‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 160 sur 288 · NU · texte numérisé non relu

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quelqu'un, disait-il, orgueilleux de la fortune, franchit les limites , et entreprend sur la justice, c'est un signe de chute pour sa domination. Des idées confuses et fanatiques remplissent ton cerveau; il faut les en chasser, et suivre la raison comme conseillère. Notre empire est la maison de l'islam ; de père en fils, la lampe de notre empire a été entretenue avec l'huile du cœur des infidèles; si tu exerces des cruautés contre les nioslinis, tu dois avec tes complices être compté parmi les ennemis de la loi. Pour détruire ces ennemis nous avons sellé notre cheval et ceint notre épée; tu ne dois pas dire : Je ne savais pas, ou je ne me suis point aperçu. Il ne faut pas le moins du monde que tu t'avances vers nos États. Au mois de schewwal , je marcherai moi-même avec mon armée triomphante contre tes forteresses et tes châteaux, ayant la confiance que Dieu, le maître et le dominateur de toutes choses (que son nom soit béni!), me choisit pour instrument de sa vengeance sur toi, et par moi il effacera ton nom. 11 n'est plus besoin de paroles. Tu répoudras à ce diplôme impérial. Salut à celui qui ne veut que le bien ! »

Vers la fin de mars (1), Mohammed se mit en marche de Skutari vers Jenitscliehr, et les troupes de la Bumili franchirent la mer près de Gallipoli. Lorsque l'armée fut arrivée à Begbasari, le prince gouverneur de karamanie, sultan Mustapha, vint se présenter au baise-main, cl plus loin, à Kasabad, le prince gouverneur d'Amasia , sultan Bajesid, accourut rendre les mêmes devoirs à son père. Dans la plaine de Siwas, l'armée fut passée en revue. Le beglerbegde Bumili, Chasz-Murad-Pascha, du sang des Paléologues, fils de Vitus (2), commandait sous Bajesid l'aile droite, composée de quarante sundschak-begs et de vingt mille jauitschares; l'aile gauche, formée de vingt-quatre sandschak-begs et de vingt mille Asabes, sous Mustapha, était dirigée parlebeglerbegd'Anatoli , Daud-Paseha; aucenlrc,étail comme de coutume, la cavalerie pour la garde spéciale du sultan; à droite étaient rangés les sipahis, à la

(1) Dans le mois de schewwal , ainsi encore dans l'année 877 de l'hégire.

(2 L'Histoire grecque , dans le Turco-Graecia de Crusius, p. 2J.

gauche les silihdarcs avec des Ulufedschis et des ghurebas distribués des deux côtés. 11 y avait en tout cent mille hommes bien équipés (1). Ali-Beg, fils de Micbaloghli, chef héréditaire des coureurs, avait été détaché en avant pour ravager le pays ennemi et tirer vengeance des atrocités deTokat. Usun-Hasan était averti par ces éclaireurs de l'approche de Mohammed; la lettre menaçante rapportée plus haut, et qui venaitde luiètre remise, l'avaitengagé à se mettre sur ses gardes. 11 avait donc pris une forte position sur PEuphrate, le flanc protégé par le fleuve, et les derrières couverts par une montagne. Chasz-Murad-Pascha , qui avec la cavalerie légère de l'avant-garde précédait l'armée, se laissa emporter par l'ardeur de sa jeunesse, et par le succès de quelques escarmouches ; il vint fondre droit sur le gros corps de bataille de l'ennemi. Michaloghli, qui reconnut la supériorité des forces auxquelles ils avaient affaire , s'étaitreliré.Mahmud-Pascha,quisuivaitMurad- Pascha, lui fit dire de ne plus avancer d'un pas et de faire bien vite un mouvement en arrière; mais Murad-Pascha, au lieu d'obéir, poursuivit sa course et tomba dans le piège tendu par Usun-Hasan, qui feignit d'opérer sa retraite afin d'attirer les ennemis dans une embuscade. Murad reconnut trop tard les suites de son imprudence; son courage de lion ne put le sauver: il périt avec la plus grande partie de ses troupes. Trois des hommes les plus distingués de l'armée ottomane, Omar-Beg, fils de Turachan, le fameux gouverneur du Péloponèse, Hadschi- Beg, defterdar de Bumili, et le savant légiste Ahmed-Tschelebi, fils de Fenari, furent pris, et tous trois enchaînés dans une tente; les autres prisonniers furent emmenés à Baiburd. Usun- Hasan, triomphant, voulut persuader au fils de Turachan que maintenant la force des Ottomans était brisée, puisqu'il avait détruit l'élite de leurs troupes , l'armée de Rumili, et qu'il tenait captif le fils du conquérant du Péloponèse. Omar-Beg répondit qu'il y avait encore cent mille hommes comme lui, aux ordres du sultan; il eut ensuite beaucoup de peine à calmer, par des paroles flatteuses, la colère d'Usun-Hasan, qu'avait irrité la franchise d'un tel langage (2).

(1) Seadeddin , dans Rratutti sade,fol. 59; ldris , p. 141.

(2) Neschri , p. 227.

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