‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 117 sur 288 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

(ados, non loin du lieu où Androclès de Saraos

eta le pont fameux pour le passage de l'armée

iersane sous Darius , Mohammed avait choisi

emplacement de la construction de la nouvelle

ort>-resse. Là s'élè\e un promou'oire, qui, dans

antiquité, portait le nom d'H< rmaion, à cause

un temple d'Hermès ; c'est de ce point qu'as-

is sur un trône taillé dans le roc , Darius con-

?mpla son armée franchissant la barrière qui

(parait l'Asie de l'Europe, et le fait y avait été

rave en lettres assyriennes, la pointe du cap,

attue sans cesse par les flots de la nier Noire ,

1 précipitant avec fureur dans le détroit, s'ap-

:elait Rhoodes ou Phonoides, à cause de la ra-

lidité du courant et du gonflement et du mu-

jissemeut des vagues. A une époque plus re-

l ulée encore, ce point était désigné par le nom

I je Pyrrhias-kyon (le chien rouge) (1), parce

• ■: ne les flots, en se brisant, retentissaient

omme les aboiements d'un chien. C'est là

,iéme, au pied de l'ancien temple d'Hermès,

ira ,ue Mohammed jeta les fondements de son

-:? jhàtcau; suivant l'idée la plus bizarre, il voulut

- 'lie l'enceinte des mm ailles retiaçàt la figure

uni ies lettres arabes composant le nom de Mo-

ammed; en sorte que là où le trait de l'écriture

purnait en cercle pour former un m, là s'éle-

f jait une tour (2). Ainsi l'ensemble présentait

n plan absurde, s'appuyant sur trois tours,

ont deux, l'une contre l'autre, et la trois, ème ,

v;- fui est la plus grande, touchant à la mer. La

. • lonstruction de la dernière fut confiée par Mo-

lammed au grand vesir Chalil-Pascha; les tra-

; ,• aux des deux autres furent placés sous la di-

> ;ection de Saridsche-l'aseha . blanchi par un

Jemi-siècle de service à la Porte et dans le

«larem , et au vesir Saganos , qui , au troisième

• wénement de Murad 11, comme vesir dévoué ilu fils , avait été déposé et banni ; maintenant il était investi d'une double faveur. Le sultan

ui-méme se chargea de faire pousser les murailles qui devaient relier les tours. Mille maçons, ayant chacun deux mauœuvres. travaillèrent en dehors, et un nombre égal se mit à / 4'œuvre dans l'enceinte intérieure; les ouvriers étaient encore assistés par des masses énormes de fidèles, parmi lesquels se trouvaient

(1) Consiantinople et le Bosphore , 1. n, p. 220.

(2) Les historiens ottomans et EvUa

les grands, qui leur apportaient des pierres, de la chaux et des tuiles. Outre les matériaux amenés d'Asie, on employa encore les ruines des édifices et des églises du Bosphore, particulièrement des colonnes de la magnifique église de l'archange Michel , sur le golfe de Sosthene. Ainsi, dans l'espace de trois mois, s'éleva le château dont les murailles avaient vingt-cinq pieds d'épaisseur ; celles des tours , couvertes de plomb, en avaient trente.

A la vue de ces travaux poursuivis sans relâche. Te npereur de Byzance, abandonnant la politique à laquelle il avait voulu s'attacher, passa cbs menaces impuissantes aux plus humbles soumissions. Il députa des ambassadeurs à l'effet de solliciter des sauve-gardes pour les villages situés sur le Bosphore, afin que les récoltes dont le temps approchait fussent protégées contre les dévastations des Turcs. En même temps il envoyait chaque jour des mets et des boissons choisis pour la tal'le du sultan. Mais au lieu de se laisser toucher parles prières, ou de répondre aux humbles prévenances, Mohammed publia Tordre que personne n'eût à empêcher ses troupes de faire paître leurs chevaux, mulets et autres bètes de sou me dans les champs ensemencés des Grecs, ajoutant que si les possesseurs voulaient s'y opposer, il fallait les repousser par la force. Ainsi, lefi's d'Isfendiar, qui avait épousé une sœur du sultan , et qui était passt- d'Adra ytou (aujourd'hui Edremid ) en Europe, dévasta es champs et les jardins autour d'Epibalon (aujourd'hui Bivados). Dans cette occasion , un palefrenier turc ayant frappé un Grec, d'autres Grecs accourure t : l'on en vint aux mains, et quelques Grecs et quelques Turcs périrent dans cette mêlée (1). Sur le rapport fait par le kiaja-heg ( ministre de l'intérieur , Mi hainmed ordonna par représailles de mettre en pièces les habitants ri'Lpibaton. Les soldats surprirent les n oissonneurs de celien, un matin qu'ils s'en allaient aux champs, et ainsi s'engagea au mois de juin (2) la dernière guerre de l'empire byzantin [14001. L'empereur fit fermer les portes de Constan'inople, et arrêter tous les Turcs qui se trouvaient dans la ville. De ce nombre étaient quelques jeunes eunuques du

(1) Ducas.l. xxïiv, p. 137.

(2) Phraozes , I. ui , c. 3 , édition d'Alter , p. 6Î.

harem du sultan : mais ils représentèrent que si la liberté ne leur était pas rendue sur-le-champ, en retournant plus tard auprès du sultan, ils seraient mis à mort , et l'empereur, touché de leurs instances, les relâcha le troisième jour. Eu même temps des messagers grecs vinieni déclarer au sultan : « Que l'empereur, pour les destinées de la ville , plaçait son recours en Dieu ; qu'il n'avait fermé les portes qu'après la violation de la paix, et qu'il défendrait les habitants jusqu'à l'épuisement de ses forces, si Dieu ne versait pas des sentiments pacifiques dans le cœur du sultan. » Sans se soucier de la moindre excuse, sans chercher un prétexte à ses hostilités, Mohammed déclara aussitôt la guerre , et Constantin laissa fermées les portes de la ville dans laquelle il avait entassé des grains depuis six mois (1). Cependant le château du Bosphore était élevé. Comme il était placé à l'endroit le plus resserré du canal (à la gorge), la navigation se trouva interrompue (coupée), et Mohammed l'appela Boghaskesen (coupe-gorge) (2). Les Grecs prenant le mot turc boghas (gorge) pour basch(tète), pensèrent que le fort portait le nom de Coupe-Tète (3) ; mais dans leur langue ils le désignaient par l'-épithète de laimokopas (4), (coupeur de flots) parce qu'en cet endroit les vagues du Bosphore se brisent sur le cap Hermaïon. Firusaga y fut établi avec quatre cents janitschares ; il lui fut enjoint d'arrêter les bâtiments de toutes les nations, et de ne les laisser poursuivre leur route qu'après l'acquittement d'un droit fixé. Afin de le mettre en état de remplir le rôle dont il était investi , et de dominer le Bosphore, l'on plaça sur la tour touchant à la mer d'énormes canons fondus sous la direction de Chalil-Pascha. Le 28 août, Mohammed partit de ce lieu, s'approcha des fossés de la ville pour les reconnaître , et revint le 1er septembre à Andrint.ple (5) [1462].

Afin d'empêcher les despotes Démétrius et Thomas, qui régnaient dans le Péloponèse , de porter secours à l'empereur leur frère et à la

(1) Ducas, I. xxxiv, p. 138.

(2) Seadeddin , dans Bratutti , 1. h, p. 130; Bogaichiescen , Neschri , fol. 196 , Aali , Ssolaksade.

(3) Ducas, I. ïxiiv ,p. 135.

(4) Chalcondylas, I. vin, au commencement.

(5) Phranzes , 1. m , c. 3 , p. 52.

capitale, au commencement de l'automne, Mohammed envoya dans la Péninsule le beglerbeg Turachan , qui avait vieilli en ravageant ces contrées, et il le fit accompagner de ses deux fils Ahmed et Omar (1). Ils franchirent l'isthme de Corinthe, s'avancèrent en pillant et dévastant, vers l'Arcadie, passant par Tégée et Mantinée, poussèrent jusqu'au mont Ithorne et jusqu'au golfe de Krisena, prirent Neopolichne ( aujourd'hui Neokastron ), mais assiégèrent en vain Sideropolichne ( aujourd'hui Siderokastron ). De là , une division commandée par Ahmed , fils de Turachan, marcha ver» Leontari ; mais en route elle fut surprise par les Grecs, taillée en pièces, et le fils de Turachan , fait prisonnier, fut envoyé au despote Démétrius à Sparte (2). Pendant ces irruptions dans le Péloponèse, Mohammed s'occupait sans relâche à Andrinople des préparatifs du siège de Constant inople. L'été précédent, lorsque se poursuivaient les travaux du château du Bosphore , un fondeur de canons hongrois , nommé Orban (3), était passé du service de l'empereur à celui du sultan, qui le combla de présents , et lui assigna une solde tellement élevée , que si les ministres byzantins avaient consenti à lui en i accorder seulement le quart , jamais il n'aurait quitté Constantinople (4). Mohammed lui demanda s'il était en état de fondre un canon qui aurait assez de portée pour ébranler les murailles de Constantinople. « Je puis, répondit Orban, fondre des canons de quelque calibre I que ce soit, et réduire en poussière les murs de Constantinople , même ceux de Babylone. Jesuis sûr de mon art ; mais je ne puis déterminer quelle sera la portée des pièces. » Le sultan ordonna que l'on commençât la fonte , disant q(J l'on déciderait plus tard de la portée. Orban I fondit, comme modèle, un gros canon pour la tour maritime du nouveau château, et l'épreuve de la portée fut faite sur le premier vaisseau qui ne cargua pas ses voiles. Un bâtiment vénitien commandé par le capitaine Bicci servit de but et fournit la preuve de la réussite d'Orban. H fut atteint , fracassé , coulé bas. Le capitaine se

(1) Phranzes , 1. m , c. 3 , p. 52.

(2) Chalcondylas , I. vin.

(3) Ducas , 1. xuv ; Chalcondyla*.

(4) Ducas.

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