LIVRE PREMIER
exécuter le dernier [1283], qui lui était devenu suspect d'intelligence avec ses ennemis les Tatares, c'est-à-dire les Turcs de la Crimée contre ses sujets les Mongols de Perse.
Mesud, fils d'Aseddin, se voyait donc nominalement maître unique d'un empire qui , dans le fait, était déchiré en tous sens par des gouverneurs révoltés, et par des prétendants que le hasard et l'ambition faisaient surgir de plusieurs points. Après n'avoir goûté durant quinze années que les amertumes du pouvoir, il finit par y laisser sa vie 1.1297]. Lorsque, après la mort de son père, il était revenu par kasterauni, où il disputa quelque temps, les armes à la main, la domination à Uimirbeg, regagnant l'Asie Mineure par Constanlinople , il avait laissé sa femme et sa fille en otages à l'empereur grec (1). La première lui fut renvoyée, mais l'empereur Andronicus retint la fille, dont il promit la main à Isak, chef des Turkopols, qui, pour prix de cette union, consentait à se séparer des Alraogabares, ennemis de Byzance (2). Isak avait en même temps demandé que l'empereur proclamât sultan le frère de Mesud , qui avait été baptisé sous le nom de Constantin. La faiblesse du sultan d'Iconium devait encourager à cette demande; mais l'empereur , plus impuissant encore, n'osa s'y hasarder. Les Almogabares, ou Catalans, ayant découvert la trahison que le perfide chef des Turkopols méditait contre eux, le massacrèrent au moment où il voulait s'embarquer pour l'Asie avec son prétendant par lui proposé comme sultan à l'empereur, le néophyte Melek- Constantin , frère de son beau-père. Outre Constantin , qui , avec l'aide dlsak et de l'empereur, avait espéré se rendre maître d'Iconium, et Mesud, qui figurait sur le trône, il y avait encore un troisième frère, Firamurs, fils d'Aseddin. Après la mort de Mesud , le fils de ce Firamurs, Alaeddin III, fut le dernier Seldschuk qui occupa le trône et lui rendit un peu de son ancien éclat. Les begs turkmans, tels que Karaman, Kermian, Mentesche(3) et Osman , tout en rendant un apparent hommage au souverain suprême, Alaeddin , s'étaient saisis d'un pouvoir indépendant dans les gou-
(1) Pachymeres, vu, 22.
(2) Ibid. , vu , 15 et 22.
v3) DèGuijjnes , Histoire généal. des Huns , 1. xi, p. 74
vernements de l'empire, qui , plus tard, furent appelés de leurs noms; mais dans le troisième Alaeddin se ranima pour quelque temps ce feu qui avait brillé dans le premier , et la dynastie, au moment de s'éteindre, jeta encore un vif éclat. Avec le secours d'Osman, Alaeddin remporta quelques avantages sur les Turkmans révoltés et sur les armées des Mongols , jusqu'à ce que le chan Ghasan irrité, mit fin à la vie d'Alacddin , et avec elle à la domination seldschukide 1 1307 . Ghajaszeddin. fils d'AIaeddin , prince cruel et sanguinaire , fut étranglé par les Mongols , quelques jours après son père (2), dont le neveu, Ghasi-Tschelebi , fils de Mesud. qui se maintint encore un demisiècle comme seigneur de kastemuni et de Sinope, borna toute sa gloire à exercer la piraterie contre les Génois et les Byzantins (3) T356].
L'empire des Mongols persans, qui avait mis fin à celui des Seldschuks d'Iconium, touchait lui-même au terme de ses destinées. Impuissants à retenir unis les pays dont ils avaient fait leur proie, ils durent les abandonner en partage aux chefs des hordes turkmanes. Ainsi se démembra l'empire depuis longtemps amoiudri des Seldschuks, que, cent dix neuf ans auparavant , Kilidscharslan II avait distribué, dans une bien plus vaste étendue, entre ses dix fils, qui, après la mort d'Alaeddin 111. se rompit en dix portions indépendantes, pour se reformer en un seul tout sous la main violente de la dynastie prépondérante, au bout de cent cinquante ans, et tomber enfin à n'être plus qu'un simp'.c gouvernement du vaste empire ottoman. L'Anatolie , ou l'Asie Mineure, bornée de trois côtés par la mer, et à l'est par l'Ilalys (aujourd'hui Kisilirmark , le Meuve Bouge) et par le Taurus , comprend tout le terriioirc des dix princes qui surgiront comme des rejetons du trône renversé des Seldschuks, et qui , par les historiens orientaux . ont été appelés rois des peuples [4), comme les généraux qui , après la mort d'Alexandre , se partagèrent
(1) Rausatol-Ebrar , jardin des justes.
;2) Dscuenabi.
(3) ldris et Aalt. Déguignes ne contient ni celui-ci . ni le second Alaeddin, et Mesud règne jus-qu'en l'an 708 (1308).
(4) Mukikilawaif.
les débris de son empire en Europe et en Asie. D'abord ces pays portaient dans l'histoire le nom des peuples qui les habitaient; dans le moyen âge, sous l'empire byzantin, on les désigna par les légions qui s'y trouvaient en garnison (1) ; après le renversement des Seldsehuks, par les maîtres qui s'étaient partagé les débris, et aujourd'hui ils portent encore les noms des derniers. Comme il ne s'agit ici ni de l'histoire de Byzance, ni de l'ancienne Asie, mais des annales des Ottomans, nous n'indiquerons donc pas les pays d'après les désignations employées par les Grecs anciens ou modernes, par Hérodote ou Strabon , par Constantin Porphyrogcnète ou Denys le Periegète; mais nous nous servirons de la nouvelle géographie en usage depuis la fondation de l'empire ottoman, depuis cinq siècles environ: seulement, pour nous orienter plus facilement , comme il faut le faire maintenant en traçant le cercle des possessions des dix princes, parfois nous nous reporteronsaux dénominations des ancienstemps.
Tout ce que la vue peut embrasser de Constantinople en Asie, et pas plus loin, c'est-à-dire jusqu'àl'Olympe, voilà ce qui obéissait encore'à l'empereur de Byzance; puis venaient, le long-cle la côte , les petits États indépendants des Turkmans , nouvellement formés avec les débris du grand empire seldschukide, dans l'ordre suivant :
En Mysie régnait Karasi; dans la Lydie ou Maeonie, Ssaru-Chan et Aidin; Menlesche
(1) Themata Constant. Porphyrogenetes et Gibbon.
possédait la Carie; la Lycie et la Pamphylie étaient réunies sous la domination de Tekke. Au nord de celui-ci , mais en se retirant de la mer , Hamid était établi dans la Pisidie et l'Isaurie ; et au nord de ce dernier , dans la Licaonie, Karaman avait établi le siège de sa puissance, de beaucoup supérieure à celle de tous les autres petits princes ses voisins ou collègues, d'abord à Larenda, puis à Konia, ancienne capitale et résidence de tout l'empire seldschukide. Ses vastes États étaient bornés au nord-ouest par ceux de Kermian, dans la Phrygie septentrionale , les seuls qui n'empruntèrent point leur nom du prince, mais le reçurent de l'ancienne capitale (1) , dans le voisinage de Kutahije(2). Dans la Galatie et la Bithynie, et jusqu'au pied de l'Olympe, et par conséquent , en contact immédiat avec les Byzantins , les premiers princes des Ottomans passaient 1 hiver dans les villes, et l'été au sein des montagnes. A l'est et au nord de leurs possessions, dans la Kastemuni (la Paphlagonie), et à l'angle oriental de la Bithynie , régna encore un demi-siècle sur la côte maritime, à Sinope et à Héraclée, le dernier rejeton des Scldschuks , Ghasi-Tschelebi; immédiatement après lui, et même déjà de son vivant , les fils d'Umur-Beg et d'isfendiar, appelés aussi Kisil- Ahmedli (les Ahmed rouges), dominaient sur le pays des anciens Henètes , Cauconiens et Mariandini.
(1) Forum Ceramorum; v. Renel's illustrations of the history of the expédition of Cyrus, p. 26 , 28, 30 , 31.
(2) Cotyacum, Kennel , ibicl.