LIVRE XVII
NVASI0N DES TURCS EN TRANSYLVANIE ET EN AUTRICHE. — HISTOIRE DE LA MAISON SULKADR. — RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC L'ITALIE. — CONQUÊTE DE ZAMTE. — LES TURCS EN ITALIE. — HISTOIRE DE LUE DE RHODES, DANS L'ANTIQUITÉ ET LE MOYEN AGE. — PREMIER SIÈGE DE RHODES PAR LES TURCS. — MORT DE MOHAMMED, SON CARACTÈRE, SA CRUAUTÉ, SA GRAN- DEUR RÉELLE.
Le flot désastreux des akindschis, arrêté mooentanément par la paix du côté du Frioul, ;rossit et se précipita dans la même année, vec un redoublement de fureur contre la Hongrie. En 1479, une armée de quarante mille turcs pénétra en Transylvanie au commenceaent d'octobre , conduite par douze paschas(l ). <es plus fameux étaient les deux Michaloghli, ili-Beget Iskeuder, les fils d'Ewrenos, Hasan- •eg,lsa-Beg, et le fils de Malkowich, Bali-Beg; 2 nombre des chefs, jetant de la désunion, afublit la force de l'armée Etienne Bathory, Voiwode de Transylvanie, réunit à la hâte des roupes près de Saswaros ( Brosk ), afin d'attauer les Turcs qui voulaient se retirer avec eur butin par le défilé de la Tour-Rouge , et il ppela à son aide le commandant et comte de 'emeswar. l'un des capitaines de Mathias Corinus les plus signalés dans les guerres de îohème et de Pologne. Le 13 octobre, jour de i fête de saint Koloman, l'ou en vint aux aains à kenger-Mesœ, à vingt milles de Veiszenburg. Bathory plaça les Saxons à aile gauche, à la droite les Szeklers, derrière » premiers les Valaques, faisant soutenir les utres par les Hongrois ; lui-même se posta au .entre avec sa grosse cavalerie, et les com- •agnies de l'évèque de Transylvanie , Ladisaus de Gereb. L'armée assista à la messe; chaîne soldat communia , et jura sur Vhostie de ne
(1) Selon Dlugosz , cent mille, d'après l'inscription de ronstadl , soixante-cinq mille , suivant Bonfinius, et 'lahus , soixante mille ; les historiens ottomans Seadedîn ,Ssolaksnde, Anli , dispnt trente mille.
point céder sans l'ordre du général. D'abord l'aile gauche fut repoussée ; trois mille Saxons furent réduits à se jeter dans la Maros, et la droite elle-même commençait à plier. Bathory ralliant les fuyards, perdit successivement deux chevaux, et reçut lui-même six blessures. C'est alors qu'au moment du plus pressant danger, arriva le secours tant désiré (1) du comte de Temesch : Où es-tu Bathory? S'écria Kinis, au milieu des mugissements de la bataille. Bathory rappela ses forces expirantes pour répondre, et ranima ses gens. Alors la fortune du combat changea, et la défaite des Turcs devint générale: trente mille moslims couvrirent le champ de bataille. A grand'peine Ali-Beg put échapper par la fuite. Mais kinis souilla sa victoire par d'horribles cruautées; il fit dresser la table de son festin sur les cadavres mêmes de ses ennemis (2); le vin, en tombant des coupes, se mêlait au sang qui ruisselait encore, et les vainqueurs dansèrent avec une joie sauvage autour des monceaux de morts. Kinis lui-même prenant un cadavre avec les dents figura ainsi la danse guerrière. Le lendemain, les ennemis morts furent entassés en pyramides, et l'on ensevelit les huit mille Hongrois restés sur le champ de bataille, avec leur vaillant chef, Etienne Bathory. La chapelle élevée en l'honneur de cet exploit rappelle encore aujourd'hui aux Hongrois la valeur de leurs pères. Dès l'année suivante, les akindschis allèrent
{\> D'après Liszth ( vojr. Engel , I. m , p. 365, note). (2) Bonrinius , dec. îv, c. 6, p. 612.
venger l'affront qu'ils avaient rmt en Transylvanie, par de nouvelles irruptions dans la Carniole, la Carinthiect la Styric. Le 29 juillet 1480, ils ravagèrent, dans la Carniole, les environs de Cirkniz et de Logusch (1), et le 5 août, ils pénétrèrent pour la quatrième fois dans la Carinthie, par la Save. Georges de Schauinburg, commandant de Bamberg, réunit près de Hann un grand nombre de paysans bien montés, avec lesquels il grossit sa cavalerie, et la nuit, faisant battre les tambours et sonner les trompettes, avec un bruit qui paraissait annoncer un bien plus grand nombre d'hommes sous les armes, il répandit l'effroi parmi les assaillants, qui s'enfuirent (2) de la Carniole et de la Carinthie. Les Turcs se poussèrent pour la sixième fois dans la Styrie (3), par deux points à la fois. Ceux qui entrèrent par la Carniole traversèrent la basse Styrie , le long de la Mur, jusqu'à Grœtz. Les dévastateurs venus de la Carinthie enlevèrent de la Styrie supérieure une quantité d'esclaves parmi lesquels se trouvèrent cinq cents prêtres. La cathédrale de Seckau, et d'autres églises furent pillées et détruites. En même temps que se poursuivaient les dévastations dans la Transylvanie et les provinces centrales de l'intérieur, Mohammed ordonnait à ses flottes d'enlever le château de Muta sur le Palus Mœotide, et à son fils Bajesid de soumettre le château de Tarai. Cette dernière place, située en Arménie, dans le voisinage de Baiburd et d'Ersendschan , appartenait à un seigneur particulier, qui, dans la guerre de Perse, avait embrassé le parti d'Usun-Hasan. Mohammed, se rappelant celte offense, chargea le prince gouverneur de Siwas de faire disparaître cet ennemi, ce qui fut accompli (4). En même temps, le sultan fit construire une forteresse a Imbros, et il envoya dans l'île de Lemnos des médecins pour examiner les propriétés de la terre sigillée, si renommée jadis parmi les Grecs (5).
Alors se développèrent aussi les premiers germes de discorde et d'hostilités avec les sul-
(1) D'après les témoignages du pays, dans Megiser, p. 1217.
(2) Valvasor, 1, iv,p. 378.
(3) Document, monast. in AnnalibusStyriae.
(4) Seadeddin , Ssolaksade , fol. 63.
(5) Jbid.
tans d'F.gyple. La bonne harmonie avait régn ( entre ces princes et les souverains ottomans mais deux causes poussaient les esprits à l'ai i greur et à l'irritation : Mohammed avait écr au souverain d'Egypte Choschkadem , afi de pouvoir rétablir à ses frais les aque ducs, les fontaines et les puits, disposés su la roule de la Mecque pour le service des pèle rins ; le sultan mameluk répondit par un refiii parce que son orgueil ne lui permettait pas d'à baudonner à d'autres l'entretien de ces pieu établissements (1). L'intervention violente d Kaitbai, successeur de Choschkadem, dans le, affaires des princes de Sulkadr, blessa plu profondément le sultan des Turcs. Un siècli s'était écoulé depuis que le turkraan Seineddi' Karadscha-Sulkadr avait fondé une dynastii *\ indépendante dans une partie de l'ancienni * Cappadoce, dans le gouvernement actuel dl i Meraasch. Le destin de ces princes est rest' complètement inconnu aux Européens qui on] J écrit sur l'Orient ; mais plus d'une fois, il a éti question d'eux dans nuire histoire , à l'occasioiB de mariages de sultans ottomans. MohammeJa le Conquérant lui-même, comme son aïeul] ■ Mohammed 1er, avait épousé une princesse dia Sulkadr, et le beau-frère de Mohammed lu] i avait prêté assistance dans la guerre contre soi1! frère Musa. Ces alliances passées et présentes ) et plus encore les liaisons ultérieures de sonl histoire pendant trente-cinq ans avec celle dej *( Ottomans, demandent un résumé des destinée/, • antérieures de la dynastie Sulkadr. Seineddin Karadscha-Sulkadr (l'Ornement de la foi, ldd Noirâtre, le Pressant), jeta les fondements de son pouvoir, en s'emparant des villes de Me raasch (2) et d'Elbistan. Son fils Chalil-Beg étenj dit ses États par la soumission des villes dfl Charburt, Behesne (3) et Malatia, combattit aved succès les armées d'Egypte, et fut immolé par son peuple ; le frère et successeur de Chalil, Suli-j Beg se fortifia par des alliances avec de puis-! sants voisins, et donna une de ses filles à Kasi- Burhaneddin, souverain de Siwas, et l'autre au plus jeune fils du sultan Bajesid, au prince
(1) Seadeddin , Siolaksade , fol. 68.
(2) Meraasch , l'ancienne Germauica , dans le Dschihannuma , p. 600.
(3) Dschibannuma , p. 601 .