LIVRE XXI
productifs, se prononça hautement pour Baisankor, fils de Jakub, contre Ali-Beg, fils de Chalil, qui voulut maintenant disputer le trône, et sous l'autorité duquel s'était rangéaussi Mahmud II, fils d'Ogurlu-Mohammed, frère de Mirsa-Ahmed, tout récemment réfugié auprès de Bajesid. Ssofi-Chalil mena Baisankor, par une marche rapide, de Karabagh à Dergesin, où l'on en vint aux mains; les princes Ali-
i Beg et Mahmud, restèrent sur le champ de bataille (I); Ssofi-Chalil, donna dans le voisinage
. de VVan et de Wustan , sur une armée de kur-
i des , rassemblée à la hâte par Suleiman-Beg; comme la sienne était diminuée par l'effet du
'manque de vivres et de la désertion, il se replia vers Tebris, et fut anéanti avec toutes ses
' troupes dans une bataille à laquelle assisia , comme spectateur, Hafis-Mohammed , confident de INur-Ssofi, et aïeul de l'historien Seadeddin (2). Suleiman-Beg avait gagné, par les flatteries et la corruption, les principaux chefs
» de l'armée de Nur-Ssofi , qui passèrent de son côté avec Baisankor, et aussitôt il proclama ce
!jeune prince, âgé de neuf ans, comme souve- I tain du Mouton-Blanc, à Tebris (3). A peine
'huit mois étaient écoulés, l'indignation généf raie éclata contre le gouvernement que dirigeait Suleiman, au nom du monarque enfant. Ibrahim-Sultan, filsde Chalil, petit-fils d'Usun- Hasan. se mit à la tète des mécontents, délivra le prince Rustem-Mirsa, filsde Makszud, qui avait été tenu renfermé par Ssofi-Chalil dans | le château d'Alandschik, et l'opposa comme rival à Baisankor. Ce dernier et son frère s'enfuirent auprès de leur aïeul maternel , le prince du Schirwan , qui les accueillit, marcha contre le prince Rustem, lui livra bataille, puis finit par s'accommoder avec lui, à la condition que Baisankor se contenterait des territoires de Karabagh, Gendsche et Berdaa, louchant au Schirwan , et abandonnerait la souveraineté de l'Aserbeidschan à Mirsa-Rustcm (4). Baisankor n'observa pas longtemps le Irailé. Tandis que Mirsa-Rustem s'était rendu du côté d'Iszfahan pour apaiser les troubles, lui-même parut dans l'Aserbeidschan ; mais il fut battu par le lieute-
(1) Dschamiet-Tewaiïcb.
(2) Seadeddin, I. m, fol. 52C; Pscbenabi , p. 231. 3 lbld.,io\. 527, el ldris.
nant de Rustem, qui s'empara de sa personne, et l'envoya à son maître. Celui-ci fit aussitôt exéculer son prisonnier. Le règne de Rustem, ou plutôt d'Ibrahim-Sultan, qui l'avait placé sur le trône, dura six années, que le jeune prince passa au sein des voluptés et de la débauche. Informé de ces désordres qui devaient ruiner le gouvernement , le prince Ahmed , gendre de Bajesid , quitta Constantinople déguisé en courrier, jugeant l'occasion favorable pour ressaisir le trône paternel. 11 arriva, sans empêchement , sur les rives de l'Araxes. où chaque jourse rendirent auprès de lui des déserteurs de l'armée de Rustem, jusqu'à ce qu'enfin le sultan Ibrahim, lui-même, vint se ranger sous sa bannière ( I ). Il franchit l'Araxes, et entra dans Tebris, tandis que Rustem fuyaitvers la Géorgie. Bientôt après, celui-ci revint avec une armée rassemblée en Géorgie; Ahmed-Mirsa marcha à sa rencontre, le battit . le fit prisonnier, et ordonna son exécution. Mais comme Ahmed-Mirsa devait le trône au concours d'Ibrahim-Sultan, il le perdit bientôt par la défection de ce puissant chef. Ibrahim trama un complot avec plusieurs grands de l'empire, pour faire reconnaître le sullau Murad, filsde Jakub, qui s'était réfugié auprès de son aïeul maternel, le souverain de Schirwan. Soutenu par une armée de Schirwan, Murad marcha contre Ahmed, et lui offrit la bataille près d'Iszfahan. Avec une troupe de fanatitiques dévoués a sa personne jusqu'à la mort (2 \ Ibrahim fondit sur Ahmed-Mir.-a, qui périt avec ses guerriers les plus fidèles. Dans cette bataille combattaient, sous les bannières d'Ahmed-Mirsa, les deux fils de son frère : Jusuf- Mohamed-Mirsa et Elvvend-Mirsa; le premier s'enfuit à Jesd, et le second se dirigea vers l'Aserbeidschan, d'où il gagna les frontières du Kurdistan. Maintenant, Ibrahim proclama le prince sultan Murad; mais ce n'était encore qu'une ombre de souverain qu'il mettait sur le trône; et, sous ce nom, Use flattait biend'exercer, comme parle passé, la réalité du pouvoir suprême. Trouvant des obstacles à l'exercice de
(1) Seadeddio , 1. m, fol. 528; Dscheuabi, Dscba met-ls.
(2) Seadeddin les appelle Fedajie ; c'est le nom que portaient celle portion des Ismai ■Mies dévoués à la mort, les assassins proprement dit.s.
sa toute-puissance dans les émirs de Murad, il trahit encore celui-ci, comme il avait trahi Rustem et Ahmed, et appela secrètement un nouveau prétendant à la couronne, le prince F.lwend, et marcha de suite, avec celui-ci, contre le sultan Murad. Ehvend triompha, et renferma son cousin, sultan Murad, dans le château de Meragha. Cependant, Mohammed-Mirsa se déclara le rival de son frère Elwend , dans l'Irak. Ibrahim marcha contre lui avec le monarque créé par sa puissance, et trouva, dans la bataille de Sullanije, la mort qui était due depuis si longtemps A ses trahisons. Elwend s'enfuit vers Karabagh , et son frère , Mohammed , fut intronisé à Tebris. Cependant le commandant de Meragha, frère du traître Ibrahim, appelé Gusel-Ahmed (Ahmed le Beau), relâcha le sultan Murad confié à sa garde , et celui-ci proclamant ses droits à la couronne, réunit une armée dans l'Irak persan. L'on en vint aux mains à Iszfahan , et Mohammed resta sur le champ de bataille, de sorte que Murad parut se trouver établi sur le trône. Mais, pendant la inarche de Mohammed sur Iszfahan, son frère Elwend était accouru de Karabagh à Tebris, dont il prit possession. Au milieu de ces deux frères qui se disputaient le trône les armes à la main, vint se jeter un troisième prétendant, qui saisit le prix de la lutte; celui-là était étranger, c'était Ismaïl , fils du scheich Haider, abattu treize ans auparavant par Suleiman-Beg, qui s'était alors sauvé secrètement vers Gilan; il vint alors, avec de nouvelles troupes et la puissance de doctrines nouvelles , porter les derniers coups à l'empire du Mouton-Blanc, qui depuis longtemps menaçait ruine (1). Après avoir (1499], dans un combat contre Schirwanschah, vengé lamort de son père Haider par celle de ce prince , il livra, en 1501 , au souverain de Tebris Elwend- Mirsa une grande bataille près de Nachdschiwan, dans laquelle périrent sept mille turkmans du Mouton-Blanc (2). Elwend-Mirsa s'enfuit vers Bagdad, puis vers Diarbekr, dont il arracha la souveraineté à son oncle Kasim- Beg , et mourut trois ans après (3) [1504]. Dans
(1) Seadeddin , 1. ni, fol. 669-570 ; ldris, Dschamiet- Tewaricb , Dschenabi.
(2) Dschamiet-Tewaiich.
(3) Ibid., et Dschenabi.
l'année qui suivit la bataille de Nachdschiwan, Ismaïl en vint aux mains avec le sultan Murad, près d'Hamadan; Murad, vaincu, s'enfuit vers Bagdad, et, ne pouvant tenir contre les troupes d'Ismaïl, il se réfugia auprès d'Alaeddewlet, prince de Sulkadr. Soutenu par les troupes de ce prince, il se remit en possession de Bagdad, où il se maintint pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'Ismaïl l'expulsât une seconde fois; alors il se relira dans le Diarbekr, où il ne mourut que dix ans après la ruine d'Elwend (1). Ainsi se dénoua le drame sanglant de la maison souveraine d'Usun-Hasan , dont les sept petits-fils tombèrent tous, comme leurs pères , victimes immolées à l'ambition.
Sur les ruines de l'empire du Mouton-Blanc s'éleva la dynastie des schahs d'Erdebil, appelés Ssofis,au commencement duxvie siècle. Le fondateur, Ismaïl, appartenait à une famille de scheichs livrés à la vie contemplative; et l'his-' toire peut signaler les ancêtres d'Ismaïl et les suivre, en remontant à la sixième génération, deux siècles avant l'établissement de la nouvelle domination. Ssaffiedin-Ebu-Ishak d'Erdebil, grand scheich mystique, qui vécut sous le règne des descendants de Dschengis-Chan, mourut au commencement du xive siècle , et fut enseveli à Erdebil , théâtre de ses miracles et de ses actes de sainteté mystique. C'est de Ssaffiedin que ses descendants tirent le nom de Ssaffi; mais ils rejetèrent celui de Ssoffi, quoiqu'une telle dénomination indiquât mieux l'origine de leur puissance. Le fils scheich Ssadreddin-Musa , le petit-fils scheich Chodscha-Ali , et l'arrière-petit-fils scheih Ibrahim, restèrent aussi enfermés dans les profondeurs de la vie contemplative. Dschuneid , fils d'Ibrahim , prétendit le premier à une importance politique, ce qui le fit bannir par Dschihanschah , prince du Mouton-Noir, qui tenait alors Erdebil sous sa puissance. Il s'enfuit auprès d'Usunhasan, le puissant souverain du Mouton-Blanc, qui, alors en hostilité déclarée avec Dschihanschah, accorda au scheich asile et protection, et lui donna même pour épouse sa sœur Chadidscha-Begum. Après la défaite de Dschihanschah, Dschuneid revint à Erdebil , et fier de son al-
(1) Dscbamiet-Tewaricb, ldris.
Dschenabi , Seadeddin