‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 13 sur 288 · LIVRE · texte numérisé non relu

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de cet arbre de paradis. Des vaisseaux chargeaient les fleuves, des flottes couvraient les mers, des moissons paraient les campagnes , des forêts couronnaient les montagnes, desquelles jaillissaient des sources abondantes qui arrosaient les gazons émaillés, les bosquets mêlés de roses et de cyprès de cctÉden ; du sein des vallées s'élevaient des villes ornées de dômes et de coupoles, de pyramides et d'obélisques, avec des colonnes magnifiques et des tours orgueilleuses dont les pointes étaient éclairées par le croissant ; des galeries s'élançaient les cris appelant à la prière , qui se confondaient dans le ;oncert de milliers de rossignols et dans le bavardage de nombreux perroquets aux mille couleurs. Tous ces oiseaux chantaient ou caquetaient sous les frais ombrages prêtés par des feuilles épaisses , innombrables, coupées en forme de tabres (I). Alors s'éleva un vent violent qui ourna les pointes de ces feuilles vers les villes, :t principalement vers la cité de Constantin mi, placée à la jonction de deux mers , entre Jeux parties de la terre, comme un diamant snchàssé entre deux saphirs et deux émeraudes, formait la pierre la plus brillante' de l'anneau l'une vaste domination embrassant le monde. Osnan allait passer l'anneau à son doigt, lorsqu'il se •éveilla. L'explication de ce songe, présage d'un >ouvoir universel pour une race de dominateurs ortisdesreinsd'Edebali et d'Osman, aplani (tous es obstacles qui s'étaient opposés à l'union du eune homme avec la belle Malchatun représenée par le cercle complet de la lune. Toutefois e mariage ne fut point solennisé avec la pompe [ue l'on vit étaler dans la suite aux noces des ultans; il se célébra selon toutes les prescripions de la loi et de l'exemple du Prophète. Un ;eune disciple du scheich Edebali , le pieux dervisch Turud, accomplit les formalités exigées, :t reçut en récompense du fiancé la promesse l'une habitation dans le voisinage d'une mosmée, sur les bords d'un fleuve. Osman, devenu ouverain indépendant, accomplit aussitôt sa )romesse, fit construire un couvent et y attacha tomme dotation des villages et des terres qui leux cents ans plus tard étaient encore possédés

, (1) Seadeddin raconte le songe, fol. 9, eu vers: Aali en ■>rose, fol. 9; Ssolaksade, fol. 3; Lutfi, fol. 115; IKcliiîannuma , p. 076. ldris est le seul qui parle des feuiHes :u forme de sabres tournées ^rs Constantjpople.

par la famille de Turud (1). De tels songes avant la naissance des grands souverains, prédictions de puissance dans l'avenir, racontés longtemps après par des témoins, puis expliqués et commentés, sont un vieil artifice des historiens orientaux , reproduit ensuite par les écrivains anciens et modernes de l'Occident. Hérodote se garde bien de passer sous silence le songe du grandpère de Cj rus, dont la mère, Mandane, paraissait inonder l'Asie tout entière; ainsi Gibbon nous rapporte que la mère de Dschengis-Chan conçut par l'aspiration d'une flamme céleste. Outre les songes, les Orientaux voient encore un présage de la royauté dans le vol du vautour royal planant au-dessus de la tète destinée un jour au pouvoir suprême. Chez les Persans et les Turcs, le vautour royal, appelé Humai, est le plus noble des oiseaux de proie , parce que, d'après leurs contes sur l'histoire naturelle de l'Orient, il ne se nourrit d'aucun animal vivant, mais se saisit seulement des lambeaux de ceux qui ont été tués par d'autres ; que, poussé par une vive et tendre sollicitude, il protège ses petits par l'abri de ses vastes ailes, et qu'ainsi il était déjà le symbole de l'amour maternel et de la clémence royale chez les anciens Égyptiens qui, dans leurs peintures hiéroglyphiques, le représentent planant au-dessus de la tète des rois, tenant la plume delà loi dans une serre, et l'annonce du pouvoir suprême. Dans leSchahnamch, les héros parent leur tète comme d'un talisman des plumes du simurgh , qui n'est autre que le triple vautour du Zendavesta, de même qu'en Egypte les prêtres qui enseignent ou expliquent la loi donnée par les rois sont ornés des plumes de l'épervier. La grande princesse, la seule reine que l'ancienne histoire persane, puisée aux sources orientales, connaisse avant Alexandre, et à laquelle est attribuée l'élévation du palais aux mille colonnes de Persépolis (2), cette reine est appelée Humai , c'est-à-dire vautour royal. Le mot humajun, encore généralement usité aujourd'hui dans toute la Perse et la Turquie, et formé de humai , répond à notre appellation royale ou impériale, ou plus proprement à l'augustus des Romains. Bénie donc est la tête

(1) ldris, fol. 30.

(2) Lan, Fenaji. Humai est la Parisatis des écrivains

îjrecs.

destinée à l'empire des peuples, sur laquelle le vaulour royal étend ses vastes ailes, car le prince frappé de cette ombre bienfaisante sera heureux et puissant, etrépandrala félicité sur les nations placées sous l'abri de sa force et de sa justice. Le vautour royal est aux Orientaux ce que l'aigle était aux Romains; et comme à Tarquin l'Ancien encore simple cito\en,son épouseTanaquil préditsa grandeur future d'après l'action de l'aigle qui lui enleva son casque pour le replacer sur sa tète, ainsi le pieux derwisch Abdal-Kumral (1) exalta le fils d'Ertoghrul. Dans le défilé d'Ernani, il aperçut un vautour royal qui enveloppait dans l'ombre de ses ailes la tète du jeune homme ; il lui expliqua cet augure comme 1 annonce heureuse de sa domination qui bientôt comprendrait la mer Blanche et la mer Noire, l'Europe et l'Asie (2). Osman, reconnaissant de cette prophétie du pieux derwisch, dont la renommée de sainteté pouvait aussi en favoriser l'accomplissement , lui donna un de ses meilleurs sabres, une coupe, et la promesse écrite de la construction d'un couvent. Abdal-Kumral se servit du sabre aux côtés d'Osman tant que durèrent ses conquêtes, jusqu'à ce que le prince, par le résultat brillant de ses exploits, se trouvant en état d'accomplir son engagement, éleva au derwisch dans le défilé d'Ermeni, où il l'avait rencontré pour la première fois, un couvent dans lequel furent ensuite conservés le sabre et la coupe d'Osman (3), comme un exemple profitable pour les sultans ses successeurs, qui l'imitèrent par la fondation de cloîtres nombreux. Le passage d'Ermeni, entre le mont Tumanidsch (le Temnos ) et l'Olympe , devint le théâtre de la première victoire remportée sur les Grecs par Osman du vivant de son père Ertoghrul.

Le père et le fils vécurent dans la meilleure intelligence avec le commandant grec de Biledschik ( le belokoma des Byzantins ) , château fortifié situé au milieu des districts de Brusa , Jenitschehr, Lefke, Jailakabad, aumidi deGemlik, au nord de Nicée (4); mais le commandant

(1) Idris, fol .30 et 3t.

(2) Déjà , dans Hérodote, le songe du fils d'Hystape que Cyrus vit avec deux ailes, annonce la domination sur l'Asie et sur l'Europe.

(3) ldris, fol. 31.

(4) Dschihannuma, p. 643.

d'Angelokoma (1 ), autre place derrière l'Olympe, sur la route de Brusa à Kutahijc, dont les Turcs ont l'ait Ainegœl, inquiétait sans cesse le passage des hordes et des troupeaux d'Osman , des montagnes dans la plaine , aux approches de l'hiver, et de la plaine vers les montagnes, lorsque revenait l'été. Pour assurer les biens de ses tribus. Ertoghrul convint à l'amiable avec le commandant de Biledschik, qu'avant de se mettre en marche vers les montagnes, ses gens déposeraient leurs objets les plus précieux dans le château. Le commandant y consentit, à condition que ces objets lui seraient apportés, non par des hommes armés, mais par des femmes et des enfants. La clause fut rigoureusement observée : les objets déposés furent gardés bien fidèlement durant l'été, et au retour des montagnes, Osman offrait chaque fois au seigneur de Biledschik des tapis aux vives couleurs, comme les Turkmans en fabriquent encore aujourd'hui, des housses grossières , des peaux de chèvre , des fromages, des outres remplies de miel, comme des marques de la reconnaissance des émigrants. Enfin l'orgueil d'Osman ne pouvant supporter plus longtemps les hostilités du seigneur d'Angelokoma, il se concerta avec les vaillants compagnons d'armes de son père , avet Akdsche Chosdcha , Abdorrahmanghasi , el avec ses trois amis Konuralp, Torghudalp el Alighudalp ; ils rassemblèrent soixante-dix hommes^) pour surprendre la forteresse [1285]. L( seigneur d'Angelokoma prévenu de leurs desseins, vint se mettre en embuscade dans le défilé d'Ermeni. Un combat sanglant s'engagea . où périt Baichodscha, neveu d'Osman, fils de Sarujati, qui fut enterré à l'issue du passage, sur le territoire du village de Hamsabeg ; son tombeau indique le lieu où se livra la bataille(3), près d'un caravansérai en ruines (4). Osman et ses vaillants guerriers n'auraient peut-être pas résisté à cette brusque attaque, s'ils n'avaient pas été avertis du danger par un chrétien que les historiens turcs nomment Aratos. Afin de tenir tête à l'ennemi, au bout de quelques jours Os-

(1) Pachymeres , fol. 5 ; ldris, fol. 40; INeschri , fol 26; Aali , fol. 10; Dschihannuma, p. 676.

(2) ldris, fol. 40.

(3) Neschri, fol. 26; Aali, fol. 10.

(4) ldris, fol. 41.

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