‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 21 sur 288 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ive le tombeau d'un abdal , c'est-à-dire, d'un erwisch ou serviteur de Dieu, enthousiaste usqu'à la folie, qui mena les troupes ottomaes armées de sabres de bois à la conquête de e lieu (1). De l'autre côté du golfe était le châïau de Hereke (2) (l'ancien Ankyron, où moult Constantin , dont les murs dévastés courent encore aujourd'hui le penchant de la ontagne jusqu'au bord de la mer. 11 était mbé sous les coups de Karaali (le noir Ali), ire du fameux Begler-Beg-Timurtasch ; et aintenant les Ottomans, maîtres de Jalowa, ereke et Nicomédie , menaçaient la capitale de :mpire byzantin. Les historiens byzantins plant la conquête de Nicomédie beaucoup plus rd ; les écrivains turcs la rapportent aussitôt >rès la chute de Kojunhiszar Bapheum) . alors l'Osman remporta la première victoire impornte sur Muzalo, général grec. Ensuite Aghle-Kodscha s'empara de la capitale de la Bithye, cette résidence magnifiquement ornée de ioclétien , avant qu'il ne déposât le diadème ins la plaine de Nicomédie, et qu'il n'allât iansporter sa demeure sur la côte de Dalmatic. jaloioannes, frère de Marie Paléologue, celte fmeuse souveraine des Mongols , défendit itinement Nicomédie contre la puissance des tttomans. Sa tète tomba avec la ville.

Un siècle après l'émigration d'Ertoghrul du lys de Rum, trente ans après la fondation de I puissance indépendante des Ottomans, trois As après l'avènement de leur second souverain, Ans l'année même où Charles le Bel, roi de rance, mourait à Paris, où Louis de Bavière se lisait couronner empereur de Rome, où à Confinlinople le vieux Andronic était précipité du pne et jeté dans un cachot par son petit-fils , fmpire ottoman fut affermi par les premières h et les premières institutions politiques qu'Afeddin avait méditées dans le silence. Ces princes, établis suivant les besoins de l'État, sont f quatrième base du droit politique de l'islam , i, d'ailleurs, ne sont nullement en conlradicbn avec les trois sources plus sacrées, la parole ^Dieu(leKoran), la parole du prophète (la imna), et la décision unanime des pères de église islamite (les quatre grands imams); ils

(1) Idris.fol 104.

Î2) Voyage à Brusa , p. 159.

suppléent seulement à leur silence, remplissent les lacunes quelles ont laissées, et, sous le nom d'urfi, c'est-à-dire de législation volontaire, forment la règle de l'islam appliquée aux besoins progressifs de l'État. Dans la suite, cette législation fut désignée dans l'empire ottoman par le mot grec Kanun ; et cependant la collection appelée Kanunname, c'est-à-dire le droit canonique, n'est pas un recueil de droit ecclésiastique; c'est plutôt un code politique. Plus d'une fois il sera question de pareils livres canoniques du droit ottoman, lorsque, dans cette histoire, nous parlerons des législateurs successifs. Trois objets sont particulièrement traités dans les institutions conçues par Alaeddin et adoptées par Urchan : les monnaies, le costume et l'armée. Le droit de battre monnaie et celui de se faire nommer clans la prière publique et solennelle récitée tous les vendredis, sont les deux marques caractéristiques de la souveraineté de l'islam. Selon plusieurs écrivains ottomans, onze années déjà avant le partage de l'empire seldschukide, lorsqu'il fut investi par le drapeau et le tambour, par le cheval et l'épée, comme prince gouverneur de Karadschahiszar, Osman aurait fait substituer dans les prières publiques son nom à celui d'Alaeddin III, dernier souverain de la dynastie des Seldschuks; mais cet acte de rébellion ouverte contre le suzerain n'emporterait pas avec lui un grand honneur, et serait peu croyable de la part d'un simple châtelain insignifiant avant la chute définitive de l'empire. Les mêmes écrivains, qui ne croient pas pouvoir attribuer assez tôt au fondateur de l'empire l'exercice des deux droits de souveraineté, lui font aussi battre monnaie dès la première année de son autorité indépendante sur Karadschahiszar. Cetle assertion est encore moins soutenable que la première; car si la prière publique au nom d'Osman ne fut récitée qu'à partir de la première année de son véritable règne indépendant, les monnaies ottomanes, furent frappées seulement dans la troisième année du règne d Urchan. Le vesir Alaeddin, disent les auteurs originaux de l'histoire ottomane, représenta au souverain son frère que jusqu'alors la monnaie courante n'avait présenté que l'empreinte des Seldschuks d'Iconium. et que, désormais, elle devait porter le nom d'Urchan. Si Osman eût fait battre monnaie le premier, il

n'eût pas manqué de faire graver son nom suites pièces; et l'on ne peut dire qu'il aurait conservé le coin en usage sous les Seldschuks, car l'établissement de Konia, seconde capitale de ces princes , échut à un autre chef plus puissant qu'Osman, et dans le petit château de Karadschahiszar, où Osman exerçait alors une autorité assez insignifiante, même dans sa résidence postérieure de Jenischehr, d'après toutes les dates numismatiques, on ne frappa jamais de monnaie. Ainsi donc, on est forcé de croire qu'avant l'année 729 de l'hégire, 1328 de l'ère chrétienne, aucune monnaie ottomane n'avait été frappée , et que le véritable exercice des deux droits de la souveraineté dans les opinions de l'islam ne peut dater, pour les princes ottomans, que de cette époque. Depuis , trois fois seulement un changement a été opéré dans la prière publique, et toujours pour ajouter aux honneurs déjà rappelés : 1° le titre de sultan fut substitué à celui d'émir sous Bajesid 1er; 2" la qualification de maître de deux continents et de deux mers fut ajoutée après la conquête de Constantinople sous Mohammed 11; enfin, la formule se compléta par l'adjonction des mots de protecteur des deux saintes villes de La Mecque et de Médine, après la conquête de l'Egypte sous Sédine 1er. Quant aux monnaies, elles ont subi bien des altérations toujours plus funestes à mesure que l'empire tombait en décadence ; nous les rappellerons chaque fois dans leur lieu. L'attention d'Urchan , ou plutôt d'Alaeddm, se porta sur le costume , non pas tant toutefois sur les vêtements mêmes que sur les couleurs et la forme de la coiffure. Bien que plus tard aussi la coupe , l'étoffe, la bordure et la doublure des divers kaftans, dolimans et des pelisses d'honneur aient été réglées en partie de la manière la plus précise par le cérémonial et par des lois somptuaires, alors ce ne fut point encore la question ; il s'agit seulement de la coiffure qui de tout temps a été un signe caractéristique et distinctif en Orient pour les nations et pour les classes, ainsi qu'on peut le voir déjà parles sculptures de Persépolis. Les Grecs, au temps d'Osman, aimaient les bonnets dorés, el les Turkmans des bonnets de feutre rouge avec des dulbend de couleur ( turban) (1). Afin de

(1) ldi-is, fol. 108; Seadeddin , fol. 23 , daus Bratulti, p. 40.

distinguer les Ottomans de ces deux nations , les bonnets de feutre blanc furent adoptés I comme la coiffure générale des guerriers et de» n serviteurs des princes. Leur forme était oblon- il gue à la manière d'un choux palmiste, comme» on pouvait encore le reconnaître au turban dut} sultan Urchan sur son tombeau à Brusa , avant i que ce monumeià fût détruit par les flammes.:! En campagne , les begs eux-mêmes ne portaient i que des bonnets de feutre blanc, dont les fatt briques étaient alors à Biledschik ; mais, danfli les cérémonies, à l'exemple du prince, ils lealj entouraient d'une étoffe blanche roulée ciai bourrelet. Le turban d'Urchan, dont le kaftaml d'ailleurs ne différait en rien de celui de son père, ne se dislingue de la coiffure d'Osmattjjl que par les bouffantes en forme de nacelle (l)jl au reste, cette coiffure offre une grande rcs— « semblance avec la niîlre du grand prêtre des Hébreux, qui rappelle à son tour celle des Ma-H ges sur les sculptures de Persépolis, et la reflll présentation hiéroglyphique du soleil dans une nacelle en forme de demi-lune. Le rèjjiemeoti'i du turban ne subsista sans altération que da-À rant deux règnes , car , sous Bajésid llderimjl si les employés de la cour conservèrent , comme-: sous Urchan, les bonnets blancs, parmi les serviteurs des begs el les officiers, sur la pr(WJ| position du premier beylerbeg de l'empire, k Timurtasch, lurent repris les bonnets rouges. Les deux feutres blanc ou rou^e restèrent sirawlj pies jusqu'à Mohammed le conquérant, époque j à laquelle on se mit à les broder de mille ma^if nières. Alors les blancs furent exclusivement aflH fectés aux janitschares, et diverses autres espècesde coiffures furent introduiles(l). On appela boerek les simples feutres, ketscheceuxquepor-' | tent les janitschares avec un large morceau d'étoffe descendant par derrière, et ceux de leurs officiers supérieurs, qui soin faits en forme de cylindre, reçurent le nom d'uskuf. Le boerek, i ainsi qu'on vient de le dire, fut introduit par li vesir Alaeddin sous Urchan comme la coiffure générale , puis, sous Bajésid 1er, limité à l'armée par le beglerbeg Timurtasch , pour se charger enfin de broderies et d'ornements sou Mohammed II. La forme particulière du ketsclic remonte à la bénédiction du derwisch Hadschi-

(1) Schamailname.

(2) Seadeddin , fol. 24 , daus Bralutli , p. 40 e suiv

legtaseh, dont nous parlerons à l'occasion de institution des janitschares. L'i*kuf, qui est bsolument le bonnet fies derwischs rie Mew- ;wi, fut introduit par Suleiraan, filsd'Urchan, econd vesir de l'empire ottoman, en l honneur e Dsclielaleddin-Runii, fondateur de l'ordre les derwischs Mewlewi(l). Au lieu des bonnets p forme d'œuf, ou de choux palmiste, ou jointus, entourés d'une certaine étoffe par »sman et Urchan , les souverains des Ottomans doplèrent ensuite l'uskuf , qui, au temps des rentières conquêtes en Europe sous Murad Ier, it entièrement couvert d'or à une occasion qui ira signalée.

Le troisième et le plus important objet des ravaux d'Alaeddin fut l'institution d'une arpée , et même d'une force permanente et soldée Intérieure d'un siècle entier à l'organisation doptée par Charles VII, roi de France, qui, asqu'ici , a passé dans l'histoire de l'Europe du ooyen âge pour le premier fondateur des armées permanentes. Ertoghru! et Osman avaient lit leurs expéditions avec des cavaliers turkaans appelés akindschis (coureurs),qui, à la sommation de leur seigneur, devaient entrer en (impagne. Urchan le premier forma une troupe k fantassins soldée , même entretenue d'une iianière continue, et qui fut appelée , jaja ou iade. Ces soldats, qui recevaient par jour un kdsche (alors le quart d'un dirhem d'argent), taient formés par dix, par cent, et par mille, bmmandés par des décurions et centurions, et les colonels. Cette troupe, fière de la solde qu'on ti accordait, augmenta bientôt par ses préten- •ons et son indiscipline le désordre auquel sa réalion devait remédier. Alors Urchan tint pnseil avec son frère et vesir Alaeddin , avec pu chef militaire Kara-Charil-Tschendereli eau-frère du scheich Edebali, et parconsé- |uent parent du sultan (2). Tschendereli con- |aissant trop bien la rudesse obstinée des Turkpans, leur orgueil et leur insolence, présenta f plan profondément médité, où se montrent |ne forte étude des hommes et la politique la lus froide et la plus étrangère aux sentiments |u cœur : il proposa de former une troupe avec

1(1) Idris, fol. 106; Ssolaksade , fol. 7 ; Aali, fol. 1C; .utfi , fol. 9 ; Dschihannuma , p. 681.

(2) Neschri , fol. 27 , appel'e la seconde épouse d'F- .ebali Tadscbediu-Kuid.

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