‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 18 sur 288 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

boulevard avancé de Nicée, le château fort de Trikokia (Kodschahiszar chez les Turcs). Les défenseurs du château, habiles archers, firent . beaucoup de mal aux guerriers d'Osman ; mais ceux-ci, après avoir comblé le fossé profond : avec des troncs d'arbres et des décombres, emportèrent la place, où furent versés des torrents de sang (1). Déjà le château fort de Kubuklea, sur le penchant de l'Olympe, était tombé entre les mains des Turcs par la trahison de soixante Mogabares que Makrenos , commandant d'Ulubad (Lopadion), avait envoyés au secours de la garnison vivement pressée, et Osman croyait être assuré par la possession de ces châteaux contre tout danger de la part des Mongols ('2). Ces récits, transmis par Pachymeres d'une manière incomplète, se trouvent plus en détail dans les écrivains ottomans, qui, en même temps, nous font connaître la conquête des châteaux de Kodschahiszar (Trikokia), Lubludschi (Kubuklea), d'Akhiszar, Lefke et Bekedsche, dont les trois derniers sont situés sur les bords de la rivière de Lefke ou Jenilschehr (le Mêlas) iet de Kiwa, au confluent de la même rivière j dans le Sangarius [1308]. Osman, qui, dix-sept ans auparavant, accompagné de son ami Korsc- Michal , seigneur de Chirmenkia, avait poussé ses premières courses clans les cantons septentrionaux du Sangarius, l'invita aussi celte fois , non-seulement à venir le joindre, mais encore à embrasser l'islam , et Koese-Michal ne repoussa aucune de ses offres. Ssamszama- Tschausch, qui, dix-sept ans auparavant, leur avait servi de guide dans leur route de Koinik et de Modreni, vint encore offrir ses services aux troupes d'Osman, sollicitant du prince en récompense l'investiture d'un château bâti sur un rocher, prèsde Jenilschehr, nonloiu de Lefke. Osman lui accorda sa demande, et le lieu se nomme encore aujourd'hui Tschausch-Koeji , le village de Tschausch (3). Ssamszama est le premier des Tschauschs, qui, plus tard, jouèrent sous l'administration ottomane un rôle important comme messagers d'État et commissaires, introducteurs des ambassadeurs, et ambassadeurs eux-mêmes. Mais le nom de la di-

(!) Pachymeres, 1. vu ,cap. 33, p. 444.

(2) Pachymeres , I. vu , ch. 33, tom. n , p. 445.

(3) Seadeddin , fol. 15; Neschri,fol. 3(J; Idris, f 1. fis .

gnité est plus ancien que l'empire ottoman , et se trouve chez les Byzantins où le grand Tschausch était un dignitaire de la cour , comme le Tschausch-Baschi auprès des sultans seldschukides, et ensuite auprès des princes ottomans. De Lefke, l'expédition se dirigea vers Akhiszar, Bekedsche et Kiwa, dont les commandants abandonnèrent leurs châteaux, s'en allèrent au-devant du vainqueur pour lui rendre hommage, comme fit le capitaine d'Akhiszar, ou s'enfuirent , comme celui de Kiwa , qui gagna la vallée de Karadcre. Deux châteaux seulement opposèrent quelque résistance : celui que l'on voit élevé sur un rocher à pic, près du Sangarius, qui futappeléplustard Karadschebes, et celui de Tekur-Binari (puits impérial), dont Osman confia le siège au fils d'Aighudalp-Kara- Ali. Après que la place eut été emportée, le vaillant guerrier la reçut en fief avec le territoire dépendant de Kiwa, dans lequel se trouvaient compris les châteaux d'Onde, de Nifdschehiszar et de Karagoes (I).

Pendant qu'Osman enlevait les châteaux des frontières de l'empire byzantin sur le Sangarius , l'extrémité méridionale de ses propres États fut tout à coup menacée par une invasion des Tatares que les historiens ottomans appellent Tschodars, les Byzantins Tochars, et qui n'étaient autres que des hordes mongoles (2). Osman avait confié la garde de Karadschahiszar ( Mélangea ) à son fils L'rchan, laissant auprès de lui son fidèle compagnon d'armes Ssaltukalp et le nouveau moslime Ivoesc-Michal. Avec l'assistance de ces deux guerriers, le jeune prince battit les Tschodars , qui; de Kermian , avaient pénétré sur le territoire de Karadschahiszar et pillé le marché de la ville; et, par ce triomphe, remporté près du château d'Oinasch, il se montra digne de son père Osman (3).

Satisfait du premier exploit de son fils, Osman le chargea d'une autre expédition tendant à la conquête définitive de l'espace compris entre le

(1) Idris, 70 , et aussi Neschri , fol. 40, et Seadeddin, fol. 16 ; mais nou avec les détails.

(2) To/apci, ce sont les troupes auxiliaires envoyées par Chodabende , dont parle Pachymeres , 1. vu, cap. 13 , p. 111 , tom. n , édit. de Rome , et 1. vu , chap. 33 ,

(3) Seadeddin , fol. 15 , Neschri ,fol. 41 ; ldris, fol. 71 et suiv.

Sangarius et la mer, qui porte aujourd'hui le nom de Sandschak-kodscha-Ili. Pour l'aider dans son entreprise, il lui donna quatre de ses plus vaillants guerriers, éprouves par vingt années de combats et de fidélité, Kœseraichal, Abdorrahman-Ghasi, Konuralp et Aghdsche- Kodscha (1 ). La première bataille se livra au pied d"un château déjà investi dans la campagne précédente, qui, cette fois, fut enlevé par le courage de Karadschcbe,et, plus tard, il lui fut donné en fief avec le territoire environnant. Au milieu de ces ruines s'est conservé le tombeau du héros. Le château d'Alpszofi, qui tomba ensuite au pouvoir d'Urchan,fut conféré en fief à Konuralp, et, après s'être emparé d'Akhiszar, sur les bords du Sangarius, au-dessus du pont de Kiwa, Urchan se fortifia dans la place de Kœpri, sur le lac d'Ajangœli, d'où il dépêcha à son père, Kara-Ali, pour lui annoncer ses succès. Le château dekarattkin (2), dans levoisinage de Nicée, fut emporté; les vainqueurs se partagèrent les femmes comme le butin, et la place fut remise à la garde deSsamszama-Tschausch. Konuralp poussa ses courses vers Akjasi, et enleva les châteaux situés dans ce canton, Tusbasari (marché au sel), chef-lieu des Nalizones de Byzantins, Kiliki, non loin d'Akhiszar, kapudschik et Kerasledschi (3), tandis que Aghdsche- Kodscha marchait vers Akowa(la vallée blanche), soumettant toute la contrée qui, aujourd'hui même, a conservé le nom du vainqueur, et s'appelle Kodscha-lli (pays de l'ancien) [1317J.

Nicée, la place frontière la plus importante de l'empire byzantin, fut ainsi entourée d'ennemis de tous côtés, et inquiétée d'ailleurs par les garnisons des deux châteaux de Trikokia et Karatekin, situés devant ses portes, qu'Osman et Urchan avaient conquis précédemment (4). Afin d'envelopper Brusa de la même manière, Osman ordonna à son neveu Akttmur et à l'un de ses capitaines, nommé Balaban, d'élever deux forts devant cette ville. Aktimur construisit le sien devant les portes mêmes de la place, à l'endroit où l'on voit aujourd'hui s'élever la voûte

(1) ldris , fol. 74.

(2) Jbid., fol. 75.

(3) Jbid.

(i) Pachymeres , 1. iv , c. 25 , p. 229 , et 1. v , c. 21 p. 287 , édit. de Rome.

des bains chauds de Kaplidsche (I); Balaban bâtit sur le bord du Nilufer l'ouvrage qui, de son nom, est encore appelé aujourd'hui le château de Balabandschik (2) [1317J. Durant dix années , les garnisons de ces deux forts resserrèrent étroitement la ville, jusqu'à ce qu'enfin Osman résolut de convoquer toutes ses forces pour l'attaquer directement, et de confier le commandement suprême à son fils, attendu que lui-même était retenu par la goutte. Le conseil de guerre, composé de Krese-Michal , Torghudalp, du scheich Mahmud et d'Achi - Hasan, neveu d'Kbali, jugea nécessaire, avant la conquête de Brusa, de se saisir d'abord d'Édrenos, sur l'Olympe, qui était la clef de cette ville. La voix de la prudence militaire fut fortifiée par le désir d'une vengeance de famille, car Aidoghdialp, neveu d'Osman, était tombé frappé par le père du commandant d'Édrenos. Il y eut satisfaction pour-1'ardeur de pillage des soldats dans le sac de la ville, pour la prévoyance du chef dans la destruction des murailles, et pour la soif de vengeance d'Osman dans l'immolation du gouverneur, auquel on coupa la tète. Urchan planta ses bannières triomphantes à l'orient de Brusa, au pied de l'Olympe, à Binarbaschi (tète de source), sous les mnrailles mêmes de la ville (3). Par la médiation du vieux ami d'Osman, Kœse-Michal fut négociée pour lecommandantlibre sortie avec ses biens sous une escorte sûre jusqu'à Kemlik ( kios ). Urchan consentit à cette condition moyennant la rançon de 30,000 pièces d'or de Byzance. Ce fait est très-remarquable : par la prise d'une ville sans coup férir et par le payement d'une somme énorme, depuis lors considéré comme le taux invariable du prix moyennant lequel les princes chrétiens vaincus durent se racheter annuellement d'une guerre continuelle ; les 30,000 ducats qui furent livrés pour la première fois à la reddition de Brusa continuèrent à être versés pour l'obtention de chaque trêve, et annuellement, pendant toute sa durée, et entrèrent ainsi régulièrement dans le trésor

(1) ldris, fol. 71 , place l'élévation des châteaux en 813-815; mais Hadschi-Chalfa la met en 817 ; Pachymeres , p. 417 et 288.

(2) D'après Dscliihanuniiia, p. 659, ce lieu est à l'ouest de tvele( KaTouteîa , sur les rives du Nilufer.

(3) ldris, fol. 81 , Seadeddiu , fol. 16.

UVR

ottoman durant trois cents ans, et ce fut seulement au commencement du xvnc siècle que la paix de Sitvatorok raya pour jamais cet article important du registre des tributs de la chancellerie ottomane.

Ainsi tomba Brusa, bâtie', selon Pline, par Annibal, alors qu'il était l'hôte de Prusias, roi de Bithynie, et qui , dans la moitié du xe siècle, conquise par Scifeddewlet (épee de l'empire), le grand prince de la famille Hamdau, après un siège d'une année, avait vu raser ses murailles; retombée au pouvoir des Byzantins, entourée de nouveaux ouvrages, elle passa ainsi entre les mainsdes Turcs pourdevcnirlapremière grande ville, et la résidence du fondateur de l'empire ottomanou plutôt de son fils, car Osman ne reçut la nouvelle de la soumission qu'un instant avant sa mort. Satisfait d'avoir conquis la capitale de la iBithynie pour y reposer ses cendres et pour y [dresser un trône à ses successeurs, il mourut (après un règne de vingt-sept années, dans la Isoixante-dixiéme de son Age (1) [1326].

Quatre mois auparavant, il avait été précédé par son beau-père, le pieux scheich Édcbali, |et un mois après par la fille de ce saint homme, (sa chère épouse, appelée par les historiens ottomans du double nom de Malchatun ( femme trésor) , et Kamerijc (lune de beauté); et il avait eu le temps de leur rendre les derniers devoirs a Bilcdschik. Urehan, infermé de la Jfin prochaine de son père, accourut auprès de son lit de mort à Sœgud, accompagne des premiers hommes qui l'assistèrent de leurs conseils et de leurs bras, de Torghudalp et Ssaltulcalp, des scheichs Achischemseddin frère, et Achi- Hasan, neveu d'Édebali, de son imam Osman- Jachschi et de Kara-Chatil- Tsehendereli, qui devait être le premier chef de l'armée et le père d'une race de grands vesirs (2). Le mourant adressa l'expression de ses dernières volontés à ces six personnes et à son fils, recommandant surtout à Urehan de maintenir fermement l'islam, de gouverner avec équité et douceur, et de 'ensevelir à Brusa (3). Les deux imams tursunfakih et Osman-Jachschi, Achi-Schemseddin,

(1) Hadschi-Clialfa , Tables chronologiques , dans la tiste des sultans.

(2) Idris , fol. 83.

(3) Ibid., fol. 8i et 85.

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