CHAPITRE VL
Conquête de la Sibérie-, i558 — 1584.
Premières notions sur la Sibérie el; sur l'empire des Tatars dans ce pays. • — Le plus ancien voyage dés Russes en Chine. — Illustres négocians Stroganof. -4 ftwiidie du tzar Koutchoum. — Brigandage des Cosaques. — lermak. — Expédition contre la Sibérie. — Courroux de Jean IV . — Exploits d'Iermak. — Combats. — Conseil nocturne •des Cosaques. — Bataille décisive. — Prise dlsker ou Sibir. -— Sévérité d'Iermak. — Le prince Mahmelkoul est fait prisonnier. — Suite des conquêtes. ^- Ambassade à Moscou. — Joie publique à Moscou. — Expédition d'une armée en Sibérie. — Nouvelles conquêtes. — Gratifications du tzar. — Maladies et famine en Sibérie. — ^Imprudence des Cosaques. — Siège d'Isker. — Dernières conquêtes d'Iermak. — Sa mort. — Portrait du héros de la Sibérie. — Les Cosaques quittent ce pays.
A Fépoque où le tzar, pouvant disposer d'une armée de Soo^ooo hommes, abandonnait lâchement ses possessions occidentales à 26,000 polonais ou allemands épuises et u demi-morts, une
bande peu no^pbreuse d'aventuriers , excités^ d'une part, par la cupidité'; stimulés, de l'autre, par un noble désir de gloire, faisaient, pour la Russie, la conquête d'un nouvel Empire; ils ouvraient à l'Europe un auti-e nouveau monde, froid, inhabité, mais fournissant en abondance ce qui peut suffire à la vie- de l'homme ; remarquable surtout par la variété, la grandeur, les richesses de la nature. Dans ces contrées ignorées jusqu'alors, le sein de la terre renferme des métaux, des pierres précieuses, et les forêts profondes sont peuplées d'animaux à riches fourrures; de vastes de'serts, ensemencés de blé sauvage par la nature elle-même; des fleuves navigables, des lacs immenses et poissonneux; des plaines étendues et fertiles, n'attendent qufe lamain de l'homme laborieux pour présenter, dans le cours de quelques siècles, le tableau d'une nouvelle activité sociale, pour ouvrir un asile aux peuples resserrés en Europe et offrir à l'excidant de sa population une bienfaisante hospitalité. Trois marchands, secondées par un chef fugitif des flibustiers du Volga, formèrent, sans aucun ordre du tzar, le hasardeux projet de conquérir la Sibérie au nom de ce souverain. L'immense étendue de l'Asie septentrionale, bordée par les monts Ourals, la mer glaciale^