LIVRE XVII
Ferdinand d'Aragnon-, car ils lui représentèrent par leur ambassadeur Sébastien Gritti. que Brindes, Tarente et Otran'e. avaient appartenu jadis a l'empire romain d'orient, et que légitimement ces possessions devaient retourner au conquérant de cet empire. Une telle raison était toute-puissante. Reduk-Ahmid . pasrha de Valona. parut à la hauteur d'Olrante le '28 juillet 1479 .avec une flotte de cent vaisseaux montée par des janitschares et clés Asabes 1 . et, le 1 1 aout.Olrante. le boulevard de d'Italie, contre les Turcs, tomba entre les mains de ces barbares. Là encore ils se livrèrent à leur fureur de destruction, et s'enivrèrent de sang: les autels furent renversés, les bannières de la croix souillées dans la poussière, les images des saints brûlées, les vases sacré.s d'or et d'argent fondas ; les jeunes filles et les femmes outragées sous les yeux de leurs mères et de leurs époux: les enfanis écrasés contre les murailles; de vingtdeux mille habitants, douze mille furent massacré*: le commandant et l'évèque Furent sciés en
•deux: le reste fui emmené en esclavage 2).
Avant même que la flotte turque commandée par Keduk-Pascha eut abordé sur la cote de la
' Pouille . plus de soixante galères sous les ordres de Mesih-Pasctaa avaient paru devant Rhodes,
• carlegénieardent de Mohammed embrassait à la
' fois la conquête du boulevard de l'Italie et ce lede l'Archipel, llhodes. par sa situât ion. ses souvenirs. par les deux sièges qu'elle soutint sous Mohammed le Conquérant . et sous Suleiman. brille d'un si vif éclat dans l'histoire militaire des
' Ottomans et des chrétiens.qu'il faut nous arrêter un instant pour la décrire et pour eter un coup d'ii'il sur ses destinées antérieures.
Cette île. placée a trois ou quatre milles géographi ;ues. au sud-ouest de la côte d'Asie Mineure, au point de séparation de la nier /Egée et de la Méditerranée, formait déjà dans l'époque barbare un anneau de la (haine de communication entre la phénicie et la Grèce. Le nom de Rhodes (en grec la rose, en phénicien les
1 serpents vient probablement de ce que les
I Laugier se [rompe en plaçant la conquête an 26 juillet.
'-• Jjkob Volalerr. diar. rom.. p. lOfi ; Diar. Farineuse , p. 311 ; Marina Sanuto, vue de' diicbi di Vene- ,'ia . i xxu . p. 1213.
Grecs et le* Phéniciens la trouvèrent couverte de fleurs et remplie de reptiles. Des colons phéniciens, conduits par Cadmus, élevèrent à Jalyssos un temple consacré à Neptune I ; les Cretois . sous la directi la d'Althœmenes. s'établirent autour du temple, élevé à Jupiter, sorte montagn d'Alahvn> -J . et les Danaïdes fondèrent le fàmeufe temple de Pallas à Lindos 3 . Tout cela est antérieur a Homère, qui connaissait bien l'île et ses trois villes \ .
Dans la guerre des Perses et des Grecs, les vaisseau* de Rhodes se rangèren' toujours du coté dis plus forts: d'abord ils grossirent les Hotttsde Xcrxès. puis celles de Sparte, puis celles d'Athènes. Dans les dernières années de la ■; uerre du Péloponèse. les tr.'is villes de Lindos, Jalyssos et Kamiros se réunirent pour fonder en commun une capitale dans la partie septentrionale de l'île . construite en amphithéâtre, par le même architecte qui avait bâti le l'irée et la longue muraille d'Athènes V. Celte ville de Rhodes concentre désormais sur elle l'histoire entière de l'ile. F.lle fut prise pour la première fois par la reine de Carie Arlemise II , qui força les habitants à lui ériger une statue. en souvenir de son triomphe 6 . Dca scrupules religieux empêchèrent les Rhodiens de détruire ce monui eut de leur honte: plus tard, ils tt soumirent --ans combat devant Alexandre, mais ils opposèrent une résistance. \.i i euse dans 'histoire des sièges, à Démétrius l'oliorcete. rils d'Antigonè, roi de Syrie. C'est là que Démétrius imagina la machine appelée helepole. Trente mi le hommes étaient employés aux travaux de ce siège. Après que la première enceinte se fut écroulée . les assiégés en construisirent one seconde, avec les matériaux des théâtres, des maisons et des temples: et, cette seconde muraille ruinée, ils en élevèrent une troisième. Cinquante députés des Étals grecs, et particulièrement des Étotiens et des Athéniens, parurent d ans les rangs de Démétrius. pour ménager un accommodement en faveur de Rhodes: un traité fut conclu, sous la
1 1 Diodore , 1. I.
[2 fbid., 1. v.
(3) Slrabo , 1. xiv.
i4 Homère, 111 . 1. 1
p. fiât; 663
■ Vrabo , Diodore,
l. un
[6 \ nnive , 1 il.
condition que Rhodes remettrait à Démétrius cent otages, et s'engagerait à lui fournir des secours pour ses guerres.
Eu mémoire de celle brillante résistance et de son succès, les Rhodiens élevèrent le fameux colosse de soixante-dix ou quatre-vingts mètres de haut, du poids neuf mille quintaux, sous lequel les vaisseaux entraient dans le port, a pleines voilcs(l); commencé par Chardes de Lindos, il avait été achevé par Lâches, de la même ville. Mais, cinquante-six ans après avoir émerveillé le monde, il s'écroula , et, neuf siècles après, neuf cents chameaux furent chargés de ses débris (2). Si Rhodes se rendit célèbre par ses monuments, ses artistes et ses écoles, elle ne fut pas moins respectée pour la sagesse de ses lois maritimes et la prudence de son gouvernement aristocratique ; ses forces bien dirigées se répandirent sur toutes les parties de la Méditerranée* où elle fonda de nombreuses colonies.
Rhodes, qui voyait dans les rois de Syrie, ses voisins , les rivaux les plus dangereux de sa puissance maritime, s'unit avec les Romains contre Antiochus. Polixenedes, banni de Rhodes, et accueilli par Antiochus , qui lui donna le commandement de ses flottes , se laissa vaincre par les Romains au pied du cap de Korykos, le long de la cote d'Ionie (3); mais il vengea cette défaite par une victoire remportée sur la flotte rhodienne, près de Panormos, contre la côte de Carie (4). Les Rhodiens perdirent leur chef l'ausistrale , la fleur de leur jeunesse, et presque tous leurs bâtiments. Furieux d'un tel affront que leur avait fait subir ce traître, ils équipèrent aussitôt vingt vaisseaux, qui se réunirent à la flotte romaine. On résolut en commun le siège de Patara , qui bientôt fut abandonné. Les Rhodiens fournirent ensuite une forte escadre aux Romains contre Antiochus, et battirent la flotte syrienne , sur laquelle se trouvait Annibal à Suda ; ils prirent part aussi à la victoire des Romains remportée sur les Syriens près de Myenesos, contre le promontoire de Korykos, et décidèrent le succès par l'habileté de leurs manœuvres. Après la paix imposée à An-
(1) Slrabo, 1. xiv ; Pline, 1. xxxiv,p. 7.
(2) La charge du chameau comptée à dix quintaux.
(3) Tite-Live , 1. xxxvi , c. 15.
(4) IbiU., I. xxxvn , C. 11.
tiochus pari.. Scipion, des débats s'élevèrent entre Rhodes et Eumèncs , et les Romains ayant prononcé en faveur du roi de Pergame, les Rhodiens montrèrent plus de froideur pour leurs puissants alliés. Rome ne leur pardonna pas leur neutralité dans la guerre avec Persée; aussi Rhodes résista longtemps à Mithridate. Dans la guerre civile les flottes rhodiennes combattirent tour à tour pour Pompée et César; après la bataille de Pharsale , Rhodes ferma ses portes au parti de Pompée ; après la mort de César, elle ne reçut pas non plus ses meurtriers. Cassius l'assiégea , y entra par trahison, et y commit d'horribles excès. Sous l'empereur Claude , elle perdit sa liberté, parce que les habitants avaient osé mettre en croix des citoyens romains; mais neuf ans après, à la fin de son règne , Claude la rétablit dans son ancien état. Enfin, cette liberté fut irrévocablement perdue sous Vespasien, qui comprit sous le nom de provinces romaines cette ile, ainsi que l'Achaïe, la Lycie , Ryzance, Samos , la Thrace, la Cilicie et Comagène.
Sous Constantin , Rhodes devint capitale du Thema Cibyrthœtique, puis siège d'un archevêché, dont relevaient quatorze évèques. L'histoire byzantine cite surtout l'île à l'occasion de la construction de Sainte-Sophie , pour la coupole de laquelle on employa des briques blanches et légères fabriquées à Rhodes. Dans la douzième année du règne de Constantin , sous le règne de Moawia, les Arabes s'emparèrent de Rhodes ; et c'est alors que neuf cents chameaux furent chargés de débris du colosse. Les historiens byzantins ne précisent pas l'année qui vit partir les Arabes de Rhodes; peut-être ils se retirèrent un an après leur conquête , alors que leur flotte fut battue dans la baie de Phœnica : du moins, cinquante ans après, Rhodesétait redevenue le lieu de rendez-vous des vaisseaux byzantins sous le règne de l'empereur Anastase. Dans le partage de l'empire grec , après la prise de Constantinople par les croisés, Rhodes échut à un prince italien , que l'on n'a point nommé, et passa entre les mains des Génois , auxquels Jean Cantacuzène, échanson de l'empereur Jean Ducas, essaya de l'arracher ; mais, avec l'assistance de Yillehardouin, prince d'Achaïe , qui allait joindre saint Louis en Egypte, les Génois le forcèrent à se retirer. Ducas envoya ensuite