LIVRE XIX
roupes légères, suivait les traces du négociateur, afin de surprendre Keduk-Ahmed-Pasïia 1). Conformément aux ordres du sultan, vrduk avait quitté Larenda, et s'était dirigé ■ers Konia, pour escorter ensuite le prince Ablallahjusqu'au château fo: t de Karahiszar ; près 'les Alpes de Tschukur-Tschemen , au-dessus le Konia, il y eut un t ngagement entre Ahmed- 'ascha et Mohammed, commandant de la cavaerie de Dschem, mais sans résultat décisif. A Bidi-Ghasi, Keduk-Ahmed fit sa jonction avec I e Millau, auquel il alla baiser la main, ainsi | juefit le prince Abdallah, Cependant, Dschem •t Kasim-Beg étaient arrivés devant Konia, Mont ils entreprirent le siège (6 juin 1482). La braillante défense d'Ali-Pascha leur ayant enlevé Mit espoir de prendre la place, Mahmud-Beg aMicita de Dschem la permission de pousser ivpc mille hommes jusqu'à Angora, pour prendre ses femmes et ses enfants qu'il y avait lais- Kcs. Mais il eut la douleur de trouver que ces - ''trcs si chers avaient été, sur l'ordre du sultan, ■ramenés à Constantinople. 11 attaqua Suleiman, I ncha d'Amasia, qui était en marche pour ■oindre le camp du sultan. Mais le sort des [irmes devint fatal A Mahmud , dont la tèle fut B:nvoyée au sultan comme trophée de la victoire, [pschcm, espérant enlever Suleiman-Pascha, s'éait porté rapidement vers Angora ; mais il apprit ''approche des troupes de Bajesid. Abattue par rite nouvelle, l'armée de Dschem rassemblée i la hâte se dispersa, et le prince lui-même irécipita sa fuite par Akschehr et Héraclée i vers la Cilicie Pétrée. Iskander-Pascha , qui le [poursuivait avec les cavaliers les mieux montés, -'fit halle à Héraclée, parce que sa troupe s'égara pendant la nuit dans les marais, et il fit savoir JU sultan que son frère s'était sauvé dans les {montagnes (2). Bajesid délacha le Segbanbasclii, lieutenant général des janitschares, à Dschem, pour lui demander d'envoyer un négociateur afin de traiter d'un accommodement. Dschem envoya d'abord son chambellan, Si- .'nan-Beg, puis son defterdar, Mohammed-Beg, 'avec des offres pacifiques, sous la condition de cession de territoire en Asie. Les dépulés de
, (1) Seadeddin ,1. m, p. 445; Ssolaksade.p. 67; Nes- 'chri.p. 240;Idris, p. 123.
(2) Seadeddin , I. m ,p. 445.
Bajesid , Bachschaischoghli et Imam-Ali , apporlèrent'cetle réponse :« La fiancée de l'empire ne peut être partagée entre deux prétendants • je prie mon frère de ne pas enfoncer plus longtemps les pieds de son cheval, et traîner les paus de ses vêlements dans le sang innocent des musulmans , de vouloir bien se contenter de ses anciens revenus, et de les dépenser à Jérusalem (1). Aucune pioposition n'ayant été accueillie, Hersek-Ahmed-Pascha s'avança avec la cavalerie asiatique contre la Cilkie Pétrée(2). Dschem, tout préoccupé de la pensée d'une retraite ultérieure , avait tenu conseil à ce sujet avec son allié Kasim-Beg. Celui-ci, contraire à tout projet de fuite en Perse ou en Arabie, lui conseilla de se tourner vers l'Europe, afin de planter, à l'exemple de Musa, fils de Bajesid Ier , sa domination dans les provinces européennes de l'empire oltoman. Dschem, adoplant cet avis, envoya l'un de ses plus dévoués serviteurs, Suleiman le Franc, comme ambassadeur auprès du grand maître de Rhodes; il le chargea de présenis considérables pour obtenir un accueil amical, et les moyens de se transporter plus loin.
Le chapitre des chevaliers se tint au complet pour recevoir l'ambassadeur de Dschem , et , après que le musulman se fut retiré, retraite assurée et accueil honorable furent promis au prince (3). Dschem était arrivé sur les cùles de Cilicie, dans le port de Kurkus (Corycos), accompagné seulement de trente personnes, et, dans une attente inquiète de la réponse de Bhodes, il s'était jeté dans un bâtiment karamanien [17 juillet 1482]. Le lendemain matin apparut, du coté d'Anamur (Anemorium), la barque de son envoyé Suleiman, qui lui apportait un sauf-conduit du grand maître, puis se montra l'escadre, commandée par le grand prieur de Caslille, don Alvarez de Zuniga, chargé de le prendre à bord. Après quelques délibérations avec Suleiman. auquel la déclaration du grand maître ne paraissait pas garantir une liberté suffisante, Dschem montasurune des galères de l'ordre, et, après une traversée
-(1) Seadeddin, 1. m, p. 445.
(2) Caoursin fait monter les forces de Bajesid et d'An med-Pascba réunies à deux cent mille hommes.
(3) Caoursin.
de trois jours, il débarqua à Rhodes [23 juillet
1482;, il fui reçu arec les plus grands honneurs. Unponl (]<• dix pieds de long surquati ede large, recouvert entièrement cl étoffes précieuses, fut jeté du rivage à la galère, afin que le prince pût gagner la terre à cheval; les chevaliers l'attendaient pour le recevoir, et l'escortèrent en grande pompe. Les rues par lesquelles passa le cortège étaient tendues en tapis de Flandres, ornés de fleurs et de rameaux de myrte ; les fenêtres et les balcons étaient garnis de dames et de jeunes filles ; les terrasses des maisons couvertes de peuple. F.n avant marchaient des serviteurs et des chanteurs en habits de fêle, chantant des hymnes français; puis venaient les novices de Saint-Jean de .lërusalem , vêtus de soie ; enfin le grand maître s'avançait sur un cheval de bataille tout caparaçonné d'or et d'argent , ayant à sa droite le prince, et derrière lui les membres du chapitre ; car le grand maître était allé au-devant du prince jusqu'à la place de Sainl-Étienne. Là il salua le prince à la manière orientale, lui posant trois fois le doigt sur la poitrine , et lui tendant la main droite. Il s'entretint avec son hôte, au moyen d'un interprète, durant la marche, et l'accompagna jusqu'au palais de la Langue-de- France , qui avait élé fixé pour sa demeure. Le confident du prince, Ali-Beg, fut expédié avec une galère vers la cote de Cilicie, auprès de Kasim-Beg,afin de prendre la suite de Dschem, sa femme et ses enfants, et de rapporter les bagages qu'on avait laissés (1). Lâchasse, les tournois , les fêtes , la musique, abrégèrent les jours de l'exil du noble fugitif. Cependant arrivèrent des députés , d'abord du gouvernement de Karamanie, puis du vesir Ahmed-Pascha, avec une lettre de ce dignitaire qui offrait une paix solide et durable , si le grand maître voulait envoyer des plénipotentiaires au sultan pour la conclure. Le grand maître d'Aubusson et le chapitre, pesant, d'un côté, l'avantage de l'ordre, de l'autre, les devoirs de l'hospitalité et la sainteté des engagements, considérant en outre que, si l'extradition de Dschem était refusée, la vie de ce prince serait toujours menacée à Rhodes par le poignard et le poison , ré-
(t) Seadeddio , I. ni , p. 446.
solurent d'éloigner leur hôte de l'île, et de l'envoyer dans l'une des commanderics de l'ordre en France (1). Mais, afin d'assurer aussi tous les avantages possibles à l'ordre auprès de Dschem , pour le cas où ce prétendant, favorisé de la fortune, parviendrait à monter sur lea trône paternel, le grand maître conclut avec son hôte un traité en vertu duquel , si le prince .'•aisissait le pouvoir suprême, tous les ports de l'em-,j pire devaient être ouverts aux flottes de l'ordre, trois cents chrétiens relâchés chaque! i année sans rançon, et 1 50,000 florins d'or payésï à l'ordre , en dédommagement des frais avancés. Le dernier jour d'août [14821, Dschema s'embarqua, suivi de ses trente serviteurs, etdei plusieurs autres Turcs rachetés de l'esclavagej sur un vaisseau commandé par le chevalier Blanchefort , neveu du grand maître, et on mit à la voile le 1er septembre. Le jour même où. Dschem sortait du port de Rhodes , se dirigeant] vers la France, les envoyés du grand maître à/j Bajesid , le chevalier Guy de Mont , Arnaud et Duprat, partirent pour l'Asie. Ils furent ac-J cueillis avec de grandes marques d'honneur, et négocièrent avec les deux plénipotentiaires de,] Bajesid, les deux vesirs Ahmed-Keduk-PaschaJ le conquérant de Kaffa, et Mesih-Pascha, qui jadis avait mis le siège devant Rhodes. Les ne>3 gociations parurent devoir se rompre tout d'a-J bord, parce qu'Ahmed -Pascha réclama le tribut I et l'extradition de Dschem. L'honneur del'ordre. \ ne permettait pas de céder sur ces points. Sur, l'observation de Mesih-Pascha à son collègue,! j; que le sultan voulait la paix, le belliqueux: : Ahmed laissa la conduite ultérieure des confé-, i renées à Mesih. Le traité fut conclu à ces condi-, -, tions : paix sur terre et sur mer, liberté de : commerce entre les deux parties , restitution: I des esclaves fugitifs qui n'auraient pas changé de religion» dans le cas contraire indemnité de '2'2 ducats pour chacun de ces hommes; érec- I tion du château de Saint-Pierre à Halicarnasse en asile assuré pour les fugitifs. La paix devait durer pendant toute la vie de Bajesid. Les ambassadeurs revinrent chargés de présents , accompagnés d'un Turc qui arrêta des articles secrets avec le grand maître, concer-
(1) Caoursin et Verlot ,1. vu.