le délire de la fureur, les Allemands mutilaient les morts; ils défigurèrent le cadavre de Schein et ceux de plusieurs autres. Maîtres de Sokol , les Polonais enlevèrent Krasnoï, Kozian , Sitna, Tpurolve, Nescherda ; portèrent la dévastation dans la province de Séversk, jusqu'à Starodoub; livrèrent aux flammes deux mille villages dans celle de Smolensk y tandis qu'au milieu de ces désastres y le tzar se tenait immobile à Pskof !

Alors que les généreux enfans de la Russie périssaient victimes de la lâcheté de leur souverain, au moment où la patrie gémissait sous le poids d'une humiliation qu'elle était loin de mériter, un Russe, autrefois cher à son pays, se couvrait d'une éternelle honte par ses triomphes. Criminel transluge, le prince André Kourbsky, transporté de courroux , cherchait des consolations dans la vengeance et se trouvait ainsi qu'un autre moscovite , Vladimir Zabolotzky , sous les drapeaux de^Batory. Il prit une part très-active aux succès des arhies du roi , et ce fut au milieu des cendres de Polotsk , entouré de ruines trempées

38l2 HISTOIRE

iS^f). du sang de ses concitoyens > qu'il répondit à la lettre que Jean lui avait écrite de Volmar. « Eh » bien! lui disait-il^ où sont donc tes victoires?.. » dans la tombe des héros y des vrais défenseurs » de la Russie ^ des voïé vodes exterminés par toi ! » Accom^pagné d'un petit nombre de guerriers , » fort seulenient de son courage , le roi Etienne » est dans tes États ; il reprend les provinces que » nous avions conquises et fortifiées; et toi, à » la tête d'une armée nombreuse^ tu te caches » ou tu fkiâ , quand personne lee te poursuit y » hors ta conscience qiii te reproche tes iniquités . >i Voilà les dignes fruits des leçoûs du perfide » Yassian. Tu règnes seul, sans conseillers; tu » fais la guerre , débarrassé d^orgueiUeux voien podes: qu'en r^ulte-t>-il? Au lieu de l'amour » du peuple et de ses bénédictions jadis si dou- » ces à ton cœur , tu ne recueilles que haine et » malédictions universelles ! Au lieu de gloire » militaire , tu t'abreuves de honte, car il n^est » pas àçihQn règne sans de sages ;ninistres , et, » privée d'un chef habile, une armée innombra-* » ble n'est qu'un troupeau de brebis que dis-r )) persent le }>rutt des vents ou la chute des » feuUies dans les forets. !Pes flatteurs ne sont » pas de$ hommes d'État ;^ des myrmidons spi- » ritudk W smt pas des voïévodes : ne voit^on

» pas le jugement de Dieu s'accomplir sur le 1579. M tyran ? Quel spectacle ! .... La famine , la peste , » le fier des barbares ^ les cendres de la capitale , » et, ce qui est plus affreux encore , Popprçbre , » Fopprobre d'un monarque, jadis si illustre ! » Etait-ce là ce que nous désirions tous? ce que » nous avions préparé au prix de notre sang, » et par d'éminens services rendus à notre an- » tique patrie?.... » Après l'éloge des vertus guerrières d'Etienne et une prophétie sur la fin prochaine de la maison entière du tzar, cette lettre était terminée par ces mots : « Je me tais et je pleure t.... » Guidé par sa haine contre Jean, Kourbsky pouvait trouver des justification& dans son esprit, mais non pas échapper aux remoi^s qui le tourmentèrent jusqu'à la fin de ses jours. Il possédait plusieurs villes ou domaines en Volhynie ; toutefois ni les richesses 9 ni les grandeurs né le rendaient heureux. Ayant épousé , sans l'aimer, la princesse Doubrovitzky, il chercha des consolations dans l'amitié, dans les charmes de l'étude ; il connaissait la langue latine et traduisit en Russe les œuvres de Cicéron. Nous lui devons aussi la description du iam^ttx siège de Kazan, de la guerre dé Livonieet de la tyrannie de Jean, auquel il survécut, tians sa vieillesse , il regrettait encore la Russie,

3579. qu'il appelait , avec sentiment , sa patrie bien aimée. L'obscurité couvrit d'un voile épais les derniers jours et la tombe de cet homme qui s'était signalé par de glorieux faits d'armes y par son esprit et son éloquence y enfin par le honteux éclat du crime*

Jean ne fit aucune réponse à Koùrbsky : que lui aurait-il dit y au moment où les circonstances et leur effet moral sur son âme lui étaient les moyens de joindre la présomption aux menaces? Il chargea André Tchelkalof , secrétaire d'État à Moscou, d'annoncer aux habitai^fi( de cette ville, les succès de l'ennemi , avec calme et indiflférence. Ce fonctionnaire habile, ayant fait aussitôt rassembler les citoyens, leur dit : a Bons Mos- » covites , apprenez que le roi a pris Polotsk et » brûlé Sokol : cette nouvelle affligeante exige » de nous de la fermeté. Rien n'est constant » dans ce monde et la &rtupe trahit quelque- » fois les plus grands monarques|. Si Polotsk est » entre les mains d'Etienne, toute la Livonie » . est en notre puissance. Quelques Russes ont » péri ; mais la perte des Lithuaniens est bien )) plus considérable. Consolons -nous de ce revers » peu inquiétant par le souvenir des nom- » breuses victoires et conquêtes de notre tzar » orthodoxe. » Dès que Jean fut assuré que la

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tranquillité régnait dans Moscou ^ il fit écrire au 1679. CQDseil de Lithuianie que^^ prépare à marcber incessamment contre le roi, ses conseillers d'^itat, prenant en pitié les pleurs des Chrétiens ,• étaient parvenus, à force de sollicitations, à lui persuader de suspendre les hostilités* La dépêche ajoutait : « Etienne prouvera son vérijtable amour kà d^ l'humanité et de la justice, si, arrêtant » refTusion du sang, il veujt entrer en ni^ociiji- >i tion$ avec le tzar, à Feifet de conclure une » paix éternelle , appuyée sur une amitié sin- » cère. » dette missive pacifique fut expédiée à y ilua par u^ courrier ; la répoiise de 3a tory ^ apportée par un officier, déclarait, en termes trèsniurs , que la Livonie ^tait le sujet d'une guêtre qui devait en même temps réprimer l'ambiU<m infusée du tzar. I^ roi exiigc^it que, confi3rmémient au droit d^s gens , Lopatinsky, détenu jusqu'alors à Dorogoboifige, flit rendu à la liberté. Ce courrier ennemi dîna chez le tzar à No vgorod , comme s'il eût été l'ambassadeur d'une puissance amie; chose qui ne s'était jamais vue. Voici un extrait de la réponse de Jean à Batory. « Désirant conserver avec vous des re- » latjions de fi^atèmité, je xie veux pas répliquer » à v/ûts reproches. J'attends avec |>ienveill^nce » VQS ambassadeurs j pour lesquiels j'accorde une

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