‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 167 sur 288 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Casimir, roi de Pologne, avec lesremercîments pour les secours déjà prêtés; des prisonniers et des étendards furent aussi adressés à Mathias Corvinus et à Sixte IV, et en même temps, Etienne sollicita du pontife une nouvelle assistance contre les Turcs. Un ordre fut publié dans tout le pays , par lequel il était interdit à •personne d'oser attribuer la victoire à d'autre iqu'au Dieu des armées; les actions de grâces à ■Dieu furent suivies de quatorze jours de jeune. iCe triomphe eut de grands résultats : le butin fut immense, et les châteaux du Danube qui lavaient reçu les Turcs rentrèrent sous la domination du prince moldave (1).

Durant cette campagne d'Albanie et de Moldavie, une flotte de trois cents voiles s'équipait à Constantinople (2). Sa destination était incer- •taine; mais on prétendait qu'elle serait dirigée sur Candie. D'un autre côté, Mohammed paraissait incliner à des sentiments pacifiques. A la fin 'de l'année, un négociateur turc vint à Venise, ^avec une lettre d'une sultane , probablement Vénitienne de naissance, qui invitait la république à envoyer des ambassadeurs à ConslaniHinople , pour la conclusion de la paix. Durant ;lrois jours, le sénat délibéra; enfin Jérôme jZorzi fut dépêché à Corfou , pour attendre là mi sauf-conduit du sultan. Au printemps de Cannée suivante , muni de cette pièce, il se rendit à Constantinople. On lui fit entendre que i Venise ne pourrait obtenir la paix , si elle ne restituait toutes les places prises en Albanie, spécialement Kroja, et si elle ne payait 150,000 ducats, restant dus à la couronne impériale. ■L'envoyé s'excusa , en disant que ces demandes •étaient au delà des limites de ses pouvoirs. Alors on lui montra la flot le de trois cents voiles, complètement équiqée, puis on lui dit que le sultan voulait bien, sans toutefois s'y engager par écrit , laisser, encore cette campagne , reposer ses armes toutes prêtes contre Venise, si^ de son côté, la république n'engageait aucune hostilité. Là-dessus Zorzi fut congédié (3) , et le grand vesir reçut ordre de faire sortir la flotte

(1) Dïugos, dans Katona ; Euyel , Histoire de Moldavie, p. 139.

(2) Seadeddin dit trois cents bâtiments, galères, grands et petits transports.

(3) Laugier, Histoire de Venise, I. vu , p. 290.

TOM. i.

du port, non pas contre les Vénitiens, mais contre les Génois, et de chasser ceux-ci de leurs places fortes sur le Palus-Méotides et dans la Crimée. Kaffa était l'entrepôt du commerce génois sur le Pont-Euxin ; la soie et le coton de la Perse, les épiceries de l'Inde, se dirigeaient vers Kaffa, par Asliachan, et les consuls génois avaient obtenu de grands privilèges du chan de la Crimée (1). Pour s'approprier cet entrepôt, Mohammed prêta l'oreille aux propositions du traître Squerciafico , qui promit de lui ouvrir les portes de Kaffa (2). Le grand vesir Ahmed-Keduk-Pascha reçut le commandement supérieur de la flotte, et des quarante mille hommes de troupes qu'elle portait. Au moment du départ, il fut admis à l'audience du sultan, qui lui donna un vêtement d'honneur, et un cheval couvert d'une selle d'or (3). Le 1er juin, il jeta l'ancre devant les murs de la ville, et fit pointer son artillerie. La place ne résista que trois jours; le quatrième, elle se rendit à la merci du vainqueur, qui se montra là impitoyable comme ailleurs. Dix mille habitants furent transportés à Constantinople, quinze cents jeunes Génois, de familles nobles, furent emmenés pour être incorporés danslesjanitschares. Huit jours après la prise de possession, Ahmed donna un grand fest in aux principaux Arméniens qui lui avaient livré la ville; en les congédiant, il les fit passer l'un après l'autre par un escalier étroit, au bout duquel se tenait le bourreau, qui leur abattait la tète à mesure qu'ils descendaient. Squerciafico fut seul réservé pour recevoir le coup fatal à Constantinople (4). Le butin fut immense, surtout en étoffes de soie. Consterné à la nouvelle de la chute de Kaffa , le souverain de la Crimée sentit encore croître sa terreur, en recevant la lettre de victoire par laquelle le conquérant annonçait à Ahmed-Chan son triomphe sur les Génois (5). Après la prise de Kaffa, Tana(Asow), et d'autres places, se rendirent sans résistance. Ahmed-Chan était occupé à combattre ses onze frères, tous pré-

(1) Sisinoudi, 1. ix,p. 38.

(2) Histoire de la Tauride , dans la nouvelle Russie , l.i, p. 220.

(3) Seadeddin.

(4) Histoire de la Tauride , et Giustiniani , Annali di Genova.

(5) Collection de Feiidun , n° 231.

tendants au trône , lorsque lui parvint la nouvelle de la destruction des infidèles à Kaffa. Aussitôt l'armée victorieuse parut devant Menkub, qui, préparée! la résistance , tomba enfre les mains de l'ennemi par une ruse de guère (1). Menkub appartenait alors, connue Tana, aux Génois, auprès desquels s'était réfugié Mengli Girai , chassé par son frère, Ahmed Girai. les richesses de Menkub allèrent aussi grossir le trésor du sultan , et ses habitants peuplèrent sa résidence (3). Maintenant la puissance ottomane était fermement établie dans la'Tauride. Comme cette domination s'y maintint trois siècles, durant lesquels l'histoire des chans tartarcs, protégés et vassaux de la Porte, se lie intimement à celle des Ottomans, il convient de dire ici quelques mots sur l'origine de la dynastie des Girai dans la Crimée , d'autant plus que l'obscurité dont elle est enveloppée n'a été dissipée par aucun historien européen, ayant puisé aux sources orientales (4).

Tokatmisch, ou mieux Todilemisch, descendant de Tuchi, fils de Dschengis-Chan.avaitété installé par Timur, à la place d'Urus-Chan, légitime souverain dans l'Étal du kiplschak, c'est-à-dire des Steppes, qui s'étendent entre la mer Caspienne et le Pont-Kuxin; et trois fois ensuite, il avait senti le poids des armes de son suzerain, aiusi qu'on l'a vu dans le récit des conquêtes de Timur. Tokatmisch avait fini par perdre la vie dans une bataille contre Idekti ou Kdeku, l'un de ses anciens généraux, qui. s'étant enfui s: pi ans auparavant auprès de Timur, l'avait provoqué à la première expédition contre son vassal [1395]. Après que Tusbeg ldeku eut régné seize aDs en maître absolu dans le Kiplschak , il vit se dresser contre son pouvoir deux fils de Tokatnrisch-Chan LH11J, Kadirberdi et Dschelalberdi-Chan, plus connus sous le nom de grand et de petit iMohammed. Ils disputèrent les armes à la main l'héritage paternel au spoliateur. Dschelalberdi, le petit

(1) [\escbri , fol. '232, Seadeddin , dans Rralutti , I. II, p. 295.

(2) Seadeddin , dans Bratutti , 1. n , p. 2!>7.

(3) Histoire du royaume de la C.liersouèse tauiique, rncislimiii; , 1824 , I. xvi.

i) llisioire de Timur Bi'i;, par Felisdela Croix , I. il, cli. 20, p. 277.

Mohammed, percé d'une flèche, resta sur |. champ de bataille; Kadirberdi, le grand Mohaiu med, vainquit ldeku, qui se précipita bless* dans les flots du Seihun, où il se noya. Du peti Mohammed descendent les chans de Crimée (11 et d'Ideku les souverains des Noghais. Après 1. mort d'Ideku , le grand Mohammed ne put ce pendant se maintenir sur le trône; il en fut pré, cipité par Mahmud, descendant de Dschengis Chan, qui lui-mèmedut se retirer devant Tusbef Ebulchair. Celui-ci épousa d'abord la femme di Mahmud , descendant de Dschengis , puis l;j femme du prince Abdullah, fille d'Ulu-Beg, pe lit-fils de Timur, s'unissant ainsi par les femme aux deux familles des deux plus grands conquél rants de l'Asie. C'est de lui que sont sortis le» princes usbegs du pays au delà de l'Oxus. Aprèl de longues guerres pour la possession de lasou) veraineté de Deschlkiptschak, elle resta enfiil au fils du petit Mohammed, Hadschi Girai , qui laissa douze fils, tous aspirant au trône. Quel! ques-uns régnèrent dix mois, d'autres puren se parer de la dignité de chan seulement trentr jours ('2). Abmed Girai conserva le dernier le pouvoir suprême; son frère, Mengli Girai, avait trouvé une situation honorable auprès des GéJ nois de Kaffa. Pour complaire à ceux-ci, Ahmeo] Girai avait déposé le gouverneur du district dJ la Crimée dans lequel était située Kaffa, et, à la place d'Kminek-Beg, il avait mis Scheitan, fils de son prédécesseur. Eminek , pour se venger! s'unit avec Karamusa et Haider, et ils assiéj geaient de concert Kaffa depuis six semaines, lorsque la flotte ottomane parut devant la ville Mengli Girai fut emmené avec les Génois de Menkub, Tana, Kaffa, réservés pour une exécution à Constantinople, et il attendit son destin, renfermé dans le château du Bosphore Déjà les tètes des nobles génois étaient tombéesJ déjà Mengli Girai avait fait la prière ordinaire] de mort, en se jetant deux fois par terre, quand arriva la grâce de la part du sultan. Emiuek-Beg,j dont l'assistance l'avait déjà maintenu deuxj mois sur le trône, avait supplié le sultan, au nom de toute la Crimée, de renvoyer Menglii Girai, et de le relever au rang de prince. Moham-i med assigna un palais et des revenus au Ta-

(1) Dschenabi, p. 129.

(2) Jbld.

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