LIVRE XIV
assurer le payement en faisant élever la forteresse de Giurgevo.
Vers la fin de 1 'éié Mohammed était de retour à Constantinople. et aussitôt il entreprit /expédition de Lesbos. qui. avant leeommeu- ■ement de l'hiver, s'était déjà terminée par la onquéte de l'île- Lesbos . appelée par les Turcs Midillu. du nom de sa capitale Mi'yène . avait été abandonnée par les empereurs lyiantins, en récompense des secours prêtés •outre les pirates catalans . à la famille génoise latelusio. qui se mit bientôt après en posses- -ion d'Ainos et îles lies d'Imbros, Tbàsos, Lem- Mfe et de Samothrace. Depuis que les Bottes otomane- écornaient l'Archipel. Lesbos avait eu jlus d'une fois .1 souffrir de leurs déprédations. Déjà, sous Lrchan. elle fut dévastée, ainsi que l'autres lies, par des escadres turques d'Lmur- I rince de la cote ionienne 1 . Sons Moud ¥ ' . Junis. officier de janitsehan 'n vain Motibos "2 . et sous le règne de Moud II, Baltaoghli . le premier amiral de leuitire ottoman . dont le nom est conservé encore kmjourd hui dans celui d'une baie sur le Bosphore, ravagea file après la prise de la ville de I Kallona 3 . Déjà il a été question de l'appari- , ion à Lesbos des escadres ottomanes sous le •ommandement des amiraux Hamsa et Junis- \tscha. ei de la triple ambassade de l'historien hicas au sultan, pour déposer successivement lieds le tribut de deux princes. Niklas , ornerait! actuel de Lesbos . avait -ept ans au- •aravant dé|HHiillé son frère aine Dominikos •ukyriakos. avec l'aide du Génois B •uis il l'avait fait étrangler. Sans s'informer en lucune façon de la manière dont le nouveau irince était arrivé au pouvoir . Mohammed ivait accepté son hommage et son tribut: et Maintenant que Niklas avait attiré sur lui sa • olère en s'associant à des pirates aragonais . à | émotif bien fondé d'hostilité. 0 joignit euore le prétexte de vouloir tirer vengeance du irince , i . dont le premier ai te de souveainete avait été le meurtre de son frère. Sa
flotte, forte de soixante galères et sept vaisseaux 1 . fut placée sous le commandement du grand vesir Mahmud-Pascha : on embarqua des canons . des mortiers . et pins de deux mille bou'ets de pierre. Mohammed mena par terre environ deux mille jaaitschares sur la cote d'Asie, jusqu'en face de Lesbos. dans la plaine d'\sos. D'Agiasma, il passa dans l'ile. et fit sommer le prince par un envoyé de lui abandonner tout cet État . promettant de le dédommager par d'autres belles possessions. Niklas. qui avait mis la ville dans le meilleur état de défense, et qu.se reposait sur sa nombreuse artillerie . la force des murailles, sur cinq mille guerriers bien armés, et sur la population de vingt mille âmes, répondit ^que tant qu'il vivrait . il ne livrerait point la ville et l'ile par trahison "2 Mohammed retourna sur le continent . et confia le siège au grand vesir. Durant vingt-sept jours. Mahmud-Pascha canonua la place :1a partie delaville appelée Melanudion s'écroula entièrement ainsi que beaucoup d'autres ouvrages 3 . Les -orties de la garnison et les attaques des corsaires furent toujours repou-rictorieosement |ar les Turcs. Alors le prince offrit au grand vesir de lui remettre Mitylène moyennant des indemnités suffisantes, promettant de servir sous la bannière du sultan. Aussitôt Mahmod expédia un courrier à Mohammed, qui plein de joie accourut du continent, accorda les conditions de paix et d'alliance proposées par le prince . et jura le traité i . Niklas tomba eu pleurant aux pieds du sultan, pour implorer usant de n'a-
voir pas rendu la ville à la première sommation. Mohammed lui fit sentir son manque de prévision et de prudence, mais le consola en l'assurant que. malgré le retard de sa soumission, il n'aurait rien à craindre ni pour sa vie ni pour ses biens: il lui ordonna de livrer aussi les autres villes de l'ile . et Niklas fit le tour de sa principauté avec les commandants turcs . les mettant en jxssessionde tous les ouvrages de fortifications Mohammed plaça deux
J / <>>-. sous le règne dTJrctaan, d'après Pachvroeres.
i\ . e. 2<l . p. 237 . et 1. t. c. 26 . p. 312.
K'2' Chaleoodj las . au commencement du l' liv
3 Ibid.
4 fWrf.,1. v, r
1 Ducas . p. lft5 D'après Ciialcoudylas . ri galères et plus de ceui vaisseau \.
2 Doc* . p.
3 Ibid.
i i balco»dyhs . p. 166.
cents janitschares et trois cents Asabcs comme garnison à Mitylène; puis il fil scier eu <leux trois cents corsaires, convaincu que ce genre de supplice donnait les douleurs les plus atroces (1) ; il assura que par là il accomplissait la promesse de Mahroud-Pascha de mettre en sûreté la vie et les biens des habitants (2). Des habitants de Mitylène il fit trois classes : les plus pauvres et les plus inutiles furent laissés dans leur ville; la classe moyenne devint le partage des janitschares; les plus riches furent emmenés comme colons à Constantinople. 11 choisit pour lui-même parmi les enfants des principaux citoyens huit cents jeunes garçons et jeunes filles. La veuve d'Alexis Comnène, oncle du dernier empereur de Trébisonde , la plus belle femme de son temps , fut jugée digne de l'honneur du harem; le fils fut traité gracieusement à la Porte, et Anna, la fille du malheureux David de Trébisonde, fut donnée comme épouse au gouverneur de Macédoine (3). Niklas et son neveu Lucius , l'ancien seigneur d'Ainos , qui avait été son complice dans le meurtre de son frère , furent laissés en pleine liberté. Le fratricide avait été oublié depuis sept ans ; et il serait resté impuni plus longtemps encore, si l'association du coupable dans les entreprises des corsaires aragonais n'avait pas provoqué l'ardeur de conquête de Mohammed. Le retard de l'usurpateur à rendre Mitylène aurait aussi été pardonné, s'il n'avait pas commis une autre faute bien plus irrémissible aux yeux de Mohammed. Quelque temps auparavant un page de la chambre du sultan s'était enfui à Lesbos; là il avait reçu le baptême , et le duc en avait fait son mignon (41 Tombé depuis dans l'oubli , l'ancien favori du sultan et du duc revint à Constantinople parmi les jeunes garçons choisis à Lesbos, il fut reconnu par ses anciens camarades, et ce fait parvint aux oreilles du sultan , qui voulait bien tolérer l'emportement dans le crime, mais ne voulait pas souffrir le partage dans les faveurs de ses pages. 11 fit jeter dans les fers le duc et son
(1) Chalcondylas.
(2) La traduction italienne de Ducas dansTAntologia, p. 5t.
(3) Chalcondylas , p. 167.
(î) Ibid. , I. x , p. 1C8.
i neveu Lucius, qui, pour obtenir leur délivrance ' et se soustraire à la mort qui allait frapper leurs tètes, embrassèrent l'islam : ils furent circoncis, et prirent solennellement le kaflan: et le turban ; mais ils n'échappèrent pas pour longtemps au bourreau par leur apostasie. Ressaisis bientôt après quoique moslims, ils fu-f rent étranglés en prison (1). Maintenant il' nous faut prendre congé , malgré tous nosre-1' grets, du fidèle historien Ducas, qui, sans être»] né à Lesbos , avait rempli les fonctions de domesticos de l'avant-dernier et du dernier duc-j de cette île, avait été souvent employé par eœd dans les affaires de l'État , s'était vu plusicursi fois envoyé en ambassade auprès du sultan, comme ses contemporains Phranzes et Chalcon- ! dylas, qui écrivirent comme lui les annales by-j zantines, mais qui lui sont bien inférieurs pour l'ordre, la clarté et l'exactitude dans les noms turcs , quoique le dernier le surpasse de beau-1 coup pour l'étendue du coup d'œil, la portée' d'esprit, et les connaissances en histoire gé-' nérale.
Au moment même ou Mohammed assiégeait' Mitylène , il accorda aux Florentins des fran-f cluses commerciales aux dépens des Vénitiens.' Cette faveur était le prix de calomnies contre) la république de Saint- Marc, d'un odieun espionnage et d'avis transmis à la Porte sur les préparatifs des princes chrétiens' contre le grand seigneur.
Dans l'hiver qui suivit les deux campagnes de Valachie et de Lesbos, Mohammed s'occupa de la fondation et de l'achèvement de nombreux j édifices à Constantinople et dans plusieurs autres villes de l'empire. Préoccupé surtout de la pensée de s'assurer la domination sur la mer < par des flottes et des arsenaux, il répara,1 agrandit et fortifia l'ancien port de Julien à1 Constantinople (2), nettoyé et garni de quais, par Anastase Dicorus, embelli par Justin le leune qui avait fait élever prèsdelà un palais pour l'impératrice Sophie ; ce port s'appela dès lors Kadrigba Limani ( port des Galères); dans la
(1) Chalcondylas. La traduction italienne de Ducas (Antologia , p. 52) rapporte ce supplice sans autres circonstances.
(2) Hadschi-Chalfa , Tables chronologiques, an 867 [14623, et Chalcondylas, 1. x , p. 168.