HISTOIRE DE RDSSIE, II
b&rie et plus encore à leur autorité, qu'ils perdaient à mesure que la nation s'éclairait, languissaient après le règne d'Alexis, qui leur promettait de les replonger dans cette barbarie si chère. De ce nombre était Bozitliée, évêque de Rostov. ïl supposa une révélation de saint Démétrius. Ce saint lui était apparu, et l'avait assuré, de la part de Dieu, que Pierre n'avait pas trois mois à vivre; qu'Eudoxie , renfermée dans le couvent de Susdit), et religieuse sous le nom d'Hélène^ ainsi que la princesse Marie, sœur du czar, devait monter sur le trône et régner conjointement avec son fils Alexis. Eudoxie et Marie eurent la faiblesse de croire cette imposture ; elles en furent si persuadées, qu'Hélène quitta dans son couvent l'habit de religieuse, reprit le nom d' Eudoxie, se fit traiter de majesté, et fit effacer des prières publiques le nom de sa rivale Catherine ; elle ne parut plus que revêtue des anciens habits de cérémonie que portaient les czarines. La trésorière du couvent se déclara contre cette entreprise. Eudoxie répondit hautement : Pierre a puni les sfrëlitz qui avaient, outragé sa mère; mon fils Alexis punira quiconque aura insulté la 'tienne. Elle fit renfermer la trésorière dans sa cellule. Un officier, nommé Etienne Glebo, fut introduit dans le couvent. Eudoxie en fit l'instrument de ses desseins et l'attacha à elle par ses faveurs. Glebo répand, dans la petite ville de Susdal et dans les environs, la prédiction de Dozithée. Cependant les trois mois s'écoulèrent Eudoxie reproche à l'évêque
qm le czar est encore en vie. Les péchés de mon père en sont cause , dit Dozithée ; il est en purgatoire, et il m* en a averti. Aussitôt Euâoxie fait dire mille messes des morts; Dozithée l'assure qu'elles opèrent ; il vient au bout d'un mois lui dire que son père a déjà la tête hors du purgatoire; un mois après, le défunt n'en a plus que jusqu'à la ceinture. Enfin, il ne tient plus au purgatoire que par les pieds, et quand les pieds seront dégagés, ce qui est le plus difficile, le czar Pierre mourra infailliblement
» La princesse Marie, persuadée par Dozithée, se livra à lui à condition que le pèra du prophète sortirait incessamment du purgatoire et que la prédiction s'accomplirait; et Glebo continua son commerce avec l'ancienne czarine.
» Ce fut principalement sur la foi de ces prédictions que le czarowitz s'évada, et alla attendre la mort de son père dans les pays étrangers. Tout cela fut bientôt découvert Dozithée et Glebo furent arrêtés; les lettres de la princesse Marie à Dozithée et d'Hélène à Glebo furent lues en plein Sénat La princesse Marie fut enfermée à Shlusselbourg ; l'ancienne czarine transférée dans un autra couvent, où elle fut prisonnière. Dozithée et Glebo, tous les complices de cette vaine et superstitieuse intrigue, furent appliqués à la question, ainsi que les confidents de l'évasion d'Alexis. Son confesseur, son gouverneur, son maréchal de cour, moururent tous dans les supplices. »
On voit donc à quel prix cher et funeste Pierre le Grand acheta le bonheur qu'il procura à ses peuples; combien d'obstacles publics et secrets il eut à surmonter au milieu d'une guerre longue et difficile, des ennemis au dehors, des rebelles au dedans, la moitié de sa famille animée contre lui, la plupart des prêtres obstinément déclarés contre ses entreprises, presque toute la nation irritée longtemps contre sa propre félicité, qui ne lui était pas encore sensible; des préjugés à dé» truire dans les têtes, le mécontentement à calmer dans les cœurs. Il fallait qu'une génération nouvelle, formée par ses soins, embrassât enfin les idées de bonheur et de gloire que n'avaient pu supporter leurs pères.