‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 2 sur 15 · I. — Etescription de la Russie · texte numérisé non relu

I. — Etescription de la Russie

L'empire de Russie est le plus vaste de notre hémisphère ; il s'étend d'Occident en Orient l'espace de plus de deux mille lieues communes de France, et il a plus de huit cents lieues du sud au nord, dans sa plus grande largeur.

n conjSne à la Pologne et à la mer Glaciale ; il touche à la Suède et à la Chine. Sa longueur de 111e de Dago à l'occident de la Livonie, Jusqu'à se& bornes les plus orientales, comprend près de cent soixante-dix degrés; de sorte que, quand on a ftiidi à l'occvlent^ on a

près de xmQuît>è Toneal de l'empire. Sa lar* geur esf de trois mille m. cents verstes du sud au nord, ce qui îdtl huit cent cinquante de nos lieues communes

Nous connaissions si péU les limites de ce pays dans le siècle passe, que lorsqu'en 1689 nous apprîmes que les Chinois et les Russes étaient er guerre, et que l'empereur Camhi d'un côté, ^t de loutre les czars Ivan et Pierre envoyaient, pour terminer leurs différends, une an^bassade à trois cents lieues de Pékin^ sur les limites des deux empires, nous traitâmes d'abord cet événement de fable.

Ce qui est compris aujourd'hui sous le nom de Russie ou des Russies est plus vaste que tout le reste de l'Europe^ et ^ue ne le fut Jamais l'empire romain, m celui de Darius conquis par Alexandre : car il contient plus de onze cent mille de nos lieues carrées. L'empire romain et celui d'Alexandre n'en contenaient chacun qu'environ cinq cent cinquante mille, et il n'y a pas un royaume en Europe qui soit la douzième partie de l'empire romain. Pour rendre la Russie aussi peuplée, aussi abondante, aussi couverte de villes que nos pays méridionaux, il faudra encore des siècles et des czars tels que Pierre le Grand .

Un ambassadeur anglais qui résidait, en 1733, àPétersbourg, et qui avait été à Madrid^ dit, dan? sa relation manuscrite, que dans l'Espagne, qui est le royaume de l'Europe le moins peuplé, on peut compter quarante per* sonnes par chaque mille carré, et que dans

la Russie ou n'eu peut cpiopter que duc ; nous verrons au chapitre secood si ce ministre ne s'est pas abusié. Il est dit dans la JHoBmBj faussement attribuée'au maréchal de Vauban, qu'en France chaque miUe carré contient à peu près deux cents habitants, Tua portant l'autre. Ces évaluations ne sont Jamais bien exactes ; mais elles servent à mon* trer l'énorme différence de la population d'un pays à celle d'un autre.

Je remarquerai ici que de Pétersbourg à Pékin on trouverait à peine une grande aïonta^e dans la route, que les caravanes pourraient prendre par la Tartarie indépenoante* Sar ks nlaines des Kalmouks et par le grand ésert ae Kohi; et il est à remarquer que d'Arkhangel à Pétersbourg, et de Pétersbourg aux extrémités de la France septentrionale, en passant par Dantzick, Hambourg, Amsterdam, on ne voit pas seulement une colline un peu haute. Cette observation peut faire douter de la vérité du système dans lequel on veut que les montagnes n'aient été Tormées que par le roulement des flots de la mer, en supposant que tout ce qui est terre aujourd'hui a été mer trèi-longtemps. Mais comment les flots qui, dans cette supposition, ont formé les Alpes, les Pyrénées et le Taaruis n'auraient-ils pas formé aussi quelque coteau élevé de la Normandie à la Chine, dans un espace tortueux de trois mille lieues ? La

Séographie ainsi considérée pourrait prêter es luinièresà la physique, ou dn moins doo»

lier des doutes.

tu cinquième siècle»

Nous appelions autrefois la Russie du nom de Moscovie, farce qi^e la ville de Moscou, capitale de cet empire, était la résideuce des grands-ducs de Russie; aujourd'hui^ TaDcien nom de Russie a prévalu.

Je ne dois point rechercher ici pourquoi on a nommé les contrées depuis Mnolen^ Jusqu'au delà de Moscou la Russie blanche, et pourquoi Hubner la nomme noire, ni pour quelle raison la Kiovie doit être la Russie xouge.

n se i^eut encore que Madiès le Scythe, qui fit une irruption en Asie près de sept siècles avant notre ère, ait porté ses armes dans ces régloinsy comme ont fait depuis Gengis et Tamnrlan, et comme probablement on avait fait longt^:ips avant Madiès. Toute antiquité ne miérite pas nos recherches; celles des Chinois, des Indiens, des Perses, des Egyptiens, sont constatées par des monuments illustres et intéressants. Ces monuments en supposent encore d'autres très-antérieurs, puisqu ilCaut un grand nombre de siècles avant qu'on puiwe seulement étabUr Tart de transmettre ses pensée» par des signes durables, et qu'il luif ^ncoie une multitude de siècles précédents pour turmer «n langage régulier. Mais nous n'avons point de ta» mcmuments dfuie notre finropa aujcmrd'hvu si policée; l'art de l'écriture lui longtemps inconnu dans tout le

Que d'autres examinent si des Hans, des Slaves et des Tatars ont conduit autrefois des familles errantes et aifainées vers la source du Borysthène ; mon dessein est de faire voir ce que le czar Pierre a créé, plutôt que de débrouiller inutilement l'ancien chaos. Il faut toujours se souvenir qu'aucune famille sur la terre ne connaît son premier auteur, et que, par conséquent, aucun peuple ne peut savoir sa première origine.

Je me sers du nom de Russes pour dési-

gner les habitants de ce grand empire. Celui e Roxelans, qu'on leur donnait autrefois, serait plus sonore ; mais il faut se conformer à Tusage de la langue dans laquelle on écrit Les gazettes et d'autres mémoires doBuis quelque temps emploient le mot de Russiens ; mais comme ce mot a]^proche trop de Prussiens, je m'en tiens à celui de Russes, que presque tous nos auteurs leur ont donné; et il ma paru que le peuple le plus étendu de la terre doit être connu par un terme qui le distingue absolument des autres nations.

n faut d'abord que le lecteur se fasse, la carte à la main, une idée nette de cet empire, partagé aujourd'hui en seize grands gouver* nements, qui seront un jour subdivisés, quand les convees du Septentrion et de l'Ôrieitt auront plus d'habitants.

Voici quels sont ces sefaee gouveniements, dont plusieurs renferment des provinces immenses.

De la IdfHmSe. — La province la plus voi* une de nos c&nats est ceUe de la Uvonie.

Cest une des plus fertiles du nord. Elle était païenne au douzième siècle. Des négociants de Brome et de Lubeck y commercèrent, et des religieux croisés, nommés porte-glaives ', unis ensuite à W rdre teutonique, s'en emparèrent au treizième siècle, dans le temps que la fureur des croisades armait les chrétiena contre tout ce qui n'était pas de leur religion. Albert, margrave de Brandebourg, grand-maltre de ces religieux conquérants, se fît souverain de la Livonie et de la Prusse brandebourgeoise vers Tan 514. Les Russes et les Polonais se disputèrent dès lors cette province. Bientôt les Suédois y entrèrent; elle fut longtemps ravagée par toutes ces puissances. Le roi de Suède Gustave-Adolphe la conquit. Elle fut cédée à la Suède, en 1660, par la célèbre paix d'Oliva; et enfin le czar Pierre Ta conquise sur les Suédois^ comme on le verra dans le cours de cette histoire.

La Gourlande, qui tient à la Livonie, est toujours vassale de la Pologne, mais dépend beaucoup de la Russie. Ce sont là les limites occidentales de cet empire dans TEurope chrétienne.

Gouvernement de Bevel, de Pétersbourg et de Viborg . — Plus au nord se trouve le gouvernement de Revel et de TEsthonie. Revel fut bâtie par les Danois au treizième siècle. Les Suédois ont possédé Tiisthonie depuis que le pays se fut mis sous la protection de la Suède, en 1561 ; et c'est encore une des conquêtes de Pierre.

Au bord de TEsthonie est le fcolfe de Fin-

lande. C'est à l'orient de cette mer et à la jonction de la Neva et du lac de Ladoga qu'est la Tille de Petersbourg, la plus nouvelle et la plus belle ville de l'empire, bfttie par le czar Pierre, malgré tous les obstacles réunis qui s'opposaient à sa fondation.

Eue s'élève sur le golfe de Gronstadt^ au milieu de neuf bras de rivières qui divisent ses quartiers; un château occupe le centre de la ville, dans une île formée par le grand cours de la Neva ; sept canaux tirés des rivières baignent les murs d'un palais, ceux de l'amirauté, du chantier des galères, et plu* sieurs manufactures. Trente-cinq pandes églises sont autant d'ornements à la ville ; et, parmi ces églises, il y en a cinq pour les étrangers, soit catholiques romains, soit réformés, soit luthériens; ce sont cinq temples élevés & la tolérance^ et autant d'exemples donnés aux autres nations. H 7 a cinq palais iTancien, Que Ton nomme celui d'été, situé sur la rivière de Neva, est bordé d'une balustrade immense de belles pierres, tout le long du rivage. Le nouveau palais d'été, près de la porte triomphale, est un des plus beaux morceaux d'architecture qui soient en Europe; les bâtiments élevés pour l'amirauté, pour le corps des cadets, pour les collèges impériaux, pour l'Académie des sciences, la Bourse, le magasin des marchandises, celui des galères, sont autant de monuments magnifiques. La maison de la police, celle de la pharmacie publique, où tous les vases sont de porcelaine; le magasin août la cour* la fonderie,

ranenal, le» ponts, les marché», lea places les caBernes pour la garde à dieval et pour les gardes à pied, contribuent à rembelHBsement de la ville, autant qu'à sa stlreté. On y eocnpte actuellement quatre cent mille Ames. Aux environs de la ville sont des maisonB de plaisance dont la magnificence étonne les voyageurs; il y en a une dont les Jets d'eau sont trè»^uj)érieurs à ceux de Versailles. Il n'y avait nen en 1702; c'était un marais impraticable. Pétersbourg est regardé eomme la capitale de l'Ingrie, petite province CMiquise par Paul !•'. Viborg, conquis par lui, et la partie de la Finlande perdue et cédée par la Soède en 1742, sont un autre gou- TêmeiDent*

ArhhangeL — Plus haut, en montant au nord, est la profince d'Arkhangel, pays entièreoient nouveau pour les nations méridionale» de l'Europe* 11 prit son nom de saint Michel l'archange, sous la protection duquel il ftit mi», longtemps aj[>rès que les Russes eurent reçu le ehristiamsme, ou'ils n'ont cmbrasBé qu'au commencement du onzième siôdét Ce ne fut çu'au milieu du seisième que cejMy» fut connu des p Ares nations. Les AneJèra, en ftdS, cherchèrent un passage parla mer du Nord et de l'est pour aller aux Indes oneatale», Ghaneelor, capitaine d'un des vaisleaiix équipé» pour cette expédition, découvrit le port d'Arkhangel dans la mer Blanche. Il n'y avait dans ce désert qu'un eouvenf, avec la petite église de Saint-Michel l'ar^ chtfnge.

De ce port, ayant remonté la rivière de la Dwina, les Anglais arrivèrent au milieu des terres, et enfin à la ville de Moscou. Us se rendirent aisément les maîtres du conmierce de la Russie, lequel, de la ville de Novogorod, où il se faisait parterre, fut transporté à ce port de mer. A est, à la vérité, inaoordable septmois deFannée; cependant il fut beaucoup plus utile que les roires de la grande Novogorod, tombées en décadence par les guerres contre la Suède. Les Anglais obtinrent le privilège d'y commercer sans payer aucun droit, et c'est ainsi que toutes les nations devraient peut-être négocier ensemble.

Les Hollandais partagèrent bientôt le commerce d'Arkhangel, qui ne fut pas connu des autres peuples.

Longtemps auparavant, les Génois et les Vénitiens avaient établi un commerce avec les Russes par l'embouchure du Tanaïs, où ils avaient bâti une ville appelée Tana ; mais depuis les ravages de Tamerlan dans cette

Sartie du monde^ cette branche du conmierce es Italiens avait été détruite; celui d'Arkhangel a subsisté, avec de grands avantages pour les Anglais et les Hollandais, jusqu au temps où Pierre le Grand a ouvert la mer Baltique à ses Etats.

Laponie rusite. Gùuvemement d'Arkhan" gel, — A l'occident d'Arkhangel et dans son gouvernement est la Laponie russe, troisième partie de cette contrée ; les deux autres appartiennent à la Suède et au Danemark. C'est un to&s-grand pays« aui occupe environ huit

degrés de longitude, et qui s'étend en latl^

et de Pygmées septentrionaux; ces noms conyenaient en effet a des hommes hauts pour la plupart de trois coudées et qui habitent des cayernes; ils sont tels qu'il étaient alors^ d'une couleur tannée,quoique les autres peur pies septentrionaux soient blancs; presque tous petits, tandis que leurs voisins et les peuples d'Islande, sous le cercle polaire, sont d'une haute stature; ils semblent faits pour leur pays montueux, agiles, ramassés, robustes ; la peau dure, pour mieux résister au fîroid ; les cuisses, les jambes déliées, les pied» menus pour courir plus légèrement au mi«* lieu des rochers dont leur terre est toute couverte; aimant passionnément leur patrie, qu'eux seuls peuvent aimer, et ne pouvant même vivre ailleurs. On a prétendu, sur la foi d'Olaûs, que ces peuples étaient originaires de Finlande, et qu'ils se sont retirés dans la Lapa* nie, où leur taille a dégénéré. Mais pourquoi n'auraient-ils pas choisi des terres moins au nord, où la vie eût été plus commode? Pourquoi leur visage, leur figure, leur couleur, tout diffère-t-il entièrement de leurs préteiiduB ancêtres? 11 serait peut-être aussi convenable de dire que l'herbe qui croit en Laponie vient de l'herbe du Danemark, et que le»

Soissons particuliers à leurs lacs viennent es poissons de Suède. Il y a grande appa* renée que les Lapons sont indigènes, comme

leurs animaux sopt une production de teur paysy que la nature les a faits les uns iM>ur les autres.

Ceux qui habitent vers le* Finlande oat adopté quelques expressions de leurs voisinsL ce qui arriTe à tous les peuples; mais quand deux nations donnent aux choses d'usage, aux objets qu'elles ydent sans cesse, des noms absolument différents, c'est une grande pré- «omption qu'un de ces peuples n est pas une colonie de l'autre. Les Finlandais appellent un ours haruj et les Lapons mumt; le soleil, en finlandais, se nomme auringa, en langue laponne beve. Il n'y a là aucune analogie. Les habitants de Finlande et de la Laponie suédoise ont adoré autrefois une idole cni'ils nommaient lumcdae; et depuis le temps de Gustave-Adolphe, auquel ils doivent ïe nom de luthériens, ils appellent Jésufr-Ghxist le fils d'Iumaloc. Les Lapons moscovite» sont aujourd'hui censés de l'Eglise grecque; mais ceux qui errent vers les montagnes septentrionales du cap Nord se contentent d'adorer un Dieu sous quelques formes grossières, anden usage de tous les peuples soaiades

Cette espèce d'hommes, peu nombreuse^ a trè»ipeu d idées, et ils sont heureux de a'en avoir pas davantage; car alors ils auraient de nouveaux besoins qu'ils ne pourraient satisfiiire; ils vivent contents et sans notaladies» en ne buvant guère gue de l'eau dans le climatle plus froid, et arrivent à une lon«;ue vieillesse. La coutume qu'on leur Imputait de prier les étrangers de siiie à leurs feounes el à leurs

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filles l'honneur' de s'approcher d'elles vient probahlement du sentiment de la supériorité qu'ils reconnaissaient dans ces étrangers, evt roulant qu'ils pussent servir à corriger les défauts de leur race. C'était un usage établi chez les peuples vertueux de Lacédémone.

Un époux priait un jeune homme bien faitde lui donner de beaux enfants qu'il pût adop<> ter. La jalousie et les lois empêchent les au* très hommes de donner leurs femmes; mais les Lapons étaient presque sans lois, et probablement n'étaient point jaloux.

Moscou^ — Quand on a remonté la Dwîna du nord au sud, on arrive au milieu des terres à Moscou, la capitale de l'empire. Cette vîQe fut longtemps le centre des Etats russes» avant qu'on se fût étendu du côté de la Chine et de la Perse.

Moscou, .situé par le cinquante-cinquième degré et demi de latitude, dans un terrain moins froid et plus fertile que Pétersbourg, est au milieu d'une vaste et belle plaine, sur la rivière de Moskova (1) et de deux autres petites qui se perdent avec elle dans TOcca, et vont ensuite grossir le fleuve du Volga. Cette ville n'était, au treizième siècle, qu'un assemblage de cabanes peuplées de malheureux opprimés par la race de Gengis-Khan.

Le Kremlin (2},^ui fut le séjour des grandsducs, n'a été bâti qu'au quatorzième siècle» ** tant les vOles ont peu d'antiquité dans cette

i] Ea TOMe, Moakwa.

En vteae, Eitsala.

Jk

partie du monde. Ce Kremlin fut construit par des architectes italiens^^ ainsi que plusieurs églisesydansçe goût gothique qui était «lors celui de toute l'Europe; il y en a deux du célèbre Aristote de Bologne, qui fleurissait au quinzième siècle; mais les maisons des particuliers n'étaient que des huttes de bois.

Le premier écrivain qui nous fit connaître Uoscob est Oléarius, qui, en 1633, accompagna une ambassade d'un duc de Holstein, ambassade aussi vaine dans sa pompe qu^inutile dans son objet. Un Holsteinois devait être frapj^é de l'immensité de Moscou, de ses cinq enceintes, du vaste quartier des czars, et d'une splendeur asiatique qui régnait alors à cette cour. Il n'y avait rien de pareil en Allemagne; nulle ville, à beaucoup près, ausd Taste, aussi peuplée.

Le comte de GarUsle, au contraire, ambassadeur de Charles II, en 1663, auprès du czar Alexis, se plaint, dans sa relation, de n'avoir trouvé ni aucune commodité de la vie dans Moscou, ni hôtellerie dans la route, ni secours d'aucune espèce. L'un jugeait conune un Allemand du nord, l'autre comme un Anglais, et tous deux par comparaison. LiAnglais fut révolté de voir que la plupart des boyards «Avaient^ pour lit des planches ou des bancs, sur lesquels on étendait une peau ou une couverture -, c'est l'usage antique de tous les peuples; les maisons, presque toutes debois, étaient sans meubles, presque toutes les tables k manger sans linge; point de pavé dans

les rues, rien d'agréable et de commode, trèspeu d'artisans^ encore étaient-ils grossiers^ et ne travaillaient-ils qu'aux ouvrages indispensables. Ces peuples auraient paru des Spartiates s'ils avaient été sobres.

Mais la cour, dans les Jours de céréiuonie,

Paraissait celle d'un roi de Perse. Le comte de arlisle dit qu'il ne vit qu'or et pierreries sur les robes du czar et de ses courtisans; ces habits n'étaient pas fabriqués dans le pays; cependant il était évident qu'on pouvait rendre les peuples industrieux, puisqu'on avait fondu à Moscou, longtemps auparavant, sous le règne du czar Boris Godunov^, la plus grosse clocbe qui soit en Europe, et qu'envoyait dans l'église patriarcale des ornements d'argent qui avaient exigé beaucoup de soins. Ces ouvrages^ dirigés par des Allemands et des Italiens, étaient des efforts passagers j c'est l'industrie de tous les jours, et la multitude des arts continuellement exercés qui fait une nation florissante . La Pologne alors, et tous les pays voisins des Russes, ne leur étaient pas supérieurs. Les arts de la main t](%taient pas plus {perfectionnés dans le nord de l'Allemagne:

es beaux-arts n'y étaient guère plus connu»

au commencement du dix-septième siècle.

Quoique Moscou n'eût rien alors de la magnificence A des arts de nos grandes villes.

d'Ënzope, cependant son circuit de vingt mille . pas, la partie appelée ville chinoise^ où les raretés de la Chine s'étalaient, le vaste quarûer du Kremlin, où est le palais des czars, quelques dômes dorés, des tours élevées et

singulières, et enfin le nombre de ses habltantSy qui monte à près de cinq cent mille, tout cela faisait de Moscou une des plus considérables Tilles de Tunivers.

Théodor, ou Fédor, firère aîné de Pierre le Grand, commença à policer Moscou. Il fit construire plusieurs grandes maisons de pierre, quoique sans aucune architecture régulière, u encourageait les principaux de sa cour à bâtir, leur avançant de l'argent et leur fournissant des matériaux. C'est à lui qu'oti doit les premiers haras de beaux chetaux et quelques embellissements utiles . Pierre, qui a tout fait, a eu soin de Moscou, eu construisant PétersDourg; il l'a fait paver; il Ta orné et enrichi par des édifices, par des manufactures; enfinun chambellan (i) de l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre, y a été l'instituteur d'une université depuis quelques années. C'est le mjôme qui ma fourni tous les mémoires sur lesquels J'écris. H était bien çlus capable que moi de composer cette histoire, môme dans ma langue; toiU ce qu'il m'a écrit fait foi que ce n'est que par modestie qu'il m'a laisse le soin de cet ouvrage.

Smolensh. — A l'occident du duché de Moscou est celui de Smolensk, partie de l'andenne Sarmatie européenne. Les duchés de Moscovie et de Smolensk composaient la Russie blanche proprement dite. Smolensk, qui appartenait d'aoord aux grands-ducs de Ri»- Bie, fot conquis par le grand-duc de Litbiiii«

(I) M. de SclioiiTalot

xAe au commencement du quinzième siëde, reprise cent ans après par ses anciens maîtres. Le roi de Pologne Sigîsmond 7H s'en em« para en iOil. Le czar Alexis, père deBlerre, ta recouvra en 4654; et, depuis ce temps, elle a fait toujours partie de Fempire de Russie.

n est dit dans Tâoge du czar Pierre, prononcé à Paris dans l'Académie des sciences, que les Russes avant lui n'avaient rien conquis à rOccident et au Midi : il est évident gu*on s'est trompé.

Gùuvernement de NcffDOfforod et de Kievie ou Ukraine. — Entre Pétersbourg et Smolensk est la province de Novc^rod. On dit que c'est dans ce pays que les anciens Slaves ou Slavons firent leur premier établissement.

Mais d'où venaient ces Slaves, dont la langue s'est étendue dans le nord-est de l'Europe ?

Sa signifie un chef, et eeelme , appartenant au chef. Tout ce qu'on sait de ces anciens Slaves, c'est qu'ils étaient des conquérants. Ils bâtirent la ville de Novogorod la grande, ntuée sur une rivière navigable dès sa source, laquelle jouit longtemps d^un florissant commerce, et fut une puissante alliée des villes banséatiques. Le czar Ivan BasilovdtK (i) la conquit en 4467, et en emporta toutes les richesses^ qui contribuèrent à la magnifieenoe de la cour de Moscou, i^esque inconnue jusqu'alors.

Au midi de la province de Smolensk vous trouvez la province de Kievie, qui est la petite

(I) En rasse, Iwan Wassilevitcà.

Russie^ la Russie rouge ou l'Ukraine, traversé par le Dnieper, que les Grecs ont appelé Borysthène. La différence de ces derx noms, l'un dura prononcer, l'autre mélodieux, sert à faire voir, avec cent autres preuves, la rudesse de tous les anciens peuples du nord et les grâces de la langue grecque. La capitale Riew, autrefois Risovie, fut bâtie par les empereurs de Constantinople, qui en firent une colonie; on y voit encore des inscriptions grecques de douze cents années ; c'est la seule ville qui ait quelque antiquité dans ces pays, où les hommes ont vécu tant de siècles sans bâtir de murailles. Ce fut là çue les grandsducs de Russie firent leur résidence dans le onzième siècle, avant que les Tartares asservissent la Russie.

LesUkraniens, qu'on nomme Cosaques, sont un ramas d'anciens Roxelans, de Sarmates, de Tartares réunis. Cette contrée faisait partie de l'ancienne Scythîe. Il s'en faut beaucoup que Rome et Constantinople, qui ont dominé sur tant de nations, soient des pays comparables, pour la fertilité, à celui de l'Ukraine La nature s'y efforce de faire du bien aux hommes, mais les hommes n'y ont pas secondé la nature, vivant des fruits que produit une terre aussi inculte que féconde, et vivant encore plus de rapines ; amoureux à l'excès d'un bien préféraole à tout, la liberté, et cependant ayant servi tour à tour la Pologne et la Turquie. Enfin ils se donnèrent à la Russie en i^M, sans trop se soumettre, et Pierre les a soumis.

Les autres nations sont distinguées par leurs villes et leurs bourgades. Celle-ci est partagée en dix régiments. A la tête de ces dix régiments était un chef élu à la pluralité des Toix, nommé hetman ou itman. Ce capitaine de la nation n'avait pas le pouvoir suprême.

C'est aujourd'hui un seigneur de la cour que les souverains de Russie leur donnent pour hetman; c'est un véritable gouverneur de pro- TÎnce, semblable à nos gouverneurs de ces pays d'Etats qui ont encore quelques privilèges.

n n'y avait d'abord dans ce pays que des païens et des mahométans ; ils ont été bapti* ses chrétiens delà communion romaine quand ils ont servi la Pologne, et ils sont aujourd'hui baptisés chrétiens de l'Eglise grecque depuis qu ils sont à la Russie.

Parmi eux sont compris ces Cosaques Zaporaviens, qui sont à peu près ce qu'étaient nos flibustiers, des brigands courageux. Ce qui les distinguait de tous les autres peuples, c'est qu'ils ne souffraient jamais de femmes dans leurs peuplades, comme on prétend que les Amazones ne souffraient point d'hommes chez elles. Les femmes qui leur servaient à peupler demeuraient dans d'autres lies du fleuve :

>oint de mariage, point de famille ; ils enrôaient les enfants mâles dans leur milice, et aissaient les filles à leurs mères. Souvent le frère eut des enfants de sa sœur, et le père de sa ^lle. Point d'autres lois chez eux que les usages établis par les besoins ; cependant ih eurent quelques prêtres du rite grec. On a construit depuis quelque temps le fort Sainte-

Elisabeth, sur le Borysthène. pour les conte* nîr. Us servent dans les armées comme trou-

{»es irréguHères, et malheur à qui tombe dans eurs mains !

Gouvernement de Belgorod, de Yonméie et de Nijnéi'Novogorod. — Si vous remontez au nord-est de la province de Kievie, entre le Borysthène et le Tanaïs, c'est le gouvernement de Belgorod gui se présente ; il est aussi grand que celui de Kievie. Cest une des plus fertiles provinces de la Ruâsie; c'est elle qui fournit à la Pologne une quantité prodigieuse de ce gros bétail qu'on connaît sous le nom de bœufs de l'Ukraine. Ces deux provinces sont à l'abri des incursions des petits Tartares par des lignes, qui s'étendent du Borysthène au Tanaïs, garnies de forts et de redoutes.

Remontez encore au nord, passez le Tanaïs TOUS entrez dans le gouvernement de Voronèje, qui s'étend jusqu'aux bords des Palus- Méotides. Auprès de la capitale que nous nom* mous Véronise (1), à l'embouchure de la rivière de ce nom qui se Jette dans le Tanaïs, Pierre le Grand a fait construire sa première flotte, entreprise dont on n'avait point encore d'idée dans tous ces vastes Etats. Vous trouverez ensuite le gouvernement de Nî|néi-Novogorod. fertile en grains, traversé parle Volga,

AstroMon, — De cette province vous entrez au midi dans le royaume d'Astrakan* Ce pays commence au quarante-troisième degré et

i) En BaaaiB, on écrit at cm |roiu>D«A VoioaMtoli.

demi de latitudei eouBlepIus beaiidesdimatsy et finit vers le cinquantième, comprenant environ autant de degréa de longitude que de latitude ; bordé d'un côté par la mer Caspienne, de l'autre par les montagnes de la GiroBSBiey et «'avançant encore au delà de la mer Caspienne, le long du mont Caucase; arrosé du grand fleuve Volga, du Jaïk et de plusieurs autres rivières, entre lesquelles on peut, à ce oue prétend l'ingénieur anglais Perrî, tirer des canaux qui, en servant de lit aux inondations, feraient le môme effet crue les canaux du Njl, et augmenteraient la fertilité de la terre. Mais à la droite et à la gauche du Volga et du Jaîk, ce beau pays était infesté plutôt qu'habité par des Tartares, qui n'ont Jamais rien cultivé, et qui ont toujours vécu comme étrangers sur la terre.

L'ingénieur Perri, employé par Pierre le Grand dans ces quartiers, j trouva de vastes déserts couverts de pâturages, de légumes, de cerisiers, d'amandiers. Des moutons sauva-

§ee, d'une nourriture ei^cellente, paissaient ans ces solitudes, n fallait commencer par dompter et par civiliser les hommes de ces climats pour y seconder la nature, qui a été forcée dans le climat de Pétersbourg. «

Ce royaume d'Astrakan est une partie de l'anden Kaptchak conquis par Gengis-Khan^ et ensuite par Tamerlan ; ces Tartares d(Hninèrent Jusqu'à Moscou. Le czar Jean Basilidès. •

petit-fils d Ivan Basilowitz, et le plus grand conquérant d'entre les Russes, délivra son f ajs da Joug isrtare au seisième sièdei et \

ajouta le royaume d'Astrakan à ses autres coaquôtes.

Astrakan est la borne de TAsie et de l'Europe, et peut faire le commerce de l'une et de l'autre en transportant par le Yolga les marchandises apportées par la mer Caspienne.

C'était encore un des grands projets de Pierre le Grand : il a été exécuté en partie. Tout un faubourg d'Astrakan est habité par des Indiens.

Orenbourg. — Au sud-est du royaume d'Astrakan est un petit pays nouvellement formé qu'on appelle Orenbourg : la villjB de ce nom a été bâtie, en 1734, sur le bord du fleuve Jaïk. Ce pays est hérissé des branches du mont Caucase. Des forteresses, élevées de distance en distance, défendent les passages des montagnes et des rivières qui en descendent.

C'est dans cette région, auparavant inhabitée, qu'aujourd'hui les Persans viennent déposer et cacher à la rapacité des brigands leurs effets échappés aux guerres civiles. La ville d'Orenbourg est devenue le refuge des Persans et de leurs fortunes, et s'est accrue de leurs calamités ; les Indiens, les peuples de la grande Boukharie y viennent trafiquer; elle devient l'entrepôt de l'Asie.

Gouvernements de Kazan et de la Grande' Termie. - - Au delà du Volga et du* Jaïk, vers le Septentrion, est le royaume de Kazan, qui, comme Astrakan, tomba dans le partage d un fils de Gengis-Khan et ensuite d'un fils deTamerlan, conquis de même par Jean Dasilidës.

Il est encore peuplé de beaucoup de Tartanes

mahométans. Cette grande contrée s'étend jus^'à la Sibérie ; il est constant qu'elle a été i

flonssante et riche autrefois; elle a conservé ^

encore quelque opulence. Une province de ce royaume, appelée la Grande-Permie, etensuite ^^

leSoUkani} était Tentrepôt des marchandises de la Perse et des fourrures de Tartarie. On a trouvé dans cette Permie une grande quantité de monnaie au coin des premiers califes et quelques idoles d'or des Tartares (1) ; maïs ces monuments d'anciennes richesses ont été trouvés au milieu de la pauvreté et dans les déserts; il n'y avait plus aucune trace de commerce ; ces révolutions n'arrivent que trop vite et trop aisément dans un pays mgrat, puisqu'elles sont arrivées dans les plus fertiles.

Ce célèbre prisonnier suédois Stralembei^.

qui mit si bien à profit son malheur, et qui examina tous ces vastes pays avec tant d'attention, est le premier qui a rendu vraisemblable un fait qu'on n'avait jamais pu croire, concemantl'ancien commerce de ces régions.

Pline et Pomponius Mêla rapportent que, du temps d'Auguste, un roi desSuèves fit présent à Metullus Geler de quelques Indiens jetés par la tempête sur les côtes voisines de l'Eme.

Gomment des habitants de l'Inde auraient-ils ^

navigué sur les . mers germaniques ? Gette aventure a paru fabuleuse à tous nos modernes^ surtout depuis que le commerce de hotre

(1) lUmoires de Str«l6iiib6rg> oonâzmég pw met Mé*

hémisphère a changé par la découverte du cap de Bonne-Espérance; mais autrefois il n'étuï

' f Arabie. Les Indiens allaient en Perse, s'em-

terguaient sur la mer d'Hyrcanie, remontaient le Rha, mil est le Volga, allaient Jos-

\ gu'à la Grande-Permie par la Kama, et de là

1^ pouTaient aUer s'embarquer sur la mer du

Nord ou sur la Baltique. H y a eu de tout temps des hommes entreprenants. Les Tyriens firent de plus surprenants voyages.

\ Si, après avoir parcouru de Tœil toutes ces

vastes provinces, vous Jetez la vue sur FOrient, c'est la que les limites de l'Europe et de l'Asie se confondent encore, n aurait Mfai un nouveau nom pour cette grande partie du monde. Les anciens divisèrent en Europe, Asie et Afrique, leur univers connu ; ils n^en avaient pas vu la dixième partie ; c'est ce qui

mont Tauros était désigné par le mot vague de Scythie, et le M ensuite par celui de 'Artaiie ou Tatarie. H serait convenable peutêtre d'appeler terres arctiques ou terres du nord tout le pays qui s'étend dej^uis la mer Baltique Jusqu'aux con^ns de la Chme. comme <m donne le nom de terres australes à la partie du monde non moina vaste située sous le Sole antarctique, et qui fait le oontre-poidt ngLoba.

€l0im$memenU de la Sibérie^ des Samoyides, des OsUahs. -~Des frontières des provlaces d'ArkliajDgaly de Résan, d'Astrakan, s*étend k roiient la Sibérie, avec les terres ultôlieases juf ^'à. la mer du Japon; elle touche au. midi de la Russie par le mont Caucase; de là au pays de Kamtchatka on compte environ douze cents lieues de France; et de la Tartane m&idionale, qui lui sert de limite^ jusqu'à la mer Glaciale, on en compte environ

rire cents, ce qui est la moindre largeur l'empire. Cette contrée produit les plus riehes ibumiires, et c'est ce qui servit a en faire la découverte en 1563. Ce ne fut pas sous le czar Fédor Iwanowitch, mais sous Ivan Ba* sUidès, au seidème siècle, qu'un particulier des environs d'Arkhangel, nommé Anika, homme riche pour son état et pour son pays, s'aperçut que des hommes d'une figure extraoroinaire, vêtus d'une manière jusqu'alors inconmie dans ce canton et parlant une langue que personne n'entendait, descendaient tous lesansune rivière qui tombe dans la DwinaÔ)^ et venaient apporter au marché des nxartres et des renards noirs qu'ils troquaient pour des clous et des morceaux de verre, comme les premiers sauvages de l'Amérique donnaient îear or aux Espagnols; il les fit suivre par ses eufants et par ses vadets jusque dans leur pap. C'étaient des Samoyèdes, peuples qui parais* •eut semblables aux Lapons, mais qui ne sont paa de la môme race. Us ignorent comme eu»

(t) Mémoires envojé» 4a f!6ieiab«iif|^.

^ l'usage du pain ; ils ont comme eux le secours

'' des rangifères ou rennes, qu'ils attellent à

' leurs traîneaux. Ils vivent dans des cavernes,

^ dans des huttes au milieu des neiges (i ) ; mais,

d'ailleurs, la nature a mis entre cette espèce d'hommes et celle des Lapons des différences très-marquées. On m'assure leur mâchoire ; supérieure plus avancée au niveau de leur

>' nez; leurs oreilles sont plus rehaussées. Les

hommes et les fenunes n'ont de poil que sur la tôte ; le mamelon est d'un noir d'ébène.

Les Lapons et les Laponnes ne sont marqués à aucun de ces signes. On m'a averti, par des mémoires envoyés de ces contrées si peu connues, qu'on s'est trompé dans la belle Histoire naturelle du jardin du Roi, lorsque, en parlant de tant de choses curieuses concernant la nature humaine, on a confondu l'espèce des Lapons avec l'espèce des Samoyèdes. Q y a beaucoup plus de races d'hommes qu'on ne pense. Celles des Samoyèdes et des Hottentots paraissent les deux extrêmes de notre continent, et si l'on fait attention aux mamelles noires des femmes samoyèdes et au tablier Que la nature a donné aux Hottentotes, qui descend, dit-on, à la moitié de leurs cuisses, on aura quelque idée des variétés de notre espèce animale, variétés ignorées dans nos , villes, où presque tout est inconnu, hors ce qui nous environne.

Les Samoyèdes ont dans leur morale des singularités aussi grandes qu'en physique s

(1) Mémoire! eaToyès de Pétenbonif .

ils ne rendent aucun culte à TEtre suprême; ils approchent du manichéisme, ou plutôt de l'ancienne religion des mages, en ce seul point qu'ils reconnaissent un bon et un mauvais principe Le climat horrible qulls habitent semble, en quelque manière, excuser cette croyance si ancienne chez tant de peuples et si naturelle aux ignorants et aux infortunés.

On n'entend parler chez eux ni de larcins ni de meurtres ; étant presque sans passion, ils sont sans injustice, il n'y a aucun terme dans leur langue pour exprimer le vice et la vertu. Leur extrême simplicité ne leur a pas encore permis de se former des notions anstraites; le sentiment seul les dirige; et c'est peut-être une preuve incontestable que les nommes aiment la justice par instinct, quand leurs passions funestes ne les aveuglent pas*

On persuada quelques-uns de ces sauvages de se laisser conduire à Moscou. Tout les y frappa d'admiration. Ils regardèrent l'empereur comme leur Dieu et se soumirent à lui donner tous les ans une offrande de deux martres zibelines par habitant. On établit bientôt quelques colonies au delà de l'Oby et derirtiche (1); on y bâtit même des forteresses. Un Cosaque Ait envoyé dans le pays en i59S, et le conquit pour les czars avec quelques soldats et quelque artillerie, comme Cortez subjugua le Mexique; mais il ne conquit guère que des déserts.

(0 Bn mate, Irtisclu

En remontant TOby, à la jonction de la r^ Yière d'frtidie arec celle du TbboL on tioav« une petite habitation dont on a fai/ la ville de Tobolsk(0, capitale de la Sibérie, aujourd'huî eonsidérable. Qui croirait que cette contrée a été longtemps le séjour de cet mêmes Huns qui ont tout ravagé jusqu'à Rome sous Attila, et que ces Huns Tenaient du nord delà Ghioei Les Tartares Uzbeks ont succédé aux Huns* et les Russes aux Ud)eks. On s'est dispute ces contrées sauvages, ainsi qu'on s'est exter» miné pour les plus fertiles. La Sibérie fut autrefois plus peuplée qu'elle ne l'est, surtout vers le midi ; on en juge par des tombeaux et par des mines.

Toute cette partie du monde, depuis le soixantième degré ou environ, jusqu'aux montagnes éternellement glacées qui bornent les mers du nord, ne ressemble en rien aux régions de la Bone tempérée : ce ne sont ni les mômes plantes, ni les mômes animaux sur la terre, ni les mômes poissons dans les lacs et dans les rivières.

Au-dessous de la contrée des Samoyèdes est celle des Ostiaks, et le long du fleuve Oby. Us ne tiennent en rien des Samoyèdes, sinon qu'ils sont, comme eux et comme tous lea prenoders hommes, chasseurs, pasteurs et pidcheurs; les uns sans religion, parce qu ils ne sont pas rassemblés; les autres, qui comr posent des hordes, ayant une espèce de culte, laisant des vœux au principal objet de leun

(|)Bn russe, Tobolskoy.

besoftiu; ils adorent, dit-on, une peau de mour ton, parce que rien ne lenr est plus néces* saire que ze bétail; de môme que les anciens Egyptiens agriculteurs choisissaient on bœuf

Sour adorer dans l'emblèmo de cet animal la ivinité qui Ta fait naltie j)our l'homme.

Quelques auteurs prétendent que ces Ostiaks Adorent une peau d'ours, attendu qu'dila est plus chaude que celle du mouton ; il se peut qa*ils n'adorent ni l'une ni Vautre.

Les Osliaks ont aussi d'autres idoles, dont ni l'origine ni le culte ne méritaient pasplos notre attention que leurs adorateurs. On a fidt chez eux quelques chrétiens Ters l'an 1712 ; ceux*là sont chrétiens conone nos paysans les plus grossiers, sans sayolr ce qu'Us sont. Plusieurs auteurs prétendent que œ peuple est originaire de la Grande*Permie; mds cette Grande-Permie est presque déserte • pourquoi ses halntants se seraient-ils établis û loin et d mail Ces obscurités ne raient pas nos recherches* Tout peuple qui n'a point cultivé les arts doit être condanuié à être inconnu.

(Tert surtout ohex ces Ostialo, dies les Burates et les Iakoutsk, leurs msins, qu'on trouve souTOBt dans la terre de cet iroire dont on n'a Jamais pu savoir Torigine; les uns le croient un Iroire fossile; les autres, les dents d^une espèce d'éléphant dont la race est détruite. Dans quel pays ne troure^tron pas des productions de la nature qui étonnent et qui oonlMident la philosophie?

fftosieurs numlacues de ces contrées soni

remplies de cet amiante, de ce lia incomba»* tible doat oa faittaatôt delatoile,taat6tand espèce de papier.

Au midi des Ostiaks soat les Barates, autre peuple ou'oa a'a pas encore rendu chrétien, A Test, il y a plusieurs hordes qu'on n'a pu entièrement ^umettre. Aucun de ces peu-

Sles n'a la moindre connaissance du ccdenrier. Ils comptent par neiges, et non par la *^ marche apparente du soleil; conmie il neige

régulièrement et longtemps chaqu% hiver, us disent : « Je suis figé de tant de neiges », comme nous disons : « J'ai tant d'années. »

Je dois rapporter ici ce que raconte l'offîcier suédois Stralemberg, qui, ayant été pris à Pultava, passa quinze ans en Sibérie, et la

Sarcourut tout entière ; il dit qu'il y a encore es restes d'un ancien peuple dont la peau est bigarrée et tachetée, ^u il a vu des hommes de cette race; et ce fait m'a été confirmé Ï»ar des Russes nés à Tobolsk. Il semble que a variété des espèces humaines ait beaucoup diminué ; on trouve peu de ces races singulières, que probablement les autres ont exterminées; par exemple, il y a trèsnpeu de ces Maurasbtancs ou de ces Albinos dont ua a été pré:ienté à l'Académie des sciences de Paris, et que J'ai vu. Il en est ainsi de pluslears animaux dont l'espèce est très-rare.

Quaht aux Borandieas. dont il est parlé souvent dans la savaate Histoire du Jardiu du roi de France, mes Mémoires diseat que ce .• peuple est absolument inconnu.

Tout le midi de ces contrées est peuplé de

nombreuses hordes dé Tartares. Les anciens Turcs sont sortis de cette Tartarie pour aller subjuguer tous les pays dont ils sont aujourd'hui en possession. Les Ralmouk& les Mongols^ sont ces mômes Scythes qui, conduits par Madiès, s'emparèrent de la haute Asie, et vainquirent le roi des Mèdes Gyaxarès. Ce sont eux que Gengis-Khan et ses enfants menèrent depuis jusqu'en Allemagne, et qui forilièrent 1 empire du Mogol sous Tamerlan.

Ces peufiles sont un grand exemple des changements arrivés chez toutes les nations. Quelques-unes de leurs hordes, loin d'être redoutables, sont devenues vassales de la Russie.

Telle est une nation de Ealmouks qui habite entre la Sibérie et la mer Caspienne.

C'est là gu'on a trouvé, en iliO^ une maison souterraine de pierres, des urnes, des lampes, des pendants «r oreilles, une statue équestre d'un prince oriental portant un diadème sur sa tête, deux femmes assises sur des trônes, un rouleau de manuscrits envoyés par Pierre le Grand à l'Académie des inscnptions de Paris, et reconnu pour être en langue du Thibet, tous témoignages singuliers que les arts ont habité ce pays aujourd'hui barbare, et preuves subsistantes de ce qu'a dit Pierre le Grand plus d'une fois, que les arts avaient fait le tour du monde.

Jûu Kamtchatka. — La dernière province est le Kamtchatka, le pays le plus oriental du continent. Le nord ae cette contrée fournit aussi de belles fourrures ; les habitants #en revêtaient l'hiver, et marchaient nus

HfTOimi DE BUB8». — I* ' 2

l'été. On Alt lai^rls de trouver da» k* mplieB méridionales des homnies «nec da lomgués barbes, tandis que dans les partias aoq^ leDtriooaleSy depuis le pays des Samojàaes jusqu'à l'embouchure du fleuve Amoujr «ta Amur, les bomoaes n'ont pas plus de èaorbie

fue les Amérioalos. €'est ainsi me, daas empire de Russie, il 7 a pins da iaifférentas espèces, plus de singularités, plus «de menijB diuéreoteB que dans aucun pafs de l'natireie. Des mémoires récents m apprennent tpie te peuple sauvage aaussisestbôologiaail^^ni fi>nt descendre les habîtante de cette ptesqu'Ile d'une espèce d'être supérieur qu'ils appellent Kouthou. Ces mémoires disent fpi'us ne lui rendent aucun culte, qu'ils ne l'aiment

' ai ne le craignent.

Ainsi, ils auraient una mytiiologia, tt ife aa'ont point de religioa; cela pourrait être vrai, et n'est guère vraisemblaiMe ? lacrsâate «et l'attribut naturel des hommes. On prétend que, dans leurs absurdités, ils distinguent daa Oioses permises et des choses défendues : ee i|ui est permis, c'est de satisfaire toutes Me passions; ee qui est défendu, c'est d'aiguiaer BU couteau ou une hache quand on est en foyage et de sauver un homme qui se noie.

SI, en effet, c'est un péché parmi «ux desau^

^ ver la vie à son prochain, ils sont en cela ÔSÊ"

férents de tous les hommes, qui courent par {«isti net ausaoours de leurs semblables, quand Via ' érât au la paanion ne corrompt pas en emoL m penchant naturel. Il semble au'on ne pouplaîl panwiiif à faise nn^aime d'uneaction ti

commune et si nécessaire qu'elle n'est pu wâme une vertu, que par une philosopaie également fausse et superstitieuse, aui persuaderait qull ne faut pas s'opposer a la I^o» Tidence, et qu'un homme destiné par le ciel à être noyé ne doit pas être secouru par un homme; mais ces barbares sont bien Imt d'avoir même une fausse philosophie»

Cependant Us célèbrent, dit-on, une grande* fête, qu^ appellent dans leur langage d'un mot qui signifie purificaUon ; mais de quoi se purifient-us, si tout leur est permis ? Et pour** quoi se puxîfient-ils, s'ils ne craignent ni n'aiment leur dieu Kouthou?

ÏI y a sans doute des contradictions dans leurs idées, comme dans celles de presque tous les peuples : les leurs sont im défaut d'esprit, et les nôtres en sont un aJbusf nou» avons beaucoup plus de contradictions qu'eux», parce que nous avcms plus raisonné.

Conmie ils ont une espèce de dieu, ils ont aussi les démoi]|fB : enfin, il y a. parmi eux des sorciers, ainsi qu il y en a toujours eu ches toutes les ita^ons les plus policéesL €e soai les vieilles qui sont sorcières dans le Kamt» cfaatlui, comme èHes fêtaient piarmi noue avant que la saine physique nous éclairftt» C'est donc ùartottt Fapaaage de l'esprit hû*' miâa d*tfvolr iesk fdtées absurdes, fbndées sutf notre curiosité et sus notre Cublesse ! Les KamlriiaftaiTes ont aussi des psoph&tes ^ expliquent les songes, et U ury a paa kôigr temps que notes n'^ea avons plus.

Hqpm qae U cour de Russie a aàditfetti ces

peuples en bâtissant cinq forteresses dans leur pays, on leur a annoncé la religion grecque.

Un gentilhomme russe très-instruit m*a dit qu'une de leurs grandes objections était que ce culte ne pouvait être fait pour eux, puisque le pain et le vin sont -nécessaires a nos

J mystères, et qu'ils ne peuvent avoir ni pain

ni vin dans leur pays.

Ce peuple, d'ailleurs, mérite peu d'observations ; je n'en ferai qu'une : c^st aue si on jette les yeux sur les trois quarts de l'Amérique, sur toute la partie méndionale de l'Afri-

* que, sur le nord, depuis la Laponie jusqu'aux

mers du Japon, on trouve que la moitié du genre humain n'est pas au-dessus des peuples du Kamtchatka.

D'abord un officier cosaque alla par terre de la Sibérie au Kamtchatka en 1701, par ordre de Pierre, qui, après la malheureuse journée de Narva, étendait encore ses soins d'un bord du continent à l'autre. Ensuite, en 1725, quelque temps avant que la mort le surprit au milieu de ses grands projets, il envoya le capitaine Bering, Danois, avec ordre exprès d'aller par la mer Kamtchatka sur les terres de 1 Amérique, si cette entreprise était praticable. Bering ne put réussir dans sa première navigation L'impératrice Anne l'y envoya encore en 1733 Spengenberg, capi-

Jiitaine de vaisseau, associé à ce vovage, partit e premier du Kamtchatka; mais il ne put se mettre en mer qu'en 1739, tant il avait fallu de temps pour arriver au port où Ton s'emiMtrqua et pour y construire des vaisseauxi

pour les agréer et les fournir des choses nécessaires. Spengenberg pénétra jusqu'au nord du Japon par un détroit que forme une lon« gue suites d'îles, et revint sans avoir découvert ce passage.

En 174i. Bering courut cette mer, accom-

Sagné de 1 astronome de Lisle de la Groyère, e cette lamille de Lisle qui a produit de ni savants géographes ; un autre capitaine allait de son côté à la découverte. Bering et lui atfeiçiirent les côtes de rAmérigue au nord de la Californie. Ce passage, si longtemps cherché par les mers du nord, fut donc en^ fin découvert ; mais on ne trouva nul secours sur ces côtes désertes. L'eau douce man(|ua ; le scorbut fit périr une partie de Téqmpage ; on vit l'espace de cent milles les rivages septentrionaux de la Californie; on aperçut des canots de cuir qui portaient des hommes semblables aux Canadiens. Tout fut infructueux. Bering mourut dans une lie à laqueUe il donna son nom. L'autre capitaine, se trouvant plus près de la Californie, fit descendre à terre dix hommes de son équipage; as ne> reparurent plus. Le capitaine fut forcé de regagner le Kamtchatka, après les avoir attendus inutilement, et de Lisle expira en descendant à terre. Ces désastres sont la destinée de presque tentes les premières tentatives sur les mers septentrionales. On ne sait pas encore quel fruit on tirera de ces découvertes si pénibles et si dangereuses.

N«U8 avons marqué tout ce qui compose en général la domination de la Russie, depuis la

— as

^■"îÇBi

Kiikaide Jusfu'à la mer du Japon* Toôt^ales grandes parties de cet eanâre «ai 6t6 unies en divecs temps, comme aaota tousks autres icyaumes du monde. Des Scythes, dea Huua^ des Massagètes, des Slavons, des Gimbies, des Qètie»^ des Sannates^ soal aujourd'luxi les sujets des czais; les Russes {Hroprement dits •ODé les anciens Boacdlalis ou SlaiK)ns«

Si Ton f fait téflexîon, la plupart dea anlisà Etats sont ainsi composés. La France est m asBeoibiage de Goéhs, de Danois appdés Msmands, de Germains septentricmaux apper lésBoKirgiiigiions, deFFancs, d'AllenKmdsyde anelfves Biomains mêlés aux anciens Celtes.

D 7 a dans Rome et dansFltalie beaucou» de ûmilles descendises des peuples du nord, et Fen n'en connaît aucona des anciens Bomains. Le soureraîn pontife est soureat te r«lIeton d'un Lombard, d'un €ioth^ d'un Teutan ou d'an Cintoe. Les Espagnols sont une raeé d'Arabes^ de Carthaginois, de ltti&, de Vyrknsv de Yisigoths, de Vandales, ineorMi* fés. avec les labitants eu pars. Quand les naMons se sont ainsi mêlées, ^es sont kMigtemp» à se eiidliser,. et même à former leur iJBi^gci : le» unea se polîeent plus tôt, les astres plue tard. La police et le» arta a'étaliMiaent si dîfBeilemeDt, 1er révolutions nd- ■emt si sourent l'édiice commencév que si ?eo doit s^étonnet, c'est que la pftnpart des «atlons ne iffvent pas eau Tastares»

n. — • Suite de ila description de U Rnasie. — - Population S&aoïceB^ année, mages, zeligion. — Eta(t de la Raside avant Pierre le Grand.

iFlus un j^ys est civilisé, plus il est peuplé. Ainsi la Chine et Tlnde sont les plus peuplés de tous les empires, parce que, après lamulti* tude des révolutions qui ont changé U fae»

de la terre, les Chinois et les Indiens ont ftirmé le corps de peuple le plus anciennement policé qoB nous connaissions. Leur gouTemement a plus de quatre mille ans d'anUqoité, ce qui suppose, comme on Ta dit, des essais etdes efforts tentés dans des sièclesprécédents. Les Russes sont venus tard, et ayant intro* duit chec eux les arts tout perfectionnés, ît est arriyéqu'iU ont fait plus depro^rès encinffoante ans qu'aucune nation n'en avait faitpar «Se-mémeencinq cents années. Lepays nest paspeuplé àpToportioQ dewm étendue, il s'en mut de beaucoup ; mais, tel qull est, il possède autant de sulets qu'aucun Etat chrétien.

Je puis, d'après les rôles de la capitation et du dénombrement des marchands, des artisans, des paysans mâles, assurer qu aujourd'hui la RuMie contient au moins vingt*qiia« tre millions d'habitants. De ces vingt-quatre militons d'hommes, la plupart sont desaerfs, comme dans la Pologne, dans plusieurs provinces de l'Allemagne, et autrefois dans près* que toute l'Europe. On compte en Russie el ea Pologne les nchesses d'un gentilhomme eft d'un ecclésiastique, non par leur revenu en Mgeat, mais par le nombre de leurs esdavws.

Voici ce qui résulte d'un dénombrement fait en 1747 des mâles qui payaient la capitation.

Marchands 198.000

Oavriers 16.500

Paysans incorporés avec les marchands et les

ouvriers ..• 1.9S0

Paysans appelés odonoskis, qai contribuent k

l'entretien de la milice 430.220

Autres qui n'y contribuent pas 26.080

Ouvriers de différents métiers dont les parents

sont inconnus 1 .000

Autres qui ne sont point incorporés dans les

classes des métiers 4.700

Paysans dépendant immédiatement de la couronne, environ 555.000

Employés aux mines de la couronne, tant

chrétiens que mahométans et païens 64.000

Autres pay!«ans de la couronne, travaillant aux mines et aux fabriques des particuliers 24.200

Nouveaux convertis à l'Eglise grecque 57.000

Tartares et Ostiaks pal'^ns 241 .000

Mourses, Tartares, Mnrduates, et autres, soit

Klens, soit grecs, employés aux travaux de amirauté 7.800

Tartares contribuables, appelés tepterû et 6o-

biUlg, etc 28.900

Serfs de plusieurs marchands et antres privilégiés, lesçiuels, sans posséder de terres, peuvent avoir des esclaves 9. 100

Paysans des terres destinées & l'entretien de

la cour 418.000

Paysans des terres appartenant en propre à Sa Majesté, indépendamment du droit de la

couronne 60.500

Paysans des terres confisquées à la couronne. . 13.600

Serfs des gentilshommes 3.550.000

Serrs appartenant à l'assemblée du clergé et qui

défrayent ses dépenses 37.500

Serfs des évèques , 116.400

Serfs des couvents, que Pierre avait beanco^jn diminués At.SM

Serfii des églises cathédrales et paroissiales. ... 13 . 709 Paysans travaillant aux ouvrages de l'amirauté

on autres ouvrages publics, environ 4. 00(^

TravaiUeon* aoz mines et fabriques des parti-

onliers 16.000

Paysans des terres données aux principaux

manufacturiers 14.500

Travailleurs aux mines de la couronne 8.000

Bâtards élevés par des prêtres 40

ectaiies appelés raskolniky, 2.200

Voilà en nombre rond six millions six cent ' quarante mille mâles payant la capitation.

Dans ce dénombrement, les enfants et les vieillards sont comptés; mais les filles et les femmes ne le sont point, non plus que les garçons qui naissent depuis rétablissement d'un cadastre Jusqu'à la confection d'un autre cadastre.

Triplez seulement le nombre des têtes taillables^ en y comptant les femmes et les filles, TOUS trouverez près de vingt millions d'flmes.

Il faut ajoutera ce nombre l'état militaire, qui monte à trois cent cinquante mille hommes. Ni la noblesse de tout l'empire, ni les ecclésiastiques, qui sont au nombre de deux cent mille, ne sont soumis à cette capitation; les étrangers dans l'empire sont tous exempts, de quelque profession et de quelque pays qu'ils soient. Les habitants des provinces conquises, savoir : laLivonie, TEsthonie, l'Ingrie, la Carélie, et une partie de la Finlande, l'Ukraine, et les Cosaques du Tanaïs, les Kalmouks et d'autres Tartares, les Samoyèdes, les Lapons, les Ostiaks et tous les peuples ide lÂtres de la Sibérie, pays plus grand que la

fc*^P'V^tT*-f

GMi>«, ne sont par eompris dam ki d<iioat«

Par ce calcul^ il est impossible que le total des habitants de la Russie ne Doontfti au moins à vingt-qnatre millions d'habftaiïter en i7S9t, lorsqirbn m'envoya de Pétersbouig ce»

mémoires tirés des arcMf es de Tempife. A 00 compte, il 7 a huit personnes par mille ' carre. L'ambassadeur anglais, dont J'ai parlé, n'en donne que cinq ; mais il n'avait pas, saiw doute, des mémoires aussi fidèles que cène de«i on a bien vottlu me foire paiît.

Le» terrain de la Russie est doue, pioposu toh gardée, pvécisémenieiBq.fEâs moins pieu-

Ëé que l'Espaçne ; mais il a près de quatse ia pins d'habttaEhtft ; il est à peu prèsi aussi peuplé que la France et que rAÛemag^e; BUisv en eonsidéraatsa vaste étendue, le nom*hveilespeuples.7eat trente-trois UNS pluspetit»

n.y a udseremaffqueimpoHaDifrafîu^siir cedénGHDabcemeat : c'est que^ de six miUions fil cent quarante mille contribuables, on en tmui^ environ neuf cent mille appaxtenaut «u clergé de la Russie,» en n'y aaaprenaat ni le clergé des pavs eoaquia ni eeUà de lUl\mm\ et de la Sibéiâe^.

iiinsft, suit sept peisonnea eontriteaUes, le dargé en avait une ; mais il s'ea fout mea qpat'en possédant ce8eplième,ils joaisseat delà septième partie deareveimade TCtat, comme ea tant d'aïUveb Myaumes^oùils ent aiimaiM lasBptièmepaftie deteotes les nche8se8;>ear lear» pajisans payaient une capitation. au aw* vemii^ et il fouA compter pooa beauosup' las

antees revenos de la coorame de EaadB»

dont le clergé ne touche rien.

€etite éviluatian est très-différente de celle det<Mis les écrivains qui <0Qtfaâ mention de la Rnsaie i les nodoistres étrangers, ^ ont envoyé des mémoires à lears «ouveimms, t^f sont tous trompés, fl fant fouiller dans les archives de Tempire.

Il est très-¥raisemblable qnelM Rnssie a été boaaeonp plus peuplée qu'aujourd^ui, dans les temps où la petite Tâiol^ Tenue dn fend de l'Aralbie, et l'antre veaue a'Amériaue, n'a» Yilent point encore Isôt de ravage dans ces climats, dx elles se sont eoradinées, Cesdeœ^ fléanXf-par qoi lemonde est plus dépeuplé<qne par la guerre, «>nt dus, run à ManomiBL rtatne à Christophe Colomb. La peste, origih jmÈte d'Afrique, approchait rarement des centrées du Septentrion. Enfin les peuples du nmrd^depuis h» Sarmates jusqu'aux tlartaires qsi sont au4el& de la grande muraille, ayant inondé le monde de ienro irruptions, cette anoieane péj^inière d'hommesdoit «r oîr étrangement dmnnué.

Oanscette yasleétendoe^e pays, oncem^ environ ac^nnlie quatre cents moines etcmq^ nifie six cents r^igieuses, malgré le soin qna prit Pierre le Grand de les réduire à «a plmsXMBlitaonU>r8, soindigne d'un législateur dans «n empire ou ce qui manque prhHdmlement est I espèce hamaioe. Ces treue mule .>personnec doltvéea «t perdues pour TEtet ' avaéent, comme le laeteur a pu le remarquer^ Bifrt ceat vingt «nlleserfe peur cullûrer IfiuM

Carres, et c'est évidemment beaucoup trop.

Cet abus, si commua et si funeste à tant d'Etats, n'a etè corrigé que par l'impératrice Catherine II. Elle a osé venger la nature et la religion en ôtant au clergé et aux moines des richesses odieuses; eUe les a payés du trésor

fiublic, et a voulu les forcer a'ôtre utiles en es empêchant d'être dangereux.

Je trouve par un état des finances de l'empire, en 1725, en comptant le tribut desTartares, tous les impôts et tous les droits en argent, que le total allait à treize millions de roubles ; ce qui fait soixante<;inq millions de nos livres de France, indépendamment des' tributs en nature. Cette somme modique suffisait alors pour entretenir trois cent trenteneuf mille cinq cents hommes, tant sur terre que sur mer. Les revenus et les troupes ont augmenté depuis.

Les usages, les vêtements, les mœurs, en Russie, avaient toujours plus tenu de l'Asie que de l'Europe chrétienne ; telle était l'ancienne coutume de recevoir les tributs des Seuples en denrées, de défrayer les ambassaeurs dans leurs routes et dans leur séjour^ et celle de ne se présenter ni dans l'église m devant le trône avec une épée. coutume orientale opposée à notre usage ridicule et barbare d'aller parler à Dieu, aux rois, à ses amis et aux femmes avec une longue arme offensive qui descend au bas des jambes. L'habit long, dans les jours de cérémonie, semblait plus noble que le vêtement court des nations occidentales de l'Europe. Une tunique doublée

de pelisse avec une longue sîmarre enrichie de pierreries dans les jours solennels, et ces espèces de hauts turbans qui élevaient la taille, étaient plus imposants aux yeux que les perruques et les justaucorps, et plus conyenables aux climats froids ; mais cet ancien Tétement de tous les peuples paraît moins fait pour la guerre et moins commode pour les travaux. Presque tous les autres usages étaient grossiers ; mais il ne faut pas se figurer que les mœurs fussent aussi barbares que le disent tant d'écrivains. Albert Rrantz parle d'un ambassadeur italien à qui un czar fi/ clouer son chapeau sur la tête parce qu'il ne se découvrait pas en le haranguant. D autres attribuent cette aventure à un Tartare ; enfin, on a fait ce conte d'un ambassadeur français. Oléarius prétend que le czar Michaêl Fédérowitch relégua en Sibérie un marquis d'Ëxideuil, ambassadeur du roi de France Henri IV; mais jamais, assurément, ce monarque n'envoya d'ambassadeur à Moscou. C'est ainsi que les voyageurs parlent du pays de Borandie, qui n'existe pas; ils ont trafiqué avec les

Eeuples de la nouvelle Zemble, qui à peine est abitée; ils ont eu de longues conversations avec des Samo^èdes, comme s'ils avaient pu les entendre. Si on retranchait des énormes compilations de voyages ce qui n'est ni vrai ni utile, ces ouvrages et le public y gagneraient.

Le gouvernement ressemblait à celui des Turcs par la milice des strélitz, qui, comme celle des janissaires, disposa quelquefois dtt

tiiOae et troubla TÉtat jpreaque toujoun au»

tant qu'elle le Boutint. Ces strélitz étaient au nombre de guaraute mille bommes. Ceux fui étaient dis^enés dans les pioiinoes aobsMtaient de brigandages; ceui^ de Moscou levaient en bourgeois^ trafiquaient, œ aer« -valent poiiu^ et poussaientl l'eKcés l'instG^ lence. Pour établiir Tordre an Bussio/il Ui^ lait les casser : rien n'était ni jpius oécessaii» ni plus dangereux.

L'Etat ne possédait pas, au dix -septième siècle, cinq millions de roubles^enviren vingtcinq millions de Psanoe) de revenu* G'ét«dt assez, quand Pierre parvint à la couronne, pour demeurer dans randenne médiocrité ; ce n'était pas le tiers de ce qu'il fallait pour en sortir et pour ae rendre considérable en Europe ; maiaausai beaucoup d'impOts étaient payés en d^nrées^ s^on Tusage des Turcs, usage qui foule bten moins les peuples que celui de payer leurs tributs en argent.

Titre de ctar. — Quant an titre de czar, il se peut qu'il vienne des taars ou tcbaxsdu royaume de Kazan. Quand le souverain de Russie ^aa ou Ivan BasîJidès^ut, au seizième siècle, conquis ce royaume subjugué nar son aleid, malfi perdu ensuite, il en prit le titrer qui est demeuré àsessucceBsenrs. Avant Ivan Basilidès, les maîtres delaAussâe portaÂentle nom de veliki hné$, grand prince, {frand eei^ gneuTy grand chef, que les nations clurétiennes Réduisent par celui degrand-duc. Le czar Micbaél Fédédrowitch pdt avec Tambassadebids-' teinnise .too titres de (jprand eeigneur Msfitmà

Ènê$f eomermteur de tous les Russef, prinee' dé Vûloâimer, Moscm, Novogeroâ^ ele.; tzar de Kazan, tzar d* Astrakan^ tzar de Sibérie.

Ge nmtk àe tzar était donc le tHre de ces Btinees orieaiaax ; il était donc Traisembla' ble mfl dérirait Plutôt des tshas de Perso qm des césars de Kome, dont probablement les tzar» sibériens n'avaient Jamais entendu parler sur les bords du fleuve Obv.

UnUtre, quel qu'il soit, n'est nen si ceux qui lefoiient ne sont grands par eux-mêmes.

Le nom d'empereur, qui ne sîgnificdt que général d^armée^ devînt le nom des maîtres de la répubUqtre romaine; on le donne anjour^ d'hm aux souverains des Busses & plus Juste titre mi'à aucun autre jpotentat, si Ton considère fétBidue et la puissance de leur domf-' nation.

B/eligi<m. — La rel?gion de TÉtat fut ton* Jours, depuis le onzième siècle, celle qu'on nomme grecque par opposition à la latine; maxB il 7 avait plus de pays mabométans et depsdensguede cbrétiens. La Sibérie jusqu'à Ift Gbine était idolâtre ; et dans plus d'une pMvince toute espèce de religion était inconnue.

L'ingénieur Perri et le baron de Stralem-' berg, qui ont été si longtemps en Russie, disent qu'ils ont trouvé plus de bonne foi et de probité dans les païens que dans les autres ;. ce n'est pas le paganisme qui les rendait plus vertueux, mais menant une vie pastorale, éloignés du commerce desbommes. et vivant comme dans ces tenqps qu'on appole le prt-

mier âge du monde» exempts de grandes pas* âons, lis étaient nécessairement plus gens de bien. <

Le christianisme ne fût reçu que très-tard dans la Russie, ainsi que danstous les autres pa^s du nord. On prétend qu'une princesse nommée Olha Ty introduisit, à la fin du dixième siècle> comme Clotilde, nièce d'un

Î>rince arien, le fit recevoir chez les Francs; a femme d'un Micislas^ duc de Pologne, chez les Polonais^ et la sœur de l'empereur Henri II chez les Hongrois. C'est . le sort des femmes d'être sensibles aux persuasions des ministres de la religion et de persuader les autres hommes.

Cette princesse Olha, ajoute-t-on, se fit baptiser a Constantinople : on l'appela Hélène ; et dès qu'elle fut chrétienne, l'emper.eur Jean Zimiscès ne manqua pas d'en être amoureux. Apparemment qu'elle était veuve* Elle ne voulut point de l'empereur. L'exemple de la princesse Olha ou Olga ne fit pas d'abord un grand nombre dç prosélytes ; son fils, qui régna longtemps {i ), ne pensa point du tout comme sa mère ; mais son petit-fils Vladimir, né d'une concubine, avait assassiné son frère

Ï^our régner, et ayant recherché l'alliance de 'empereur deConstantinopla, Basile, ne l'obtint qu'à la condition qu'il se ferait baptiser. C'est à cette époque de l'année 987 que la religion grecque commença en effet à s'établir en Russie. Un patriarche de Constantinopl%

(I) On rappelait Sowaatoilaw»

nommée Ghrpoberge, envoya unévéque bap« User Vladimir, pqmr ajouter à son patriarcat cette partie du monde (1).

'Vladimir acheva demc Touvrag-B commencé par son aïeule. Un Grec fu' premier * métropolitain de Russie ou patriaicne. C'est ^ de là que les Russes ont adopté dans leur langue un alphabet tiré en grande partie du grec ; ils y auraient gagné, si le fond de leur &ngue, qui est la slavone, n'était toujours demeuré le môme, à quelques mots près ^ui concernent leur liturgie et leur hiérarchie.

Un des patriarches grecs, nommé Jérémie, ayant un procès au divan, et étant venu a Moscou demander des secours, renonça enfin à sa prétention sur les églises russes, et sacra patriarche Tarchevôque de JNovogo^od, nommé Job, en i588.

Depuis ce temps, l'Eglise russe fut aussi indépendante que son empire. Il était en effet dangereux, honteux et ridicule que TEglise russe dépendit d'une Eglise grecque, esclave des Turcs. Le patriarche de Russie fut dès lors sacré par les évêques russes, non par le

Satriarche de Gonstantinople. Il eut rang t

ans l'Eçli^ grecque après celui de Jérusa- f

lem, mais u mt en effet le seul patriarche -

lÛ)re et puissant, et par conséquent le seul ^*

réel. Geux de Jérusalem, de Gonstantinople, '

d'Antioche, d'Alexandrie, ne sont que les chefs mercenaires et avilis d'une Eglise es-

(i) Tiré d'an manu&srit partionlier, intitulé : Du gowfet' %

eeelésiasHçw en Musaiê.

^eteredetTaiCB. Getnc woéroew d'Aiifioeïïe «t As Jémalem ne sont plus reg/udé^ comme mtrîarches, et n'ont yas pla» de crédit que m MMin» dei ratgogiMs établies en Turquie.

Cest d'nn nomme devenu patriarcli» à»

lovtea les Rosaiea que deBceniast Pierre^ hi Gvand en droite ligne» Bientôt ces pemieift ptélatsvoulurent partager rautoritô des czan* C'était j>eu que le souverain mareMt nu-tita «ne fois Tan devant le patriarche| en cenÛU sioat son cbeval pot la bride. Ces respeetl eaUésIefUs ne servent qu'à irriter 1» sdl de Uk domination. Cette fàreur de dooiineff causa de grande troubles^ cemnae ailleurs^

Le patriarche Nicon, que les moines vegai»»

denâ comme un saint, et qisL siégeait du tempe d'Alexis, père de Pierre le Grand, vioulm élever sa chaire au-dessus du trâae ; n<Ri-sôn<km«it il usurpait le droit de- s'asseoir dana le déniait à Mé du czar^ mais il prétendait qu'en net pouvait faire ni la guerre ni la paix saaa «tt consentement. Son autorité^ soutenue pav sai richesses et par ses intrigue^ par le de^ô cl par le peuple, tenait son maître dans une espèce, de st^étioQ. Il osaeKConimuideff qtMfc* qna sénateurs qài s'opposèrent à se» exedf ; A eaSta Alexisy qui ne se seolait pas assea laissant pour le câpeaer par sa seule autoritéy^ m doilige de convoquer un synode' de tloos lei évèques. On l'accusa d'avoir reçu de Tar^ ffent m Polonais ; on le déposa, on le eoil« nna pour le reste de ses Jours dans un cloître, et les ]^lals élurent un autre patriarclie*

U j eut touiûursa depuis la naksaacv im

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