LIVRE XIII
sième, sous Grégoire XI (1), cl celle de Warna, à la quatrième, sous Eugène IV (2). La flotte papale, de seize galères, sous le commandement de Louis Scararapa , cardinal patriarche de Venise, parut l'année suivante [1457] dans les eaux de l'Archipel, pour porter des secours aux sept îles principales, Rhodes, Chios, Lesbos, Lemnos , Imbros , Thasos, etSamothrace, contreles Turcs (3). Elle toucha d'abord à Rhodes, aborda ensuite à Chios et Lesbos, dont les habitants ne goûtèrent nullement la proposition du cardinal patriarche de refuser le tribut aux Turcs. Les archontes de Chios craignaient de nouvelles hostilités des infidèles après le départ des vaisseaux du pape, et l'année précédente , immédiatement après la délivrance de Belgrad, le prince de Lesbos avait envoyé le tribut par son ambassadeur Ducas (4). En vain Ducas , qui avait paru alors pour la troisième fois comme ambassadeur près de la Porte, s'était efforcé de justifier les habitants de Lemnos, accusés de trahison par le sultan; tout ce qu'il avait pu obtenir de Mohammed fut que ceux des Lemniens qui avaient été condamnés à mort fussent transportés de la place des exécutions au marché des esclaves, où on les fit vendre pour 1,000 ducats (5). Lors donc que la flotte papale, fortifiée par quarante corsaires catalans, vint à Lemnos, elle y trouva un accueil plus favorable qu'à Lesbos et Chios. Elle laissa des garnisons à Lemnos, Samothrace, Imbros, et Thasos, puis remit à la voile pour Rhodes. Mohammed , qui soupçonnait le prince de Lemnos d'avoir favorisé sous main ces entreprises navales, équipa contre lui une grande flotte, qui prit la mer au mois d'août, sous les ordres d'ismail , assiégea la ville de Methymne , contre laquelle jouèrent l'artillerie et les mines, et revint ensuite sans avoir obtenu de résultats (6). En même temps, alors que le prince de Lesbos envoyait le tribut , Pierre , prince de Moldavie, était venu de lui-même offrir le sien, et avait acheté, moyennant 2,000
(t) 29 septembre 1396.
(2) 10 novembre 1444.
(3) Ducas ,1. xlv , p. 190; Bernitii , p. 86.
(4) Ducas , xlv , p. 190.
(5) Ibid.
(0) Chaleondylas , édit. de Basle, p. 135. TOM. i.
ducats annuels, la sûreté de son pays, pour lequel il redoutait le voisinage des forces ottomanes (1).
De retour a Andrinople , Mohammed s'efforçait d'effacer l'affront de Belgrad par des fêtes et des cérémouies pompeuses. 11 se disposait à célébrer la'circoncision de ses deux fils, Bajesid et Mustapha, dont le premier résidait à Amasia, le second à Magnésia. Les princes furent appelés a Andrinople avec leur cour, et en même temps des circulaires, répandues dans toutes les parties de l'empire, appelèrent les émirs et les fakirs, les savants et les guerriers, les juges et les poètes, à venir décorer celte solennité ( 2). Lu camp fut plantédans la grande i'e située près d'Andrinople , et un trône fut dressésous la tente du sultan, destinée aux occasions solennelles; la première réunion fut celle des savants. Mohammed, en costume officiel, siégeait sur le trône, ayant à côté de lui quatre principaux savants, qui étaient comme les quatre colonnes du trône de la science. A la droite était assis Chaireddin, chodscha , ou précepteur du sultan ; à gauche , Mewlena-Ali-Et-Tusi, qui, venu de Perse dès le règne de Murad, s'était fixé d'abord à Brusa, puis, après la conquête de Constantinople , avait été installé comme muderris dans l'une des huit églises que le conquérant avait transformées en collèges , et enfin avait reçu en présent un village situé aux environs de Constantinople, appelé encore aujourd'hui Muderriskoi, c'est-à-dire le village du professeur (3); en face du sultan étaient Chisr-Beg-Tschclebi, le premier juge de la capitale après la conquête, et Schukrullah , le médecin, natif de Sehirwan (4). Ces quatre personnages présidaient l'assemblée des savants qui lisaient et
(1) Engel , Histoire de la Moldavie, p. 131 , d'après Cromer. L'opinion répandue par Canlemir que la Moldavie ne paya tribut au sultan qu'à partir de 1536, celte opiuion est sans fondemeut. Cbalcondylas parle, non pas du tribut , mais de la paix , I. îv , p. 64.
(2) Voy. la lettre d'invitation à Ismaïl de Kaslemuni, dans la collection des papiers d'État de Feredun , n° 201», avec la réponse , n° 21 1 .
(3) Constantinople et le Bosphore, i, p. 572.
(4) Taschkœprisade, dans Schakaiknunaamanije, Seadeddin et Aali ; parmi es savauts du règne de Mohammed 11.
commentaient le Koran, ou récitaient des vers de circonstance. On servit aux professeurs des
assiettes de sucreries, et aux danisclimends, on candidats au professorat , des Imites de confitures qu'ils |)ou\ aient emporter chez eux; tous reçurent des vêtements d'honneur el de fortes sommes d'argent avant de se retirer (1). Le second jour , les scheichs et les fakirs, après que le sultau se fut entretenu avec eux, furent traités de la même manière. Le troisième jour eurent lieu les exercices militaires, les courses de chevaux, le tir de l'arc, et les vainqueurs furent richement récompensés. Enfin, le quatrième jour, q i fut le dernier delà fête, de l'argent fut jeté au peuple. Tous les grands offrirent des présents au sultan: ceux du grand vesir Mahmud surpassèrent Ions les autres en richesse, les deux petits filsd'Ewrenos, qui portaient le nom d'Isa, l'un fils d'Hasan, l'autre d'ishak , reçurent ordre de pousser des courses, le premier en Hongrie, le second en Albanie. La ville d'Ofen resta un mois exposée au pillage des Turcs (-2).
Dans le livre suivant, à l'occasion de la trêve conclue entre Skander-Beg et ies Turcs, se placeront naturellement les événements arrivés en Albanie depuis la mort de Murad; niais il nous faut rappeler l'incursion d'Isa en Hongrie, sur laquelle les écrivains hongrois gardent le silence, et dont les historiens ottomans font seuls mention, avec Chalcondylus, ainsi que la campagne contre la Servie, qui transforma enfin ce pays en une province turque ; nous négligerons, pour le moment, lesfaits qui se passèrent simultanément en Grèce, pour raconter ensuite l'entier assujettissement decet te péninsule, sans nous arrêtera la conquête delà Servie, accomplie dans le même temps. Taudis que Moham n cd, après avoir jeté les fondements du château des Sept-Toursà Coustanlinople (3), entreprenait en personne l'expédition de Morée, il ordonna au grand vesir Mahmud-Pascha d'aller réduire des places serviennes qui
(1) Neschri , IW.20&; Seadeddiu.dans Bratulli , I. n, p. 179 ; Tursun-Beg , le Deflerdac, fol. £8, 1. 1 , pi 3.
(2) Arenpek, Chronique, f. 1281 ; Chronique de Celley, f. 1 10.
(3) Dînas, I. «v,p. 192; ( onslantiuople et le Bosphore, I. i , p. 619.
n'étaient pas encore soumises, soit que cette conquête revint naturellement à Mahmud, connue brglerbeg de Rumili, depuis la mort de Karadscha devant Belgtad (1), soit que, malgré la fidélité prononcée du favori élevé dans le harem , Mohammed Déjugeât pas prudent de conférer à ce demi-Grec l'entier asservissement de sa patrie. Aux troupes de son gouvernement , équipées en grande partie à ses frais (2) , et à celles d'Anatoli , Mahmud joignit encore mille janitschares que lui remit le sultan, et qu'il passa en revue dans la plaine voisine de Consiantinople, puis il marcha rapidement le long du Danube, soumettant sans peine les châteaux de Ressova, Curicovaz, Druno et Braniczovacz (3). Arrivé devant Semendra , il négo ia , par Isa-Beg , petit-fils d'Ewrenos, et kuruman-Pascha , la reddition de la place, qui tint encore même après que les ouvrages extérieurs eurent été emportés (4). Il laissa Semendra, pour le moment, et se dirigea vers le château d'Hawala , construit par Mohammed sur une colline, seulement à trois lieues de Belgrad; il le remit enbon état de défense, puis s'empara d'Ostroviza, de Rudnik el de Marjone(5), et, après avoir passé les fêtes du bairam à Nissa, il commença le siège de Golumbacz. Le commandant voulut opposer une longue résistance; mais il le contraignit à se rendre en détournant !es sources de la place, et en repoussant les soldats détachés pour aller puiser de l'eau au Danube. Après avoir ajouté de nouveaux ouvrages à la conquête , il donna l'ordre à Mohaimned-Beg , fils de Minnet , de franchir le Danube , el de faire une irruption en Hongrie. Celui-ci s'empara du château de Tarak(ti), ravagea le district de Rahova (7),
(1) Seadiddin, ldiis.à la fin de la division sur la conquête de Belgrad , qui s'accorde entièrement avec Chalcondylas, 1. vin, p. 137.
(2) Cualcondylas , p. 137.
(3) Ces châteaux , dans Se.ideddin , Neschri , ldris et Ssolaksade, sont appelés Besaw, Kurudscha et Branidscha, et dans la traduction de Bialutli, I. u,p. 186, on les a transformés eu Bisa , Churgia etPerancia.
(4) Seadeddin, dans Bialutli , 1. u , p. 186;Neschri, fol. 20! ; ldris fol. 95; Ssolaksade , p. 53.
(5) Dans Bratulli, p. 187, Oslroviza doit se lire comme s'il y avait Siwrije.
(,'î) Probablement Kereck, danslevoisinage de Semlin. (7) liakova. Bratulli a fait de Tarak , Tara , et de Bahova. Otahovo , 1. u , p. 189.