‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 107 sur 288 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

i champ de carnage île Warna , Murad rega-

ua bien vile ses délicieux jardins et son palais

• Magnésia. Le reste de celte habitation, où

on ne voit plus que quelques pans de mu-

lilles et de tristes cyprès, attire enc re au-

■urd'hui les regards des vojageurs, qui attri-

jent au vainqueur de Wladislaus les nombreux

Jifiees dont Murad III et son épouse ont dé-

,»ré le séjour de prédilection de leur glorieux

îcétre (1). Une maison de fous , un couvent de

ifcrwischs, un bain, une cuisine pour les pau-

| res, une a adémie et uncaravansérai, la mos-

lée du sultan, avec des coupoles et des tours

. ans le meilleur stj le , la mosquée de la favorite

■haszeki), celle de l'épouse (Lhatunije), sont des

nidations du temps de Murad III (2); mais il est

• h autre édifice plus ancien même que Murad II, bgl la mosquée de 1 ancienprince de Ssarucnan,

iHiaktschelebi. Le mausolée dans le voisinage les ruines du palais et des jardins de Murad 11, Imferme les tombeaux de vingi-deux épouses Il enfants avec lesquels Murad 11 et Murad 111

• (issèrent les plus heureux instants de leur vie; ■ y eut toutefois cette différence entre les deux Lllans, que le second s'abandonna sur le trône ■'toute la mollesse qu'inspire le ciel dlonie, 1 |ndis que Murad 11 crut deux fois qu'il était de Jim devoir de quitter le sceptre s'il voulait re-

jncer aux soins du gouvernement et au tu- I :uhe des armes pour s abaiuLnn r entièrement i.ix douceurs du repos, et se livrer à l'attrait du

aisir. Mais ce sommeil de l'indolence, ce rêve me jouissances et de retraite épicurienne furent ie courte durée. D'abord, il fut réveillé brusque- Lent par le retentissement de la guerre élran- I «ère; ensuite ce fut l'agitation d'un soulèvement

itérieur qui l'arracha a ses loisii s pour le rejei lr sur le trône. A Andr.nople un grand incene ie, dans lequel le marché fut dévoré, annonça |; raécontenemenl des jamtschares, à grand Jieine le chef des eunuqms put se dérober 1 -ur fureur , en s' échappant du palais neuf, pour ie réfugier dans le vieux palais intérieur sous la I rotection du jeune sultan qu'il dominait. En

uite les janitschares quittèrent la ville, et au

(1) Chandler, l.i, c. 80.

(2) Dschihanriuina , p. 635 , dit expressément que ces dibees ne furent achevés que dans l'année 1000 [1591] , 'est-à-dire sous Murad III.

grand effroi des habitants, ils se fortifièrent sur la colline de Butschul. L'augmentation de leur solde quotidienne d'un demi-aspre apaisa les janitschares, m is ne calma nullement les vesirs. Le grand vesir Chalil, le beglerbeg Usghur et Ishak-Pascha, députèrent leur collègue Saridsche-Pascha à Magnésia, pour inviter Murad à ressaisir encore les rênes du gouvernement. Leur prière fut exaucée sans retard. Murad sentit bien que le bras de son fils de seize ans n'était pas encore assez vigoureux pour diriger cel empire agrandi par de récentes conquêtes , et il remonta pour la Iroisième fois sur le trône. Le jeune Mohammed changea de rôle et de résidence avec son père, et se rendit à Magnésia tandis que Murad revenait à Andrinople. Saganos-Pascha, qui avait eu la plus grande influence , fut envoyé à Balikesri pour y vivre dans la retraite, et Chalil-Pascha , reprit tomme grand vesir le pouvoir illimité qu il avait déjà exercé. C'est lui qui, sur l'avis de la marche de l'armée hongroise, avait prié son ancien maître de se remettre à la (été des troupes ottomanes, et avait été au-devant de lui en Asie ; il eut encore la plus grande part à cet appel fait au sultan pour une troisième reprise de possession du trône. Ce double servie ■• envers Murad et l'empire prenait un autre aspect aux yeux de l'héritier du trône envoyé à Magnésie , et laissa un ressentiment profond dans le cœur vindicatif et ambitieux du jeune prince qui deux fois dans l'espace d'une année n'avait touché au pouvoir suprême que pour le voir échapper à son étreinte (1) [1446].

Maintenant Murad ne devait plus déposer les rênes du gouvernement, ni remettre à d'autres la poursuite de ses plans de conquête. Son regard ne se détacha plus de la partie méridionale de l'ancien empire byzantin en Europe, du Peloponèse et de l'Albanie; c'est là que nous allons le voir exercer son action principale. L'empereur grec Jean, dont les excitations avaient provoqué la malheureuse campagne des croisés, avait néanmoins oblenu le renouvellement delà paix bientôtaprèsledésaslrede'YYarna(2}; mais l'empire était alors limité aux dépen-

(1) Seadeddin.dansBratutti, 1. u, p. 104 ; Ssolatsade, fol. 44 ; Aali , Idris , Chalcoudylas , I. vu.

(2) Chalcoudylas , 1. vu , p. 100.

dances de la capitale renfermées dans la longue muraille d'Anaslase, et le traité fait avec l'empereur ne comprenait pas ses frères les despotes du Péloponèse. Dans le partage fait entre les sept fils de Manuel, Théodore avait été institué despote de Sparte (1); mais, après sa mort, il avait eu pour successeur son neveu Théodore, fils d'Andronicus, qui ensuite échangea la possession de ses domaines avec son oncle Constantin , en sorte que Constantin, qui, dans le partage de l'empire, avait obtenu les villes sur les rives du Pont et de la Piopuntide, aujourd'hui Misziwri et Siliwri, se trouva maître de la despotie de Sparte, tandis que Théodore domina sur Selynibria(2). Constantin, qui devint plus lard le dernier empereur byzantin, à peine arrivé dans le Péloponèse, étendit sa domination tout autour de lui, et même au loin; bientôt il posséda presque toute la presqu'île, à l'exception de la part de son frère Thomas, et au dehors il fit reconnaître son pouvoir dans la plus grande partie de la Béotie et de l'Atlique ; car Neri Acciajuoli, duc d'Athènes, qui avait succédé à son parent Hainier dans la possession de l'Altique, avait formé une alliance avec Constantin , en s'obligeant au payement d'un tribut annuel (3). Ainsi Constantin était maître de Sparte, Corinthe et Patras dans le Péloponèse, et en outre de Thèbes, des cantons des Locriens, et du Pinde alors habité par les Valaques. Celte extension de puissance avait été favorisée par la grande campagne de Ilunyady: et lorsque, dans l'année suivante, Murad, descendant du trône, eut regagné l'Asie, Constantin fixa principale i ent son attention sur la défense de la presqu'île; il songea à fortifier l'isthme qui unit le Péloponèse au continent de la Grèce septentrionale, et qui, de son étendue, a pris le nom d'Hexamilon (4). Celle langue de terre, seul point de communication du continent avec la presqu'île, a été depuis les temps historiques du Péloponèse l'objet principal de 1 attention de ceux qui voulaient le conquérir ou le défendre ; Démétrius-l'oliorcetes, Jules-César, Cali-

(1) Ducas, 1. xxiu, p. 74.

(2) Chalcondylas , 1. vu , p. 207.

(3) lbid., 1. vi, p. 99.

(4) Mannert , 1. îx , p. 361 , d'après Scylas , Slrabon , Mêla , Pline.

gula et Néron essayèrent de la percer; la tentalive fut reconnue impraticable (1), el depuis elle ne fut plus renouvelée. Les Grecs élevèrent les premiers une muraille contre Xerccs, sur toute la largeur de l'isthme (2) ; Justinien rétablit cet ouvrage qui était ruiné (3); enfin, Manuel, durant les courts instants de repos dont jouit l'empire byzantin sous le règne de Mohammed (i), et Constantin, pendant la campagne des Hongrois du côté de Warna, avaient achevé de fortifier cet abri (5). Avec l'aide dé son frère Thomas, qui poussa très-vivement les travaux (G), Constantin avait élevé sur toute la largeur de l'isthme une muraille de la hauteur de deux aunes, large de cinq aunes, protégée par cini} bastions et un fossé profond (7). Le nouvel ouvrage attira d'autant plis vivement le sultan; d'ailleurs détail excité par le beglerbegf' de Rumili , Tura-Chan, qui, vingt ans auparavant, avait forcé l'Hexamilon pour porter plus loin ses ravages, et par Neri, duo d'Athènes, qui. rompant son alliance avec Constantin, rendit hommage au sultan. Murad marcha contre le Péloponèse avec l'armée d Europe et d'Asie qui' s'était rassemblée à Serres; et à Thèbes, il rallia1 les troupes de Neri: puis il campa quclquesjourjr à Mingiœ, afin de mettre en bon état lescanodç et les autres instruments de siège (8). Constantin qui, avec son frère Thomas et avec toutes 1er forces du Péloponè e, s'était porté derrière tf muraille nouvellement élevée, et ne voulait écouter aucune représentation sur la supériorité du sultan, envoya demandtrque le sultan abandonnât à sa domination les pays en deçà et au delà

(\) Slrabon , 1. 1 ; Pline , 1. îv , p. 4 ; Paiis.mi.is , I. h, p. 1 ; Suéione , les Cœsars , c. 44 ; Caligula , c. 21 ; Néron, c. 19.

(2) Hérodote , 1. vm , p. 71.

(3) Procopius de ,'Edif. que cile Mannert , 1. iv , p. 2,' parle seulement de la fortification de la Chersonnèse de Thrace, que Miltiade avait jadis protégée par un mun; niais, outre Zo/im , i , p. 29, Phranzes, ■ , c. 33, édition de B.isle , parle aussi des ouvrages de défense du Péloponèse.

(4) Pbranzes , ibid., an 1415.

(5) Chalcondylas , 1. vi , p. 89, et le Chronicon auquel se rapporte Ducas , an 1444 , p. 199.

(6) Chalcondylas , 1. vi , p. 99. Opus autem istud maturavit accersilo fratre , 1. vu , p. 106.

(7) Seadeddin, dans Bratutti , 1. h , p. 106.

(8) Chalcondylas , 1. vu, p. 106.

Page 1