‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 191 sur 288 · LIVRE · texte numérisé non relu

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reste de l'armée de Dschem, fut générale. Dschem, lui-même, précipitant sa course, un'va le même jour, au soir, au passage d'Er- 'neni , éloigné de deux jours de marche ordiîaire du champ de bataille. A Ujudschik , il des- ;endit de cheval pour se faire panser une blessure a la cuisse, provenant d'un coup de pied 'le cheval dans sa fuite; puis il continua sa route \ pied durant la nuit, et arriva au lever du 'soleil à Eskischehr. Dans la bataille il avait perdu tous-ses bagages, et tandis qu'il traversait 'le pas d'Ermeni , les Turkmans avaient enlevé ;le peu d'effets qui étaient portés sur des chevaux, en sorte que son chambellan , Sinan-Beg, lut lui prêter son surtout pour le protéger 'contre le froid de la nuit. Le septième jour • 'après la bataille ( 25 juin 1481), il atteignit Ivonia, où il se reposa trois jours, puis il reprit y route avec sa mère et son harem, se dirigeant Vers la Syrie et l'Egypte [28 juin 1481.1. Près . du mont Bulgar, il fut joint par plusieurs :uyards que menait Ujus-Beg, et qui se livraient 1 toutes sortes de brigandages dans le pays; à irjrand'peine , et à force de caresses, il parvint Il les faire, renoncer à leurs excès. A Tarsus, l|Q«chem fut reçu avec respect par le beg de cette 1 ville; à Adana , par le prince turkman des Raroasans. Les beglerbegs égyptiens, gouverneurs 'd'Alep et de Damas, ne négligèrent aucun des témoignages d'honneur auxquels il pouvait pré- • tendre. A Damas, il fut logé, avec trois cents personnes de sa suite, dans le palais Ablak (1). f Après un séjour de sept semaines dans celte ville, il alla visiter Jérusalem , et se rendit au 'Caire par Hebron et Ghaza. La cour tout entière, à l'exception du sultan, alla à sa rencontre, et il descendit dans le palais du diwitdar (grand vesir des sultans Tscherkesses). Le i jour suivant , il fut amené en pompe solennelle j au palais du sultan Kailbai, qui l'accueillit en 'lui serrant la main, le pressa dans ses bras comme un fils, lui adressa des paroles de consolation, et lui assigna pour demeure une des résidences royales.

I Cependant Bajesid s'était élancé du champ de bataille de Jenistchehr à la poursuite de son frère. Arrivé au défilé d'Ermeni , il vit se pré-

(1) Seadeddin ,1. m, p. 340.

senter les Turkmans de ces cantons, qui le supplièrent de les affranchir d'impcts et de contributions, en récompense de leur conduite envers Dschem , qu'ils avaient dépouillé du reste de ses effets à son passage , durant la nuit, et qui avait failli rester lui-même entre leurs mains. Le sultan feignit d'approuver leur zèle et de louer leurs bons offices, et il ordonna que tous ceux qui avaient pris part au service dont ils se vantaient se présentassent à sa porte. Les complices du vol , et d'autres encore attirés par l'espoir d'une récompense assurée, accoururent et se pressèrent en foule; alors le sultan les fit tous saisir et mettre en croix , imitant l'exemple de Musa, fils de Bajesid 1er, qui avait récompensé de la sorte les meurtriers de son frère Suleiman. « Voilà , dit-il , le salaire des esclaves qui osent s'immiscer de leur plein gré dans les débats des sultans. Il vous appartient de porter le joug de celui qui vous l'impose (1). Si deux héritiers de l'empire se disputent sa possession, aucun étranger ne doit se jeter dans la lutte; quelle est donc l'audace de cette vile canaille, délever leurs bras vers une tète si sublime! » A Konia, Bajesid fit halte dans la plaine de Filibat, chargea Keduk-Ahmed-Pascha de la poursuite de Dschem, confia le gouvernement de la Karamanie à son fils Abdallah, et se remit en route pour Constantinople, en passant par llghun. Aux approches de Brusa, les janilschares réclamèrent le pillage de la ville, parceque, disaient-ils, les habitants avaient fermé leurs portes à leurs frères, sous la conduite d'Ajas-Pascha , et soutenu l'armée de Dschem. Sur le refus du sultan, ils se soulevèrent. « Vaillants guerriers, s'écriait Bajesid , faites-moi la remise de c< tte ville! » (2) Mais les instances restèrent sans effet; il fallut donner 1,000 aspres par homme pour racheter la ville.

Lorsque Keduk-Ahmed-Pascha , lancé à la poursuite de Dschem, fut arrivé à Héraclée, il reçut l'ordre du sultan de ramener l'armée, de laisser quatre bannières au prince Abdallah, et de se rendre à Constautiuople , où il siégeait dans le divan en qualité de vesir. Par son humeur indocile et orgueilleuse , par les souvenirs

(1) Seadeddin , p. 441.

(2) Neschri , fol. 239; SeadeddiD , I. m, p. 441 ; Ssolaksade , ldris.

trop vifs de sa puissance antérieure, comme grand vesiret lieutenant victorieux du conquérant, il était tombé dans la disgrâce de Bajesid, et il fut renfermé dans l'appartement des gardes de la porte du sérail, d'où l'on est conduit ordinairement à la place des exécutions. Sur les instances du grand vesir Lshak-Pascha, Bajesid le mit en liberté, le reçut en grâce, et lui rendit la place de vesir; car il avait besoin de son bras vigoureux pour contenir la Karamanie. Kasim- Beg, dernier rejeton des princes de Karamanie, qui d'abord avait cherché un refuge , et trouvé assistance auprès d'Usun-Hasan, puis de son fils .lakub , avait violé les frontières turques par Larenda, et , poussant plus loin ses courses , il avait battu, dans la plaine de Perwane le beglerbeg de Karamanie, Ali-Pascha l'eunuque , qui était placé à coté du prince Abdallah, pour le diriger; maintenant il assiégeait Konia(l). Ahmed-Keduk, qui devait son arrestation principalement aux manœuvres du vesir Mustapha- Pascha , et qui alors était remis en liberté, parce que l'on avait besoin de lui , ne voulut pas entrer en campagne avant de s'être vengé de son ennemi. Appuyé par la voix des janitschares, il demanda, et obtint du sultan l'incarcération de Mustapha-Pascha; puis il partit pour son expédition, avec deux mille janitschares , quatre mille Asabes , et les propres troupes de sa maison, laissant à la porte du sultan son fils, comme otage de sa fidélité. Sur le bruit de son approche, Kasim-Beg avait quitté Konia, et s'était enfui dans la Cilicie Pétrée, et Ahmed-Pascha, appelant à lui les troupes de la Karamanie, le poursuivit jusqu'à Selefke (2). La disette de vivres se faisant sentir en ce lieu pour tant de troupes rassemblées , Ahmed envoya l'eunuque Ali-Pascha vers Mut. Kasim- Beg, qui déjà était en route pour Tarsus, revint sur ses pas pour attaquer l'eunuque. Celui-ci , prévenu de ce mouvement, pressa vivement Alimed-Pascha de lui expédier des secours, et il en reçut aussitôt. Kasim-Beg, ne se sentant point en état de lutter contre tant de forces réunies , déjoua les plans de ses adversaires, fit allumer des feux la nuit dans son camp, et re-

(1) Seadeddin, Ssolaksade , ldris.

(2) Selefke (Seleuci), Caramania de Beaufort , p. 213 et 214.

prit aussitôt la route de Tarsus. Ahmed-Pascli I le poursuivit jusqu'au fleuve Tckke, qui sertd >| limite entre la Syrie et la Karamanie, se dirige i vers le château d'ilmas, le dévasta , distribua m in armée les vivres trouvés dans les magasin | de ce lieu , tandis qu' Ali-Pascha ravitaillai la place de Selefke, puis il alla prendre ses quai > tiers d'hiver à Larenda , pour y attendre l'il printemps (1).

Durant cet hiver, Dschem accomplit un pèle rinage d'Egypte au saint sépulcre. Après ui séjour de trois mois et demi , il se rendit d( Caire à la Mecque, et deux mois après, il ail faire ses stations au tombeau du prophète ; Médine. A son retour au Caire [11 février 1482> il reçut des lettres d'invitation , non-seulemenj de Kasim-Beg, mais encore de plusieurs feudaj taires de l'armée ottomane, et entre autres, di Malimud, sandschak-beg d'Angora , qui, ai* temps du conquérant, avait occupé la plao1 d'aga des janitschares. Ils lui représentaient li moment favorable pour la conquête de l'héritagi paternel. Entraîné par cet appel, Dschem parti du Caire pour Alep, où il arriva au bout d six semaines [6 mai 148"2]. Là vinreat le joindr Mahmud, sandschak-beg d'Angora, et les autre transfuges, qui avaient quitté les quartiers d'hi ver d'Ahmed-Pascha , et abandonné le servict du sultan. A la réception de ces avis inquiétants! Bajesid , songeant à la sûreté du prince AbdaHt lah, donna l'ordre de le transporter à Karahis- 1 zar; et , attribuant la défection d'une partie dm son armée à Ahmed-Pascha , il lui manda dej ' venir le trouver. Lui-même s'élança dans l'Asie,; et planta les bannières impériales dans la plaine, d'Aidos , où devait se rassembler l'armée. Cependant Dschem s'était avancé dans la Ciliciej Pétrée, où Kasim-Beg vint à sa rencontre à Adana ; une alliance fut conclue entre eux, en vertu de laquelle Dschem, s'il parvenait au trône, devait assurer à Kasim-Beg le comman-i dément viager de la Karamanie. Ainsi unis , ils marchèrent sur Héraclée , d'où Dschem expédia sou chambellan Sinan-Beg, avec des propositions de paix , à Ahmed-Pascha [18 mai 1482], dans l'espoir d'endormir ainsi l'activité de ce chef. Le déserteur Mahmud -Beg, avec ses

(1 ) Seadeddin , 1. m , p. 443 ; ldris , p. 1 22, 123 ; Ssolaksade , p. 67 • Nochbeîet-Tewarich, p. 107.

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