‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 206 sur 288 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

.orsqu'au printemps Bajesid quittait Andri- ■tile pour se diriger sur Lépante , Iskender- Fcha, gouverneur de Bosnie , avait déposé à si |iicds la portion de butin qui lui revenait «'expédition deZara. Par cette irruption, s'élut engagées les hostilités contre Venise (1 ). ■ender avait voulu préserver la Bosnie de tfte al laque durant l'entreprise conlre Lé- «tte. Après la prise de cette ville, il renouvela h scènes de dévastation du Frioul et de la ■•inthie. et porta le fer el la flamme jusqu'aux «?s de l'Isonzo et de la Drau. Dix mille cavatriages eu trois corps, et cinq mille fan- Isins. campèrent, dans les derniers jours de Membre, sur la plaine, entre Gradiska et lina, coupant ainsi toute communication avec li "rioul. Deux mille hommes , se détachant de ■te masse, passèrent le Tagliamenlo (2), et tolèrent le pays. Une bande de ces gens s'a- Biça par Porto-Bufale, à travers la Marche Rvisane, jusqu'en facede Vicence. De Veni.se dirent trois mille guerriers d'élite (3), dont q cents cavaliers, pour aller au secours de :ence; ils firent leur jonction à Sacile avec autre corps de six mille hommes, et marchèit du coté de Gradiska. Cinq cents stradiotes evau-légers) avaient fait unesortie de cette le, et, vainqueurs d'une Iroupe de cinq cents rcs, ils avaient rapporté cinq cents tel es ipées sur le champ de bataille (4). Le 8 octo- :, les brigands de Gotz se mirent en rouie , usèrent l'Isonzo , et emmenèrent six mille bilanlsen esclavage (5), laissant centtrenleux villes, bourgs el villages réduits en cenadres (6). I.e commandant vénitien Andréa nchani , qui contemplait paisiblement ce eclacle, sans essayer de porter remède à des lux si cruels, fut puni par la suite (7). I ne tre bande de dévastateurs avait pénétré dans Carniole et la Carinthie jusqu'à Saint-Cusa(8), et se retira en traînant une multitude

I) Seadeddin, I. m, fol. m

(2) Dans Seadeddin, le Taftlianiento porte le nom iknzu , c'est à dire eau blanche.

(3) <',emidi , dans la chronique de Mai ini Sanuto. i Chronique de Mariai Sanuto.

(5) Ibid.

(6) Ibid.

/ md.

(8) Meniser , p. 12(>8 , si; trompe de date eu fixant ■ auée Hy8, autieu de HW, comme IstruaafidonueloOO.

d'enfants (1). Cette année-là les Turcs avaient fait des progrès en Dalmatie, s'étaient emparés des cantons de Makarska et de Primorie jusqu'à la Marenta, et avaient atlaqué Almissa(2) : ainsi, les akindschis se répandirent sur les rives de l'Isonzo et du Tagliamenlo, des bords de la Marenta à la Drau, pillant , brûlant , massacrant sur leur passage. Ce fut la dernière des grandes irruptions qui, dans ces trente années, se reproduisirent plus de vinr>t fois dans l'Autriche, la Hongrie, la Transylvanie et la Pologne ; dès lors, elles parurent suspendues, et ne reprirent point leur cours avant le siège de Vienne. Alors les principaux chefs de ces destructeurs étaient : l'eunuque Ali-Pascha, gouverneur de Semendra. Bali-Beg Malkodsch, gouverneur de Silistra , le dévastateur de la Pologne, et les deux Michaloghli, Ali-Pascha et Iskender-Pascha , commandants héréditaires des akindschis. Durant un demi-siècle ces deux frères furent la terreur des frontières hongroises , autrichiennes et italiennes. Ils avaient triomphé de Michel Szilaggi et de Grégoire Labalhm (3); plus tard ils avaient échoué contre les deux Docy (4), pour tomber ensuite , à plusieurs reprises, sur la Hongrie, la Transylvanie, la Carniole, le Frioul, la Carinlhie et la Styric. Dans les champs de Yillach Ali-Pascha trouva la mort des braves , mais Iskender-Pascha, le fléau des cantons situés entre l'Isonzo et lcTagiiaineuto, après avoir été battu l'année suivante prés de Jaicza qu'il assiégeait, par Jean Corvinus, avec une perte de quatre mille hommes, mourut bientôt d'une hideuse maladie, rongé de vermine (5) comme Sylla, à la grande joie de la chrétienté. Alors furent reprises les fêtes du jubilé interrompues par les irruptions du terrible musulman, qui saisissait les pèlerins se rendant à Rome , et les entraînait en esi lavage.

La grande perte que Venise avait subie dans l'avant-dcrnière année du xve siècle fut un peu adoucie par la prise de Céphalonie. Cette île ,

(1) Chronique de Marini Sanuto; lettre écrite deCapo d'Istria , du 11 octobre 1499.

(2, Engel . Histoire de Dalmatie, p. 562.

(3) F.u I lb"4 ; Rnnfinius. dec. îv, I. iv, p. 544 ' (4) En tiiè , ibid., p. 582.

(5) Iiogel , Histoire de Dalmatie

abandonnée à Venise vers le commencement du xve siècle par les empereurs byzantins, avait été conquise dans les dernières années du règne de Mohammed II. par keduk-Ahmed-Pascha, et, dès l'avènement deBajesid, la paix avait confirmé les Oitomans dans sa possession (1). Antonio, frère du noble vénitien signor Lionardo, auquel keduk-Ahmed-Pascha avait arraché Céphalonie ainsi que Zante et Santa- Maura, se ressaisit à main armée de la première de ces îles; mais Venise, trop fidèle dans l'accomplissement de la paix conclue avec Bajesid. envoya quatre' galères, qui attaquèrent Antonio, le tuèrent, et restituèrent l'île aux Turcs. Lorsque Keduk s'était emparé de Céphalonie il avait fait massacrer tous les officiers de la maison de Lionardo, et emmené les habitants à Constanlinople, où Mohammed contraignit les hommes à quitter leurs femmes pour s'unir à des négresses, et les femmes à s'accoupler avec des nègres, afin d'obtenir une race mêlée d'esclaves (2). L'île, un instant ressaisie par les Vénitiens et retombée au pouvoir des Ottomans , était restée en leur possession. L'année de la perte de Lépante, ou la suivante, parut devant Céphalonie une flotte hispanovénitienne, commandée par Pisani et Gonsalvo Vaillant. Après un siège d'une courte durée, la ville fut emportée d'assaut (3), et une table de pierre, placée par les marins au-dessus de la porte principale, attesta le glorieux exploit de Pisani.

Pendant l'hiver, Mustapha -Beg pressa la construction de ses quarante vaisseaux. Déjà vingt-deux bâtiments étaient prêts à quitter le chantier, lorsque les Vénitiens les brûlèrent en une nuit (4); des troupes de la répnblijue se mirent aussi en possession du château de Regniassa (5), qui, de nos jours, a été souillé du sang des Souliotesfugitifs perfidement égorgés parleurs hôtes (6), et, de cette manière, la flotte turque ne put recevoir de renforts. Le 7 avril ,

(1) Spandugino, p. 63.

(2) Jbld.

(3) Coronelli, p. 152, d'après Verdizeti et Andréa Morosini.

(4) Se adeddin , Aali , Idris , Ssolaksade.

(5) Rakia.

(6) Pouqueville , Voyage dans la Grèce , 1. n , 1 . 4 , p. 39; I. m, 3 ,5, p. 184.

Bajesid, en personne, partit d'Andrinople poi la Morée.afin d'animer la campagne par : présence. 11 s'arrêta huit jours à Léonlari, r il célébra les fêtes du Rama/an (1). Le 7 juill [lôOO], il reçut la nouvelle que Jakub-Pascl avait paru devant Modon avec la flotte, et, quatrième jour, il se trouvait lui-même 3' 1 pied des murailles de la ville, qui fut aloi étroitement resserrée par mer et par terre. I siège durait depuis trois semaines, lorsque Tn visani accourut avec quatre galères, des troi' pes auxiliaires et des munitions (2). Les Yen tiens s'ouvrirent heureusement un passage travers la flotte ennemie; mais, tandis que j garnison travaillait avec ardeur du côté d(>l port, afin de rompre une ligue d'estacades qi'i en fermait l'entrée, le beglerbeg d'Analo'i Sinan-Pascha fit donner l'assaut aux murs qu' son artillerie avait battus en brèche , et la plac fut emportée [10 août lôOOj. Avec elle tombYi rent les plus nobles de ses défenseurs: l'évèqtl Andréa Falconi Fut saisi au moment on , revêlN de ses habits pontificaux, le dimanche, veill de Saint-Laurent, il prêchait le peuple , et 0 lui trancha la tète. La ville brûla durant cinl jours; le sixième , qui était un vendredi , Bajij sid fit son entrée pour consacrer la grandi église par la prière du vendredi. En conteir plant l'élévation des murailles et la profondeJ des fossés, il dit : Dieu me l'a donné (3) parfl valeur de mon beglerbeg Sinan et de mes ja nitschares. Le janitschare qui, le premier! s'était trouvé sur la muraille, obtint, commj sandschak, l'un des plus riches gouvernemenn de l'empire. Les châtiments atroces sur h vaincus, et des récompenses si magnifiques a<| cordées aux vainqueurs, entraînèrent la chut* rapide de Navarin, ou Giunchio (l'ancienne Pjj los), et de Coron. Le grand vesir Ali-Pascha a le kapudan-pascha Daud allèrent les investis Un mois après l'entrée du sultan dans Modonl Coron tomba le jour de l'Assomption de 1 Vierge. Le 20 août, le sultan y fit son entrée accomplit dans la cathédrale la prière de l'islaoi

(t) Seadeddin, I. m, fol. 512.

(2) Le combat des quatre galères se trouve dans Lau gier et Coronelli , comme dans Seadeddin , Aali et II autres.

(3) Spandugino.

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