Tome IX. :î
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misérable traître, c'est-à-dire, (Jodoilnof^ le prince Basilef Schouïsky et Michel Soltikof , qui figuraient en première ligne dans les cérémonies nuptiales. On y voyait encore un autre ti^îtrc moins inipol*tant sans doute , mais aussi mépris sablCk C'était David Belzky, parent de Maluta Skourakof, qui, quelques mois après , s'enfuit en Pologne. Nous n'avons aucuns renseignemens sur les persécutions de cette époque. Nous connaissons seulement un supplice mémorable et généralement approuvé. Le médecin Bomélius, dont nous avons fait mention , cet odieux instigateur des meurtres, fut brûlé vif sur la place publique d^ Moscou, quelque temps avant le marîage de Jean avec M^ie Nagoï, convaincu de secrètes intelligences avec Batory. Suivant d'autres rapports, les Russes ne pouvant plus souffrir la méchanceté de ce conseiller de la tyrannie, cherchèrent et trouvèrent moyen de le perdre; de soile qu'à la gloire de la justice divine, cet homme, dont les calomnies avaient fait périr tant d'innocens, devint lui-même victime d'une calomnie. Peut-être des délations, ou appuyées de preuves , ou fausses , furent dirigées en même temps contre Belzky ? Peut-être , tel que Kourbsky , il était innocent au moment de sa fuite ? mais bientôt il devint criminel , et
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Commença par donner à Batory des conseils per- >58o. nicieux pour la Russie.
Le tzar apprit la ruine de Véliki-Louki dans sa retaite d'Alexandrovsky, théâtre ordinaire de ses fureurs ou de ses orgies; asile de malheur où le tyran faisait trembler des sujets fidèles et tremblait lui-même au nom de l'ennemi : il expédia aussitôt de nouvelles instructions à ses envoyés Sitzky et Pirof, qui suivaient Batory d'un lieu à l'autre , condamnés à être témoins de ses triomphes. Arrivés à Varsovie, ils lui offrirent d'ajouter encore à leurs concessions quelques districts de la Livonie, en échange des villes russes qu'il avait conquises, le conjurant de suspendre les ^hostilités et d'envoyer ses ambas^ sadeurs à Moscou , pour traiter de la paix. Mais pour toute satisfaction , ils reçurent l'ordre de retourner près du tzar, avec cette réponse du roi : « Je fi* accorderai ni ambassade , ni paix , » ni trêve i jusqu^à ce que Vannée russe ait » évacué la Livonie. n Jean , dont Ja condescendance augmentait tous les jours, adressa une lettre amicale à Etienne : il Rappelait son frère y tsj^ plaignait de voir la Russie inquiétée sans cesse par les attaques des Polonais , et le suppliait enfin de ne pas-ra^sembler de troupes pour Tété suivant. Il fit partir sur-le-champ Pouchkin
tion inouïe
i58o. et Pissensky^ membres du conseil^ pour aller trouver le roi, avec des instructions qui leur prescrivaient la douceur et l'humilité dans les négociations : oubliant même toute dignité , il
Hamiiia- leur était enjoint ( humiliation inouïe ! ) de supporter non-seulement des injures, mais jusqu'à des voies de fait.
Ainsi , un tzar de Moscovie , vidait jusqu'à la lie le calice de l'opprobre ! Honte éternelle qu'il avait méritée !.... Ses actes de faiblesse faisaient naître de nouvelles prétentions; de sorte que Batory, ne se contentant plus de la Livonie , demandait les villes de la Sévérie , Smolensk, Fskof, Novgorod ou du moins Sebège : il exigeait encore, de la Russie , une contribution de 400,000 ducats de Hongrie : un courrier expédié par lui , fut chargé d'apporter à Moscou cet ultimatum. A la fin, Jean perdit patience. Ayant admis en sa présence l'envoyé polonais, il resta assis , ne s'informa point de là santé du roi, auquel il écrivit la lettre suivante : « Nous, » humble souv^^ain de toute la Russie , par la »* volonté de JDieu, et non-par la volonté séditieuse >i des hommes y etc.. Lorsque la Pologne et la Li- » thuanie étaient gouvernées par des souverains » héréditaires et légitimes, ces princes crai- » gnaient de verser le sang; maintenant vous
w oubliez les préceptes du christianisme. Ja- i58i. » mais Olgerd, jamais Vitovte ne violait une w trêve, et vous, après celle convenue à Moscou, » vous vous êtes précipité sur la Russie , guidé » par Kourbsky et de semblables traîtres ! La » trahison vous a rendu maître de Polotsk , et , » .par un manifeste solennel, vous tâchez àujour- » d'hui de séduire mon peuple, de Fengàger à » trahir son souverain, sa conscience et son » Dieu ! Ce n'est point par Tépée que vous faites » la guerre ; c'est à l'aide de la perfidie, et vos » soldats mutilent les morts. . . . avec une atrocité » barbare ! Mes ambassadeurs, porteurs de » paroles de paix , se rendent auprès de vous ; » au lieu de négocier, vous brûlez Louki avec » des grenades ; moyen nouveau et infernal : ils » vous parlent d'amitié, d'amour du procha^in, » au -moment où vous faites massacrer et déyy truire. Comme chrétien, je pourrais vous cé- » der la Livonie, mais qui me répondra que » vous serez satisfait? On me répète que vous » avez fait aux seigneurs polonais la pro- » messe positive de réunir à votre royaume » toutes les conquêtes de mon père et de mon » aïeul ; comment donc trouver la possibilité de » nous mettre d'accord. Je désire la paix; vous 1) ne rêvez que meurtres! Je fais des sacrifices j^
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i58i. » et vous élevez de nouvelles prétentions ! Enfin; » chose difficile à croire^ vous demandez de For ^} pour avoir dévasté mes Etats d'une manière n inique et déloyale!.... Homme de sang! sou- ^) venez- vous qu'il existe un Dieu.... »
Malgré son courroux , Jean consentait à céder encore à Batory toutes les forteresses russes conquises par les armes polonaises, ne se réservant
' que là partie orientale de TEsthonie et de la Livohie, c'est-à^ire Narva, Veissenstein et Dorpat. A ces conditions, il proposait une trêve de sept ans. La réponse à cette dépêche fut une troisième campagne de j&atory, précédée d'une' lettre remplie des plus piquans reproches ; prolixe autant qu'inconvenante de la part d'aune tête couronnée, fc Vous vous vantez, lui disait » Etienne, de vos droits héréditaires ; je ne vous » les envie pas, car je suis d'avis qu'il vaut » 'mieux acquérir une couronne par son propre » mérite, que d'être né sur le trône, d'une » Glinsky, fille d'un traître au roi Sigisniond. » Vous me reprochez d'avoir mutilé des morts^ >y c'est une calomnie! mais il est certain que » vous torturez les vivans. Lequel est le plus » coupable de nous deux? Vous m'accusez d'une >) prétendue perfidie , vous , auteur de faux trai- >) tes frauduleusement altérés dans leur sens par
w l'insertion (d'articles qui favorisaient votre '^ï- V ambition insensée ! Vos voïévodes , loyalement » faits prisonniers par nous , ont été remis en M liberté pour vous rejoindre, et parce qu'ils M sont fidèles à leur patrie , voua leur prodiguez » le nom de traîtres ! C'est par notre seule Vertu » guerrière que nous faisons des conquêtes, » sans avoir besoin des services de vos prétendus » traîtres. Mais où êtes-vous donc. Dieu du pays » des Russes , ainsi que vous vous faites appeler M par vos malheureux esclaves? Nous n'avons M aperçu encore ni votre personne , ni la ban- M nière de la Croix , dont vous parliez sans cesse , » effrayant seulementles Russes avec vos crucifii^ n et non pas les ennemis. S'il est vrai que vous » ayez pitié du sang des chrétiens, je vpus offre » un combat singulier; désignez vous-même le » temps et le lieu; paraissez-y à cheval, et » nous combattrons seuls, afin que Dieu accorde » la victoire au plus juste.... »
Loin de consentir k laisser aux Russes un seul pied de terrain en Livonie, Batory ne voulut plus entendre parler de leurs ambassadeurs. Il les fit chasser de son camp, et pour braver le tzar^ il lui envoya des livres latins , publiés en Allema^e , sur la chronologie des princes de Russie et sur le règne de Jean, afin de prouver,
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i58i. disait-il, que les anciens souverains de Moscovîe ëtaient des vassaux des khans de Tauride y et non pas les descendans de Cësar-Âuguste. U lui conseillait aussi de relire le 5o*. psaume de David, afin de se connaître lui-même ainsi que le doit un chre'tien. Cette lettre injurieuse fut remise à Jean par un envoyé polonais. Le tzar en ayant ordonné la lecture, lui dit avec douceur : Nous répondrons à notre frère le roi Etienne* Puis se levant de sa place, il ajouta d'un air de politesse. Faites nos complimens à votre souverain. . . Cestà-dire qu'intimidé par de nouvieaux mouvemens de Farmée polonaise , Jean cherchait encore la paix , mettant son espérance dans le médiateur important que Voï^ vit s'interposer entre lui et Batory.
Schévrighin, courrier moscovite, envoyé à Vienne et à Rome , était de retour à Moscou. Le faible et insouciant Rodolphe avait répondti qu'il ne pouvait faire aucune disposition sans le consentement des princes de l'empire; que les grands , désignés par lui pour se rendre à Moscou , à l'effet d'y conclure l'alliance projetée , étaient morts ou malades. Mais Grégoire XIII , ce pape célèbre par son zèle pour les progrès de la religion latine , ce vicaire de Jésus-Christ, qui en apprenant les atrocités de la Saint-Bar-
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thélemy, en France, avait fait illuminer Rome, »58u témoigna la plus vive satis&ction en trpuvant , ainsi qu'il le pensait, l'occasion de réunir la Russie à son vaste troupeau. Grégoire avait déjà, en 1676, formé le projet d'envoyer à Moscou un prêtre , nommé Rodolphe Klenchen , qui connaissait la langue et les usages des Russes. Une instruction écrite , rédigée avec infiniment d'esprit et de finesse , le chargeait de déclarer aux boyards que le pape ayant beaucoup entendu parler de la puissance , des conquêtes , de l'héroïsme , de la piété , des qualités étonnantes et aimables que possédait Jean, s'empressait de satisfaire enfin le désir qu'il nourrissait depuis long-temps, celui de témoigner à un monarque aussi extraordinaire l'amitié la plus cordiale, espérant qu'il voudrait bien réprimer les Ottomans, ces éternels ennemis de la chrétienté, et garantir l'intégrité de la religion die Jésus-Christ sûr tout le globe. Il est probable que cette idée avait été inspirée à Grégoire par Kobentzel , ambassadeur de l'Empereur , car il vantait en Europe, non--seulement la puissance des Russes, mais encore leur prétendue bienveillance pour l'Église latine. Une de ses dépêches au ministère de Vienne s'exprimait ainsi : w C'est à tort qu'on >» regarde les Russes comme des ennemis de
^lO HJSTOIRK
i58i. » Féglise latine. Cela pouvait être autrefois; }) mais aujourd'hui ils aiment à s'entretenir de » Rome; ils témoignent le dë^ir de voir cette » ville > et n'ignorent pas que c'est dans son seia » qu'ont souffert et que reposent les principaux » martyrs de la chrétienté, révérés par eux » plus encore que par nous-mêmes : ils connais- » sent la sainteté de Lorette mieux que beau- » coup d'Allemands et de Français. Lorsqu'ils M ont su que j'étais de Tancienne croyance, €t » non pas de celle de Luther qui leur est odieuse, w ils n'ont pas hésité à me conduire près de l'i- » mage de Saint-Nicolas, objet le plus sacré » parmi cette nation. » Il parait cependant que Klenchen ne se rendit point à Moscou, et que l'instruction précitée resta dans les archives du Vatican. Le pape fit à Scbévrighin l'accueil le plus distingué; il le combla de présens qui consistaient en chaînes d'or, en robes de velours; ensuite il ordonna à un célèbre théologien, le
Ambas- jésuite Autoinc Possevin, de se rendre auprès
sade du i ^ «i»
pape. de Batory et à Moscou, à l'effet de réconcilier les parties belligérantes. Voici la réponse de Batory au jésuite : ce Le tzar de Moscovie veut en )} imposer au Saint-Père : à l'aspect de l'orage » qui le menace, il est homme à tout promettre , w et la réunion des cultes et la guerre contre les
» Turcs : quant à moi , il ne me trompera pas. i58f. » Cependant allez ^ agissez ^ je ne m'y oppose en » aucune façon : seulement je suis convaincu que n pour obtenir une paix honorable et avanta- » geuse , la guerre est indispensable : nous l'auw rons cette paix, j'en donne ma parole ! » Après cette entrevue, le pacificateur donna sa bénédiction au roi et partit pour aller trouver le tzar, tandis que sur ses pas , Batôry , à la tête de son armée renforcée par de nouvelles levées , s'avançait rapidement contre Pskof, On était alors au commencement d'août;
Cette invasion n'était plus une surprise, car Ccièbr« Jean, qui s'y attendait, avait confié la défense Pskof. de Pskof à des voïévodes sur lesquels il pouvait compter. Il leur fit prêter serment dans l'église de l'AvSsomption , devant l'image de NotrcrDame de Vladimir, de défendre la ville jusqu'à la mort, serment par lequel s'engagèrent également vis*à-vis des voïévodes , les enfan&rboyards , les stré-? litz et la population entière de Pskof. Transportés par l'amour de la patrie , tous baisèrent la croix en s'écriant : mouron,^ plutôt que de nous rendre! Ils étaient au nombre d'environ trente mille. Aussitôt on répare les fortifications ; on les hérisse de canons , d'obusicrs , d'arquebuses ; on indique à chacun des voïévodes le
i58i, point qu'il doit défendre avec son bataillon particulier^ aux remparts de la ville ou dans les £iubourgs^ sur une étendue de sept à huit verstes» Les nombreuses dépêches du tzar rappelaient sans cesse à la garnison ^ ainsi qu'à ses chei^^ leurs sermens^ leurs devoirs, et de semblables recommandations leur étaient adressées par Alexandre , archevêque de Novgorod. Le vertueux Tichon , abbé de Petchersky, qui avait quitté son couvent , reparut sur le théâtre du carnage , afin de servir sa patrie par ses exhortations et ses prières. En un mot , tout se préparait pour recevoir Batory avec ce magnanime courage , qu'il n'aimait pas à voir aux Russes, mais auquel il savait néanmoins rendre justice. Le prince Youry Galitzin était à Novgorod avec quarante mille hommes. Il s'en trouvait à Rjef environ quinze mille prêts à voler au secours de Pskof : lès princes Bazile Schouïsky et Schestounof campaient sur les rives de l'Oka , pour prendre la défensive dans le cas d'une incursion du khan. Les princes Siméon ( de Tver) Mstislavsky et Kourliatef étaient cantonnés à Volok, avec les principales forces , de sorte que le tzar avait à peu trois cent mille hommes en campagne, armée qui ne s'était vue ni en Russie , ni en Europe , depuis l'invasion des Mogols ! Enfin
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le tzar quitta la Slobode Alexaudrovsky et se lendit *à Staritza avec toute sa cour^ ses boyards et gardesrdu-corps : tout devait laisser croire qu'il allait commander ses armées en personne ^ diriger leurs mouvemens, et, à l'exemple du héros du Don, se précipiter avec elles à la rencontre du nouveau Mamaï.... C'était à l'astuce, à la flatterie, et non pas aux cbmbats que se préparait ce lâche prince !
Ce fut le i8 d'août que le jésuite Possevin, impatiemment attendu par le tzar, arriva à Staritza. Depuis Smolensk jusqu'à cette ville , il avait été reçu et complimenté partout avec les plus grands égards et une pompe extraordinaire. Des bataillons , couverts de riches armures , se tenaient sous les armes au passage du jésuite. Jjds officiers mettaient pied à terre, le saluaient, le haranguaient. Jamais ambassadeurs d'aucun souverain n'avaient reçu, en Russie, de semblables honneurs. Après deux jours employés à se remettre des fatigues de son voyage, Antoine, accompagné de quatre frères de son ordrç , fut admis en présence du tzar. La magnificence de la cour, Féclat des pierrcfs précieuses et des plus riches métaux causèrent son étonnement, ainsi que l'ordre et la parfaite tranquillité qui régnaient au palais. Au nom de Grégoire XIII^
»58f. Jean et Taîné des tzarevitchs, s'étant levés, contemplèrent avec une extrême attention les présens du pape : c'était un crucifix repré* sentant la passion de Notre-Seigneur, un rosaire garni de diamans y et un livre richement relié contenant la description du concile de Florence. Possevin avait aussi des lettres particulières pour les tzarévitchs et pour la tzarine que Grégoire appelait Ânastasie au lieu de Marie. Dans celle adressée à Jean y il le nommait son fils chéri y se disant lui-même l'unique vicaire de Jésus-Christ ; il assurait la Russie de sa sincère bienveillance^ et promettait d'engager d'abord Batory à accepter une paix nécessaire au bien-être de toutes les puissances chrétiennes , ensuite à restituer tout ce dont il s'était injustement emparé. Pour récompense de cette médiation y le pape espérait que Jean rendrait la paix à l'Église y par la réunion de la religion grecque à celle apostolique ^ n'oubliant pas que. l'empire d'Orient avait disparu pour n'avoir pas voulu adopter les statuts du concile de Tlorence. Antoine déclara verbalement aux membres du conseil et au secrétaire d'État André Tchelkalof qme y conformément aux volontés du Saint-Père, et prêt lui*même à perdre la vie pour le tzar, il avait décidé Batory à ne plus exiger de contri-
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butions pour les frais de la guerre ^ se contentant »-Bi. de la Livonie seule y mais dans toute son intégrité. « Lorsque le tzar, ajoutaît*-il, aura con- » clu avec les rois de Pologne et de Suède une » paix que désire le pape , il devra prendre part » à une alliance intime entre la cour de Rome , >j l'Empereur, les rois de France et d'Espagne , » Venise et les autres puissances europe'ennes , » contre les Turcs. Grégoire donnera cinquante » mille soldats pour cette expédition, à laquelle » contribuera également le schak de Perse. » Enfin, Antoine pria le tzar de permettre aux Vénitiens d'exercer librement le commerce en Kussie, et d'y construire leurs églises • On répondit à ces diverses propositions d'une manière affable quoique sans faiblesse. En remerciant le ]»ape de sa bienveillance, le tzar donnait des éloges à la grande idée d'attaquer les Turcs avec les forces réunies de toute VEurope; il ne repoussait pas non plus celle de la réunion des deux Églises et de la paix, avec la Suède pour complaire à Grégoire; mais avant tout , il voulait la paix avec Batory. Il engagea donc Possevin à retourner auprès de ce prince pour accomplir l'œuvre entamée , et lui témoignant de la confiance, il lui dit que la Russie, sous la puissance de qui se trouvait la Livonie depuis le
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i58i. règne d'Yaroslaf I•^ cédait à Etienne soixantesix villes dans ce pays, et outre cela, Véliki- Louki, Zavolotchié, Rév.el, Rélige, Kolm, ne se réservant que trente-cinq villes Livoniennes, Dorpat, Narva, etc. , et qu'il lui était impossible d'augmenter ces sacrifices, et qu'à ces conditions il dépendait d'Etienne de mettre fin à la guerre. En accordant aux marchands Italiens la permission de faire le commerce en Russie , d'avoir des prêtres du rit latin et de prier Dieu à leur manière, Jean ajouta : « Quant aux églises » de la confession romaine, nous n'en avons » jamais eu et nous n'en voulons pas. »
Pendant le cours de ses négociations, les jésuites dînaient chez le tzar avec les boyards et les personnes les plus distinguées. « Au lieu d'un » monarque terrible, rapporte Antoine, j'ai » vu un hôte afifable , entouré de convives qui » lui sont chers : leur distribuant des njets et }} des vins avec une attention affectueuse. Un w jour , vers le inilieu du dîner , le tzar s'ap- *) puyant sur la table, me dit : Antoine 1 res" M taurez i^os forces par h if in et la bonne chère, » pous venez de faire un long voyage y envoyé » vers nous par le Saint^Pêre^ chef et pasteur » de V Eglise romaine ^ pour lequel nous éprou- » vons un profond respect. >> Rempli d'espoir
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d'être utile au tzar en lui procurant la paix et i^'* de contribuer en même temps aux importans projets du pape^ relativement à la Russie^ Antoine se hâta de partir pour rejoindre Etienne ; il ]e trouva au milieu du carnage.
A la nouvelle que Fennemi s'avançait contre Fskof^ les généraux^ leis soldats^ le clergé ^ les citoyens de cette ville , firent en procession le tour des murailles^ portant des crucifix ^ des images miraculeuses et les reliques de Sainte Vsévolod ; les mères avec leurs enfans sur les bras suivaient ce pieux cortège. On demandait au ciel , avec les plus ferventes prières , que l'antique cité d'Olga, devenant pour les ennemis un insurmontable rempart^ échappât à sa perte et sauvât la Russie. Le i8 aoùt^ les voïévodes apprirent que Batory s'était emparé d'Opotchka, de Krasnoï , d'Ostrof , et qu'il avait mis en déroute un léger détachement de cavalerie russe» Us mettent alors le feu aux âiubourgs , montent à cheval et font sonner le tocsin. Bientôt on aperçoit des tourbillons de poussière ; chassés du côté de la ville par un violent ouragan, et l'armée polonaise paraît aux yeux des assiégés, marchant lentement, avec ordre et précaution. L'œil se perdait dans l'immensité de ses bataillons» Elle vient occuper la route de Porkhof et camper Tome IX. 27
i58i. le long de la rivière de y élika. Les Russes essaient aussitôt une sortie vigoureuse^ dans laquelle on fait quelques prisonniers qui leur donnent des renseignemens sur la force de Fennemi. L'armée de Batory , composëe jde Polonais , de Lithuaniens, de Majsoviens, de Hongrois^ d'Allemands^ 4e Lubeckois^ d'Autrichiens, de Prussiens, de Courlandais y de Danois et d'Écossais y s'élevait à peu près à cent mille hommes , cavalerie et infanterie, parfaitement disciplines et équipés d'une manière si brillante , qu'à la vue de ces beljies troupes , l'ambassadeur ottoman , arrivé au camp du roi, s'écria avec enthousiasme : a Si le Sultan et Batory voulaient se liguer » pour agir de concert y ils pourraient con- » guérir l^ Univers I »
Mais cette armée formidable fut effrayée des difficultés du siège, à l'aspect des fortifications presque imprenables d'une ville étendue, abondamment fournie de munitions de guerre et de bouche, défendue enfin par des troupes qui, dès la première affaire , avaient déployé un courage peu commun. Un de nos transfuges, David Belzky^ avait conseillé au roi de ne pas marcher contre Novgorod ni Pskof , villes entourées de rivières , de marais, de bonnes murailles en pierre , fortes surtout par l'esprit national de leurs habi-
tans> mais d'assiéger Smolensk^ moins inacce»- i^'* sible^ moins étrangère h la Lithaanie. Le roi avait déjà repoussé ce sage conseil ^ ainsi que ' celui d'attaquer Novgorod dont la conquête paraissait plus facile à ses voïévodes. L'inflexible Batory craignait qu'on ne l'accusât de timidité^ de faiblesse : pour s'assurer de sa bonne fortune et de la bravoure de ses soldats ^ il voulait affronter tous les obstacles ^ et il commença le mémorable siège de Pskof.
Le ^5 aoùt^ l'ennemi cerna la ville, sous le feu de toute^ les batteries des remparts, qui lui tuaient beaucoup de monde, bien q^'il se £àt abrité derrière un bois. Batory, étonné, ne voulait pas croire à un effet aussi sûr, aussi vigoureux de l'artillerie russe. Il avait d'abord dressé ses tentes sur la route de Moscou, près l'église de Saint- Nicolas; mais bientôt il fut obligé de les faire enlever pour se retirer hors de la portée des boulets qui sifflaient sur sa tête, et d'aller camper sur les rives de la Tchéréka , dans un endroit défendu par des hauteurs.
Cinq jours se passèrent sans aucun mouvement d'attaque. L'ennemi fortifiait son camp au bord de la Vélika ; il observait la ville , et le I*'. septembre il ouvrit la tranchée dirigée le long de la rivière , vers la porte de Ppkrovsky ,
1^1- les travaux se continuaient nuit et jour avec une extrême actiTitë. On approchait les gabions ^ on garnissait l'escarpe; mais les yoïëvodes dePskof^ ayant deviné le dessein de l'ennemi y font construire sur les lieux menaces de nouvelles fortifications intérieures, c'est-à-dire, une forte clôture en bois avec des plates-formes à différentes hauteurs. Ensuite ils clM>isissent pour la défense de ce poste important, les plus braves des enfans*boyards, des strélitz, et un officier intrépide, le prince André Kvorostinin : enfin ils font chanter des prières et asperger d'eau bénite une terre qui devait être arrosée du sang de ces braves guerriers. Là , se trouvaient continuellement les princes Schouïsky et les secrétaires du tzar qu'on lui avait adjoints pour faire partie du conseil de guerre. Le 7 septembre, les batteries polonaises étant établies , vingt pièces de siège commencèrent alors à foudroyer les murailles, entre la porte de Pokrovsky et celle de Svinsk. Le jour suivant plusieurs brèches y étaient pratiquées , et le roi déclara que le chemin de la ville était ouvert aux héros, ce Les Russes p disait-il , irent" » blent derrière leurs murailles et nous n'apons » peis un instant à perdre. » Les voïévodes qui dînaient dans la tente royale s'écrièrent : « Sire^ 1) nous souperons aujourd'hui avec Votre Majesté
» dans la citadelle de Pshof. » A l'instant ils i58i ordonnent l'assaut y promettant aux soldats toutes les richesses renfermées dans la place ; les Hongrois, les Allemands , les Polonais répondent ail signal du carnage par de bruyantes acclamations et s'élancent sur les brèches , au son des trompettes et drapeaux déployés. Cependant , le son lugubre du tocsin retentissait à Pskof. Les habitans , après de tristes adieux à leurs familles , volent aux lieux du danger et se rangent parmi les soldats , entre les ruines des remparts et les nouvelles fortifications en bois qui n'étaient pas encore achevées. L'abbé Tikon et les prêtres prosternés aux pieds des autels adressaient au Toi^t- Puissant des vœux qui furent exaucés. Le 8 septembre est inscrit dans l'histoire comme le jour le plus glorieux pour la ville dé Pskof.
Malgré le feu soutenu de Tartillerie des rem^ parts, l'ennemi parvenu, sur les cadavres des siens, jusqu'au corps de la place, force la brèche, s'empare des tours de Pokrovsky , de Svinsk , et tout à coup Batory qui observait le combat du clocher de Saint-Nicétas , à une demi-verste de la ville , voit flotter ses étendards sur leurs créneaux. Les combattans s'égorgeaient dans le& ouvertures des murailles, tandis que du haut desi
i58i. tours y occupées par les Polonais et les Hongrois^ une grêle de balles tombait sur les Russes affaiblis et serres. Le désordre allait se mettre dans Leurs rangs lorsque le prince Schouïsky^ baigné de sang^ dont le éheyal était blessé^ mit pied à terre , arrête les fuyards et leur montre l'image de Notre-Dame ainsi que les reliques de Saint-Vsévolod Gabriel, apportées procession- • Bellement par les prêtres ^ car à la nouvelle que déjà l'ennemi était sur les tours et les murailles, ils étaient sortis de la cathédrale et s'ayançaient vers le fort de la mêlée , pour y trouver la mort ou sauver la ville ,par une céleste inspiration de courage aux assiégés. A leur aspect les Russes s'arrêtent ; ils se sentent animés d'une nouvelle ardeur, et, tout à coup, dans un moment décisif on entend une violente explosion : la tour de Svinsk qu'ils avaient minée, saute en l'air avec les soldats et les étendards du roi.... Dans peu d'instans le fossé est rempli de cadavres allemands , polonais et hongrois, tandis que des quartiers de la ville, éloignés et exempts de dangers, des troupes fraîches arrivent au secours de leurs compatriotes : aussitôt ils se réunissent tous pour former d'impénétrables colonnes, et se portent en avant au pas de charge^ en criant : u N^cUfondonnons pas nos religues
» protectrices! » A ce choc imprévu, les en- >^'nemis rompus , déconcertés , sont repoussés des murailles y ou précipités du haut des plates-formes. Les Hongrois, plus obstinés que les autres, voulurent tenir dans la tour de Pokrovsky. Le fer et le feu les forcèrent à l'abandonner. Etienne ayant envoyé des renforts à ses généraux, le combat dura jusqu'au soir j mais cette scène de carnage se passait en dehors de la forteresse où il n'était resté que des malades, des vieillards et des enfans.- Les femmes mêmes, instruites qu'il n'y avait plus d'ennemis sur les remparts; que l'on y avait de nouveau arboré les drapeaux du tzar; enfin que, dans leur fuite, les Polonais avaient abandonné quelques pièces d'artillerie légère à la porte, paraissent aux lieux du combat, les unes munies de cordes pour traîner au Kremlin ces canons enlevés à l'ennemi , d'autres apportant de l'eau fraîche aux guerriers altérés : plusieurs d'entre elles étaient armées de piques, prêtes à combattre pour secourir leurs époux et leurs frères. Enfin, vers la nuit , les vainqueurs rentrèrent en ville conduisant de nombreux prisonniers ; ils portaient en triomphe les drapeaux et les trompettes de l'armée du Roi , trophées conquis par leur valeur. Aussitôt on chanta dans l'église cathédrale un
i5§i . Te Deum solennel , après Jequel les voïévodes adressèrent aux guerriers et aux citoyens le dis* cours suivant : (c Voilà les résultats qiie nous H a procures ce premier jour de fatigues^ témoin I) de notre valeur^ commencé par des gémisse- » hiens^ terminé par l'allégresse ! Acheyon3 ce » que nous avons commencé : un puissant en- » nemi a succombe 5 tandis que jious^ malgré » notre faiblesse^ nous rapportons ses dépouilles » devant l'autel du Tout-Puissant. Le géant » allier est privé de son aliment ^ et nous> hum- » blés chrétiens ^ rassasiés de la clémence di- » vine y nous accomplissons le loyal serment que D nous ayons prêtés. Fidèles à la religion et au M tzar^ ne le trahissons ni par pusillanimité^ ni » par un lâche désespoir. », A l'instant les soldats y les citoyens vivement attendris y s'écrient d'une voix unanime : « Nous sommes prêts à » mourir pour la foi du Christ! Nous achèverons » coinme nous avons commencé avec honneur et )) fidélité. » Un courrier, expédié pour porter à Moscou cette intéressî^nte nouvelle , évita heureusement le camp des Polonais. On ordonna de soigner y aux frais àxx, t2;ar ^ les blessés dont le nombre s'élevait à mille six cent vingt-six. Celui des morts était de huit cent soixante-trois. L'ennemi laissa environ cinq mille hommes sur le
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chamjp de bataille et plus de quatre-vingts offi- i58i. ciers de marque , au nombre desquels se trouvait Bekesi^ commandant hongrois qui jouissait particulièrement de l'estime et de Tamitie d'Étienne. Ce prince, en proie à un violent dépit, s'enferma dans sa tente, refusant de voir ses voïévodes qui lui avaient promis de le faire souper dans la citadelle de Pskof.
Mais le jour suivant, comme il avait rougi de son découragement, Batory se montra aux troupes avec un visage sereiii. Ayant assemblé le Conseil de guerre, il déclara que soit en automne, soit en hiver^ il fallait mourir ou prendre Pskof, nonobstant toutes difficultés. Il fit creuser des mines, bombarder nuit et jour la forteresse et donna Fordre de se préparer à un assaut. Il écrivit ensuite aux voïévodes russes , dans les termes suivans : « Une plus longue résistance » est désormais inutile. Vous devez savoir comr » bien j'ai conquis de villes dans l'espace de » deux ans. Rendez-vous et vous obtiendrez en » honneurs, en gratifications , ce que vous n'au-w riez jamais pu espérer du tyran de la Mos- » covie. Je promets également au peuplç dea ji immunités inconnues en Russie , outre tous » les avantages d'un commerce libre , autrefois » florissant dans ce pays. lia religion , les cou-