‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 108 sur 288 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

le l'isthme, jadis possédés par l'empereur de lyzance. son frère. Le député était Chalcondyas, l'Athénien, si souvent cité dans celie hisoire 1 : et sa réclamation était bien inopporunedans la situation des choses. Murad châtia ,ur lui l'orgueil de son maître, et le fit arrêter à lares, ainsi qu'il avait ordonné quelques aulées auparavant de se saisir du père de Chalondylas, qui, après la mort de Rainier, avait té envoyé en message par la veuve de ce duc uprès de la Porte. Murad, dont l'armée s'éleait à soixante mille hommes (2), prit avec lui ,ix mille guerriers d'élite, et sortit de son camp |e Mingiee pour aller reconnaître en personne ps préparatifs de défense de l'isthme. Il se tint (uelques jours dans la même position, attentant la reddition de Constantin; et voyant se lissiper cette espérance que lui avait inspirée t"ura-Chan, il devint furieux contre ce beglerbeg |ui l'avait poussé à entreprendre la campagne .u milieu de l'hiver, tandis que lui-même avait oulu la différer jusqu'à l'été (3). Alors il revint [vec les canons et les machines de siège, et ilanta sa tente au milieu de l'isthme, où une inceinte de pins entourait le théâtre consacré |les jeux islamiques. Au lieu même où les chars es yïlles grecques disputaient le prix dans la ière eu l'honneur de Neptune (4), les machines de siège traînées sur des roues, et les ;anons battirent en brèche la muraille, ébranant la terre sous leur poids et leur fracas. Le eu de l'artillerie dura trois jours ; le soir du [iiatnème [3 décembre 1446], des feux nomireux furent allumés dans le camp des Turcs, mi poussèrent leur cri de guerre, annonçant 'assaut fixé à trois jours de là (à). Le mai in du quatrième jour, c'est-à-dire le septième du Siège, le> trompettes et les timbales, les fifres et es tambours donnèrent le signal de l'assaut. 3n fit jouer des mines, on appliqua des écheles. Le janitschare Chisr, le même peut-être |ui avait coupé la tète du roi Wladislaus à la

(1) Ctaalcondylas , p. 108.

(2) Chronicon, Ad calcem ducae, p. 199. , (3) Ctaalcondylas , 1. vu , p. 107.

(4j Isihmus. Rex et peregrini (les janitschares) strn- Dant in niedio , Isthmi, 108. La même était le lieu des jeux isihmiques. Pausauias, 1. 1 , p. 2; Strabo,!. vm; Mannert , 1. ix, p. 363.

(5) Chalcoodylas , 1. th.

bataille de Warna, arriva le premier sur le rempart; les Grecs s'enfuirent, et le Péloponèse fut livré en proie aux ravages des Turcs. Trois cents guerriers, qui s'étaient réfugiés sur le mont Oxy, pris de Kenchrce, furent enveloppés et passés sous le tranchant du sabre ; six cents autres furent immolés comme victimes en expiation des Ottomans to i bés à l'assaut. Le même jour que le rempart fut emporté, Murad se dirigea vers l'Achaie par Scyron, ne laissant àTura-Chanqueraillejauitschares, nombre bien faible, et néanmoins suffisant pour la dévastation de toute la partie méridionale du Pé'oponï'se. Corintlie, abandonnée de ses habitants qui s'étaient rendus à la défense de la muraille, tomba conin e une proie sans défense entre les mains des barbares (1).

Corinlhe, appeL e Kordos par les Turcs (2), mérite une attention particulière connue étant laclef du Péloponèse, la tête de pont de l'isthme, comme l'entrepôt du commerce des golfes de Crissa? à l'ouest, et deSarona à l'orient, comme le centre et le marché de l'art grec. Déjà citée dans l'Iliade, Corintlie a donné ensuite son nom aux colonnes les plus magnifiques, aux vases les plus riches, aux peintures et aux sculptures les plus précieuses, aux plus beaux travaux de fonderie, et encore aux courtisanes les plus voluptueuses. Les temples d'Aphrodite s'élevaient sur le sommet de l'Acrocorinthe, dans la ville inférieure et d.ms les bosquets du Craneiou, à coté cIj n ausolée de Lais, la plus fameuse des prêtresses de l'amour (3). Près des temples d Aphrodite étaient érigés des autels à la force et a la nécessité; on admirait aussi le temple de Pallas Chalkyiiile, de Jupiter Coryphi e : enfin, tous ces monuments étaient dominés par celui de Belli rophon, dats le voisinage de la source de Sirène, qui jaillit sous le pied de Pégase dompté par Bellerophon. Adrien, comme pourréaliser ce mythe, conduisit du lac Mymphal, d'Arcadie à Corinthe, des eaux qui s'élançait, nt d'une fontaineque semblait frapper du pied un Pégase d'airain monté par Bellerophon, et qui sortaient des narines d'un dauphin sur lequel Neptune était assis. Au-dessus

(1) Cbacondlylas, p. 108.

(2J Hadschi-thalfa , Rumili , p. 113.

(3) Pausanias , I. u , c. 2 , p. 4.

de la porte qui menait au port occidental de Lecheion, Phaéton et Phœbus siégeaient sur des chars dorés. Au port oriental de Kenchrae, en face d'un bosquet funèbre de cyprès, les eaux salées des bains d'Hélène venaient se décharger dans la mer(l). Ces deux ports furent teints de sang par le destructeur de toutes ces merveilles de l'art, le consul romain Mummius, dont la barbarie ne fut pas égalée par le grand dévastateur Alaric. Jules César releva la ville et la repeupla avec des descendants d'affranchis romains; Ilérode Atlicus rebâtit le théâtre renversé par Mummius, et ce nouvel édifice fut encore vu par Pausanias, ainsi que le Gymnase et l'Odéon (-2). De tant de prodiges de l'art, il s'est à peine conservé quelques ruines de temple ; aux lieux où Vénus recevait des offrandes, on adore la sainte Vierge; et la grotte de saint Paul, avec le souvenir de l'apôtre, a transmis aussi le reproche qu'il faisait aux Corinthiens sur leur incrédulité (3). La citadelle est encore aujourd'hui la clef naturelle du Péloponèse ; du haut de l'Acrocorinlhe, la vue embrasse toujours les deux golfes de Crissa; et de Sarona, sur lesquels s'ouvrent les ports de Léchée et de Kenchrae, les monts Onéens , le Cythéron, jusqu'aux cimes neigeuses de l'Hélicon et du Parnasse ; et saisit d'un seul coup tout l'espace qui s'étend depuis la source de Pirène jusqu'à celle de Caslalie (4).

Après que son commandant Mylges eut capitulé, Corinthe fut livrée aux flammes ; les nouveaux vainqueurs détruisirent les fortifications de l'isthme, que quatre puissants dominateurs avaient en vain tenté de percer, et sur lequel s'étaient élevées quatre fois inutilement des murailles (5). Le premier rempart avait été construit par les Spartiates et leurs alliés, après la bataille des Thermopyles, pour se mettre à l'abri contre les Perses; le dernier, par les princes byzantins Constantin et Thomas, pour arrè-

(1) Pausanias et Strabon. Voy. aussi Spon , 1. h , p. 226; f.haiidler, I. n, p. 57 ; Pouqueville, vi , p. 15-50; Mannert , I. ix , c. 371 ; Voyages de Clarke et Dodwell.

(2) Spon, p. 231.

(3) Pausanias.

(4) Pausanias , Spon , Clarke , Pouqueville, donnent la même description.

(5) Cbalcondy las , 1. tu, p. 108 ; Chronicon, dans Ducas.p. 199.

ter les progrès des Ottomans ; mais les flots des soldais de Murad emportèrent la digue, et en firent disparaître les traces.

Après l'incendie de Corinthe, Murad marcha le long delà côte septentrionale du Péloponèse, par l'Achaïe vers Paîras, qui mérite bien aussi d'arrêter notre attention. Patras, appelée autrefois Aroe, l'une des plus anciennes villes de la ligne achéenne (1), offrait un sûr abri aux flottes des Spartiales dans la guerre du Péloponèse, comme élaut alors le seul port de la côte septentrionale (2). Auguste, après qu'Agrippa eut conquis pour lui Patras (3), la repeupla avec une partie des vainqueurs d'Actium; et de cette place d'armes et de commerce si importante à cause de son voisinage de l'Italie, il fit une colonie romaine. Le premier apôtre martyr André avait ici prêché l'Évangile, et reçu la couronne des confesseurs de la foi, lorsque subsistaient encore les miracles des temples nombreux décrits par Pausanias. Dans le sanctuaire de Dionysos Arsymnetes , sur l'Acropolis, était conservée la caisse mystérieuse et sacrée renfermant l'image du Dieu, faite par Hephaistos, qu'Éryplos avait apportée dlllion; ayant osé jeter sur elle un regard audacieux , il fut privé de la raison. L'arrivée de cet objet sacré mit fin aux sacrifices humains par lesquels les habitants, en vertu de la sentence de l'oracle, expiaient la profanation d'un temple de Diane. Quoique Minerve fût la déesse protectrice de la ligne achéenne, son culte à Patras cédait à celui de Diane, qui était adorée dans différents temples sous les noms de Triklaria, de Limmatides et de Laphiria. Sous ce dernier nom, elle était représentée en chasseresse, sculptée en or et en ivoire, et tous les ans on lui offrait un holocauste d'animaux vivants, sur un bûcher entouré d'une claie de branches vertes. Ce qui n'était pas moins extraordinaire, c'était l'oracle de la source du temple de Cérès ; le miroir flottant des eaux offrait l'état du malade pour lequel on consultait. Les statues d'Hermès et de Vesta, sur le marché, tenaient encore plus du prodige. Celui qui voulait interroger cet oracle encensait les statues, les illuminait, puis il arrivait sur le

(1) Hérodote, 1. 1

(2) Tbucydides.

(3) Velleius Paterculus.

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