‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 189 sur 288 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

BAJESID ARRIVE A CONSTANTINOPLE, ET SE MET EN POSSESSION DU TRONE. — SON FRÈRE DSClliai S'ENFUIT EN EGYPTE, PUIS REVIENT, RENOUVELLE LA GUERRE, EST DÉFAIT, SE RÉFUGIE Ai RHODES, EST EMMENÉ CAPTIF EN FRANCE, ET MEURT ENFIN EMPOISONNÉ A NAPLES.

Le grand vesir voulait surtout cacher la mort du sultan, à l'armée et à la capitale, jusqu'à ce que le successeur au trône se trouvât au milieu de ses soldats et dans les murs de Constanlinople : c'était là une entreprise difficile. Pour le prince , il s'agissait du trône, et pour le vesir, il y allait de sa vie. Mohammed-Karamani joua sa lête, et la perdit en effet sans qu'il fût en droit de se plaindre du sort. Aussitôt que le sultan eut rendu l'âme, le grand vesir fit transporter le cadavre à Constantinople dans une voiture, accompagnée par l'escorte accoutumée des gardes du corps, comme si le souverain, encore existant, revenait pour quelques jours dans la capitale, afin de remédier à ses souffrances en prenant des bains. 11 dépêcha le chambellan Keklik-Mustapha , en courrier à Bajesid, le fils aine du sultan , gouverneur d'Amasia ; mais en même temps, trahissant ce prince, il expédia l'un de ses propres affidés au second prince, Dschem, gouverneur de Karamanie, afin d'assurer à celui-ci la possession du trône au préjudice de son frère aîné. A Constantinople et sur les côtes d'Asie où campait l'armée, le grand vesir fit occuper les points de débarquement et saisir tous les bâtiments , afin d'interrompre toutes communications entre la capitale et le camp. 11 donna ordre de faire sortir de la ville les Adschemoghlans, recrues des janitschares, pour réparer les ponts sur la rivière qui traverse la prairie des éléphants , dans le voisinage du camp du sultan. C'est par ces hommes que fut divulgué dans l'armée le secret de la mort du conquérant. Aussitôt la tempête éclata du sein des janitschares. Ils se saisirent par force de quelques bâtiments amarrés à Pendik, se rendirent à Sku-

tari, gagnèrent de là Constantinople, tombèrent» sur les maisons des juifs et des riches, pillant erii saccageant, et immolèrent le grand vesir. Ains'itl périt Mohammed le Karamanien, le premier]! grand vesir qui fût victime d'un soulèvement di janitschares, et qui marquât de son sang la voit dans laquelle devaient être jetés tant de ses suc-Jl cesseurs. Ishak-Pascha, que le conquérant avait i jadis appelé de Selefke pour lui confier le com-jl mandement de la capitale, saisit d'une manière ferine les rênes du pouvoir qui lui furent re-1; mises, afin de rétablir l'ordre et de le maintenue au moins pour le moment ; deux princes, petits-' fils de Mohammed , étaient gardés dans Tandem sérail comme gages de la fidélité des fils du con4J quérant : Korkud , fils du sultan Bajesid, cl Oghus-Chan, fils du sultan Dschem, le premier^ alors adolescent , le second encore dans l'en-jl fance : car Dschem lui-même avait à peine accompli sa vingt-deuxième année. L'armée se prononça hautement pour Bajesid ; d'autant plusl qu'il était connu que le grand vesir immolé au-fl rait favorisé le frère. Ainsi, vingt-quatre heureslj après la mort du sultan , et aussitôt après celleji du grand vesir, le sultan Korkud fut proclamer lieutenant de son père, en attendant l'arrivée1 de Bajesid [4 mai 1481].

Des deux messagers expédiés à Dschem eq à Bajesid, avec la nouvelle de la mort de Mo-I hammed, le premier fut arrêté et mis à morti par Sinan-Pascha , gouverneur d'Anatoli , qui avait épousé une sœur de Bajesid; l'autre franchit un espace de cent soixante lieues en huit jours, et atteignit Amasia. Dès le lendemain de cette arrivée , Bajesid se mit en route avec quatre! mille cavaliers, et, au bout de neuf jours, il sel

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