‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 116 sur 288 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

zantin Constantin-Dragoses, et de son frère émétrios, despote du Péloponèse, pour offrir à ohamiued des compliments de condoléance r la mort de son père, et le féliciter sur son énement au Irône. Mohammed les reçut graieusement, jura de maintenir la paix co i me >n père (1), et ajouta encore, s'adressant Penvoyé de Constantin, la promesse solen îlle que , pour l'entretien du prince ottoman rchan, petit-fils de Suleiman, alors à Constannople , il payerait annuellement 300,000 ases pris sur les revenus des villes siluées le ng du Strymou. On vit encore arriver à An- Hnople les ambassadeurs de toutes les puisjnces, grandes et peiiies, avec lesquelles l'emjre ottoman avait alors des liaiso s par des laites stipulant un protectorat, et des tributs, p assurant la paix. Les députés de Raguse vinnt offrir d'eux-mêmes d élever de 500 ducats ur tribut annuel récemment porté à 1,000(2); H autres envoyés représentants des États trilitaires furent ceux de Valachie, des chevaliers t Rhodes, puis des Génois, de Galata, deChios de Mitylène ; enfin, deuxdéputés représentent les Hongrois de Hunyady,avec lesquels fut inclue une trêve de trois années (3). On ne se solut à la guerre qu'avec la Karamanie. lbram-Reg, prince de ce pays, pensant que le une sultan, qui deux fois déjà avait été jugé op faible pour se tenir sur le trône, ne serait is encore en état de manier le pouvoir suèroe, se flatta, maintenant, de pouvoir ressair les cantons qui lui avaient été arrachés sous règne de Murad. 11 envoya dans Kermian, Aiinet Mentesche, des descendants réels ou pré- ;ndus des souverains de ces pays, pour en réamer la possession. Mohammed confia la conaite de la guerre au nouveau gouverneur d'Aatolie, Ishak-Pascha, et courut lui-même pour • trouver sur le théâtre des combats. Arrivé à kschehr, il vit venir des ambassadeurs de Katmanie pour implorer la paix, et lui offrir la in de la fille du prince. Mohammed se renit à leurs prières en maintenant une paix sur

(1) Idris , p. 130. Chalcondylas parle du traité avec le 'expote à la fin du vue livre.

(2 Engel , Histoire de Raguse, p. 175.

(3) Ducas, fin de la xxiuie et commencement de la division, p. 131.

terre et sur mer avec tous ses voisins, en Orient comme en Occident.

Ce qui l'avait déterminé à conclure promptement la paix avec la Karamanie, c'était la résolution bien arrêtée dans son esprit de rompre les relations amicales avec Ryzance. L' mprudence, l'aveuglement des Ryzantins lui firent hâter l'exécution deses vastes plans de triomphes et de conquêtes Pendant la campagne de Karam nie, des envoyés de Conslantinople parurent clans son camp pour se plaindre que la pension promise pour l'rchan ne fût pas payée, et menacer de mettre ce prince en liberté, de l'appuyer comme prétendant au trône, si la Porte ottomane ne payait pas pour lui le double de ce qui avait été stipulé. Le grand vesir Chalil , ami desGrecs, en raison de son humeur douce et facile, et surtout de son amour pour les présents que cette puissance savait satisfaire, parla ainsi aux envoyés : « O Grecs imprévoyants et insensés ! depuis longtemps j'ai pénétré vos ruses et vos manœuvres trompeuses; le dernier seigneur suprême, de conscience droite et de dispositions affables , était pour vous bienveillant ; mais il n'en est pas ainsi de Mohammed , mon maître actuel ; si Conslantinople échappe à son audace bien connue et à son ardente poursuite, je reconnaîtrai que Dieu veut bien encore ne pas abaisser ses regards sur vos viles intrigues et vos actes frauduleux. O insensés! les caractères du traité récemment signé sont à peine séchés, et voilà que vous écrivez en Asie pour nous effrayer par vos fanfaronades accoutumées. Nous ne sommes pas des enfants naïfs et impuissants. Et es- vous en état de faire quelque chose? eh bien! agissez. Voulez-vous proclamer Urchan souverain de la Thrace? proclamez -le. Ayez -vous l'intention d'appeler les Hongrois au delà du Danube? qu'ils viennent, fit s-vous disposés à reprendre sur nous les cantons perdus? essayez-le. Sachez seulement que rien de tout cela ne peut vous réussir, mais que ce que vous paraisses posséder encore vous sera arraché. Au reste, j'informerai mon maître, et il sera fait selon sa volonté (1).» Toutefois, Mohammed, qui n'était pas sans inquiétude relativement à L'rchan,

(1) Ducas, l. miT,p. 132.

craignant que la délivrance de ce prince n'amenât le renouvellement des scènes de l'interrègne, sentit la nécessité de conclure la paix avec la Kararuanie, et de dissimuler ses véritables seniiments envers les envoyés. Il les congédia avec des paroles amicales, leur faisant entendre que bientôt il sérail lui-même à Andrinople , où ils pourraient lui soumettre tout ce qui concernait l'empreur et la ville, attendu qu'il était prêt à satisfaire à leurs demandes.

Lorsqu'il approchait de Bru^a, les janilschares accoururent tumultueusement au-devant de lui, réclamant une gratification. Mohammed étouffa sa colère, et parut ne pas s'inquiéter de ces clameurs. Alors Schahin, le chef des eunuques, et Turachan lui reproduisirent la demande, et reconnaissant la nécessilé de l'accorder, il attribua aux janitschares une gralification de dix bourses d'or. Ce fut la première largesse d'avènement au trône; les janitschares l'arrachèrent par la violence, et depuis, sous les règnes suivants, elle fut réclamé'' et obtenue de la même manière, et toujours élevée de plus en plus, jusqu'à ce que l'épuisement du trésor l'eût fait supprimer. Peu de jours après, le sultan manda l'aga des janitschares, kasandschi-Thughan (1), devant lui, le maltraita, le frappa du poing au v isage, lui donna des coups de fouet (2), en partie parce qu'il n'avait pas su maintenir ses troupes dan-, le silence de la soumission , en partie parce que, dans la campagne de Karamanie, il n'avait pas présen'é un rôle exact des soldats sous ses ordres (3). Sa place fut donnée à Mustapha-Brg (4). Ai^n de prévenir ou d'étouffer la fermentation des troupes, Mohammed incorpo.a dans les janitschares sept, mile garde-chiens, qui jusqu'alors avaient été sous le bâton du grand veneur. 11 ne conserva que cent garde-chiens et cinq cents fauconniers (5); les autres, devenus janitschares, furent distingués néanmoins par le surnom de segbans (garde-chiens) (6).

(1) Neschri, fol. 196; dans Chalcondylas, à la fin du vue livre.

(2) Des soufflets, ditNescbri, des coups de fouet, selon Chalcondylas.

(3) Chalcondylas.

(4) Nescbiï , fol 196.

(5) Chalcondylas, fin du vn= livre.

(6) C'est le nom que portent les janitschares depuis le

A peine arrivé à Gall ipol i , Mohammed ordom de saisir les revenus des villes du Strymon fi» pour l'entretien d'Urchan, et de chasser les h bitants grecs. A l'entrée de l'hiver, il fit répat< dre des ordres et des circulaires par toute Turquie d'Europe et d'Asie, afin de réunir mil maçons, charpentiers, et rassembler les maté riaux nécessaires pour la construction d'un ch; teau sur la rive européenne, à l'entrée d| Bosphore (1). A cette nouvelle, l'empereur A la ville, saisis d'effrri, éprouvèrent un presseï liment de leur fin prochaine. Au lieu de récla. mer la pension promise pour Urchan, les amba> sadeurs de l'empereur supplièrent au contrair le sultan de ne pas poursuivre l'élévation del forteresse, et d'accepter un tribut. Mohamrae leur répondit , en laissant éclater sa fureur « Que les Grecs perfides, ligués avec les Hou grois, avaient voulu, avant la bataille deWarns empêcher son père de passer en Europe; que dès lors, Murad avait juré la construction d'ui château sur la rive européenne; que maintenant lui-même accomplissait le serment de son pèrel Et qui pourrait l'empêcher de bâtir sur son ter« rain? Allez, ajouta-t-il , allez dire à votre emï pereur que le sultan régnant n'est point dansl| même situation que ses devanciers ; ce qui ceux-ci ne pouvaient exécuter est pour lui d'uil accomplissement facile ; ce qu'ils n'ont pas de-^ mandé dans leurs vœux, le seigneur actuel le! veut fortement. Tout envoyé qui se présenter!' encore chargé de semblables messages sert écorché vif. »

A la fin de mars [21 mars 1452j, on apporta de la chaux de tous les points; les bois de construction furent transportés de Nicomédie et d'IIéracléesur le Pont; des pierres arrivèrent d'Anatolie. Les beglerbegs d'Asie et d'Europe, les begs et les ssubaschis , se réunirent sur le1! rivage oriental du Bosphore , où le sultan se rendit lui-même d'Andrinople. Kn face du château de Gtiselhiszar , bâti par Bijesid-llderim sur la cote asiatique, à l'endroit où le Bosphore, se resserrant davantage , ne laisse, entre les caps opposés , que le faible espace de cinq

soixante-unième jusqu'au quatre-vingt-seizième régiment; Administration ottomane , 1. H , p. 207.

(1) Ducas , 1. xxxiv , p. 133.

(2; Phranzes, 1. m , c. 3 .édition d' Aller, p. Si.

Page 1