‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 200 sur 288 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

isch-Timur , ils s'emparèrent de Tarsus. Ainsi [ sultan d'Egypte se trouva maître des six laces les plus fortes de l'Arménie, Ajas, Gu- ■k , Sis , Massissa, Adana, Tarsus et d'autres îâteaux.

Karagœs-Pascha , gouverneur de Karamanie, ins sa marche d'Adana vers le défilé de Gulek, ;it accourir les habitants des places d Alnaasch et de Mollen , les principaux de Tarsus , |S chefs des tribus turkmanes K isch-Timur, uszun et Kara-lsa, qui le supplièrent de les ,'cevoir sous ses drapeaux. Gulek, Alkamasch, Jollen et Bisbert se rendirent aux Ottomans, ffrant de rester tributaires. Mais, d'un autre ilé, l'armée ottomane subit la première des •ois défaites qui , dans cette guerre, la frap- .èrent coup sur coup. Jakub-Pascha , qui , sur ,s instances du prince de Sulkadr Alaeddewlel, vait été envoyé à son secours du côté de Mala- ,a, tomba dans une embuscade dressée par ;isch-Beg, premier écuyer du sultan d'Egypte, J fut défait, ainsi qu'Alaeddin, avec une grande ,erte (1). Le beglerbeg de Karamanie , KaraiOes-Pascha, après avoir confié la garde des uâteaux conquis autour de Tarsus et d'Adana, i|Musa-Beg et au beau-père du sultan, Ferad-Beg, se reposant sur ses succès antérieurs It sa vaillance , s'abandonna aux caprices de la jébauche. Une armée nombreuse, conduite par s-Beg, grand prince, ou généralissime du iltan d'Egypte, et par Temerrus, gouverneur .'Alep , tomba sur les garnisons de Tarsus et .'Adana, qui, pleines de sécurité, s'étaient putes dispersées, et les chassa, après avoir im- -îolé les deux begs Musa et Ferhad. Pour effa- !er ce double affront, le beglerbeg d'Anatoli, '"Iersek-Ahmed-Pascha, aussi beau-père du sul- •an, fut envoyé vers Tarsus et Adana, chargé ,lu commandement supérieur des armées ; le ;ouverneur de Karamanie, Karagœs. et Molammed-Pascha, fils de Chisr-Beg, furent plaés sous ses ordres. Celui-ci, comme pascha plus Hncien, et le premier , en sa qualité de gouverneur de Karamanie , se trouvèrent blessés de 'infériorité à laquelle on les réduisait, et lorsqu'on en vint aux mains , ils restèrent simples pectateurs de la bataille , de sorte qu'Hersek-

(1) Seadeddin, 1. m, fol. 482; Ssolaksade, fol. 71 ; Uli,ixe événement.

Ahmed, malgré des prodiges de valeur, futbattu et fait prisonnier. Alors Karagœs et le fils de Chisr prirent la fuite , et abandonnèrent à l'ennemi les places d'Adana et de Tarsus (1). Irrité de ces défaites, qui lui coûtaient la vie d'un de ses beaux-pères, et la liberté de l'autre, Bajesid commanda au grand vesir, Daud-Pascha, de se mettre lui-même en mouvement, avec quatre milles janitschares, et toute sa maison militaire, vers la frontière de Karamanie , et le beglerbeg de Rumili , l'eunuque Ali-Pascha, reçut ordre de se rendre de Semendra à Gallipoli, et d'aller joindre le grand vesir. Lorsque Daud-Pascha était déjà campé sur la frontière de Karamanie, au pied de l'Alatagli (le Taurus),dans le voisinage du château deKodschakalaa,audelà des Alpes d'Utschkapulu, Alaeddewlet, prince de Sulkadr, vint le trouver, et lui persuada, au lieu de poursuivre sa marche, de se tourner plutôt vers le territoire des tribus de Warsak et de Torghud , où le petit-fils maternel de Kasim-Beg , Mohammed-Beg , dressait l'étendard de la révolte. Le grand vesir suivit ce conseil [1487], franchit le mont Bulgar, et se dirigea vers les montagnes des tribus de Warsak et de Torghud; quant aux deux gouverneurs d'Europe et d'Asie , placés sous ses ordres , Ali et Karagœs-Pascha , il leur fit continuer leur marche sur la Karamanie, le premier par la route de Tarsus , le second par le défilé d'Alaschjurdi. Torghudoghli - Mohammed , petit-fils de Kasim , dernier prince karamanien, voyant son territoire environné de tous côtés par les troupes du grand vesir, prit la fuite vers Alep, avec sa femme et son enfant. Les begs de Wardak accoururent à l'envi offrir leur soumission au grand vesir (2). Daud- Pascha leur donna des vêtements d'honneur; et la saison de la campagne d'été touchant à sa fin, il congédia l'armée dans la plaine de Stall, près d'Akschehr , et revint en Europe, où il baisa les pieds du sultan à Wise (3).

Tandis que le grand vesir en Asie s'occupait à étouffer les troubles de Karamanie, Bajesid

(1) Seadeddin, 1. ni , p. 483 ; Ssolaksade, fol. 71 ;Aali. Dans les Tables chronologiques d'Hadschi-Chalfa , ces faits ne sont, placés qu'à l'année suivante 892.

(2) Seadeddin , 1. m , p. 484.

(3) Ibid.

se complaisait en Europe A recevoir et expédier

des ambassades. La plus remarquable de loutcs, à cause de la forme des lettres de créance, et en raison de l'effet qu'elle produisit, est celle du dernier prince des Maures en Espagne, le souverain des Beni-Akmer, c'est-à-dire du fils du Rouge, à Grenade, qui, pressé rudement par Ferdinand, roi d'Aragon et de Castille, implorait dans sa détresse l'assistance du sultan des deux terres et des deux mers contre les forces supérieures des infidèles. Les lettres de créance étaient rédigées selon l'esprit romantique et chevaleresque des maîtres de l'Alhamra; c'était une élégie arabe qui déplorait les souffrances des mo-lims, la chute de l'islam en Espagne, et l'expulsion prochaiue des Asabes et des Andaloux, après une possession de sept siècles, et faisait un appel pathétique a la compassion active de tous les moslims, et de leurs souverains (1). Bajesid, emporté par son zèle d'enfant dévoué du prophète, et par son inspiration de poëte, équipa de suite une flotte qui devait aller ravager les côtes d'Espagne et, pour donner à cette expédition une couleur plus romantique, il confia ses vaisseaux au plus brillant de ses anciens pages, auquel sa beauté avait fait donner le nom de Kemal, c'est-à-dire perfection, et qui devint plus tard la terreur des escadres européennes , sous le nom de Kemal-Reis, le parfait main. La seconde ambassade fut celle de Venise (2). De la part de la république arrivèrent Antonio Furra, et Giovanni Dario, celui-là même qui, sept années auparavant, à la suite de la guerre de seize ans, avait conclu la paix avec Mohammed 11 (3). Bajesid envoya un ambassadeur à Venise, avec la double mission de réclamer le port de î'amagosta en Chypre , comme un abri pour les flottes ottomanes contre le sultan d'Egypte (4), et de suivre l'affaire relative à la proposition de Bocolino d'Osimo, qui avait offert cette ville du pape au sultan, à la condition de la recevoir de lui à titre de fief. Venise, qui était en paix avec le sultan d'Egypte, déclina la première de-

(1) Dans les Tables chronologiques d'Hadschi-Cbalfa , ce fait est dans l'année892.

(2) En 1483 , Marino Sanuto , chronique.

(3) Jbid.

(4) Ibid.

mande; quant à la seconde, elle devint sat

objet , parce que Lorenzode Médicis sut per

suader à Bocolino de vendre la ville au pape

moyenant 7,000 duc. Le pape recouvra Osirao

mais Bocolino(l),aulieudc recevoir de l'argi

fut payé de la corde. L'ambassadeur turc :\ \

nise, ou peut-être un autre, apporta à Loreozi

de Médicis, en témoignage de l'estime particu

Hère de Bajesid, beaucoup de présents rares

animaux, parmi lesquels se trouvait une

rafe (2). Un député du woiwode de Moldavi

vint présenter le tribut pour les deux demie;

années. Un envoyé hongrois se rendit du canij

de Malhias Corvinus devant Neustadt à Coi

stantinople, et un messager turc fut expédi

de la capitale de Bajesid pour les lignes d

Neustadt. Le premier, Démétrius Jaxich, apri

avoir reçu du sultan, clans son audiencede congi

le kaftan d'honneur, fut massacré à son reli

non loin de Scmendra, par Ghasi Mustapha,

exerça ainsi une vengeance personnelle. LeSeï

vieu Jaxich, lorsqu'ils'était emparé jadisdeGhi

Mustapha et de son frère, avait fait arrachi

toutes les dents au premier, et l'avait forcé d

faire rôtir lentement son propre frère mis

la broche. De telles atrocités du Servien poil

vaient bien excuser la violation du droit d(

gens sur sa personne. Au reste, Jaxich se défei

dit si vaillamment que son assassin n'eut

le temps de goûter le plaisir de la vengeance

et succomba lui-même dans cette action (3^

Tandis que Jaxich était reçu à Constantinople

l'envoyé turc arrivait au camp hongrois, de

vaut Neustadt, qu'assiégeait Malhias Corvinus

Jadis il avait été en Egypte commeambassadeui

et s'était formé une haute idée de son habilel

dans l'art des négociations. Malhias , qui savai|

cela , ordonna d'amener le diplomate sur

batterie, afin que l'audience eut lieu au milie

des décharges de l'artillerie et du sifflemi

des balles. C'est là qu'il reçut le message di

sultan, et qu'il y répondit. L'envoyé turc, au

(1) Sismondi, 1. xi,p. 284 et 285; d'après Stefai lnfessura Diario , p. 1213; Marini Sanuto , vite de' du' chi,et Raynald, Annal, eccl. , 1487,87 , p. 381.

(2) Appendice xlix à la vie de Lorenzo de Medici, pa Roscoe , contient la liste des présents décrits par son se crélaire Pietroda Biliena.

(3) Engel, Histoire de Servie, p. 449; Seadeddin.l. m p. 484.

Page 1