‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 13 sur 15 · XII. — Du commerûB · texte numérisé non relu

XII. — Du commerûB

Le commerce extérieur était presque tombé entièrement avant lui; il le fit renaître» On sait assez que le commerce a cbangé plusieurs f6is son cours dans le monde. La Russie méridionale était, avant Tamerlan, Tentrep^t de la Grèce et même des Indes; les Génois étaient les principaux facteurs. Le Tanals et le Borysthène étaient chargés des productions de TAsie» Mais lorsque Tamerlan eut conquis, sur la fin du quatorzième siècle, la Ghersonèse taurique, appelée depuis la Grimée, lorsque k» Turcs furent maîtres d'Azof, cette grande branche du commerce du monde fut anéantie.

Pierre avait voulu la faire revivre en se rendant maître d^Âzof. La malheureuse campagne du Pruth lui fit perdre cette ville, et avec elle toutes les vues du commerce par la mer fkAre : il restait à s^ouvrir la voie d*un négoce non moins étendu par la mer Gaspienne. Déjà, dans le seizième siècle et au commencement du diXHwptième, les Anglais, qui avaient fait naître le commerce à Arkhangel, Tavaient tenté sur la mer Gaspienne ; mais toutes ces épreuves furent inutiles.

Kous avons déjà dit que le père de Pierre le Grand avait fait bâtir un vaisseau par un Hollandais, pour aller trafiquer d*Astracan sur les côtes de la Perse : le vaisseau fut brûlé par le rebelle Stenico-Rasin. Mors toutes les espérances de négocier en droiture avec les, Persans s*évanoulrent. Les Arméniens, qui

sont les facteurs de cette partie de VâjA% lurent reçus par Pierre le Grand dans Astracan ; on fut obligé de passer par leurs mains» et de leur laisser tout Tavantage du commerce : c^est ainsi que, dans Tlnde, on en use avec les banians, et que les Turcs, ainsi que beaucoup d^Etats chrétiens, en usent encore avec les juifs; car ceux qui n^ont qu'une ressource se rendent toujours très savants dans Part qui leur est nécessaire : les autres peuples deviennent volontairement tributaires d*un savoir faire qui leur manque.

Pierre avait déjà remédié à cet inconvénient en faisant un traité avec Tempereur de Perse» par lequel toute la soie qui ne serait pas iestinée aux manufactures persanes serait livrée aux Arméniens d^Astracan, pour être par eux transportée en Russie.

Les troubles de la Perse détruisirent bientôt cet arrangement. Nous verrons comment le schah ou empereur persan, Hussein, persécuté par des rebelles, implora Tassistance de Pierre, et comment Pierre, après avoir soutenu des guerres si difficiles contre les Turcs et contre les Suédois, alla conquérir trois provinces de Perse : mais il n*est ici question que du commerce.

L*entreprise de négocier avec la Chine «emblait devoir être la plus avantageuse. Deux Etats immenses qui se touchent, et dont Tun possède réciproquement ce qui manque à rautre, paraissaient être tous deux dans Theureuse nécessité de lier une correspondance* utilOt surtout depuis la paix jurée solennelle-

ment entre Fempire russe et Tempire chinois, en Tan 1689, selon notre manière de compter.

Les premiers fondements de ce commerce avaient été jetés dès Tannée 1653. Il se forma dans Tobolsk des compagnies de Sibériens et des familles de Boukarie, établies en Sibérie. Ces caravanes passèrent par les plaines des Ralmouks, traversèrent ensuite les déserts jusqu'à la Tartarie chinoise, et firent des profits considérables; mais les troubles survenus dans le pays des Kalmouks , et les querelles des Russes et des Chinois pour les frontières, dérangèrent ces entreprises.

Après la paix de 1689, il était naturel que les deux nations convinssent d'un lieu neutre, où les marchandises seraient portées. Les Sibériens, ainsi que tous les autres peuples, avaient plus besoin des Chinois que les Chinois n'en avaient d^eux; ainsi, on demanda la permission à l'empereur de la Chine d'envoyer des caravanes à Pékin, et on l'obtint aisément au commencement du siècle où nous sommes.

Il est très remarquable que Tempereur Cam-hi avait permis qu'il y eût déjà, dans un faubourg de Pékin, une église russe desservie par quelques prêtres de Sibérie, aux dépens même du trésor impérial. Cam-hi avait eu Tindolgence de bâtir cette ^lise en faveur de

{>lusieurs familles de la Sibérie orientale, dont es unes avaient été faites prisonnières avant la paix de 1680, et les autres étaient des transfuges. Aucune d'elles, après la paix de NiplÂou, n*Avait voulu retourner dans sa patrie :

le climat de Pékin, la douceur des mœurs chl-^ noises, la facilité de se procurer une vie commode par un peu de travail, les avaient toutei. fixées à la Chine. Leur petite église grecque n'était point dangereuse au repos de Pempire,. comme l'ont été les établissements des Jésuites. L'empereur Gam-hi favorisait d'ailleurs !& liberté de conscience : cette tolérance fut établie de tout temps dans toute TÂsîe, ainsi qu^elle le fut autrefois dans la terre entière Jusqu*au temps de l'empereur romain Théodose I^^ Ces familles russes, s*étant mêlées depuis aux familles chinoises, ont abandonné leur christianisme, mais leur église subsiste encore.

11 fut établi que les caravanes de Sibérie Jouiraient toujours de cette église quand elles viendraient apporter des fourrures et d'autre., objets de commerce à Pékin ; le voyage, le séjoiu* et le retour , se faisaient en trois années. Le prince Gagarin, gouverneur de la Sibérie, fut vingt ans à la tête de ce commerce. Les caravanes étaient quelquefois très nombreuses, et il était difficile de contenir la populace qui composait le plus grand nombre.

On passait sur les terres d*un prêtre lama, espèce de souverain qui réside sur la rivière d'Orkon, et qu'on appelle le Koutoukas : c'est un vicaire du grand lama, qui s'est rendu indépendant en changeant quelque chose à la religion du pays, dans laquelle l'ancienne opinion indienne de la métempsycose est Totpioion dominante. On ne peut mieux comparer

ce prêtre qu^aax évêques lutitérlens de Lnbee et d'Osnabruck, qai ont secoué le joug de Tévèque de Rome. Ce prélat tartare fût insulté par les caravanes ; les Chinois le furent aussi : le commerce futencore dérangé par cette mauvaise conduite, et les Chinois menacèrent da fermer rentrée de leur empire à cesoaravanei^ si on n*arrétalt pas ces désordres. Le commuée avec la Chine était alors très avanta« geux aux Russes : ils rapportaient de For, de Fargent et des {Herrerles. Le plus gros rubis qu'on connaisse dans le monde fut apporté de la Chine au prince Gagarin, passa depuis dans 1^ mains de Henxikoff, et est actuellement un des ornements de la couronne impériale.

Les vexations du prince Gagarin nuisirent beaucoup au commerce qui Tavalt enrichi ; mais enfin elles le perdirent lui-môme : il fut accusé devant la chambre de justice établie par le czar, et on lui trancha la tète une année après que le czarowitz fut condamné»

et que la plupart de ceux qui avaient eu des liaisons avec ce prince fureat exécutés k mort

En ce temps-là même, remperew* Gam-hi se sentant affaiblir, et ayant Texpérience que les mathématiciens d'Europe étaient plus savants que les mathématiciens de la Chine, cmt que les médecins d^urope valaient aussi mieux que les siens : il fit prier le csar, par les ambassadeurs qui revenaient de lékin à PétensK bourg, de lui envoya* un médecin, n se trouva un chirurgien anglais à Pétersbourg, qui 8*oi!Ht à faire ce personnage : Il partit

avee «n nouvel ambassadeur, et avec Laurent Lange, qui a laissé une description de ce voyage. Cette ambassade fut reçue et défrayée avec magnificence. Le chirurgien aurais trouva Tompereur en bonne santé, et passa^pour un médecin très habile, ka cara^ vane qui suivit cette ambassade gagna beaucoup ; mais de nouveaux excès, commis par cette caravane même, indisposèrent tellement les Chinois, qu'on renvoya Lange, alors récd« dent du czar auprès de Tempereur de la Chine, et qu'on renvoya avec lui tous les mar* chandis de Russie.

L'empereur Cam4d mourut; son-âb lfont>chin, aussi sage et plus ferme que son père, celui-là même qui chassa les Jésuites de son empire, comme le czar les en avait chassés en 171S^, conclut avec Pierre un traité, par lequel les caravanes russes ne commerceraient plus que sur les frontières des deux empires. U n'y a que les facteurs dépêchés au nom du souverain ou de la souveraine de la Russie

2ui aient la permissiou d'entrer dans Pékin ; [s y sont logés dans une vaste maison que l'empereur tlam-hi avait assignée autrefois aux envoyés de la Corée. 11 y a longtemps qu'on n'a fait partir ni de caravanes, ni àe facteurs de la couronne, pour \é ville de Pékin : ce conmmx^ est languissant, mais prêt à se ranimer.

On voyait dis lors plus de deux cents yaisseaux étrangers aborder chaque année à la nouvelle ville impériale. Ce commerce s'ei^t areru de Jour en jour» et a valu, plus d*une

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foiSy cinq millions (argent de France) k la couronne : c'était beaucoup plus que Tintérét éfis fonds que cet établfsse^ent avait coûté. Ce commerce diminua beaucoup celui d'Arkhangei ; et c'est ce que voulait le fondateur

farce q^'Arkhangel e^ trop impraticable» trop loigné de toutes les iiations, et que le commerce qui se fait $0ts les yeux d'uti souverain appliqué est toujours plus avantageux* Celui de la Livonie resta toujours sur le même *pied. La Russie, en général, a trafiqué avec succès; mille à douze cents vaisseaux sont entirés tous les ans dans ses ports, et Pierre a •a Joinâra Futilité à la gloire.

XI^, — Des lois.

Où sait que les bonnes lois sont rares, mais que leur exécution Test encore davantage.

Sus un État est vaste et composé de nsttiona verses, plus il est difficile de les réunir par une même jurisprudence. Le père du czar Pierre avait fait rédiger un code sous ïe titre d'Oulogénle; il était même imprimé; mais i} c'en fallaE beaucoup qu'il pût suffire.

Pierre avait, dans ses voyages, amassé des matériaux pour rebfttir* ce grand édifice qui croulait de tbutes purts : il tira des instrucdons du Danemark, de la Suède, de TÂngleterre,-de TAllemagne, de la France, et prit de <3e$ différentes nations ce qif ifcrut qui con* venait à la sienne. ^

" Jly avait une cour de boyai^ds qui décidait en dernier ressort des affaires contentieuse8^

Le rang et la naissance y donnaient séance^ il fallait que la science la donnât : cette cour fut cassée. • ^ • . • .*

Il créa un procureur général, auquel il Joignit quatre assesseurs dans chacun des gouvernements de rempîre^s ils furent Ifaargéa de veiller à la conduite des juges, dont les sentence^ ressortirent a# sénat qu'il établit : * chacun de ces juges fut pourvu d'un exemplaire de roulogénie, avec les additions et les " changements nécessaires, en attendant qu'on pût rédiger un corps complet de lois.

Il défendit à tous ces juges, sous peine tle mort, de recevoir ce que nous appelons des épices : elles sont médiocres chez nous; mais f

il serait bon qu'il n'y en eûtpoint. Les grands \^

frais de notre justice sont Idl salaires des su- ' ^

balternes, la multiplicité des écritures, ^t ^

surtout cet usage onéreux dans les procédures de composer les lignes de trois mots, et .* ' « d'accabler ainsi, sous un tas immense de papiers, les fortunes des citoyens. Le czar eut |* soin (m% les frais fussent médiocres et la Jus- s tice prompte. Les Juges, les greffiers, eurent des appointements du trésor public, et n*ar * > chetèrent point leurs charges.

Ce fut principalement dans Tannée 1718, pendant qu*il instruisait «olennellement le procès de son fils, qu^il fit ces règlements. La plupart des lois qu'il porta furent tirées de *

celles de la Suède ; et il ne fit point de diffî- » culte d'admettre, dans le^ tribunaux, les pri- Bonniers suédois iiistruits de la jurisprudence de leur pays, et qui, ayant appris la langue

de Tempire, voulurent rester en Russie.

Lés causes des partienJîers ressortirent au «gouverneur de la province et à -ses assesseurs ; ensuite on pouvait en appeler au sénat ; et si quelqu*un, après avoir été con*damné^par le séni^ en appelait au czar même, il était déclaré digne de mort, eo. cas que son appel fût injuste. Btiais, pour tempe* rer la rigueur de cette loi, il créa un maftre général des requêtes, qui recevait les placets de tous ceux qui avaient au sénat ou dans les cours inférieures des affaires sur lesquelles U loi ne s'était pas encore expliquée.

Enfin 11 acheva, en i722, son nouveau code, et il défendit, sous peine de mort, à tous les juges de s'en écarter, et de substituer leur opinion particulière à la loi générale. Cette ordonnance terrible fut affichée et l'est en* core dans tous les tribunaux de Tempire.

Il créait tout ; il n'y avait pas jusqu'à la société qui ne fât son ouvrage, il ré^a les rangs entre les hommes suivait leurs emplois, depuis l^amiral etle maréchatjusqu*àr«iseigne, sans aucun égard pour la naÂssancOi

Ayant toujours dans Fesprit, et voulant apprendre à sa nation que des services étalent préférables à des aïeux, les rangs furent aussi fixés pour les fèmfies; et quiconque, dans une assemblée, prenait une place qui ne lui était pas assignée, payait une amende.

Par un règlement plus utile, |out soldat qui devenait officier aevenait gentilhomme, et< tout boyard flétri par la Juetice devenait n>turien

Après la rédactioa de ces lois et de ces fèglements, Il arriva que Taiigmeatation du «ommeroe, raccroiasement de? vilIeBetdes richeases, la population derempire, tes nouvelles entreprises, la cféation de nouveaux emplois, amenèrent nécessairement une nul- \^

titttde d'aifaires nouvelles et de cas imprèvos» Z

qui tous étaient la suite des succès mêmes de ?

Pierre dans la réforme générale de ses Ëtats.

L'impératrice Elisabeth acheva le corps des lois que son père avait ccMmnencé, et ces lois se sont ressenties de la douceur de son

nv. — De la Mligioa.

Dans ce temps-là môme, Pierre travaillait ^^

plus que jamais à la réforme du cleiigé. Il avait aboli le patriarcat, et cet acte d'autorité ne lui avait pas gagné les cœurs des ecclésiastiques. Il voulait que l'administration impériale fût toute puissante, et que Tadmlnistration ecclésiastique fût respectée et obéissante. Son dessein était d'établir un ocmseil de religion tovijours subsistant, qui dépendît du souverain, et qui ne donnât ds lois à TEglise que celles qui seraient approuvées par le maître de l'Etat, dont l'Eglise fait partie. Il fut aidé, dans cette entreprise , par un archevêque de Novogorod, nommé Théophaoe Procop,oa Procopwitz, c*est-&-dire fils de Procop.

Ce prélat était savant et sage; ses yojages «n diverses parties de TEurope l'avaient instruit des abus qui y régnent; le czar , qui en

avait été témoin lui-même , avait , dans tous SOS établissements, ce grand avantage de pouvoir, sans contradiction , choisir Futile et éviter le dangereux. Il travailla luir-môme, en 4718 et 1719, avec cet archevêque. Un synode perpétuel fut établi, composé de douze membres, soit évêques, soit archimandrites, tous choisis par le souverain. Ce collège fut augmenté depuis jusqu^à quatorze.

Les motifs de cet établissement furent expliqués par le czar dans un discours préliminaire : le plus remarquable , et le plus grand de ces motifs, est « qu^on n'a point à craindre, sous Tadministration d'un collège de prêtres, les troubles et les soulèvements qui pourraient arriver sous le gouvernement d'un seul chef ecclésiastique ; que le peuple, toujours enclin à la superstition, pourrait, en voyant d'un côté, un chef de TÉtat, et de l'autre un chef de l'Église, imaginer qu'il y a en effet deux puissances. » Il cite, sur ce point important, Texemple des longues divisions entre l'empire et le sacerdoce, qui ont ensanglanté tant de royaumes.

Il pensait et il disait publiquement que ridée de deux puissances, fondées sur l'allégorie de deux épées qui se trouvèrent chez les ap^* très, était une idée absurde.

Le czar attribua à ce tribunal le droit de régler toute la discipline ecclésiastique; l'examen des mœurs et de la capacité de ceux qui sont nommés aux évêchés par le souverain, le jugement définitif des causes religieuses, dans lesquelles on appelait autre-

fols au patriarche, la connaissance des rêve- |v

nus des monastères et des distributions des •

aumônes.

Cette assemblée eut le titre de très $a%nt synode^ titre qu'avaient pris les patriarches, idnsi le czar rétablit en effet la dignité pa- ^

triarcale, partagée en quatorze membres, mais w»

tous dépendants du souverain, et tous faisant f^

serment de lui obéir, serment que les patriarches ne faisaient pas. Les membres de ce sacré synode assembla avaient le même rang que les sénateurs ; mais aussi ils dépendaient du prince, ainsi que ie sénat. 1

Cette nouvelle administration, et le nouveau ^

code ecclésiastique, ne furent en vigueur et ne reçurent une forme constante que quatre I

ans après, en Tannée 1722. Pierre voulut d'abord que )e synode lui présentât ceux qu'il i jugerait lés plus dignes des prélatures. L'empereur choisissait un évêque, et le synode le sacrait Pierre présidait souvent à cette assemblée. Un jour qu'il s'agissait de présenter *• un évêque, le synode remarqua qu'il n'avait encore que des ignorants à présenter au czar : Eh bien I dit-il, il n'y a qu*à choisir le plus honnête homme; cela vaudra bien un savanL

Il est à remarquer que, dans l'Église grecque, il n'y a point de ce que nous appelons abbés séculiers ; le petit collet n'y est connu que par son ridicule; mais, par un autre »

abus, puisqu^il faut que tout soit abus dans le monde, les prélats sont tirés de l'ordre monastique. Les premiers moines n'étaient que des séculiers, les uns dévots, les autres fana*

tkfaeBf qui se retiraient dans des» déserts : ils furent rassemblés enfin par saint Basile» re-

Î lurent de lui uue règle, firent des vceux, et orent comptés pour le dernier ordre de la hiérarchie, par lequel il faut commencer pour mcmter aux dignités. €*est ce qui remplit de moines la Grèce et TAsie. La Russie en était inondée : ils étaient riches, puissants; et, quoique très ignorants, ils étaient, à Tavénement de Pierre, presque les seuls qui sussent écrire : ils ai avaient abusé dans les premiers temps, où ils furent si étonnés et si scandalisés des innovations que faisait Pierre en tout genre. Il avait été obligé, en 1703, de défendre Tencre et les plumes aux moines : il fallait une permission expresse de l'archimandrite, qui répondait de ceux à qui il la donnait

Pierre voulut que cette ordonnance subsistât Il avait voulu d^abord qu^on n'entrât dans Tordre monastique qu*à Tâge de cinquante ans; maisc^était trop tard; la vie de Phomme est trop courte, on n^avait pas le temps de former des évêques : il régla, avec son synode, qu*il serait permis de faire un moine à trente ans passés, mais jamais au-dessous; défense aux militaires et aux cultivateurs d^entrer jamais dans un couvent, à moins d*un ordre exprès de Tempereur ou du synode : jamais un homme marié ne peut être reçu dans un monastère, même après le divorce, à moins que sa femme ne se fasse aussi religieuse de son plein consentement, et qu'ils n'aient point d'enfants. Quiconque est au service de l'Etat

ne peut se faire moine, à moins d*mie par- t>

mission expresse. Tout moine doit travailler

de ses mains à quelque métier. Les religieuses

ne doivent Jamais sortir de leur monastère; i

OR leur donne la tonsure à Tâge de cinquante '

ans, comme aux diaconesses de la primitive r

Eglise; et si, avant d'avoir reçu la tonsure,

elles voulait se marier, nonnseulement elles |

le peuvent, mais on les y exhorte : règlement

admirable dans un pays où la population est

1)eaucoup plus nécessaire que les monastères.

Pierre voulut que ces malheureuses filles, fue Dieu a fait naf tre pour peupler TËtat, eft i

qui, par une dévotion mal entendue, dnseve^ lissent dans les cloîtres la race dont elles de* valent être mères, fussent du moins de quel- I

que utilité à la société qu'^es trahissent : il ordonna qu^elles fussent toutes employées à des ouvrages de la main convenable k leur sexe. L'impératrice Catherine se chargea de faire venir des ouvrières du Brabant et de lai Hollande; ^e les distribua dans les mcmastares, et on y fit bientôt des ouvrages dont Catherine et les dames de la eour se parèrent

H n*y a peut-être rien au monde de plus sage que toutes ces institutions; mais ce qui mérite l'attention de tous les siècles, c'est le règlement que Pierre porta lui-même, et qu'il 1*

adressa au synode en 1724. il fut aidé en cela par théophane Prœopwitz. L'ancienne institution ecclésiastique est très savamment expliquée dans cet écrit ; l'oisiveté monaCale y est combattue avec fbrce; le travail non*

i^^BW^KB II n.1 ■ uiH^iwar^evvvv^awai ■

•eulement recommandé, mais ordonné , et 1& principale occupation doit être de servir les pauvres : il ordonne que les soldats invalides soient répartis dans les couvents; qu'il y ait des religieux préposés pour avoir soin d'eux ; que les plus robustes cultivent les terres appartenant aux couvents : il ordonne la même chose dans les monastères des ftUes ; les plus fortes doivent avoir soin des jardins ; les autres doivent servir les femmes et les fillea malades qu'on amène du voisinage dans le couvent, il entre dans les plus petits détails de ces différents services : il destine quelques monastères de Tun et de Tautre sexe à recevoir les orphelins et à les élever.

il semble, en lisant cette ordonnance de Pierre le Grand, du 31 janvier 1724, qu^elle soit composée à la fois par un ministre d*Ëtat et par un père de TEglise.

Presque tous les usages de TEglise russe sont diàérents des nôtres. Dès qu'un homme est sous-diacre parmi nous, le mariage lui est Interdit , et c'est un sacrilège pour lui de servir à peupler sa patrie. Au contraire, sitôt qu'un homme est ordonné sous-diacre en Russie, on l'oblige de prendre une femme : il devient prêtre, archiprêtre; mais pour devenir évêque, il faut qu'il soit veuf et moine.

' Pierre défendit à tous les curés d'employer plus d'un de leurs enfants au service de leur église, de peur qu'une famille trop nombreuse ne tyrannisât la paroisse, et il ne leur fut permis d'employer plus d'un de leurs enfants

que quand la paroisse le demanderait ellemême. On voit que, dans les plus petits détails de ces ordonnances eccléisiastlques, tout est dirigé au bien de TEtat, et qu'on prend toutes les mesures possibles pour que les prêtres soient considérés sans être dangereux, et qu'ils ne soient ni avilis ni puissants.

Je trouve dans des mémoires curieux, composés par un officier fort aimé de Pierre le Grand, qu^un jour on lisait à ce prince le chapitre du Spectateur anglais^ qui contient un parallèle entre lui et Louis XIY ; il dit, après Tavoir écouté : « Je ne crois pas mériter la préférence qu'on me donne sur ce monarque ; mais J'ai été assez heureux pour lui être supérieur dans un point essentiel ; J'ai forcé mon clergé à Tobéissance et à la paix, et Louis XIV s'est laissé subjuguer par le Bien. »

tin prince qui passait les jours au milieu des fatigues de la guerre, et les nuits à rédiger tant de lois, à policerun si vaste empire, à conduire tantd'immenses travaux dans l'espace de deux mille lieues, avait besoin de délassements. Les plaisirs ne pouvaient être alors ni aussi nobles, ni aussi délicats qu'ils le sont devenus depuis. Il ne faut pas s'étonner si Pierre s'amusait à sa fête des cardinaux dont nous avons déjà parlé, et à quelques autres divertissements de cette espèce ; ils furent < quelquefois aux dépens de l'Eglise romaine, pour laquelle il avait une aversion très pardonnable à un prince du rit grec, qui veut être le maître chez luL n donna aussi de pa«

reils spectacles aux dépens des matem de «t patrie, mais des anciens moines qu'il v<mlalt rendre ridicules, tandis qu'il réformidt ta nouYcaux.

Nous smm déjà tu qu'avant quMl promii^ guÂt ses lois ecclésiastiques, il avait créé pape un de ses fous, et quUl avait célébré la fâe du eottclave. Ce fou, nommé ^tof, était ftgé de quatre-vingt-quatre ans. La ezar imafi^a de lui faire épouser une veuve de son d^ et de célébrer solennellement cette noce : il fit faire Tinvitation par quatre bègues: des vieil* lards décrépits conduisaient la mariée ; qua>tre des plus gros hommes de Russie servaient de coureurs; la musique était sur un char conduit par des ours qu'on piquait avea des pointes de fer et qui, par leurs mugissem^ts, formaient ane basse digne des airs , qu'on jouait sur le chariot Les mariés furent bénis dans la cathédrale par un prêtre aveugle et sourd, à qui on avait mis des lunettes. La procession, le mariage, le repas des noces, le déshabillé des mariés, la cérémonie de ta mettre au lit, tout fut également convenaûe à la bouffonnerie de ce divertissement

Une telle fôte nous parait bien bizarre; mais Test-elle plus que nos divertissMients du carnaval? Est-il plus beau de voir cinq cents personnes portant sor le visage des jnasques hideux, et sur le corps des habits ridicules, sauter toute une nuit dans une salle sans se parler?

Nos anciennes fêtes des fous, et de rêne* et de Tabbé des oomards, dans nos églises»

étaient-elles plus su^estueuses? et nos comédies de la Mère soUe montraieot-dles plus de génie?

XT. -* Des néffoeiations d*Aiand. De la mort <to Charles XII. De la paix, de Neoatadt.

Ces travaux Immenses du czar, ce détail de tout Tempire russe, et le malheureux procès da prince Alexis, n'étaient pas les seules affidres qui l'occupassait : il fallait se couvrir an dehors, en râlant Tintérieiir de ses États. La guerre continuait toujours avec la Suède, mais mollement, et ralentie par les espérances d'une paix prochaine.

Il est constant que, dans Tannée 1711, le cardinal Alberoni, premier ministre de Philippe V, roi d'Espagne, et le baron de Gortr, devenu maître de Tesprit de Charles XII, avaient vouhi changer la £ace de TEurope, en réanissant Pierre avec Charles, en détrônant le roi d'Angleterre George I», rétablissant Stanislas en Pologne, tandis qu'Alberoni donnerait à Philippe, son maître, la régence de la France. Gortz s'était, comme on a vu, ouvert au czar môme. Alberoni avait entamé une négociation avec le prince Kourakin, ambassadeur du czar & la Haye, par rambassadeur d'Espagne, Baretti Landi, Mantouan, transplanté en Espagne, ainsi que le cardinaL

C'étaient des étrangers qui voulaient tout benleverser pour des maîtres dont ils n'étaient pas nés siiyets» ou plutôt pour eux-

mômes. Charles XII donna dans tous ces projets, et le czar se contenta de les examiner. Il n'avait fait, dès Tannée 1716, que de faibles efibrts contre la Suède, plutôt pour la forcer à acheter la paix par la cession des provinces qu'il avait conquises que pour achever de Taccabler.

Déjà l'activité du baron de Gorta avait obtenu du czar qu'il envoyât des plénipotentiaires dans l'île d'Aland, pour traiter de cette paix. L'Écossais Bruce, grand maître d'artillerie en Russie, et le célèbre Osterman, qui depuis fut à la tète des affaires, arrivèrent au congrès précisément dans le temps qu'on arrêtait le czarov^itz dans Moscou. Gortz et Gyllembourg étaient déjà au congrès de la part de Charles XII, tous deux impatients d'unir ce prince avec Pierre et de se venger du roi d'Angleterre. Ce qui était étrange, c'est qu'il y avait un congrès et point d'armistice. La flotte du czar croisait toujours sur les côtes de Suède, et faisait des prises : il prétendait par ces hostilités accélérer la conclusion d'une paix si nécessaire à la Suède^ et qui devait être si glorieuse à son vain* queur.

Déjà, malgré les petites hostilités qui duraient encore, toutes les apparences d'une paix prochaine étaient manifestes. Les préliminaires étaient des actions de générosité qui font plus d'effet que des signatures. Le czar renvoya sans rançon le maréchal Renschîld, que lui-même avait fait prisonnier, et le roi de Suède rendit de même les généraux Tru«-

betskoy et GollowiD, prisonniers en Suède depuis la journée de Narva.

Les négociations avançaient , tout allait changer dans le nord. Gortz proposait au czar TacquisitionduMecklembourg. LeducCharies, qui possédait ce duché, avait épousé une fille du czar Ivan, frère aîné de Pierre. La noblesse de son pays était soulevée contre lui. Pierre avait une armée dans le Mecklembourg, et prenait le parti du prince qu'il regardait comme son gendre. Le roi d'Angleterre, électeur de Hanovre, se déclarait pour la noblesse; c'était encore une manière de mortifier le roi d'Angleterre, en assurant le Mecklembourg à Pierre déjà maître de la Livonîe et qui allait devenir plus puissant en Allemagne qu'aucun électeur. On donnait en équivalent au duc de Mecklembourg le duché de Courlande et une partie de la Prusse, aux dépens de la Pologne à laquelle on rendait le roi Stanislas. BrèmeetVerden devaient revenir à la Suède; mais on ne pouvait en dépouiller le roi George I" que par la force des armes. Le projet de Gortz était donc, comme on l'a déjà dit, que Pierre et Charles XII, unis non-seulement par la paix mais par une alliance ofiensive, envoyassent en Ecosse une armée. Charles Xll, après avoir conquis la Norvège, devait descendre en personne dans la Grande-Bretagne , et se flattait d'y faire un nouveau roi , après en avoir fait un en Pologne. Le cardinal Alberoni promettait des subsides à Pierre et à Charles. Le roi George ."^ en tombant, entraînait probablement dans sa chute le régent de France, son

allié, qui, d^neurant sans support, était li?r6 à TËspagne triomphante et & la France soulevée.

Âlberoni et Gortz se croyaient sur le point de bouleverser TEurope d*an bout à Tautre.

Une balle de coulevrin«, lancée au hasard des bastions de Frédéilchsall, &i Norvège, confondit tous ses projets. Charles XII fut tué, la. flotte d*Ëspagne fut battue par les Anglais^ la coi^uration fomentée en France découverte et dissipée, Âlberoni chassé d'Espagne, Gorta décapité à Stockholm; et de toute cette ligue terrible, à peine commencée, il ne resta d»

puissant que le czar, qui, ne s'étant compromis avec personne, donna, la loi à tous ses voisins.

Toutes les mesures furent changées ea Suède après la mort de Charles XII : il avait été despotique, et on n'élut sa sœur Ulrique reine qu*à condition qu'elle renoncerait au despotisme. Il avait voulu s'unir avec le cxar contre^rAngleterre et ses alliés, et le nouveau gouvernement suédois s'unit avee ses allié»

contre le czar.

Le congrès d*Aland ne fut pas à la vérité rompu; mais la Suède, liguée avee FAngleterre, espéra que des flottes anglaises, en* voyées dans la Baltique, lui prœureraîent une paix plus avantageuse. Les troupes hanovriennes entrèrent dans les Etats du due de IKecklembourg; mais les troupes du eiar les en chassèrent.

Il entretenait aussi un corps de troupe ea Pologne» qui! en imposait à la fois aux par-

Usans d^Auguste et à ceux de Staafslas; et & regard de la Suède, il tenait une flotte prête qui devait ou faire une descente sur les côtes, •u forcer le gouvernement suédois k ne pas foire languir le congrès cTAland. Cette flotte fût composée de douae grands vaisseaux de ligne, de plusieurs de second rang, de frégates et de galères : le CEar en était le viceamiral, commandant toujours sous ramiral* Apraxin*

Une escadre de cette flotte se si^ala )eIV bord contre une escadre suédoise , et , après un combat opiniâtre, prit un vaisseau et deux frégate^ Pierre, qui encourageait par tous les moyens possibles la marine qu il avait créée, donna soixante mille livres de notrv monnaie aux officiera de Tescadro , des médailles d'or et surtout des marques d'honneur.

Dans ce temps-là même, la flotte anglaise»

BOUS le commandement de l'aniral Norris»

entra dans la mer Baltique pour favoriser lei Suédois. Pierre eut assez de confiaqipe dans sa nouvelle marine pour ne pas se laisser imposer par les Anglais; il tint hardiment la mer, et enyoya demander à Tamiral anglais s'il venait simplement comme asii des Suédois ou comme ennemi de la fiussie. L*amiral répoadit qu'il n'avait point encore dWdre positif. Pierre, malgré cette réponse équivo-, que, ne l^ssa pas que de tenir la mer.

Les Anglais, en effet, n*étaieni venus que dauaa l'intention de se montrer, et d'eqgafer le ciar par ces démonstrations à faire aux Suédois des conditions de paix acoeptablei»

L'amiral 'Norrîs alla à- Copenhague» et les *^ , Russes firent quelques descentes en Suède

* dans le voisinage même de Stockholm : ils ruinèrent des forges de cuivre; ils brûlèrent ^ prè»i de quinze mille maisons, et causèrent

assez de mal pour faire souhaitëï* aux Suédois * que la paix fût incessamment conclue.

I En effet, la nouvelle reine de Suède pressa

■? . *l6 renouvellement des négociations; Oster-

' * man même fut envoyé à Stockholm : les

choses restèrent dans cet état pendant toute l'année 1719.

. -• L^année sdivante, le prince de Hesse, mari

à * ^ de la reine de Suède, dejenu roi de san chef^ / . * par la cession de sa femme, commença son

^ règne par renvoi d*un ministre à Pétersbourg, ; pour hftter- cette paix tant- désirée : mais au

milieu de ces négociations la guerre durait ♦ -.gours.

La flotte anglaise se Joignit à la suédoise, , ^ mais sans commettre encore d'hostilités; il

n'y avai^ point de rupture déclarée entre la Russie et TAngleterre : Tamlral (^rrfg offrait la médiation de son maître, mais il Tof- * frait à main armée , et cela même arrêtait

les négociations. Telle est la situation des ^' / côtes de la Suède et décolles des nouvel- , : * les provinces de Russie sur la mer Baltique, due Ton peut aisément insulter ' celles de ^ ' ' Suède, et que les autres sont d'un 'ibord très difficile. lUy parut bien, lorsque* l'amiral * ' Norriç, ayant levé le masque, fit enfin une

J * * " descente, conjointement avec les Suédois, ^< - dans une petite tte de rEsthonle, nommée

Narguen, appartenant air czar : fls brûlèrent ane cabane; mais. les Russes, dans le môme temps, descendirent vers Vasa, brûlèrent quarante et un villages et pHis de mille maisons, et causèrent dans tout le pays un dommage inexprimable. Le prince Gallitzln prit quatre frégates suédoises à Tabordage ; il semblait * que Tamiral anglais ne fût venu que pour voir de ses yeux à quel point le czar avait ^ rendu sa marine redoutable. Norris ne fit presque que se montrer à ces mènii^ mdb sur lesquelles on menait les quatr^ frégates ^ué- , doises en triomphe au port de Gronslot, devant Pétersbourg.-ll paraît que les Anglaisent, fii*ent trop s^fls nétalent que médiateurs^ et trop peu s'ils étaient ennemis. «

Enfin, le nouveau roi de Suède demanda , un9 suspension d'armes ; et n'ayant pu réussir Jusqu'alors par les menacçs de Vkdifi^ terre, il employa la médiation du duc d'OK léans, régent de France. Ce prince, allié de * la Russie et de la Suède, eut rhonnçur de la ' c«nc/liatioa : il envoya Campredon, plénipotentiaire, à Pétersbourgetde là à Stockholm.

Le congrès s'assembla dans Neustadt, petite * ville de Finlande; maii^le czar ne voulut accorder l'armistice que quand on fut sur le point d^ conclure et de signer. Il avait une "^ armée en Finlande prête à subjuguer le reste ' lie cette province : ses escadres menaçaient* continvellemeut la Suède ; il fallait que la paix ne se fit que suivant ses volontés. On souscrivit enfin à tout ce qu'il voulut : on lui céda i ' perpétuité tout ce qu'il avait conquis, depuis

■mon

I8SII. *l.

les frontlè|*è$^de la Gourlande jusqu'au fond du golfe de^J^lànde, et par delà encore, le long du pays di^ fC^hoIm, et cette lisière de la Finlande méinèt||iii?e prolonge des environs de Kexholm au nord : ïdnsi, il resta souverain reconnu delaLivonié,dë rEsthonie, de ringrie, de la Carélie, du pays dé Viborg, et des Iles voisines qui lui assuraient encore la domination de la mer, comme les tles ct^Oesèli de Dago, de Mône, et beaucoup d'autres. Le tqut formait une étendue de trois cents lieues communes to des largeurs inégales, et com-

' posait un grand royaume, qui était le priji de vingt années de peines.

Cette paix de Neustadt fut signée le 10 sep»

tembre 1721, n. st, par son ministre Ostermati et le général Bruce.

Pierre eut d'autant plus de Joie que, se voyant délivré de la nécessité d'entretenir de grandes armées vers la Suède, libre d'inqnié-

^tude avec TAngleterre et avec ses voii^ns, il se voyait en état de se livrer tout entier à la réforme de^on empire, déjà si bien commensée, et à faire fleurir en paix les arts et le commerce, introduits par ses soins avec tant de travaujp Dans Içs premiers transports de sa Joie, il

•écrivit à ses pdénipotentiaires : « Vous avez dressé le traltecomme si nous Pavions rédigé

.ûaus-même, et si nous vous Tavlons Cffivoyé pour le faire signer aux Suédois; ce glorieux

' événement sera toi\{ours présent à notre mé* moire. »

Des fôtes de toute espèce signalèrent la sa-

tisfaction des peuples dans tout l'empire, et surtout à Pétersbourg. Les pompes triomphales que le czar avait étalées pendant la guerre, n^approchaient pas des réjouissances paisibles au-devant desquelles tous les citoyens allaient avec transport : cette paix était le plus beau de ses triomphes ; et ce qui plut bien plus encore que toutes, ces fêtes éclatantes, ce fut une rémission entière pour tous les coupables détenus dans les prisons, et Ta* bolitîon de tout ce qu'on devait d'impôts au trésor du czar dans toute l'étendue de l'empire, jusqu'au jour de la publication de la paix. On brisa les chaînes d'une foule de malheur reux : les voleurs publics, les assassins, les criminels de lèse-migesté furent seuls exceptés.

Ce fut alors que le sénat et le synode décernèrent à Pierre les titres de grande d'empereur et de père de la patrie. Le chancelier Golofkin porta la parole, au nom de tous les ordres de l'Etat, dans l'église cathédrale :

les sénateurs crièrent ensuite trois fois : Vive notre empereur et notre père I H ces acclamations furent suivies de celles du peuple.

Les ministres de France, d'Allemagne, de Pologne, de Danemark, de Hollande, le félicitèrent le même jour, le nommèrent de ces titres qu'on venait de lui donner, et reconnurent empereur celui qu'on avait déjà désigné publiquement par ce titre en Hollande, après la bataille de Pultava. Les noms de pire et de ^rancf étaient des noms glorieux que personne ne pouvait lui disputer en liirope; celui

ffempereur n^étaît qu'un titre honorifique décerné par l'usage à l'empereur d'Allemagne, comme roi titulaire des Romains; et ces appellations demandent du temps pour être formellement usitées dans les chancelleries des cours, où l'étiquette est différente de la gloire. Bientôt après, Pierre fut reconnu empereur par toute l'Europe, excepté paT la Pologne, que la discorde divisait toujours, et par le pape, dont le suffrage est devenu fort inutile depuis que la cour romaine a perdu son crédit i mesure que les nations se sont éclairées.

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