‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 28 sur 45 · Tome IX. ag · texte numérisé non relu

Tome IX. ag

45o HISTOIRE

lASa. Pans le trouble de son àme^ il & conToquer «iiuw'^'^ie l^s boyards et leur dit avec gravité : c< La main monae. ^ ^^ Dieu s'est appesantie sur moi et il ne me I) reste plus qu'à finir mes jours dans La soli-- » tude d'un monastère. Incapable de gouverner ^ la Russie 9 Fédor, mon second fils^ ne pourrait » régqer longs-temps* Choisissez donc un. digue » monarque ; je lui remettrai à Tinistant mon 1^ .$ceptre ^t mes Etats. » Ces mots excitèrent une vive surprise dans l'assemblée. Quelquesuns de$ assistans , persuadés de la sincérité de J^Up étaient émus jusques au fond .du coeur ^ d'autres> soupçonnant une ruse^ regardaient cette proposition comme un moyen de sonder leurs secrètes pensées, et craignaient de s'exposer, eux «t i'oJbjet de leur choix, à un cruel supplice. Ils répondirent unanimement : « Ne noui aban- V donnez pas, nous ne. voulons point d'autre M souverain que celui que Dieu nous.à donné, >> .^ous et votx'e (ils. n Le tzar résista- d'abord à leurs pressantes sollicitations , cependant ii consentit à supporter encore le &rdeau du gou<veruement ; mais le sceptre , la couro^me, tous les ûbjeta dé grandeur , de richesse et de luxe, ^reiut éloignés de sa vue. Couvert, ainsi que sa cour , d'habits de deuil, il assistait à des services funèbres , et s'imposait des pénitences. Il envoya

DE RUSSIE. ^5ï

io,ôoo roubles aux patriarches de Constantî- sSSa. nople, d*Antioche , d'Alexandrie, de Je'rusalem, les engageant à prier Dieu pour le repos de l'âme du tzarévitch. Enfin, peu à peu, son agitation finit par se calmer, bien que, d'après divers rapports j il déplorât sans cesse la perte de son fils chéri , et qu'au milieu de joyeuses conver^ sàtions , son souvenir lui arrachât souvent des larmes; mais il pouvait donc encore se livi'er à la gaiféJ S*il faut en croire les historiens étrangers , il rie tarda pas à recommencer ses cruautés et fit supplicier plusieurs hommes de guerre , sotis le prétexte qu'ils, avaient lâchement livré des forteresses k Batory , tandis qu'au témoignage des ennemis eux-mêmes , les Russes étaient regardés comme de braves et invincibles défenseurs de leurs villes. A cette époque, et jbus la même apparence de justice , Jean imagina pour le père de son épouse une punition d'un genre extraordinaire. Depuis long-temps Gôdounbf^ couvert de blessures reçues en défendant le tzarévitch , n'avait pas paru à la cour. Théodore Nagoï insinua au tzar que 1^ maladie n'était que le prétexte d'un éloignement dont le dépit et la colère étaient le véritable motif. Pour s'assurer de la vérité , le prince ayant été visiter Godounof vit les plaies de son corps, ainsi que le

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i5i9. séton applique sur lui par le n^^pciant Stroganof^ habile dans l'art de la médecine. U embrassa le ]nalade> e^ en témoignage de£iTeur particulière^ il accorda à celui qui le traitait le privilège des * hommes de marque^ c'est-à-dire^ d'ajouter à son nom de imptéme celui de son père 5 avec la terminaison pitsch j ainsi que cela se pratiquait pour les plus illustres di^itaires de l'Empire.. Ensuite il ordonna à Stroganof de poser le même jour les plus douloureux setons sur la poitrine et les côtes du calonmiateur Théodore Nago'û Sans doute la calomnie est un délit grave; mais et raffinement , cette recherche dans les moyens de tourmenter les hommes^ montrent-ils l'humilité d'un cœur abattu par l'affliction? Dans les affaires de l'État, Jean se montre à nous avec ison sang-froid ^ sa prudence , sa tranquillité ordi-^ naire 5 qualités qui dans des circonstances aussi affreuses pour le cœur d'un père ne pouvaient nattre que d'une étonnante grandeur d'âme ou de son insensibilité. Le 28 novembre^ c'est-à-* dire six jours après les funérailles de son fils, il donna audience à un courrier qui lui fit la relation du siège de Pskof . Pendant le cours des négociations 9 il en connaissait tou^ les détails et dirigeait ses plénipotentiaires. Au mois de février ceux-ci vinrent lui apporter le traité.

Bientôt on vit paraître aussi dans la capitale iMs. le rusé jésuite Antoine Possevin. Il menait pour ae"jf7an "*^ recevoir les remercimens du tzar et chercher , blMadem^ au moyen delà bienveillance de ce prince^ à at- * ^°^^ teindre le but de sa mission, en accomplissant le projet formé depuis long-temps par la cour de Rome, de réunir les diverses croyances et toutes les forces des royaumes chrétiens contre les Turcs. C'est ici que Jean déploya la souplesse naturelle de son esprit, son adresse, sa prudence, qualités auxquelles le jésuite lui-même fiit obligé de rendre justice. Nous allons rapporter ces intéressans détails, tirés des mémoires de Possevin.

(c J'ai trouvé, dit-il, le tzar plongé dans une » profonde affliction : cette cour pompeuse, vêtue M de lugubres habits, offrait l'aspect d'une hum- » ble retraite de religieux, et donnait l'idée du » chagrin auquel l'âme du tzar était en proie ^ » mais les volontés du Très-Haut sont incompré- » hensibles ! la douleur même de ce prince, na- » guère si indomptable, l'avait disposé à la » modération , lui avait inspiré la patience de. n m'écouter avec attention. » Antoine expliqua alors l'importance du service, qu'il venait de rendre à la Russie, en lui procurant la paix , et, pour persuader Jean de la sincère amitié de Batory, il lui rapporta les parples suiva^ntes de ce

i58a. prince : « Dites au tzar de Moscovie que toute » inimitié est éteinte dans mon cœur ; que je » n'ai aucun désir de conquête pour l'avenir. Je » veux qu'il me regarde comme un frère qui dér » sire le bonheur de la Russie ; que dans Fé- » tendue de nos Etats , les routes et les ports - » de mer soient ouverts aux négocians^ aux » voyageurs des deux nations^ pour leur utilité » réciproque. Je laisserai passer librement en » Pologne et en Livonie , les Allemands et les » sujets du pape qui se rendraient à Moscou , Paix i) aux chrétiens^ mais guerre aux brigands de M la Crimée ! Que le tzar s'unisse à moi pour » marcher contre eux ! JNfous nous concerterons » sur le temps et les moyens propres à réprimer » ces parjures 5 avides d'or et de sang. Fidèle à >} ma parole, je ne ralentirai pas mes efforts. Je » ne sui»ni Polonais, ni Lithuanien, mais un » étranger sur le trône, et je veux acquérir dans » l'univers une honorable réputation. >> Jean témoigna sa gratitude pour les dispositions amicales de Batory , et répondit qu'il n'était plus en guerre avec le khan. En effet, le prince Basile Mossalsky , ambassadeur russe , avait , pendant un séjour de quelques années enTauride, conclu enfin une trêve avec ce pays«^MahmetGhireï ne désirait que le repos, épuisé parles secours

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quHl avait dû fournir aux Turcs dans une lôn- iWa. guQ guerre contre la Perse ; cet évënement délivra la Russie de ses dangereuses incursions durant le cours de cinq aiinées.

Ensuite^ voulant aborder la question principale y Antoise sollicita une audience particulière du taar, à l'effet de Fentretenir de la réunion des cultes, w Je suis prêt à vous entendre , lui » dit Jean; mais en présence de mon conseil- » privé, et, si cela est possible, sans disputer, » car chacun, préconisant la religion qu'il pro*- » fesse, craint d'être contredit sur ce point. La w controverse est une source de querelles, et » moi je ne désire que paix et amitié. » Au jour indiqué (le 21 février), Antoine, accompagné de trois jésuites , fut introduit dans la salle du trôiie, où le tzar était assis, entouré de ses pf4ncipaux officiers. -A près les coraplimens « d'usage, il exhorta de nouveau l'ambassadeur a ne pas entamer la question de la religion. « An- ^) toine , ajoula-t-il , j'ai déjà cinquante-un ans , » et il ne me reste pas long-temps à vivre : » élevé dans les principes de notre Église ekrë^ » tienne, séparée depuis des siècles dé FE^ise » latine, pourrais-je lui devenir infidèle prés » du terme de mon existence? Le jour du jugc- » ment de Dieu s'approche ; il fera voir laquelle

4^ niSTOIRK ^

iS0Q » des deux religions est la plus ▼raie*^ la plus n sainte; mais parler si tous le désirez. » Alors Antoine dit avec vivacité, avec chaleur : « li- » lustre souverain, de toutes les marques de M bonté que vous m'avez accordées jusqu'à pré- » sent, la plus grande est cette permission de » vous parler d'un objet aussi important pour » le salut des chrétiens. Loin de vous l'idée que » le Saint-rPèi*e songe à vous contraindre d'ab- » jurer la religion grecque! Non, seigneur ï » connaissant l'étendue, la force de votre es-^ » prit , il désire seulement que vous examiniez » les actes des premiers conciles, et que vous » établissiez comme loi immuable, dans votre » Empire, les vérités qui nous sont transmises » par l'antiquité. On verra alors s'évanouir les » nuances qui séparent les deux Églises. Nous j) ne formerons plus alors qu'un seul corps en » Jésus-Christ , à la grande satisfaction du seul » pasteur véritable donné à l'ÉgliseparleTrès- » Haut. Seigneur, en suppliant le Saint- Père » de procurer la paix à l'Europe , et de réunir » tous les 'monarques chrétiens pour réprimer n les infidèles, ne l'avez- vous pas reconnu vous^ » même pour le chef de la chrétienté? N'avez- » vous, pas témoigné une estime particulière » pour l'Église apostolique romaine, en per^

» mettant à tous ceux qui la confessent de se- i58i.

» joumer librement dans vos États ^ et d'invo-

» quer le Tout«*Puissant selon les saints rites

» qu'elle a consacre's? Personne n'a pu vous for-

» cer à reconnaître ce triomphe de la vérité;

» mais Vous avez été^ puissant monarque^ visi-

» blement guidé par la volonté du Roi àts rois ,

» sans laquelle une feuille des forets ne se de-^

» tache point de sa tige. Cette paix universelle

» que vous désirez, cette alliance des souverains^

» peut-elle avoir une base solide sans l'unité

» des cultes? Vous savez d^a illeurs qu'elle a été

» décidée par le concile de Florence, par l'Em-

» pereur, par le clergé grec, et même par Isi-

}} dore , cet illustre chef de votre Église; lisez les

» actes de ce huitième concile oecuménique qui

» vous ont été présentés, et s'il vous restait en-

» core quelques doutes, permettez-'moi de les

}) dissiper, en éclaircissant ce qui vous paraî-

» trait obscur. La vérité est facile à démontrer.

» A quel degré de gloire, de grandeur ne pouvez-

» vous pas atteindre, si vous l'adoptez; si vous

» contractez une union fraternelle avec' les plus » puissans monarques de l'Europe? Vous re-

}} prendriez alors, seigneur, non-seulement Kief,

» ancien patrimoine de la Russie, mais encore

)} tout l'empire de Byzance que Dieu a ôté aux

iSSs. » Gracs pour les punir de leur scbi^ne et de » leur désobéi^anee à Jésu$*Christ. »

Le tasar répondit tranquillement : « J^ n^aî » jamais écrit au pape au sujet de la religion : » plusieurs mati& me portaient même à ne pas » vcmloir en parler atec vous, d*abo<rd (fens la » crainte de blesser Votre cœur par quelque » parole dure, ensuite parce que je m'occupe » uniquement de choses temporelles et d'af- » faires d'État, laissant de côté la controverse, » qui est du ressort de notre métropolitain. La » hardiesse Me vos discours est appuyée sur » votre qualité de prêtre, ainsi que sur la mis- » sioe doftt vous êtes , chargé ; mais vous vous » tixHupez , si vous croyez que les Grecs sont » pour nous un évangile : nous croyons en Jésiis- » Christ et mm pas aux Grecs. Quant à F-Ëmpire » d'Orîtotf apprenez qu'il n'est pas l'objet de )i moii ambition : sati^it du mien dans ce » Blonde, je ne désire que la itiisérico>rde dî* » vine dans celui à venir. » Jean ne fit aucune m^ntipn ni du concile de Florence, ni de Palliance générale des chrétiens contre le Sultan ; mais en témoignage d'amitié pour le pape, il promit de nouveau liberté et protection à tous les marchand» étrangers^ ainsi qu'aux prêtres de l'église latine, en Russie, sous la condition

D^E RUSSIE. 0g

expi^esse <}u'ils ne disputeraient poiat^a^ec les i58a. indigènes sur la religion. Toutelbis le zélé jésuite voulait C(mtinner la discussion aitamée^ prétendant prouver que les Russes étalait encore novices dans le christianisme , dont Rome éteit la métropole. Ces propos commençaient à exciter Fimpatience du tzar, à Vous vous vantez de votre » orthodoxie^ dit-il, et vous vous rasez Tantique w barbe ! Votre pape se fait porter sur un trène » et donne à baiser sa mule, sur laquelle est » représenté un crucifix ! Quel orgueil pour un a pasteur du christianisme ! Quelle profanation » des choses saintes ! — Il n'y a point là de pro* » fanation, reprit Antoine; c'est justice rendue >i à qui en est digne. Le paj^e est le chef de la *) chrétienté, lé maître des monarques ortho- » doxes, le compagnon de Fapôtre Pierre, qui » est le compagnon de Jésus-Christ; Nous vous D honorons aussi , seigneur , comme le descen- V dant de Monomaque, et le Saint-Père.. ... » La tzar l'interrompant alors lui dit : wLeschré- » tiens n'ont qu'un père qui est aut cieux* » Nous autres souverains de la terre * devons » être lionorés selon les institutions séculières, » et l'humilité doit être la première vertu d'un » disciple des apôtres ; si les honneurs des sou^ » verains sont notre apanage, les papes et les

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i58îi. ^ patriarches doivent se contenter de ceux des D prélats. Nous révérons notre métropolitain; M noos lai demandons sa bénédiction^ mais il >i marche sur la terre et ne s*élève pas^ dans » son orgueil 9 au-dessus des rois. Quelques » papes 5 en effet , ont été de vrais disciples des » apôtres : tels furent Clément^ Sylvestre^ Aga- » thon 9 Léon ^ Grégoire; mais celui qui prend » le titre dé compagnon de J^us-Christ^ celui A> qui se fait porter sur un siège comme sur un » nuage soutenu par des anges ^ et ne vit point n selon la doctrine de son divin maître, celui- >/ là 9 dis^je^ est un loup et non pas un pasteur. » A ces mots^ Antoine^ vivement choqué^ s'écria : ir Si le pape est un%up^ je n'ai plus rien à dire! » Alors , adoucissant sa ^oix , le tzar poursuivit : (c Voilà pourquoi je ne voulais pas vous entre- » tenir sur la religion. Sans le vouloir^ nous » pourrions nous emporter. D'ailleurs ce n'est >i pas Grégoire XIII que j'appelle un loup^ c'est » le pape qui s'éloignerait de la doctrine du » Christ. Restons en là !... » Le tzar posa amicalement sa main sur l'épaule d'Antoine ; ensuite il le congédia avec bonté ^ et ordonna à ses q&cieirs de lui porter les mets les plus exquis de sa propre. table.

Deux jours après ^ le jésuite fut rappelé au

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palais : après lui avoir indiqué une pfoce eu face i58a. de lui^ le tzar lui dit^ en élevant la vmxde ma^ nière à se faire entendre par tous les boyards : w Antoine , je vous prie, d'oublier ce qui a » pu vous déplaire dans ce que j*ai dit sur le n compte des papes. A la vérité^ nous ne som- » mes pas d'accord sur quelques-uns d^ pré- » ceptes de la religion : cependant^ je veux vivre j) en bonne intelligence avec tous les monar- » qués chrétiens. Je vous ferai accompagner à ji Rome par un de mes dignitaires^ et je vous y) donnerai une preuve de ma reconnaissance 3) pour le service que vous m'avez rendu. » Ayant permià ensuite à Antoine de parler aux boyards^ celui-ci fit de nouveaux efforts pour leuF prouver la vérité de là confession romaine^ et, si on doit l'en croire, il composa en trois jours, confomiément à leur désir, tout un livre sur les prétendues erreurs des Grecs , se fondant sur les œuvres théologiques dé Gennadius, patriarche- de Constantinople, confirmé dai» le ppntificat par Mahomet II. Au nom du pape, il supplia le tzar d'envoyer à Rome quelques jeunes Russes versés dans les lettres, afin de les mettre à même de connaître* ies vrcm dogmes de Fctn-cierme Église grecque^ et d'apprendre les langues italienne- ou li^tiœ, en même temps que.

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>^* pour faciliter la correspondance avec Moscou ^ il& «oseigôerailsaÈ le russe aux Italiens. Il exhortait aussi Jeàa à diasseriés dangereux docteurs luthériens qui reniaient la sainteté de la Vierge comme oôllèdiesiélus du Christ^ et à n'accueillir dans tseSi Étais que les prêtres latins. « Le tzar> n lui répondît-on^ cherchera des gens propres )i à Véiade^ et a^ii em trouvai ii les enverra à ^ Grégpireu Quant aux :ln:fehérieiis^ ils peuvent^ » ainsi que tous les hétérodoxes, vivre libre- )».iuenjt ea) |iusaie; niais ils n'oseraient pas y M propager leurs erreurs. »

.. A^Eiftorâ^ .voulait encore : réconcilier la Suède aviec la Ri^sie, insistant. pcincipalemeiit sur la nëeessité de canduce une. alliance avec l'Europe entière^ afin de réprimer lés Turcs. «Si le roi M de Suède> répondit Jean , me -donne des preu- » ves de son amour de la paix, je croirai alors >» à sa .sincérité* Je consens à déclarer la guerre » aux'înfidèlés; mais le pape vl'Eiiipêi^tir , le n roi d'B^gne , cel^i de France et tous les au- » tre^ souverains doivent auparavant convenir n * avec moi , par une ambassade scd^anelle , . des^ H mesures qu'exige cet armement de la chre- Htientéé Je ne puis, à présent, prendre aucu& M^ arrangement k: ce sujet. » C'est-à-dire , que débanrefisé des inquiétudes que lut^vait^lotmees

01$ RUSSIE. Jlfi&

Batory^ il, s'était visibleittent reiraidi sur. le >^'* projet <le çluusser les Turcs de l'Europe, chan^ geni^ot doat le jésuite s'aperçut fecilemeut et qu'il traita de perfidie, ce Le tzar, rapporte Pos- ^ sevia, qui n'avait plus besoin du Sitint'^Père » pour les intérêts de sa. politique, imagina tine ^ ruse pour tranquilliser les superstitieux mos^ M covites, scandalisés de la hardiesse- avec la- » quelle j'avais ju^ leur religipHé Le preitÂer » dimanche du grand carême il me fit a^Mer » au palais, et me -parla, ainsi : Antoine^ ins*^ tt trait que pûus désir iê& voiries cérémonies de » .mxtre Église 9 y ai dmtné F ordre de^ous <iôn^ » daire aujourd'hui dans Je te^Hple déi\Aésùm* n ptiénoù je serai moi-méme. f^ous pourrez y yf contempler la beauté^ la grùfidèur du vrcn M culte de Dieu. Là j nous adorons ce qui esê w aù-ciej^ et non pas les choses d'ici-^bas. Nous » hqnorons notre métropolitain- ^ mais nous ne A le portons pas sur nos breés.é.i Jamais saint ». Pierre n^a été porté par les fidèles^ il tnai^ w . choit nu-^pieds : ei i>ot^ pape ose se dire son » ^dcafre!.:. Étonné de cette ïiouvelle grossie-* J9 reté, je lui répondis frqidement : Tousies lieux B où l^ on adore le Christ sont saints y mais Jus^ » gu^d ce que nçus soyons contenus de quel^ A ' quies dogmes et que le métropolitain de Russie

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jMs. m êoit en rtiaiion aipec le SaiM'Pàre ,je ne puis M asùêtèr d pos cérémonies. Je vous répéterai M que rendre des honneurs au souverain pontife » de l* église est un devoir et non pas un pécJié. » f^ouê ne portez pas votre métropolitain j mais » vous vous lavez les yeux avec l^eau dont il » se lave les mains* Jean m'expliqua alors que » cette cérémonie était instituée en commémo- » mtion de la passion de notre Seigeur; ensuite M il fit un signe 9 et une foule de courtisans s'a- D Tancèrent Ters la porte ^ m'entraînant aTec >i eux« Le tzar me cria de loin : Antoine, prenez 2) garde que quelques luthériens ne pénètrent n avec vous dans l'Église* • • • Décidé à ue pas » y entrer moi-même ^ je m'échappai à la dé- >j robée au moment oîi le cortège s'arrêtait déf Tant la cathédrale. On crut généralement que » je courais à ma perte; mais le tzar^ ^onné » d'abord de ma désobéissance ^ réfléchit quel- » ques instans y se fix>tta le front et finit par dire : )i il est libre d'agir selon sa volonté* Quel était » en cette circonstance le dessein de Jean ? c'é- >i tait de montrer ^ux Russes le triomphe de H leur religion dans la persîmne d'un enTOjé de }) Rome 5 priant dans leur temple ^ baisant la » main du métropolitain à la gloire de l'église n d'Orient^ autant que pour rhumili^^ion de

DË.RtJSâlB. 4^5

» celle d^Occîdrtit ; spectacle propre à effacer i582. >> aux yeux du peuple le scandale produit par » d'extraordinaires marques d'estime pour le >) pape , de la part du tzaç. » Tout porte à croire que les conjectures de tossevîn étaient fondées; toutefois y il fut trompé dans Fespoir de réunir les Russes à FÊglise romaine.

Au reste , jusqu'à son départ, il fut traité par Jean avec une extrême bienveillance; il eut toujours accès au palais , où il était amené à travers les rangs d'unç garde nombreuse et brillante ; il en sortait accompagné par des dignitaires de haut rang : honneur que, sans doute, avant lui, un jésuite n'avait jamais reçu dans aucun pays. Il obtint la liberté de dix-huit captifs espagnols i^fugiés d'Azof en Russie, et qu'çn avait conduijs à Yologda. A sa demande*, le sort des prisonniers polonais ou allemands éprouva quelques adouctssemens, en attendant leur échange; les portes de leurs prisons s'ouvrirent, et ils fiirent logés chez les habitans , qui reçurent l'ordre de pourvoir à tous les besoins de ces malheureux; mais les vives instances du jésuite, relativement à la construction d'églises latines en Russie, furent cle nouveau repoussées par Jean. « Les catho- » liques, dit-il à Antoine , sont libres de vivre » parmi nous selon leur religion , sans reproche

TombIX. 5o

1589. M ni honte; cela doit suffire. «> Possevia s'entreten^ant avec les memkre[s du coQseil de divers usages russes qui paraissaient bizarres an reste de l'Europe ^ citait Touvrage de Herber^t^ix^ &ur la Russie^ où il est dit que le tzar lavait sur-lechamp ss^ main 9 lorsqu'il l'avait donnëç à baiser aux ambassadeurs d'Allemagne^ comn^ s'il eût craint d'être souille' par leur attoucheinent. Les boyards , répondirent qu'Herber^tein , deux fois coipblé de bien&it3 à Moscou 5 était nn ingrat ^ un Cfilomniateur^ qui avait ^rit^es absurdités s\Jx 1^ cpinpte des souverains moscovites. Us furent trè$-çtonnés d'entendre Possevin leur racpnter que Vassili , père de Jean ÏV, avait prônais à l'empereur Charles-Quint trente mille honunes de guerre,, si t^Jui-ci voulait permettre à plusieurs artistes ^l^eftiands de se rendre en Russie* w Les souverains , dirent les boyards^ )) fé fournissent réciproquement des hQjnmes de » guerre en vertu de traités; mais jamais en » échange d^artistes^ »

Enfin y dans l'audience de congé y Jean adressa auj^suite de solenneb remercîoieQ^ pour la part active qu'il avait prise à la conclusion de la trêve ; il. l'assura de spn estime particulière; puis se levant de sa place > il lui tendit la main> et le charnea de complimens pour Grégoire et le roi

Etienne. Ensuite il lui envoya quelques peaux ï58aprécieuses de zibelines noires, dont une partie destinée au pape, et Fautre à Antoine lui-même. D'abopd Possevin refusa ce pre'sent, pre'textant la pauvreté des disciples du Christ ; néanmoins il finit par l'accepter. Il partit de Moscou le i5 mars, accompagné de Jacques Molvianinof, envoyé du tzarj et portant la réponse à la lettre du pape. Il y était dit que la Russie était prête à prendre part dans Falliance des puissances clirétieniie§ contre les Ottomans; mais rien qui eût rapp6frt-à la réunion des deux Églises.

Ici cessèrent pour long-temps les relations de Rome avec Moscou; relations d'ailleurs inutiles pour les deux puissances : car la valeur des voïévodes de Pskof , et non pas l'intervention du jésuite^ avait décidé Batory à la modération, sans lui enlever ni sa gloire, ni les conquêtes importantes que ce héros devait au troublç qui bourrel^it l'âme de Jean, plus encore qu'à son propre courage.

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