E II
frère d'Édebali et Kara-Chalil-Tschendercli, transportèrent ses restes a Brusa, où ils furent placés sous la voûte appelée Gumischlikunbed (voûte d'argent) (1 ), dans l'ancienne chapelle du château Jusqu'au commencement du xixesiècle, on y montrait aux pieux pèlerins un chapelet de bois, dont les grains énormes entretenaient le respect pour la mémoire d'Osman dans l'esprit du peuple, qui les regardait comme ayant appartenu a ce prince ; on y voyait encore un énorme tambourqu'il devait avoir reçu du sultan Alaeddin comme marque d'investiture de Karadscha. Ces deux monuments des traditions, objets des affections populaires, furent la proie des flammes dans le dernier grand incendie qui désola le château et la ville au commencement de ce siècle, et au lieu de l'éclat de l'argent que l'ancien dôme de l'église reflétait autrefois sur les tombeaux (2), les yeux sont blessés par le blanc mat de la chaux, seule parure des dernières ruines du tombeau du père des Ottomans (3). Le drapeau et le sabre qu'Osman reçut en signe d'investiture doivent être conservés encore aujourd'hui dans le trésor de l'empire(4); le sabre est à double pointe, non pas a double tranchant, mais à clos arrondi, comme Sulfakar, le fameux glaive du chalife Omar, dont il fendit un jour en deux un infidèle qui doutait de la divinité du Koran,ce qui lui valut de la part du prophète le nom honorifique du pourfendeur. L'image de ce glaive à deux pointes, dont l'une menace l'Orient et l'autre l'Occident, fut adoptée dans la suite et gravée sur leurs sceaux par les gouverneurs de l'empire (6), et aujourd'hui encore elle brille brodée en argent sur le champ rouge du kapudanabeg ou premier amiral de la flotte turque, qui arbore ce pavillon sur son vaisseau de guerre (6).
Ce qui es! plus digne de foi que la conservation des insignes d'investiture d'Osman jusqu'à nos jours, c'est l'inventaire de sa succession et de sa garde- robe. Il ne laissa ni or ni argent,
(1) Idris , fol. S5. La description de l'église se trouve dans l'examen d'un voyage à Brusa , p. 47 et suiv.
(2) Neschri , fol. 48.
(3) Voyagea Brusa ,p. 49.
(4) Scliamailname, àlabibl.,imp. sous les nos 141etl47.
(5) Particulièrement les gouverneurs d'Ofen.
(6) Constitution et administration ottomanes, I. h , p. 21)6.
rien qu'une cuiller , une salière , un kaftan brodé et un turban de toile neuve, des drapeaux de mousseline rouge , tels qu'on en fabriquait A Alaschehr, une écurie garnie d'excellents chevaux, quelques attelages de bœufs pour la culture des champs, et quelques troupeaux de brebis choisis , desquels descendent ceux qui appartiennent encore aujourd'hui au sultan dans les environs de Brusa. Le costume d*Osman était simple , à l'exemple des premiers guerriers de l'islam : comme eux, il entoura son bonnet rouge arrondi par le haut d'un ample turban blanc ; il porta un large kaftan , dont le collet et la doublure de couleur semblable différaient de celle du kaftan (1), avec longuesmanchespendantesderrière les bras. Les bras d'Osman étaient presque aussi longs que ses manches pendantes, car ils atteignaient ses genoux ( 2 ) , conformation qui est considérée en Orient comme favorable pour les princes , parce que l'un des plus puissants souverains de l'ancienne Perse , Artaxerxès Longue- Main (3), mit en usage l'ancien proverbe que
(1) Voy. les estampes dans le Schamailname à la l>ibliolh. impér. etroy. de Vienne, dans lesnos 141 et 475.
(2) Disinden Aschuri , dans le Schamailname.
(3) En persan , ardeschir dirasdest. Diras veut dire longue , dest signifie main.
les rois ont les bras longs. D'ailleurs, Osman était bien constitué pour mouler à cheval; il avait le nez aquilin , les cheveux , les sourcils , la barbe noirs, le tein brun , ce qui lui fit donner dès sa jeunesse le surnom de Kara, c'est-à-dire, le Noir, épithète qui, dans la bouche des Orientaux, est un grand éloge de la beauté, et qui, ajoutéeaunom d'un chef d'aventuriers, peuttoujours être regardé comme d'heureux augure. Hafis, dans des vers célèbres, vante le teint noir de son favori, et plusieurs princes turkmans ont reçu ce surnom, sous lequel ils sont inscrits dans l'histoire : ainsi Karasi, l'un des dix princes qui se partagèrent les débris de l'empire seldschukide ; Kara-Jusuf ( Joseph le Noir ) , Kara-lskender (Alexandre le Noir), deux princes delà fameuse dynastie du Mouton noir(l); Kara-Juluk ( la Sangsue noire ) fondateur de la dynastie du Mouton blanc. Le surnom de Noir donné à Osman offre une grande signification , rapproché de celui de la première résidence du père de la tribu, de sa première possession dans Rum. Ertoghrul s'était établi d'abord à Karadschatagh (montagne noire), au nord-est d'Angora; Osman reçut pour premier fief Karadschahiszar ( château noir).
(1) Kara-Kojunlii, les MaupoiroSaroi des Byzantins.