‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 33 sur 45 · Tome IX · texte numérisé non relu

Tome IX

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i5a4. fils de Koutchoum ; mais Fhetinan , rigide observateur des lois de la chasteté^ ordonna à la vierge des déserts d'éloigner de lui la séduction de ses attraits et de son innocence» Près de l'embouchure de l'Ischim^ il s'éleva entre les soldats d'Iermak et les farouches habitans de ce misérable pays^ une querelle sanglante, dans laquelle cinq de ses intrépides cosaques perdirent la vie. On célèbre encore aujourd'hui leur mémoire dans les chansons* mélancoliques de la Sibérie. La petite ville de Tachatkan tomba^ aussi au pouvoir des Russes ; leur chef ne jugea pas à propos d'attaquer une place plus importante, fondée par Koutchoum sur les bords du lac Âoussaklou. Il pénétra jusqu'à la rivière de Chische , où commencent les déserts ; imposa des tributs à cette nouvelle conquête , et revint apporter à Isker des dépouilles qui devaient être ses derniers trophées ! '

La domination des Cosaques, établie depuis deux ans sur la Sibérie, leur avait donné les moyens d'ouvrir un négoce avantageux avec les xontrées les plus éloignées de l'Asie, célèbres, de temps immémorial, par leurs richesses et leur commerce florissant. Déjà les caravanes de Boukharie se rendaient à Isker, en côtoyant le lac Aral , à travers les déserts de Kirghis-^aïs-

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saks^ par un chemin frayé sans doute depuis '584. long-temps, peut-être même par Genghis-Khan et ses successeurs. L'arrivée de ces étrangers animait la capitale de la Sibérie et lui donnait Faspect d'une foire tumultueuse , où les; Russes trouvaient en échange de leurs pelleteries , les produits de l'industrie orientale , nécessaires ou agréables à des hommes qui , sans craindre d'exposer leur vie, aimaient à en jouir. Les marchands de Boukharie étaient attendus à Isker,

lorsque lermak apprend que le fugitif Koutchoum avait osé reparaître dans le désert du Vagaï et leur coupait le chemin. Il part aussitôt à la tête de cinquante cosaques pour aller à leur rencontre; il les cherche pendant tout un jour et ne découvre ni la caravane , ni les traces de l'ennemi. Il revient sur ses pas et se dispose à passer la nuit sous des tentes , laissant ses bateaux amarrés au rivage, près de l'embouchure du Vagaï. C'est là que l'Irtisch , dirigeant scwi cours vers l'orient, se divise en deux- bras dont l'un forme de sinueux détours, et dont l'autre coule en droite ligne par un canal appelé d'Ier^ mak, mais qui doit avoir été creusé à une époque bien antérieure ; ses bords aplanis par le temps ne présentent plus aucun vestige du travail des hommes.

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158}. En cet endroit , au sud de la rivière , on voît , au milieu d'un vallon, une ëiévation.destinée, d'après une tradition Unanime , à Fhâbîtatidn d'un roi et formée par les lùatns de jeunes filles. C'est parmi ces moniimens d'un siècle p'erdu dans Foubli que devait périr le conq'uérânt de la Sibérie , celui de qui datent les notions positives que nous avonà sur ce pays. Il devait périr victime de sa propre imprudence , effet d'une inévitable destinée ! lermak n'ignorait pas la proximité de l'ennemi : cependant, sans prendre aucune précaution, sans placer de sentinelles, et comme s^il eût été las de vivre, il s'abandonna, lui et ses camarades, â un profond Sommeil. La pluie tombait à verse : te bruit des vagues , celui des vents contribuaient à endormir les Cosaques , taiïdîs que l'ennemi veillait 5ur l'autre bord du fleuve; Ses eispions ayant découvert un gué s'^apprôchent en silence dû camp d'Iiermak. Ils voient ses guerriers couchés suf la tferre et leur enlèvent trois fiisils avec Iburs sac^s à cartouches, qu'ils apportent à teùr rôi, comme preuve de la fiicilité avec laquelle on pouvait enfin extet*miner les invincibles. A cette ttotivelle Koutchoura tiiesâaillit de joîc. Saus perdre un instant il assaillit les Russes à démi-morts et les égorge ; c'était la nuit du 5 août. Deux seule-

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me^H ^'cJwLppè^eiit ^u massacre. L'un s^enfuît à *584- Jskw; le aecpnd^ qui e'tgit lermak lui-ntên>e,> revçiUé p^r la cliquetis des arines , par les cris des mourans • sie lèvç et voit la mort devant lui. Il p^rviient cependant encore à repousser $es assas^i^s à çpups de sahre, et s'élance dans les ôn4(BiS pro%)des et prageu$es de Flrtisch ; mais^ Mon entrainjé sws les flots p^^* le pojds de la çuiras^ie. dje fer qji'il avait J*eçue du tzar, il se noie .,

ayant d'atteindre pes bateaux. . . • . De'plorable fin pour un conquérant, car il pouvait penser qu'il perdait sa gloire avec la vie ! Non , Je^ eaux de rjirtisch ne l'ont point engloutie ! La reconnaissance de la Russie, les pages de l'bistpire> les anq^les de i'Église , garantissent à Jermak un éternel souvenir !

Ce he'ros, dont les hauts faits avaient effacé depuis long-temps l'e'pithète de brigand jointe à ;^o» pom , périt d'une mort prématurée : toutefois il avait eu le temps de terminer son priûçipal ouvrage. En égorgeant quarante-neuf cosaques plongés dans le sommeil^ Koutchoum ne p^it 9t|çr Iç royaume de Sibérie à la puissance qui Pavait rangé pour jamais au nombre de ses domaines. I^es contemporains et la postérité ont laissé à lermak toute la gloire de cette conquête. Ses ç3^ploit$ sont célébrés non-seulement dans

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i584. les annales, mais aussi dans les temples sacres , où y jusqu'au] ourcVhùi, on prie le ciel pour le repos de son ânle ainsi que pour ses braves compagnons d'armes, morts avec lui sur les rives de Flrtisch, On y retrouve encore son nom dans ceux des lieux, dans les traditions orales, et les plus pauvres cabanes sont ornées de portraits

Portrait de cc Drihce-hetman. Il était d'une fleure noble

du héros * *-'

de Sibérie, et majestucusc ^ d'une taille moyenne. Il avait des muscles prononcés, de larges épaules, un visage aplati, mais agréable, la barbe noire, les cheveux bruns et bouclés, des yeux perçans, miroir d'une âme ardente, énergique, .et d'un esprit pénétrant. Le i3 d'août, son corps fut porté par le courant près du village d'Épantchinsky, à douze verstes d'Abalak. UnTatar, nommé Yaniche , petit-fils du prince Beghîche , péchant dans la rivière , y aperçut les pieds d'un cadavre. L'ayant retii^é de l'èau au rtioyen d'une * corde , il reconnut lerniak à sa cuirasse de fer garnie de bronze, avec un aigle d'or sur la poitrine. Joyeux, il appelle à grands cris les habitans du village pour leur montrer les Jtestes du héros. Diaprés quelques rapports du temps j un mourza, nomme Kandaoul,. fit dépouiller ler- ' mak de sa cuîi'asse et aussitôt un sang frais sortit à gros boiiillons du cadavre déjà roide : les

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Tatars , altérés de vengeance , le placèrent sur ^5S\ un échafaud et en firent un but pour tirer de l'arc pendant six semaines. Le roi Koutchoum et les plus éloignés des princes Ostiaks s'étant rassemblés dans ce lieu pour jouir de cet affreux spectacle, virent avec le plus grand étonnement de nombreux oiseaux de proie voltiger au dessus du cadavre , sans oser y toucher ; des visions , des rêves effrayans , fcrcèrent les infidèles à enterrer le mort dans le cimetière de Beghiche, à Fombre d*un sapin touffu. Le jour de son enterrement , ils firent rôtir et mangèrent trente boeufs en Thonneur de ses funérailles ; ensuite ils donnèrent la cotte de maille d'Iermak aux prêtres de la fameuse idole de Bélogorsk , sa cuirasse au mourza Kandaoul, son habit au prince Seïdek, et son sabre, avec le ceinturon, au mourza Karatscha. Il s'opéra beaucoup de miracles sur sa tombe, qui brillait d'une clarté éblouissante et sur laquelle paraissait, une colonne de feu. Le clergé nlahométan, effrayé de ces phénomènes, trouva le moyen de cacher cette tombe, que personne ne connaît aujourd'hui. Tous les détails relatifs aux exploits et à la mort d'Iermak fufent donnés, en i65o, au centenier Joseph Réniézof, par un Taïscha ou prince Kalmouk, nommé Ablaï , qui brûlait du désir d'acquérir la cui-

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, i584 ^'^sse d'Iermak çt parviùt enQii à Fab|enir des descendâns de Kandaou)..

La nouvelle de la mort de Fhetfuap ploqgça les Russes de Texpédition dans une inexplicable terreur; sa troupe était réduite à cent cinquante cosaques pt soldats de Moi^cqu, y corji^prîsi \es restes de la compagnie étranger^ des StîX)gapof , sous le commandement de Matjiieu IVIçîtchérîak, Tout était fini pouf eux î L^ naort d'Ierraak avait détruit leur audace et lei;FS espérances, I\çdou- LesCosa-tant Koutçhoum , Seïc|ek^ Karatsç^^^ les habi- Si?ia*Sî- tans et la famine , ils se décidèrent à irptourner en Russie, et, le ï5 août, ils abandonnèrent la capitale de la Sibérie , livrés à un profond chagrin. En effet, ils quittaient, dans ce pays, les tombeaux de leurs frères d'armes et les mpnumens sacrés du christ^nisme ^ ils perdaient tout le fruit de leurs pénibles travaux, une conquête achetée au prix de leur sang , et ne voyaient , entre eux et la Russie , que d^immenses déserts , des danger^ sans nombre , des combats et probablement \in trépas ignoré. Ces hommes , najuères coqquérans orgueilleux, maintenant malleureu^ bannis , s'embarquèire^t sur le Tobol ^ à la grande satisfaction de Koutcho^im et de tous lés Sibériens, caries sauvages eux-mên[ies abhorrent upe domination étrangère. Après la mort

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4'I^?*W^kvRo^!tiGliqurp n'avait paç o^é ç^v^pv 1^ i5a4, vXWç d'feHeK, Loi^t^q^i'il apfpi'it la fuite d/es Coçaqi;^^^ toujpi|çs radQutablçs et iji^v^nçilJiç^ à se^ yeux, d^v^ la fçrtepf^^se <;ami«fi dsw^ IfiÇir^ 1^^- ^ teaux foudroyans , il seSgiBir4ft M^^ 4'ipqWptpr lfll|iîn^vigatij*pj il wntraf ^ïir l^ tr^pf ^ d'Akï , s^p ^ , d¥#%«ii4îgpiLjtate ^^^rftç ^ i#>^r y riét^Wip

bientôt il devait perdretdç.pwv^iV 4 1^ VflK?¥i il n'y restait plus de Russes , mais leurs cendres et leurs sépultures y appelaient des vengeurs. Les ombres d'Iermak et de $es compagnons invitaient les Russes à achever la facile conquête d'un pays immense qui s'étend depuis la chaîne des monts Ourals, jusqu'au nord- ouest de l'Amérique, jusqu'à l'Océan oriental. Le succès de cette entreprise devait, dans la suite des siècles , reculer les limites de la Russie jusqu'aux possessions espagnoles et lui procurer, non-seulement d'inépuisables mines de métaux , les riches produits de la chasse, un commerce ,d'ér change avantageux avec la Chine ^ mais encore la gloire de civiliser des peuples sauvages. Elle y trouvait également un moyen heureux de châtier les criminels sans leur faire subir la peine de mort; la possibilité d'utiliser leur existence au profit de l'État, en les faisant servir à peu-

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ï584 pler les déserts ; en employant leurs hras^ libres de chaînes , à extraire les trésors renfermés dans le sein de la terre ; enfin de corriger souvent les mœurs de ces infortunés; puissant motif de consolation pour l'humanité !

Nous verrons bientôt le retouf^des Russes en Sibérie, ainsi que la suite de le*f s^ïtîctoires et conquêtes dand ce nouveau mondé*, sous le règne du successeur de Jean.

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