LIVRE XX
Sfittit la tète. Une autre division des troupes c kinis, conduite par Ladislaus de Rozgony et
i despote servien, franchit heureusement le
Inube, et les corps réunis pénétrèrent jusque <• la rivière de kruszovacz, où Kinis s'arrêta dize jours, dévasta toute la contrée, entraîna i iquante mille Serviens et mille Turcs, et fortif. aux trois gués de la rivière, les places de
iwi, Haram et Bosasin (1). Trois paschas 1rs. Iskender-Pascha, gouverneur de Servie, . -Pascha et Malkodschoghli, fortifièrent l'île tuée en face de Semendra.
Au commencement de l'année suivante, Baj id signa la nouvelle capitulation avec Venise, ]• laquelle fut remis l'ancien tribut annuel de 19.000 ducats; la république s'obligeait seulernt à verser au trésor du sultan, en trois |,cments 50,000 ducats qui restaient dus sur 1 droits de douane, et consentait à l'établishent d'une taxe de quatre pour cent pour litroduction des marchandises vénitiennes. } son côté, le sultan s'engageait, en dédomî gement de tout le tort causé aux Vénitiens, à fjftir de la dernière paix, à maintenir les dé- (liitations des frontières, à délivrer tous les «laves saisis depuis cette époque (2). La polil;ae vénitienne sut obtenir ces avantages de (•position difficiledu sultan , dont le trône était Imacé par les entreprises de Dschem, en Asie. I plus grande partie de cette année fut em- ^•yëe à la campagne de Karamanic. Le 14 oc- Dre, Bajesid revint à Constantinople. Dès le "ïimencemenl de son règne, il avait accordé h Ragusains la confirmation des anciens priéges, ainsi que la réduction, à l'ancien taux '.3,000 ducats (3), du tribut porté à 4 et 5,000 r Mohammed II, depuis le siège de Skulari (4). inq semaines après son arrivée, il ordonna ms son palais, une grande fête, à laquelle fcnt invités les vesirs. Après le festin, tous •rent revêtus d'habits d'honneuret congédiés. : seul Keduc-Ahmed-Pascha, le conquérant de iffa et d'Otrante, le vainqueur de Kasim-Beg de Dschem, au lieu d'un kaftan brodé d'or,
1) Epistola Corvini, I. xxx; dans le Catona, toiiiulus
, ordine xvi, p. 395 , et Histoire de Bosnie et de
ma de Scbimek , p. 174.
!2) Laurier, Histoire de Venise , I. vil, p. 377.
13) Histoire de Raftiise . p. 185 cl 186.
(4) Jbiil., p. 187.
reçut une coiffure de laine noire , présage de la mort qui lui fut donnée aussitôtsur un signe du sultan par le poignard d'un muet. Ce n'était point l'éclat d'une colère soudaine ; mais bien le coup d'un ressentiment longtemps contenu. Déjà du vivant de son père, Bajesid avait éprouvé les effets du caractère altier et inflexible d'Ahmed-Pascha. «Ce vesir, au moment d'une bataille, ayant fait au prince des reproches sur la mauvaise tenue et le désordre de ses troupes, Bajesid le menaça de se rappeler un jour un tel affront. Et que me feras-tu, répliqua l'orgueilleux Ahmed? Je jure par l'esprit de mon père, si tuparviensau pouvoir suprême, de ne jamais ceindre l'épée à ton service. » Lorsqu'Ahmed, rappelé du commandement d'Otrante, parut pour la première fois devant Bajesid , à l'inspection de l'armée , sou épéc, au lieu d'être attachée à la ceinture, pendait au pommeau de sa selle. «Mon maître, lui dit le sultan, tuas de -profonds souvenirs; oublie les fautes de ma jeunesse, ceins ton cpée, et emploie-la contre mes ennemis. «Ainsi Ahmed fut réconcilié pour le moment avec Bajesid, alors qu'il s'agissait de la campagne de Karamanie contre Dschem. La guerre était son élément, et Bajesid se plaisait au sein du repos; aussi, Ahmed blània la paix conclue avec Venise, se retira des négociations qu'il était chargé de suivre comme plénipotentiaire avec l'envoyé de Rhodes (1 ), et ne craignit point d'exprimer hautement son indignation sur le traité arrêté entre le sultan et le grand maître. Bajesid, qui deux fois avait calmé le soulèvement des janitschares, à force d'or et de douces paroles, la première, aussitôt après la mort de Mohammed , puis au retour a Brusa, redouta, non sans raison, de nouveaux mouvements en voyant ces dispositions indociles (2) d'un chef qui les avait menés si souvent à la victoire. De nouvelles intrigues tramées par Ahmed, avec son beau-père le grand vesir Ishak-Pascha, contre le favori de Bajesid, La fils deChisr-Bcg, Mustapha-Pascha, comblèrent la mesure des ressentiments du sultan, qui résolut de se délivrer de tels obstacles apportés à la paix. Les circonstances qui touchent de plus près au supplice, s«r lesquelles les
(I) Caouisin, Defrrdere cumBayazitr.
'2) Aali , fol. 155.
historiens ottomans gardent le silence, et qui sont rapportées seulement par les Européens, peuvent être négligées comme douteuses. Selon Idris (1) , la mort d'Ahmed n'avait pas eu lieu à l'époque de la fêle donnée par le sultan; ordonnée plus tard, sur la route d'Andrinople, elle entraîna un soulèvement des janitschares, qui massacrèrent le gouverneur de cette ville.
Bienlôt après le grand vesir fut déposé ; sa dignité fut conférée au beglerbeg d'Anatoli, Daud-Pascha, dont le nom a survécu à ceux de tant d'autres grands vesirs dans la mémoire du peuple de Constantinople, qui montre encore aujourd'hui le faubourg, la mosquée (2), la medrese et la cuisine des pauvres, fondés par Daud. La mosquée s'élève sur une colline à pente douce, à l'extrémité méridionale des faubourgs européens de Constantinople: et la plaine de Daud-Pascha qui s'étend au-dessous est le premier lieu du rassemblement des troupes partant de Constantinople pour une campagne d'Europe, comme elles se réunissent dans la plaine de Skutari lorsqu'on les dirige sur l'Asie (3). A l'époque de l'empire byzantin, c'était le champ de l'Hebdomon ou de la septième colline. Quand les guerriers musulmans sont poussés sur l'Europe , le sultan accompagne la bannière de Mohammed jusqu'en ce lieu; il s'avance jusquà ce point encore, lorsqu'elle est reportée vers la capitale au retour de la campagne. Beaucoup d'autres grands vesirs ont élevé des [mosquées; deux autres paschas ont construit plus tard des faubourgs qui, de leurs noms, furent appelés Piri etKasîm-Pasclia; mais la mosquée de Daud-Pascha et le tombeau de Chaireddin-Pascha ( Barberousse ) sont seuls honorés comme les premiers points de départ de l'armée et de la flotte.
Au printemps de 1483, Bajesid, suivi de toute sa cour, se rendit avec son armée à Philippopolis, afin de remettre en état de défense les châteaux de la Morawa , que Mohammed II avait ruinés. De Philippopolis , il se dirigea par Kustendsche, Ssamakov, Tschamurlu, Ssarijar , vers Ssofia. L'Herzégovine surprise par l'atta-
(1) ldri, fol. 240.
(2) Biographies des grands vesirs , par Osman-Efendi, la mosquée était déjà élevée en 889 [1484].
(3) Constantinople et le Bosphore , 1. h, p. 112-15.
que soudaine du beglerbeg de Bosnie, fut < fièrement incorporée à l'empire ottoman. L'. des deux fils d'Etienne Cossovich, Wlatko ( sovich, s'enfuit à Baj;use, et cette ville, adoucir la colère du sultan et des vesirs, envc comme présents volontaires au maître 12,fi ducats, et S00 aux dignitaires. Après l'achè ment des ouvrages de fortifications, Baje congédia l'armée, et fit exécuter une gra chasse pendant trois jours dans la plaine < sundschowa, près de Philippopolis; à An nople, il célébra la fètc du Bairam, puis rev Constantinople (1 ). Tandis que se poursuiv les travaux de fortifications sur la frontiè Hongrie, Bajesid offrit au roi de ce pays le i nouvellement de la trêve, et Mathias Curvin rudement poussé par les Bohémiens, s'empn d'accepter la proposition. On prolongea don traité pour cinq ans (2). De Venise arrivé Domenico Bolani, et son frère Francisco lio comme ambassadeurs, pour confirme paix renouvelée l'année précédente (3).
ans auparavant la république avait adressé j félicitations à Bajesid, sur son avénemen trône, par l'ambassadeur Antonio VetturiniJ De son côté, Bajesid envoya des plénipotent) res, auxquels furent assignés un palais et j ducats pour leurs dépenses de chaque jour, A la fin de cette année moururent en Kara nie Kasim-Beg, dernier rejeton délabra masculine de l'ancienne famille régnante de 1 ramanie, et le prince Abdallah, fils de Baje préposé par son père au gouvernement dej pays. Les possessions laissées après la fuite! Dschem à Kasim-Beg dans la Cilicie Pétrée, renl attribuées au fils de Torghud, Mohammij Beg, dont la mère était fille de Kasim-Beg ( Au printemps suivant [ 1er mai 1484], I
(1) Seadeddin , Ssolaksade,Nochbetet-Tewarich,I Neschri.
(2) La lettre de Bajesid et la réponie de Corvmu trouvent dans Calona , t. xn , ord. xvi, p. 525.
(3) Chronique de Marini Sanulo.
(4) Voy. ses lettres de créance, non pas en turc,E en grec , dans les archives de Venise, de l'an 1481.
(5) Marini Sanuto , Commentarii délia guerra di I rara , p. 73.
(6) Seadeddin , I. m , p. p. 475 ; Ssolaksade , fol. Nochbetet-Tewarich , Tables chronologiques d'H» Chalfa.