IX. — Voyages de Pierre le Grand
Le dessein étant pris de voir tant d'Etats et tant de cours en simple particulier, il se mit lui-même à la suite de trois ambassadeurs, comme il s'était mis à la suite de ses généraux à son entrée triomphante dans Moscou.
1 Les trois ambassadeurs étaient le général Le Fort, le boyard Alexis Gollovin, commissaire général des guerres et gouverneur de la Sibérie, le même qui avait signé le traité d'une paix perpétuelle avec les plénipotentiaires de la Chine sur les frontières de cet empire, et Vonitzin, diak ou secrétaire d'Etat, longtemps employé dans les cours étrangères. Quatre premiers secrétaires, douze gentilshommes, deux pages pour chaque ambassadeur, une compagnie de cinquante gardes avec leurs officiers, tous du régiment Préobazinsky, composaient la suite principale de cette ambassade : il y avait en tout deux cents personnes; et le czar, se réservant pour I tout domestique un valet de chambre, un aomme de livrée et un nain, se confondait dans la foule. C'était une chose inouïe dans 1 histoire du monde, qu'un roi de vingt-cinq I
Mémoires de Pétersbourg et Mémoires de Le Fort,
ans qui abandonnait ses royaumes pour mieux régner. Sa victoire sur les Turcs et les Tar tares, l'éclat de son entrée triomphante 1 Moscou, les nombreuses troupes étrangères affectionnées à son service, la mort d'Ivan son frère, la clôture de la princesse Sophie, et, plus encore, le respect général pour sa personne, devaient lui répondre de la tranquillité de ses Etats pendant son absence. ïl confia la régence au boyard Strechnef et au knès Romadonoski, lesquels devaient, dans les affaires importantes, délibérer avec d'autres boyards.
Les troupes formées par le général Gordon restèrent à Moscou pour assurer la tranquillité de la capitale : les strélitz, qui pouvaient îa troubler, furent distribués sur les froutières de la Crimée, pour conserver la conquête d'Asof, et pour réprimer les incursions des Tar~ tares. Ayant ainsi pourvu à tout, il se livrait à son ardeur de voyager et de s'instruire.
Ce voyage ayant été l'occasion ou le pré» texte de la sanglante guerre qui traversa si longtemps le czar dans tous ses grands projets, et enfin les seconda ; qui détrôna le roi de Pologne Auguste, donna la couronne à Stanislas, et la lui ôta ; qui fit du roi de Suède, Charles XII, le premier des conquérants pendant neuf années, et le plus malheureux des rois pendant neuf autres ; il est nécessaire, pour entrer dans le détail de ces événements, de représenter ici en quelle situation était alors l'Europe.
Le sultan Mustapha ïl régnait en Turquie.
Sa faible administration ne faisait de grands? efforts ni contre l'empereur d'Allemagne Léopold, dont les armes étaient heureuses en Hongrie, ni contre le czar, qui venait de lui enlever Azof, et qui menaçait le Pont-Euxin, ni même contre Venise, qui, enfin, s'était emparée de tout le Péloponèse.
Jean Sobieski, roi de Pologne, à jamais célèbre par la victoire de Choczim et par la délivrance de Vienne, était mort le 17 juin 1696 ; et cette couronne était déjà disputée par Auguste, électeur de Saxe, qui l'emporta, et par Armand, prince de Conti, qui n'eut que l'honneur d'être élu.
La Suède venait de perdre et regrettait peu Charles XI, premier souverain véritablement absolu dans ce pays, père d'un roi qui le fut davantage, et avec lequel s'est éteint le despotisme. Il laissait sur le trône Charles XII, son fils, âgé de quinze ans. C'était une conjoncture favorable en apparence aux projets du czar ; il pouvait s'agrandir sur le golfe de Finlande et vers la Livonie. Ce n'était pas assez d'inquiéter les Turcs sur la mer Noire ; des établissements sur les Palus-Méotides et vers la mer Caspienne ne suffisaient pas à ses projets de marine, de commerce et de puissance ; la gloire même, que tout réformateur désire ardemment, n'était ni en Perse ni en Turquie ; elle était dans notre partie de l'Europe où l'on éternise les grands talents en tout genre ; enfin, Pierre ne voulait introduire dans ses Etats ni les mœurs turques ni les persannes. mais les nôtres.
L'Allemagne, en guerre à la fois avec la Turquie et avec la France, ayant pour ses alliés l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande, contre le seul Louis XIV, était prête à conclure la paix, et les plénipotentiaires étaient déjà assemblés au château de Ryswyk, auprès de la Haye.
Ce fut dans ces circonstances que Pierre et son ambassade prirent leur route, au mois» d'avril 1697, par la grande Novogorodc delà on voyagea par l'Esthonie et par i& Livonie, provinces autrefois contestées entre les Russes, les Suédois et les Polonais, et acquises enfin à la Suède par la force des armes.
La fertilité de la Livonie, la situation de Riga, sa capitale, pouvaient tenter le czar; il eut du moins la curiosité devoir les fortifications des citadelles. Le comte d'Alberg, gouverneur de Riga, en prit de l'ombrage ; il lui refusa cette satisfaction, et parut témoigner peu d'égards pour l'ambassade. Cette conduite ne servit pas à refroidir dans le cœur du czar le désir qu'il pouvait concevoir d'être un jour le maître de ces provinces.
De la Livonie on alla dans la Prusse brandebourgeoise, dont une partie a été habitée par les anciens Vandales: la Prusse polonaise avait été comprise dans la Sarmatie d'Europe ; la brandebourgeoise était un pay? pauvre, mal peuplé, mais où l'électeur, qui se fit donner depuis le titre de roi, étalait une magnificence nouvelle et ruineuse. Il se piqua de recevoir l'ambassade dans sa ville de
ftonigsberg avec un faste royal. On se fit de part et d'autre les présents les plus magnifiques. Le contraste de la parure française* que la cour de Berlin affectait, avec les longues robes asiatiques des Russes, leurs bonnets rehaussés de perles et de pierreries, leurs cimeterres pendants à !a ceinture, fit un effet singulier. Le czar était vêtu à l'allemande; un prince de Géorgie, qui était avec lui, vêtu à la mode des Persans, étalait une autre sorte de magnificence ; c'est le même qui fut pris à la journée de Narva, et qui est mort en Suède.
Pierre méprisait tout ce faste ; il eût été à désirer qu'il eût également méprisé ces plaisirs de table dans lesquels l'Allemagne mettait alors sa gloire. Ce fut 1 dans un de ces repas trop à îa mode alors, aussi dangereux pour la santé que pour les mœurs, qu'il tira Pépée contre son favori Le Fort ; mais il témoigna autant de regret de cet emportement passager, qu'Alexandre en eut du meurtre de Clitus. 11 demanda pardon à Le Fort : il disait qu'il voulait réformer sa nation, et qu'il ne pouvait pas er lore se réformer lui-même. Le général Le Fort, dans son manuscrit, loue encore plus le fond du caractère du czar qu'il ne blâme cet excès de colère.
L'ambassade passe par la Poméranie, par Berlin ; une partie prend sa route par Magdebourg, l'autre par Hambourg, ville que son grand commerce rendait déjà puissante, mais
1 Mémoires manuscrits de Le Fort.
non pas aussi opulente et aussi sociable qu'elle* Test devenue depuis. On tourne vers Minden; on passe la Westphalie, et enfin on arrive par Clèves dans Amsterdam.
Le czar se rendit tians cette ville quinze jours avant l'ambassade ; il logea d'abord dans la maison de la Compagnie des Indes; mais bientôt il choisit un petit logement dans les chantiers de l'amirauté. ïi prit un habit de pilote, et alla dans cet équipage au village de Sardam, où Ton construisait alors beaucoup plus de vaisseaux encore qu'aujourd'hui. Ce village est aussi grand, aussi peuplé, aussi riche, et plus propre que beaucoup de villes opulentes. Le czar admira cette multitude d'hommes toujours occupés ; l'ordre, l'exactitude des travaux, la célérité prodigieuse à construire un vaisseau et à le munir de tous ses agrès, et cette quantité incroyable de magasins et de machines qui rendent le travail plus facile et plus sûr. Le czar cornmença par acheter une barque, à laquelle il fit de ses mains un mât brisé ; ensuite il travailla à toutes les parties de la construction d'un vaisseau, menant la même vie que les artisans de Sardam, s'habiliant, se nourrissant comme eux, travaillant dans les forges, dans les corderies, dans ces moulins dont la quantité prodigieuse borde le village, et dans lesquels on scie le sapin et le chêne, on tire l'huile, on fabrique le papier, on file les métaux ductiles. Il se fit inscrire dans le nombre des charpentiers sous le nom de Pierre Michaeloff : on l'appelait communément maître
Pierre (Peterbas) ; et les ouvriers, d'abord interdits d'avoir un souverain pour compagnon , s'y accoutumèrent familièrement
Tandis qu'il maniait à Sardam le compas et la hache, on lui confirma la nouvelle de la scission de la Pologne, et de la double nomination de l'électeur Auguste et du prince de ( lonti. Le charpentier de Sardam promit aussitôt trente mille hommes au roi Auguste : il donnait de son atelier des ordres à son armée d'Ukraine, assemblée contre les Turcs.
Ses troupes, commandées par le général Shein et par le prince Dolgorouki, venaient de remporter une victoire auprès d'Azof sur les Tartares, et même sur un corps de janissaires que le sultan Mustapha leur avait envoyé. Pour lui, il persistait à s'instruire dans plus d'un art; il allait de Sardam à Amsterdam travailler chez le célèbre anatomiste Ruysch ; il faisait des opérations de chirurgie, qui, en un besoin, pouvaient le rendre utile à ses officiers ou à lui-même. Il s'instruisait delà physique naturelle dans la maison du bourgmestre Vitsen, citoyen recommandable à jV mais par son patriotisme et par l'emploi de ses richesses immenses, qu'il prodiguait en citoyen du monde, envoyant à grands frais des hommes habiles chercher ce qu'il y avait de plus rare dans toutes les parties de l'univers, et frétant des vaisseaux à ses dépens pour découvrir de nouvelles terres.
Peterbas ne suspendit ses travaux que povir aller voir sans cérémonie, à Utrecht et à la Haye, Guillaume, roi d'Angleterre et stathou-
der des Provinces-Unies. Le général Le Fort était seul en tiers avec les deux monarques» Il assista ensuite à la cérémonie de l'entrée de ses ambassadeurs et à leur audience : ils présentèrent en son nom, aux députés des États, six cents des plus belles martres zibelines ; et les États, outre le présent ordinaire qu'ils leur firent a chacun d'une chaîne d'or et d'une médaille, leur donnèrent trois carrosses magnifiques. Ils reçurent les premières visites de tous les ambassadeurs plénipotentiaires qui étaient au congrès de Ryswick, excepté des Français, à qui ils n'avaient pas notifié leur arrivée, non-seulement parce que le czar prenait le parti du roi Auguste contre le prince de Conti, mais parce que le roi Guillaume, dont il cultivait l'amitié, ne voulait point la paix avec la France.
De retour à Amsterdam, il y reprit ses premières occupations, et acheva de ses mains un vaisseau de soixante pièces de canon, qu'il avait commencé, et qu'il fit partir pour Arkhangel, n'ayant pas alors d'autre port sur les mers de l'Océan. Non-seulement il faisait engager à son service des réfugiés français, des Suisses, des Allemands, mais il faisait partir des artisans de toute espèce pour Moscou, et n'envoyait que ceux qu'il avait vus travailler lui-même. Il est très peu de métiers et d'arts qu'il n'approfondit dans les détails; il se plaisait surtout à réformer les cartes des géographes, qui alors plaçaient au hasard toutes les positions des villes et des fleuves de ses États peu connus. On a conservé la carte sur la-
quelle il traça la communication de la mer Caspienne et de la mer Noire, qu'il avait déjà projetée, et dont il avait chargé un ingénieur allemand, nommé BrakeL La jonction de ces deux mers était plus facile que celle de l'Océan et de la Méditerranée, exécutée en France; mais l'idée d'unir la mer d'Azof et la Caspienne effrayait alors l'imagination. De nouveaux établissements dans ce pays lui paraissaient d'autant plus convenables que ses succès lui donnaient de nou velles espérances.
Ses troupes remportaient une victoire contre les Tartares assez près d'Azof, et même9 quelques mois après, elles prirent la ville d'Or ou Orkapi, que nous nommons Précop. Ce succès servit à le faire respecter davantage de ceux qui blâmaient un souverain d'avoir quitté ses États pour exercer des métiers dans Amsterdam. Ils virent que les affaires du monarque ne souffraient pas des travaux du philosophe voyageur et artisan.
Il continua dans Amsterdam ses occupations ordinaires de constructeur de vaisseaux, d'ingénieur, de géographe, de physicien pratique, jusqu'au milieu de janvier 1698; et alors il partit pour l'Angleterre, toujours à la suite de sa propre ambassade.
Le roi Guillaume lui envoya son yacht et deux vaisseaux de guerre. Sa manière de vivre fut la même que celle qu'il s'était prescrite dans Amsterdam et dans Sardam. Il se logea près du grand chantier, à Deptford, et ne s'occupa guère qu'à s'instruire. Les constructeurs hollandais ne lui avaient enseigné
que leur méthode et leur routine : il connut mieux l'art en Angleterre ; les vaisseaux s'y bâtissaient suivant des proportions mathématiques. Il se perfectionna dans cette science* et bientôt il en pouvait donner des leçons. I! travailla, selon la méthode anglaise, à la construction d'un vaisseau qui se trouva un des meilleurs voiliers de la mer. L'art de l'horlogerie, déjà perfectionné à Londres, attira son attention ; il en connut parfaitement toute la théorie. Le capitaine et ingénieur Perry, qui le suivit de Londres en Russie, dit que, depuis la fonderie de canons jusqu'à la filerie de cordes, il n'y eut aucun métier qu'il n'observât et auquei il ne mît la main toutes les fois qu'il était dans les ateliers.
On trouva bon, pour cultiver son amitié, qu'il engageât des ouvriers comme il avait fait en Hollande; mais, outre les artisans, il eut ce qu'il n'aurait pas trouvé si aisément à Amsterdam, des mathématiciens. Fergusson, Ecossais, bon géomètre, se mit à son service. C'est lui qui a établi l'arithmétique en Russie dans les bureaux des finances , où l'on ne se servait auparavant que de la méthode tartare de compter avec des boules enfilées dans du fil d'archal, méthode qui suppléait à l'écriture, mais embarrassante et fautive, parce qu'après le calcul, on ne peut voi1* si on s'est trompé. Nous n'avons connu les chiffes indiens dont nous nous servons que par les Arabes , au neuvième siècle ; l'empire de Russie ne les a reçus que mille ans après; c'est le
sort de tous les arts : ils ont fait lentement le tour du monde. Deux jeunes gens de l'école des mathématiques accompagnèrent Fergusson; et ce fut le commencement de l'école de marine que Pierre établit depuis. Il observait et calculait les éclipses avec Fergusson. L'ingénieur Perry, quoique très mécontent de n'avoir pas été assez récompensé, avoue que Pierre s'était instruit dans l'astronomie : il connaissait bien les mouvements des corps célestes et même les lois de la gravitation qui les dirige. Cette force si démontrée, et avant le grand Newton si inconnue, par laquelle toutes les planètes pèsent les unes sur les autres et qui les retient dans leurs orbites, était déjà familière à un souverain de la Russie, tandis qu'ailleurs on se repaissait de tourbillons chimériques, et que, dans la patrie de Galilée, des ignorants ordonnaient à des ignorants de croire la terre immobile.
Perry partit de son côté pour aller travailler à des jonctions de rivières, à des ponts, à des écluses. Le plan du czar était de faire communiquer par des canaux l'Océan, la mer Caspienne et la mer Noire.
On ne doit pas omettre que des négociants anglais, à la tête desquels se mit le marquis de Carmarthen, amiral, lui donnèrent quinze mille livres sterling pour obtenir la permission de débiter du tabac en Russie. Le patriarche, par une sévérité mai entendue, avait proscrit cet objet de commerce; l'Eglise russe défendait le tabac comme un péché.
Pierre, mieux instruit et qui parmi tous !es changements projetés méditait la réforme de l'Eglise, introduisit ce commerce dans ses Etats.
Avant que Pierre quittât l'Angleterre, le roi Guillaume lui fit donner le spectacle le plus digne d'un tel hôte , celui d'une bataille navale. On ne se doutait pas alors que le czar en livrerait un jour de véritables contre les Suédois et qu'il remporterait des victoires sur la mer Baltique. Enfin , Guillaume lui fit présent du vaisseau sur lequel il avait coutume de passer en Hollande, nommé le Royal Transport, aussi bien construit que magnifique. Pierre retourna sur ce vaisseau en Hollande, à la fin de mai 1698. Il amenait avec lui trois capitaines de vaisseau de guerre, vingt-cinq patrons de vaisseau, nommés aussi capitaines, quarante lieutenants, trente pilotes, trente chirurgiens, deux cent cinquante canonniers, et plus de trois cents artisans. Cette colonie d'hommes habiles en tout genre passa de Hollande à Arkhangel sur le Royal Transport , et de là fut répandue dans les endroits où leurs services étaient nécessaires. Ceux qui furent engagés à Amsterdam prirent la route de Narva, qui appartenait à la Suède.
Pendant qu'il faisait ainsi transporter les arts d'Angleterre et de Hollande dans son pays, les officiers qu'il avait envoyés à Rome et en Italie engageaient aussi quelques artistes. Son général Sheremeto, qui était à la tête de son ambassade en Italie, allait de Rome à
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Naples, à Venise, à Malte, et îe czar passa à Vienne avec les autres ambassadeurs. Il avait à voir la discipline guerrière des Allemands, après les Hottes anglaises et les ateliers de Hollande. La politique avait encore autant de part au voyage que l'instruction. L'empereur était r allié nécessaire du czar contre les Turcs. Pierre vit Léopold incognito. Les deux monarques s'entretinrent debout, pour éviter les embarras du cérémonial.
ïl n'y eut rien de marqué dans son séjour à Vienne que l'ancienne fête de l'hôte et de l'hôtesse, que Léopold renouvela pour lui, et qui n'avait point été en usage pendant son règne. Cette fête, qui se nomme Wirthschafft, se célèbre de cette manière : l'empereur est l'hôtelier, l'impératrice l'hôtelière; le roi des Romains, les archiducs, les archiduchesses sont d'ordinaire les aides, et reçoivent dans l'hôtellerie toutes les nations vêtues à la plus ancienne mode de leur pays ; ceux qui sont appelés à la fête tirent au sort des billets. Sur chacun est écrit le nom de la nation et de la condition qu'on doit représenter. L'un a un billet de mandarin chinois, l'autre de mirza tartare, de satrape persan ou de sénateur romain; une princesse tire un billet de jardinière ou de laitière ; un prince est paysan ou soldat. On forme des danses convenables à tous ces caractères. L'hôte , l'hôtesse et sa famille servent à table. Telle est l'ancienne institution $ : mais dans cette occasion, le roi des
Manuscrits de Pétersbourg et de Le Fort.
Romains, Joseph et la comtesse de Tram représentèrent les anciens Egyptieas; l'archiduc Charles et la comtesse de walstein figuraient les Flamands du temps de Charles- Quint. L'archiduchesse Marie-Elisabeth et le comte de Traun étaient en Tartares ; l'archiduchesse Joséphine, avec le comte de Vorkla, étaient à la persane ; l'archiduchesse Marianne et le prince Maximilien de Hanovre, en paysans de la Nord-Hollande. Pierre s'habilla en paysan de Frise, et on ne lui adressa la parole qu'en cette qualité, en lui pariant toujours du grand czar de Russie. Ce sont de très petites particularités ; mais ce qui rappelle les anciennes mœurs peut à quelques égards mériter qu'on en parle.
Pierre était près de partir de Vienne pour aller achever de s'instruire à Venise, lorsqu'il eut la nouvelle d'une révolte qui troublait ses Etats.
X. — Conjuration punie. — Milice des stréiitz abolie. — Changements dans les mœurs, dans l'Etat et dans l'Eglise.
Il avait pourvu à tout en partant, et même aux moyens de réprimer une rébellion. Ce qu'il faisait de grand et d'utile pour son pays fut la cause même de cette révolte.
De vieux boyards, à qui les anciennes coutumes étaient chères, des prêtres à qui les nouvelles paraissaient des sacrilèges, commencèrent les troubles. L'ancien parti de la princesse Sophie se réveilla. Une de ses
sœurs, dit-on, renfermée avec elle dans le même monastère, ne servit pas peu à exciter les esprits : on représentait de tous côtés combien il était à craindre que des étrangers ne vinssent instruire la nation Enfin, qui le croirait? la permission que le czar avait donnée de vendre du tabac dans son empire, malgré le clergé, fut un des grands motifs des séditieux. La superstition, qui dans toute la terre est un fléau si funeste et si cher aux peuples, passa du peuple russe aux strélitz répandus sur les frontières de la Lithuanie : ils s'assemblèrent ; ils marchèrent vers Moscou, dans le dessein de mettre Sophie sur le trône et de fermer le retour à un czar qui avait violé les usages en osant s'instruire chez les étrangers. Le corps commandé par Shein et par Gordon, mieux discipliné qu'eux, les battit à quinze lieues de Moscou; mais cette supériorité d'un général étranger sur l'ancienne milice, dans laquelle plusieurs bourgeois de Moscou étaient enrôlés, irrita encore la nation.
Pour étouffer ces troubles, le czar part secrètement de Vienne, passe par la Pologne, voit incognito le roi Auguste, avec lequel il prend déjà des mesures pour s'agrandir du côté de la mer Baltique. ïl arrive enfin à Moscou, et surprend tout le monde par sa présence : il récompense les troupes qui ont vaincu les strélitz : les prisons étaient pleines de ces malheureux. Si leur crime était grand, le
• Manuscrits de Le Fort.
châtiment le fut aussi. Leurs chefs, plusieurs officiers et quelques prêtres , furent condamnés à la mort »; quelques-uns furent roués, deuxfemmes enterrées vives. On pendit autour des murailles de la ville, et on fit périr dans d'autres* supplices deux mille strélitz*; leurs corps restèrent deux jours exposés sur les grands chemins, et surtout autour du monastère où résidaient les princesses Sophie et Eudoxe. On érigea des colonnes de pierre où le crime et le châtiment furent gravés. Un très grand nombre qui avaient leurs femmes et leurs enfants à Moscou furent dispersés avec leur famille dans la Sibérie, dans le royaume d'Astracan, dans le pays d'Azof : par là du moins leur punition fut utile à l'Etat ; ils servirent à défricher et à peupler des terres qui manquaient d'habitants et de culture.
Peut-être si le czar n'avait pas eu besoin d'un exemple terrible, il eût fait travailler aux ouvrages publics une partie des strélitz qu'il fit exécuter, et qui furent perdus pour lu.i et pour l'Etat , la vie des hommes devant être comptée pour beaucoup, surtout dans un pays où la population demandait tous les soins d'un législateur ; mais il crut devoir étonner et subjuguer pour jamais l'esprit de la nation par l'appareil et par la multitude des supplices. Le corps entier des strélitz, qu'aucun de
1 Mémoires du capitaine et ingénieur Perri, employé en Russie par Pierre le Grand. Manuscrits de Le Fort. Manuscrits de Le Fort.
ses prédécesseurs n'aurait osé seulement diminuer, fut cassé à perpétuité, et leur nom aboli. Ce grand changement se fit sans la moindre résistance, parce qu'il avait été préparé. Le sultan des Turcs, Osman, comme on l'a déjà remargué, fut déposé dans le même siècle et égorge, pour avoir laissé seulement soupçonner aux janissaires qu'il voulait diminuer leur nombre. Pierre eut plus de bonheur, ayant mieux pris ses mesures. Il ne resta de toute cette grande milice des strélitz que quelques faibles régiments qui n'étaient plus dangereux, et qui cependant, conservant encore leur ancien esprit, se révoltèrent dans Astracan en 1705, mais furent bientôt réprimés.
Autant Pierre avait déployé de sévérité dans cette affaire d'Etat, autant il montra d'humanité quand il perdit, quelque temps après, son favori Le Fort, qui mourut d'une mort prématurée, à l'âge de quarante-six ans. Il l'honora d'une pompe funèbre telle qu'on en fait aux grands souverains. Il assista lui-même au convoi une pique à la main, marchant après les capitaines au rang de lieutenant qu'il avait pris dans le grand régiment du général, enseignant à la fois à sa noblesse à respecter le mérite et les grades militaires.
On connut, après la mort de Le Fort, que les changements préparés dans l'Etat ne venaient pas de lui, mais du czar. Il s'était confirmé dans ses projets par les conversations avec Le Fort; mais il les avait tous conçus, et il les exécuta sans lui.
Dès qu'il eut détruit les strélitz, il établit des régiments réguliers sur le modèle allemand ; ils eurent des habits courts et uniformes, au lieu de ces jaquettes incommodes dont ils étaient vêtus auparavant : l'exercice fut plus régulier.
Les gardes Préobazinski étaient déjà formés : ce nom leur venait de cette première compagnie de cinquante hommes que le czar, jeune encore, avait exercée dans la retraite de Préobazinski, du temps que sa sœur Sophie gouvernait l'Etat ; et l'autre régiment des gardes était aussi établi.
Gomme il avait passé lui-même par les plus bas grades militaires, il voulut que les fils de ses boyards et de ses knès commençassent par être soldats avant d'être officiers. Il en mit d'autres sur la flotte à Véronise et vers Azof, et il fallut qu'ils fissent l'apprentissage de matelot. On n'osait refuser à un maître qui avait donné l'exemple. Les Anglais et les Hollandais travaillaient à mettre cette flotte en état, à construire des écluses, à établir des chantiers où l'on pût caréner les vaisseaux à sec, à reprendre le grand ouvrage de la jonction du Tanaïs et du Volga, abandonné par l'Allemand Brakel. Dès lors les réformes dans son conseil d'Etat, dans les finances, dans l'Eglise, dans la société même, furent commencées.
Les finances étaient à peu près administrées comme en Turquie. Chaque boyard payait pour ses terres une somme convenue, qu'il levait sur ses paysans serfs: le czar établit
pour ses receveurs des bourgeois, des bourgmestres, qui n'étaient pas assez puissants pour s'arroger le droit de ne payer au trésor public que ce qu'ils voudraient. Cette nouvelle administration des finances fut ce qui lui coûta îe plus de peine; il fallut essayer de plus d'une méthode avant de se fixer.
La réforme dans l'Église, qu'on croit partout difficile et dangereuse, ne le fut point pour lui. Les patriarches avaient quelquefois combattu l'autorité du trône, ainsi que les strélitz: Nicon, avec audace; Joachim, un des successeurs de Nicon, avec souplesse. Les évêques s'étaient arrogé le droit du glaive, celui de condamner à des peines affiictives et à la mort, droit contraire à l'esprit de la religion et au gouvernement : cette usurpation ancienne leur fut ôtée. Le patriarche Adrien étant mort à la fin du siècle, Pierre déclara qu'il n'y en aurait plus. Cette dignité fut entièrement abolie : les grands biens affectés au patriarcat furent réunis aux finances publiques, qui en avaient besoin. Si le czar ne se fit pas chef de l'Eglise russe, comme les rois de la Grande-Bretagne le sont de l'Eglise anglicane , il en fut en effet le maître absolu, parce que les synodes nosaient ni désobéir à un souverain despotique, ni disputer contre un prince plus éclairé qu'eux.
11 ne faut que jeter les yeux sur le préambule de Fédit de ses règlements ecclésiastiques, donné en 1721, pour voir qu'il agissait en législateur et en maître: «Nous nous croirions coupable d'ingratitude envers le Très-
Haut si, après avoir réformé Tordre militaire et lechil, nous négligions Tordre spirituel, etc. A ces causes, suivant Texemple des plus anciens rois dont la piété est célèbre, nous avons pris sur nous le soin de donner de bons règlements au clergé. » Il est vrai qu'il établit un synode pour faire exécuter ses lois ecclésiastiques ; mais les membres du synode devaient commencer leur ministère par un serment dont lui-même avait écrit et signé la formule ; ce serment était celui de Tobéissance, en voici les termes : « Je jure d'être fidèle et obéissant serviteur et sujet à mon naturel et véritable souverain, aux augustes successeurs qu'il lui plaira de nommer, en vertu du pouvoir incontestable qu'il en a. Je reconnais qu'il est le juge suprême de ce collège spirituel ; je jure, par le Dieu qui voit tout, que j'entends et que j'explique ce serment dans toute la force et le sens que les paroles présentent à ceux qui le lisent ou qui Técoutent. » Ce serment est encore plus fort que celui de suprématie en Angleterre. Le monarque russe n'était pas, à la vérité, un des pères du synode, mais il dictait leurs lois ; il ne touchait point à Tencensoir, mais il dirigeait les mains qui le portaient.
En attendant ce grand ouvrage, il crut que dans ses Etats, qui avaient besoin d'être peuplés, le célibat des moines était contraire à la nature et au bien public. L'ancien usage de TEglise russe est que les prêtres séculiers se marient au moins une fois ; ils y sont même obligés, et autrefois, quand ils avaient
perdu leur femme, ils cessaient d'être prêtres: mais une multitude de jeunes gens et de jeunes filles, qui font vœu dans un cloître d'être inutiles et de vivre aux dépens d' autrui, lui parut dangereuse ; il ordonna qu'on n'entrerait dans les cloîtres qu'à cinquante ans, c'est-à-dire dans un âge où cette tentation ne prend presque jamais, et il défendit qu'on y reçut à quelque âge que ce fût un homme revêtu d'un emploi public.
Ce règlement a été aboli depuis lui, lorsqu'on a cru devoir plus de condescendance aux monastères ; mais pour la dignité de patriarche, elle n'a jamais été rétablie, les grands revenus du patriarcat ayant été employés au payement des troupes.
Ces changements excitèrent d'abord quelques murmures ; un prêtre écrivit que Pierre était l'Antéchrist, parce qu'il ne voulait point de patriarche ; et l'art de l'imprimerie, que le ezar encourageait, servit à faire imprimer contre lui des libelles ; mais aussi un autre prêtre répondit que ce prince ne pouvait être l'Antéchrist, parce que le nombre de 666 ne se trouvait pas dans son nom et qu'il n'avait point le signe de la bête. Les plaintes furent bientôt réprimées. Pierre, en effet, donna bien plus à son Eglise qu'il ne lui ôta, car il rendit peu à peu le clergé plus régulier et plus savant. Il a fondé à Moscou trois collèges , où Ton apprend les langues et où ceux qui se destinaient à la prêtrise étaient obligés d'étudier.
Une des réformes les plus nécessaires était
l'abolition ou du moins radoucissement de quatre grands carêmes, ancien assujettissement de l'Eglise grecque, aussi pernicieux pour ceux qui travaillent aux ouvrages publics, et surtout pour les soldats, que le fut l'ancienne superstition des juifs de ne point combattre le jour du sabbat. Aussi, le czar dispensa-t-il au moins ses troupes et ses ouvriers de ces carêmes, dans lesquels d'ailleurs, s'il n'était pas permis de manger, il était d'usage de s'enivrer. Il les dispensa même de l'abstinence les jours maigres : les aumôniers de vaisseau et de régiment furent obligés d'en donner l'exemple et le donnèrent sans répugnance.
Le calendrier était un objet important L'année fut autrefois réglée, dans tous les pays de la terre, par les chefs de la religion, nonseulement à cause des fêtes, mais parce que anciennement l'astronomie n'était guère connue que des prêtres. L'année commençait au premier de septembre chez les Russes ; il ordonna que désormais l'année commencerait au premier de janvier, comme dans notre Europe. Ce changement fut indiqué pour l'année 1700 à l'ouverture du siècle, qu'il fit célébrer par un jubilé et par de grandes solennités. La populace admirait comment le czar avait pu changer le cours du soleil. Quelques obstinés, persuadés que Dieu avait créé le monde on septembre, continuèrent leur ancien style ; mais il changea dans les bureaux, dans les chancelleries, et bientôt dans tout l'empire. Pierre n'adoptait pas le
calendrier grégorien, que les mathématiciens anglais rejetaient et qu'il faudra bien un jour recevoir dans tous les pays.
Depuis le cinquième siècle, temps auquel on avait connu l'usage des lettres, on écrivait sur des rouleaux, soit d'écorce , soit de parchemin, et ensuite sur du papier. Le czar fut obligé de donner un édit par lequel il était ordonné de n'écrire que selon notre usage.
La réforme s'étendit à tout. Les mariages se faisaient auparavant comme dans la Turquie et dans la Perse, où l'on ne voit celle qu'on épouse que lorsque le contrat est signé, et qu'on ne peut plus s'en dédire. Cet usage est bon chez des peuples où la polygamie est établie et où les femmes sont renfermées; il est mauvais pour les pays où Ton est réduit à une femme et où le divorce est rare.
Le czar voulut accoutumer sa nation aux mœurs et aux coutumes des nations chez lesquelles il avait voyagé, et dont il avait tiré tous les maîtres qui instruisaient alors la sienne.
Il était utile que les Russes ne fussent point vêtus d'une autre manière que ceux qui leur enseignaient les arts, la haine contre les étrangers étant trop naturelle aux hommes et troj? entretenue par la différence des vêtements. L'habit de cérémone, qui tenait alors du polonais,, du tartare et de l'ancien hongrois, était, comme on l'a dit, très noble; mais l'habit des bourgeois et du bas peuple ressemblait à ces jaquettes plissées vers la
ceinture, qu'on donne encore à certains pauvres dans quelques-uns de nos hôpitaux. En général, la robe fut autrefois le vêtement de toutes les nations; ce vêtement demandait moins de façon et moins d'art : on laissait troître sa barbe par la même raison. Le czar n'eut pas de peine à introduire l'habit de nos nations et la coutume de se raser à sa cour ; mais le peuple fut plus difficile : on fut obligé d'imposer une taxe sur les habits longs et sur les barbes. On suspendait aux portes de la ville des modèles de justaucorps : on coupait les robes et les barbes à qui ne voulait pas payer. Tout cela s'exécutait gaiement, et cette gaieté même prévint les séditions.
L'attention de tous les législateurs fut toujours de rendre les hommes sociables ; mais pour l'être, ce n'est pas assez d'être rassemblés dans une ville, il faut se communiquer avec politesse : cette communication adoucit partout les amertumes de la vie. Le czar introduisit les assemblées, en italien ridotti, mot que les gazetiers ont traduit par le terme impropre de redoutes. Il fit inviter à ces assemblées les dames avec leurs filles, habillées à ia mode des nations méridionales de l'Europe ; il donna même des règlements pour ces petites fêtes de société. Ainsi, jusqu'à la civilité de ses sujets, tout fut son ouvrage et celui du temps.
Pour mieux faire goûter ces innovations, il abolit le mot de golat, esclave, dont les Russes se servaient quand ils voulaient parler aux czars, et quand ils présentaient des requêtes :
11 ordonna qu'on se servît du mot de raad, qui signifie sujet. Ce changement n'ôta rien à l'obéissance, et devait concilier l'affection. Chaque mois voyait un établissement ou un changement nouveau. Il porta l'attention jusqu'à faire placer sur le chemin de Moscou à Veronèje des poteaux peints qui servaient de colonnes miliaires de verste en verste, c'està-dire à la distance de sept cent cinquante pas, et fit construire des espèces de caravansérails de vingt verstes en vingt verstes.
En étendant ainsi ses soins sur le peuple, sur les marchands, sur les voyageurs, il voulut mettre quelque pompe dans sa cour, haïssant le faste dans sa personne, et le croyant nécessaire aux autres. Il institua l'ordre de Saint-André S à l'imitation de ces ordres dont toutes les cours de l'Europe sont remplies. Gollowin, successeur de Le Fort dans la dignité de grand amiral, fut le premier chevalier de cet ordre. On regarda l'honneur d'y être admis comme une grande récompense. C'est un avertissement qu'on porte sur soi d'être respecté par le peuple : cette marque d'honneur ne coûte rien à un souverain, et flatte Famour-propre d'un sujet, s^ns le rendre puissant.
Tant d'innovations utiles étaient reçues avec applaudissement de la plus saine partie de la nation, et les plaintes des partisans des anciennes mœurs étaient étouffées par
1 10 septembre i6Qâ- ûn suit toujours le nouvean
style.
les acclamations des hommes raisonnables.
Pendant que Pierre commençait cette création dans l'intérieur de ses Etats, une trêve avantageuse avec l'empire turc le mettait en liberté d'étendre ses frontières d'un autre côté. Mustapha II, vaincu par le prince Eugène à la bataille de Zenta, en 1697, ayant perdu la Morée conquise par les Vénitiens, et n'ayant pu défendre Azof, fut obligé de faire îa paix avec tous ses vainqueurs : elle fut conclue à Carlowitz, entre Petervaradin et Salankemen, lieux devenus célèbres par ses défaites. Témisvar fut la borne des possessions allemandes et des domaines ottomans, Kaminieck fut rendu aux Polonais; la Morée et quelques villes de la Dalmatie, prises par les Vénitiens, leur restèrent pour quelque temps; et Pierre Ier demeura maître d'Azof et de quelques forts construits dans les environs. Il n'était guère possible au czar de s'agrandir du côté des Turcs, dont les forces, auparavant divisées et maintenant réunies, seraient tombées sur lui. Ses projets de marine étaient trop grands pour les Palus-Méotides. Les établissements sur la mer Caspienne ne comportaient pas une flotte guerrière : il tourna donc ses desseins vers la mer Baltique, sans abandonner la marine du Tanaïs et du Volga.