‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 14 sur 288 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

trois cents de ses braves contre le château de Koladscha ( 1 ), situé dans le voisinage d'Angelokoma derrière l'Olympe : les habitants délivrèrent sans résistance: ils furent dépouillés ?t réduits en esclavage. Cet événement au lieu d'abattre le courage du maître d'Angelokoma , e détermina à se lier étroitement avec le seigneur de Karadschahiszar (Melangeia), place ]và avait été conquise cinquante ans auparavant jar Ertoghrul , mais avait été reprise ensuite par es Grecs, au temps d'Alaeddin II, et leur était estée soumise ("2). L'on en vint aux mains à \gridsche (3 , près du Turaanidsch ; Sarijatiîawedschi , le plus jeune frère d'Osman , tombe lu pied d'un pin. La nuit, une lumière céleste loit avoir éclairé de ses rayons les branches de 'arbre sanctifié par la gloire du martyre ; c'esti-dire que la piété des fidèles y entretenait des ampes continuellement allumées la nuit ; et ce ieu de sépulture , appelé encore Pin illuminé , i toujours été cité par les histoires ottomanes lepuis les temps les plus anciens, avec la plus grande vénération, comme les anciens Romains vénéraient la terre qui portait le figuier de Komulus. Non loin de là, et en même temps que le eune frère d'Osman, dans les rangs ennemis )éritKalamos,leplusjeune frère duseigneurde varadscha, dont la mort, sans avoir été sanctifiée, i cependant acquis un certain éclat par les cironstances dont la tradition l'a entourée. Lorsju'il fut tombé, Osman s'écria : Éventrez-le, et ■ncore aujourd'hui , le lieu porte le nom de Chien ëventré. Ce fut le premier acte de la )arbarie ottomane exercée sur des chrétiens 'aincus, qui devait se continuer durant cinq Jècles. Un trait semblable est fourni par la jraiide bataille livrée dans la même année , •outre les Tatares(4), que le sultan Alaedlin III défit sur les bords de la Propontide, lans la plaine de Biga ( le Pega des Byzan-

(1) Idris , fol. 41, peut-être le Krulla de Pacbymeres.

(2) Neschri , fol. 23, porie un peu trop haut, à oixante-dix, le nombre des années écoulées entre la prenière et la seconde conquête de Karadschahiszar; car irtoghrul ne résida que soixante-six ans dans l'Anaolie.

(3) L'agrillum delà table de Peutinger.

(4) Idris place la bataille précédente en 687 [1288]; taïKchi-Chalfa , dans les Tables chronologiques , en 686 1287].

tins ) (1). Tandis que le sultan, accouru au secours d'Osman , gardien de ses frontières , assiégeait le château de karadschahiszar, il reçut la nouvelle qu'une armée de Tatares sous la conduite de Taindschar, était arrivée près d'Eregli ( Héraclée ) à l'embouchure du fleuve d'Ulubad (le Rhyndacus), et avait brûlé la ville. Alaeddin confia la direction du siège à Osman, courut au-devant des Tatares, et les extermina dans une bataille fameuse par les trophées sanglants que dressa le vainqueur.

Tandis que le sultan anéantissait les Tatares, Osman s'emparait de Melangeia , appelé tantôt Karadschahiszar (château noir), et tantôt Karadschaschehr (ville noire), quelques instants avant lamortd'Ertoghrul qui avait conquiscette place cinquante ansauparavant pour la première fois , ou du moins l'avait assiégée. Après un repos d'un demi-siècle , Ertoghrul mourut avec d'autant plus de satisfaction, qu il voyait renouvelés dans son fils les exploits de sa jeunesse. Osman eut pour consolation de la perte de son père, non-seulement des conquêtes , mais encore la naissance de son propre fils Urchan , arrivé au monde dans cette même année (2). L'année suivante [1289], il recul comme récom pense de son fidèle service militaire le fruit même de sa conquête, le territoire de Karadschahiszar (Melangeia). Le sultan lui envoya les insignes de la dignité princière; un drapeau, une timbale et une queue de cheval. Ce fut Aktimur (3), le neveu d'Osman, qui les lui apporta. Celui-ci s'avança de quelques pas au-devant des présents d'honneur , et tandis que retentissait la musique militaire des tambours et des cymbales, il se tint debout, les bras croisés sur la poitrine , dans une attitude respectueuse. Ses successeurs immédiats observèrent le même cérémonial chaque fois que la musique militaire se faisait entendre au moment des cinq prières, jusqu'à ce que le sixième sultan , Mohammed le Conquérant, abolit l'antique usage , parce que , disait-il, deux cents ans c'était trop de durée pour une marque d'honneur.

Le premier soin d'Osman, après son investiture , fut de transformer en mosquée l'église de sa résidence, et d'y installer un prieur public

(1) Pegai,Pachymeres, i, tom. v, liv. 2, cap., p. 289,

(2) Hadschi-Chalfa , Tables chronologiques. ' (3) INescbri , fol. 36.

(imam) et un chatib ( prédicateur) , ainsi qu'un .juge (molla) pour l'expédition des affaires, et raccommodement des débats auxquels pouvait donner lieu le marché tenu le vendredi de chaque semaine. II consulta là-dessus son beaupère Edebali , et ses quatre fidèles compagnons d'armes , son frère Gundusalp , Torghudalp , Hasanalp et Aighudalp , qui lui conseillèrent de demander préalablement l'agrément du sultan. Ce consentement obtenu, la prière publique fut fixée aux vendredis. Tursunfakih, disciple d'Edebali , fut institué pour réciter les paroles sacramentelles (1), et en même temps le nouveau beg le chargea de maintenir comme juge le bon ordre dans le marché, sans distinction de nation et de croyance. Dans un débat entre un musulman, sujet du seigneur turc voisin, Alischir de Kermian (2), et un chrétien , sujet du commandant grec de Belokoma (Biledschik) , Osman prononça en faveur du second (3), et aussitôt la renommée d'équité du fils d'Ertoghrul amena une grande afrluence de monde aux marchés de Karadschahiszar. Probablement à la décision de prince turc se mêlèrent des considérations politiques ; car Alischir, seigneur de Kermian, nourrissait des sentiments hostiles à Osman, son rival en puissance ascendante et en indépendance, tandis que le commandant grec de Biledschik , dépositaire des biens d'Osman durant la saison des montagnes, avait toujours entretenu avec lui des rapports d'amitié et de bon voisinage (4).

Mais le meilleur ami d'Osman , son compagnon d'armes le plus dévoué, c'était Kœse Michal , seigneur grec , pas encore converti à l'islam , du château de Chirmenkia ou Chirmendschik, bâti sur un rocher au versant occidental de l'Olympe , non loin d'Edrenos. Par son conseil et avec son secours, Osman entreprit sa première expédition de pillage sur

(1) Hadschi Clialfa , dans les Tables chronologiques, puis Dschihannuma , p. 677 ; Neschri , fol. 37.

(2) ldris , fol. 49. Cet Alischir est le Alravupœo Kap- |/.avwv de t'achymeres , liv. v, cap. 25, p. 301 , le seigneur de Kermian , qu'il ne faut pas confondre avec celui de Karaman.

(3) Dschihannuma , p. 677.

(4) ldris, fol. 49. La nomination du juge et l'exercice de la souveraineté par les prières publiques sont placés

•tilous les historiens dans l'année 688 [12891.

la route de Boli. Us se dirigèrent de l'Olympe vers Sarukia et Surgun , où le Sakaria ( Sangarius) est le plus facile à traverser ( 1 ). Là ils, rencontrèrent un fidèle compagnon d'armes, d'Ertoghrul, le Tschausch Ssamszama, qui, bien connu dans le pays comme guide sur la route de Boli, dirigea leur course versTarakli, Koinik et Modreni. Tarakli , appelé aussi Jenidsche-Tarakdschi (nouvelle fabricante de peignes), située à neuf lieues à l'est du passage du Sangarius (2), attira l'avidité des coureurs d'aventures, par l'opulence que ses habitants avaient acquise, grâce à leur habileté dans la fabrication des peignes et des cuillers (3). Cinq lieues et demie plus loin est située Koinik , et. à une forte journée de marche, neuf lieues et demie au delà encore, à quinze lieues d'Ebolij était Moderina ou Modreni, l'ancienne Modra dans la Phrygie Epiktetos (4) , dernier but où tendaient les pillards. Bâtie entre deux monta-, gnes dépouillées, cette ville a été dans la suite embellie par deux mosquées que firent éleverj le sullan Bajesid Ier et Suleimanler. Ses habitants sont renommés pour leur habileté dans la fabrication des aiguilles à coudre, comme ceux* de Tarakli par leur commerce de peignes. La plupart des fabricants d'aiguilles établis àConstantiuoplesont de Modreni. Chargéedesdépouilles de ces deux villes industrieuses, la horde de pillards longea la rivière Modreni ( leGallos de Strabon), qui se jette dans le Sangarius près de Keiwe, franchit ce cours d'eau, atteignit Chirmenkia sur l'Olympe, et de là regagna Karadschahiszar.

Sept années s'écoulèrent maintenant dans un repos ininterrompu, mais non sans envie de la part des seigneurs voisins contre la prospérité d'Osman qui se développait en silence. L'ancien dépositaire de ses biens , le commandant de Biledschik, commença lui-même à devenir inquiet et jaloux. Aux noces de sa fille avec le fils de Kalanos, dont le père avait péri au combat d'Ermeni, Kœse Michal, en ami fidèle et dévoué d'Osman , s'était donné toutes sortes de peines pour rapprocher du prince turc tous les sei-j

(1) Neschri , fol. 29; ldris , fol. 52.

(2) ldris, fol. 51.

(3) ldris, fol. 31.

(4) Strabon , ni. La Komopolis de Modrene , de Constantin Porphyrogenèie, Mannert, vi, 3, p. 575.

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