‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 173 sur 288 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

, Le traite par lequel Venise céda Skutari au iltaa fut signé à Constantinople le 26 janvier 479. parle secrétaire d'État Giovanni Dario ( 1 ). a république s'obligeait à remettre aux Turcs, ins l'espace de deux mois, Skutari et toutes ,s places conquises durant la guerre , en stipunt que les garnisons pourraient se retirer ,/ec l'artillerie et les bagages, et à payer sous eux ans cent mille ducats au lieu des cent cinuaute mille réclamés au moment où la guerre lait s'engager. De son côté, le sultan restituait la république tout ce qu'elle possédait avant ouverture des hostilités dans l'Albanie, la Mo- .ée et la Dalmatie, à l'exception de Kroja et e Skutari; des commissaires, nommés des deux Mes à cet effet , durent fixer les frontières , et ji république était autorisée, comme avant la uerre, à entretenir un baile à Constantinople, ,'quel aurait l'exercice de la juridiction civile lir les nationaux. Dix mille ducats furent fixés ;»mme abonnement annuel pour les droits sur butes les marchandises introduites dans l'em- •ire ottoman, ou exportées de son territoire .ar les Vénitiens. Dans ce traité furent com- ■ris tous les sujets adhérents, et alliés des deux Liartis, toutes les villes et tous les ports qui aroraient l'étendard de Saint-Marc, pourvu que jette bannière eût été adoptée avant la déclaration de guerre, et que ce ne fut pas dans un iays soumis auparavant à l'autorité turque. Gioi anni Dario, qui signa la paix, reçut trois kafans d'étoffe d'or ; le provéditeur Pietro Vettore, |e vaillant défenseur de Kroja , fut mis en liberté .vec sa femme et ses enfants, et reconnu comme eprésentant du baile auprès de la Porte, jusqu'à la nomination d'un ambassadeur.

; En exécution de ces conventions, le provédieur Antonio de Lezze, suividequatre centein- ■ [uante hommes, et cent cinquante femmes, échappés aux fatigues, aux dangers et aux misères l'un siège de onze mois, restes d'une populal ion (battue par le fer et par la famine, sortit de Skutari, et lousces vaillants défenseurs traversèrent e camp turc, avec leurs biens, leur artillerie, ?t leurs vases sacrés; le cortège fut respecté

(1) Laugier, t. vu, 1. xxvn, p. 347 ; Daru , I. n , 0.478; Sismondi, 1. xi, p. 154 ; Spandugino, p. 60, dit Giovanni Dano , au lieu de Dario ; Sabellico nomme le riéjjocialeiir Benedictus Trevisanus.

grâce aux otages qui avaient été livrés (1). En même temps furent remises aux généraux turcs les montagnes de la Chimaira, et de Maina en Epire, etdansle Péloponèse, ainsi que Strimoli, Castel Rompano, Sarafona, et l'île de Lemnos ; on rendit des deux côtés les prisonniers, sans rançon , et le 25 avril , jour de asint Marc , la paix fut publiée à Venise , après une guerre de dix années, la plus pénible qu'eût encore soutenue la république.

Par suite du traité, Melchior Trevisani se rendit à Constantinople, comme ambassadeur. Il recueillit les restes du sang de Jésus-Christ, et de sainte Marie-Madeleine, que les Turcs avaient trouvés dans l'église de la Miséricorde (2). Il avait aussi pour instruction de demander l'assistance du sultan, en cas de nécessité. Pour resserrer plus étroitement les nouveaux liens d'amitié , la Porte envoya de son côté un ambassadeur à Venise; reçu en audience solennelle par le doge, il lui exprima la satisfaction du sultan sur le rétablissement de la paix, et lui présenta une ceinture garnie, de diamants, mais en posant pour condition que ce bijou devrait être rendu à la première demande, et qu'une telle restitution serait le signe de la rupture du traité de paix. 11 avait aussi apporté une grande coupe d'or, afin de boire avec le doge et les douze premiers sénateurs. Le sénat lui rendit les plus grands honneurs , qu'il reçut avec une hauteur extraordinaire. 11 paraît qu'il conclut une alliance, en vertu de laquelle la république devait tenir une Hotte de cent galères prête à défendre le sultan, et que Mohammed promettait, en cas d'attaque contre la république , de venir à son secours avec cent mille cavaliers (3;. La réalité de cette alliance, reposant sur le témoignage d'un seul historien, ne peut être adoptée sans réserve ; mais il n'y a pas de doute que dès lors il y eut un changement complet dans la direction de la politique vénitienne envers les Turcs; que, suivant les

(1) Sabellico, dec. m, 1. i, fol. 266 ; Barletius, de expugnatione Scodrensi, I. ni; Sismondi , 1. xi, p. 156.

(2) Commenlarii délia guerva de Ferrara tra li Veneziani ed il duca Ercole d'Est nel 1482 ; di Mariao Sanuto , Venezia , 1828, p. 56.

(3) Diarium parmeuse , Laugier, t. »n, 1. xxvii, p. 359.

traces de Ferdinand d'Aragon, la république chercha à se fortifier de 1 amitié de la Porte, maintenant contre le roi de Naples, et plus tard, contre la Hongrie, et que les Turcs, respectant les frontières vénitiennes, s'efforcèrent d'opposer la république à leurs ennemis. Ainsi un demi-siècle avant l'alliance de France, du roi très-chrétien avec les ennemis de la loi du

Christ, Naples et Venise comptaient sur l'assi tance et la diversion des Turcs, et Mohamm( le Conquérant était assez habile pour ne p. faire la guerre aux chrétiens indistinctemen ilsavait opposer, selon les circonstances, inf dèles à infidèles, ou, selon la locution turque, mettait aux prises chiens avec porcs, ou pon avec chiens.

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