Tome IX
1^77- qu'Odoïevsky • Il fut mis à mort avec ses deux fils et Eudoxie ^ son épouse y fille du prince Dmitri Belzky> renommée pour sa piété et la sainteté de ses mœurs. Ce dignitaire avait traversé y sans en être atteint ^ tous les orages de la cour de Moscou; il avait résisté aux. nombreuses vicissitudes du gouvernement des boyards^ égalen^snt diimé des Sçhouïsky^ des Beizky et des Glinsky; en i547 il avait figuré au premier mariage de Jean y en qualité de principal officier > et ^ par conséquent^ comme un des seigneurs les plus rapprochés du trône. Continuant à s'élever sous Adascl^efy sans autre appui que son propre mérite, il s'était distingué comme guerrier et comme diplomate. C'était lui qui avait dirigé l'artillerie au siège de Kazan. Il n'avait poi^it Êtit partie de la légion des Opritchniks y de sorte qu'on ne l'avait pas vu figurer avec les Basmanof et Malut^ aux sanglans festins du tzar; mais il avait coatinué à servir l'Etat par son esprit , par ses trairaux ; enfin il succomba à son tour et fut sacrifié comme un reste odieux , un détestable monument de temps plus fortunés* Ainsi avait péri, en. 1576, un autre vieux boyard, le prince Pierre Kourakin, qui, pendant vingt-cinq ans, avait été parmi les voïévodes un modèle d'activité; ensuite le boyard Jean Boutpurlin. Celui-
ci avait survécu à ses nombreux parens ; il e'tait 1577. même parvenu à se concilier la faveur particulière du tzar; cependant ni ses services , ni son habileté dans Fart de la cour ne purent de'tourner sa disgrâce. Cette année et les deux suivantes, on supplicia les grands officiers dont les noms suivent : Pierre Zaïtzof, Tun des plus zélés opritchniks; Gré ff)ire Sabakîn, oncle de la feue tzarine Marpha ; le prince Touloupof, voïévode de la cour , et par conséquent favori du tzar ; Nicétas Borissof, l'échanson Calliste Sabakin, beau-frère du tzar , et Fécuyer prince Jean Dévétélevitsch. Nous ignorons la nature de leurs délits ou plutôt le prétexte de leur supplice. Ce que nous pouvons seulement apercevoir, c'est que, dans ses meurtres, Jean suivait constamment son système de fusion. S'il achevait d'exterminer les ancien^ seigneurs condamnés par sa politique, il n'épargnait pas davantage les nouveaux qu'il proscrivait impartialement. Les hommes vertueux ou les méchans étaient également exposés à sa fureur. C^està peu près à cette époque qu'il fit mettre k mort un saint homme nftnmé Cornélius, abbé de Pskof , avec Vassian Mouromtzef, son humble disciple, et Léonidas, archevêque de Novgorod, prélat indigne, dévoré d'une basse cupidité! Les deux premiers furent écrasés au
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1577. / moyea d'an instrument de torture. Ayant £iit
/ coudre TarcheTeque dans une peau d'oufs^ on la-
I cha contre lui des chiens qui le mirent en pièces.
Rien alors ne pouvait plus surprendre les Russes.
La force de la tyrannie avait émoussë toute espèce
de sentiment ! On rapporte que Cornélius a
écrit, pour.la postérité, Fhistoirede son temps, ou il retrace les calamités de la patrie> les troubles, les divisions intestines , enfin Tanéantissement de la population par la l>arl>arie de Jean, par la Êimine, la peste et les invasions étrangères.
En cette circonstance Kourbsky nous apprend encore la fin du vertueux archimandrite Théodorite , ex-religieux du monastère de Solovky; n avait été Fami de saint Alexandre Svirzky et de Porphyre , cet illustre vieillard proscrit parle père de Jean, pour la généreuse hardiesse avec laquelle il avait défendu l'infortuné prince Schémiakin. Un grand nombre de sauvages lapons avaient reçu le baptême des mains de Théodorite. Loin de s'effrayer d'immenses déserts de neiges , pénétrant au fond de leurs froides et ténébreuses foMêts> il avait annoncé le Sauveur du monde sur tes rives de la Touloma. Après avoir étudié la langue des habitans , il leur expliqua l'Évangile, inventa pour eux des caractères d'écriture, fonda un monastère à l'embouchure de
la Kola ; en un mot^ il les instruisit^ leur fît du 1577. bien à l'exemple de Saint-Etienne de Perme, et vit, avec attendrissement, le zèle que ces gens simples et. débonnaires témoignaient pour la vraie religion. En i56o, il fit, d'après les ordres de Jean , un voyage à Constantinople et lui apporta , de la part du clergé grec de cette métropole, la bénédiction sur sa dignité de tzar, avec l'ancien livre du sacre des empereurs de Byzance. D se fixa ensuite à Vologda, dans le monastère, de Saint-Dmitrî de Priloukt , et, malgré soû âge avancé., il allait souvent visiter son couvent chéri sur les bords de la Kola , ainsi que ses néophytes lapons. Pour passer d'un désert à l'autre , il voyageait par eau en été , et avec un atelage de rennes en hiver ; partout il était . accueilli avec des témoignages d^âmour pour sa personne , avec attention et respect pour sa doctrine. Généralement estimé des Russes et du tzar lui-même , Théodorite attira sur lui la colère de son souverain par son attacfaenient au prince Kourbsky^ dont ce zélé pasteur avait été le confesseur. Il eut le courage de rappeler à Jean la déplorable destinée de cet illustre fugitif, at^ssi malheureux que coupable. Il osa parler de pardon!.. Suivant quelques rapports, Théodorite fut noyé dans une. rivière. D'autres assurent que.
nence.
1577. nonobstant la disgrâce (ju'il avait encourue^ il termina ses jours en paix dans une solitude.
Abus du Ce monarque qui n'épargnait ni. la vertu , ni préémi- la sainteté , qui exigeait en tout une obéissance passive ^ tolérait avec une inexplicable indifférence les disputes sans cesse renaissantes entre les voïévodes russes au sujet du droit* de primauté^ disputes dans lesquelles ceux-ci ne craignaient pas de montrer l'opiniâtreté la plus audacieuse. Us voyaient sans murmurer le supplice de leurs proches ; ils courbaient la tête sous la hache des bourreaux ^ mais ils osaient désobéir au tzar lorsqu'il leur conférait, dans l'armée, des emplois qui ne répondaient pas à Fanciennetéde leur naissance.Ainsi, par exemple, celui dont lé père ou l'aïeul avait été voïévode du centre , ne voulait pas dépendre d'un voïévode dont l'aïeul ou le père n'avait commandé que \ V avant ou V arrière-garde, Vaile droite ou Vaile gauche. Le mécoptent renvoyait au tzar son ordre de service , accompagné d^une plainte , et demandait justice. Alors le prince consultait les registres et prenait l'ancienneté pour base de sa décision. Lorsqu'il se présentait des cas graves , il répondait quelquefois : « Le$ voïéuodes » ne disputeront point sur leurs places ; chacun » gardera la ^ienrie jusqu^à plus ample exa-
» 7nm* » En attendant^ le temps s'ëcoulait dans 1577. une inaction préjudiciable à l'État^ et le coupable jouissait de l'impunité. Ces querelles de prééminence avaient également lieu dans le service de la cour : Boris Godounof, nouvel échanson et favori de Jean^ eut à ce sujet ^ en iSyS, un procès avec le prince Bazile de Sitzky. Le fils de celui-ci refusait de servir à la table du tzar ^ de pair avec Boris y et^ bien que le princ# Basile fi^t revêtu de la dignité de boyard y Godounof fut déclaré, par une lettre-patente du souverain, plus élevé que lui de plusieurs rangs, parce que l'aïeul de Godounof était inscrit dans les anciens registres avant les Sitzky. Mais s'il fermait les yeux sur les disputes des voïévodes à l'oiicasion de la primauté , il ne leur pardonnait jamais de Êiutes dans leur conduite militaire: par exemple, le prince Michel Nozdrovaty, officier de haut rstn^ ^ fut fouetté dans les écuries pour avoir mal disposé le siège de Smilten. « Toutefois ni les supplices,^ ni le déshon- » neur, écrit un annaliste livonien,ne pouvaient » affaiblir le dévouement de ces hommes à leur >} souverain. Nous allons en citer un mémorable » témoignage. Le prince Sougorsky , envoyé vers » l'empereur Maximilien en iSyô, tomba ma- » lade au moment où il traversait la Gourlande,
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1577. w Par respect pour le tzar , le duc fit demander u plusieurs fois des nouvelles de cet envoyé par » son propre ministre^ qui l'entendait répéter » sans cesse : ma santé ri^st rien , pourvu que » celle de notre souverain prospère. Le ministre » étonné lui dit : comvient pouvez^^ous serpir » un tyran avec autant de zèle ? Nous autres
Exemple» Russes y répondit le prince Soucorsky. nous ^ sommes toujours dévoues a nos tzars ^ bons ou » cruels. Pour preuve de ce qu'il avançait le » malade raconta que ^ quelque temps aupa- » ravant , Jean avait fait empaler un de ses » hommes de marque pour une faute légère; » que cet infortuné avait vécu vingt-quatre heu- )) res, dans des tourmens affreux, s'entretenant » avec sa femme et sçs enfans et répétant sans » cesse y grand Dieu y protège le tzar!» C'est* à-dire que les Russes se faisaient gloire- de ce que leur reprochaient les étrangers , d'un dévouement aveugle et sans bornes à la volonté - du monarque, lôrs même que, dans ses écarts les plus insensée, il foulait aux pieds toutes les lois de la justice et de l'humanité.
Ce fut à cette époque que la licence effrénée de Jean étala un nouveau scandale, en transgressant d'une manière inouiéles lois sacrées de l'Église^ La t2;arine Anne n'avait pas tardé à perdre
la tendresse de son ëpoux, soit en raison de sa stë- 1577. rilité, soit uniquement parce que ce prince, oubliant ses devoirs et sa conscience, s'abandonnait au dérèglement de ses mœurs. Telle qu'autrefois Salomônie, cette infortunée princesse fut obligée de se retirer du monde; elle s'enferma dans le cou- Vent de Tivkin , où elle vécut, sous le nom monastique de Darie, jusqu'en i6a6. Aussitôt après sa retraite , sans observer la plu» légère bienséance, sans demander aucune absolution ecclé^ siastique , le tzar se maria pour la cinquième fois Cincpiièavec Anne Vassiltchikof (iSyS). Nous ignorons me marias'il lui accorda le titre de tjsarine et s'il reçut ******" solennelleiiient la bénédiction nuptiale , car celui-ci ne se trouve pas dans la description de ses mariages, et nous ne voyons ni à la cour, ni dans les places émînerites, aucun des parens de cette princesse. Elle piourut bientôt et fut enterrée au couvent des religieuses de Souzdal, où reposaient les restes de Salomonie. La sixième épouse de Jean futune veuve nommée Yassilissa Mélentief, distinguée par sa beauté. Sans s'astreindre à aucune cérémonie religieuse, il se contenta d'une simple bénédiction de son confesseur pour vivre avec elle. Ce n'était pas encore là le terme des mariages illicites du tzar, insatiable dans les meurtres comme dans les voluptés.