LIVRE XXI
iliance avec Usunhasan, il se jeta plein d'ardeur dans le mouvement de la vie politique et guerrière. Sous le prétexte de la guerre sainte contre les peuples infidèles de la Géorgie, il marcha vers le Nord avec ses adhérents ; mais ayant violé le territoire de Schirwan, les troupes du prince de ce pays le défirent, et il perdit la vie dans l'action. Son fils Haider succéda à la faveur paternelle auprès d'Usunhasan, qui lui donna
i pour épouse sa fille Aalemschah-Bana. Tant que vécut Usunhasan, Haider se tint dans le repos; mais après la mort de ce monarque,
! lorsque s'annoncèrent les troubles, de l'empire du Mouton-Blanc, Haider s'élança dans la carrière parcourue par son père Dschuneid. Pour
• distinguer ses adhérents par un signe extérieur dans le costume, il leur donna des bonnets rouges (1) qui attirèrent dans la suite aux Persans, de la part des Turcs, le nom de Kisilbasch ( tètes rouges ). Avec six mille de ces tètes
. rouges, Haider marcha comme son père, vers le Nord , prétendant qu'il allait combattre les Géorgiens mécréants , mais en réalité il en voulait à Schirwan-Schah, qu'il assiégea -quelque
! temps dans le château de Gulistan. Jakub, sou-
: verain du Moutou - Blanc , envoya le grand maître de sa cour Suleiman-Beg au secours
: du prince de Schirwan. Un combat fut livré
i près de Tabaseran (2) [1488], dans lequel Haider laissa la vie. Deux de ses flls, Jar-Ali et Ismail, furent renfermés, par le sultan Jakub, dans le château d'Iszfahan. Après la mort de Jakub, Rustem-Mirsa leur rendit la liberté, et
■ les envoya à Erdebil , pour qu'ils y menassent i la paisible vie des scheichs. Durant quelque
temps, Jar-Ali resta fidèle au schah Rustem; mais enfin il se révolta , et perdit la vie dans
■ une grande bataille (3). Ismail, alors âgé de six ! ans et demi, s'enfuit auprès du prince de Gii lan Scherif-Hasan-Chan. Ahmed-Mirsa, fils
d'Ogurlu, alors souverain du Mouton-Blanc, demanda l'extradition d'ismail au prince de Gilan. Celui-ci nia la présence du fugitif dans ses états; il le cacha sous une tente , enveloppé
(1) D'après le Dschamiet-Tewarich, la bataille eut lieu au mois de scbaaban 893.
(2) Dschamiet-Tewarich. D'après Dschenabi , Jar-Ali aurait échappé à la défaite , et se serait enfui avec son frère lsmaïl dans le Schirwan.
(3) Dschamiet-Tewarich.
dans l'ombre des grands arbres , et une seconde ambassade d'Ahmed-Mirsa ayant réclamé Ismail, Hasan jura que le jeune prince n'était pas sur son territoire (1). Il croyait pouvoir prononcer ce serment , parce qu'Ismail était dans une tente suspendue dans les airs. Durant six années, Ismail resta dans le Gilan, sous la protection du prince. Dans la capitale de ce pays Lahdschan il rassembla autour de lui les partisans de sa famille, et les fortifia en y réunissant les adhérents du scheich Ssadreddin de Konia, qui demeuraient dans les provinces ottomanes deTekke et d'Hamid.Ce scheich, contemporain de Timur, avait obtenu de ce conquérant, par ses prières, que les habitants de Tekke, dont la plupart étaient ses partisans, ne fussent pas entraînés en esclavage. Depuis , ces gens avaient toujours eu une affection particulière pour les scheichs persans, et alo s ils émigrèrent par troupes de Tekke à Gilan, où ils se rassemblèrent à Lahdschan, sous les bannières d'ismail (2) [1500] Avec environ sept mille de ces partisans turcs et persans (3), Ismail, alors âgé de quatorze ans, marcha sur le Schirwan , pour venger la mort de son père Haider et de son aïeul Dschuneid, qui avaient tous deux péri sur le champ de bataille dans ce pays. 11 vainquit et tua le schah de Schirwan, et se mil en possession de la ville de Schamachi (4). Il acquit un grand accroissement de forces par l'accession du grand vesir Schemseddin-Gilani, qui, maître des passages de l'Aserbeidschan, devint son principal ministre. Avec cet appui et celui d'autres begs du Mouton-Blanc, il attaqua, l'année suivante, Elwend-Mirsa, le battit, et fonda à Tebris, capitale de l'Aserbeidschan, la puissance de sa race dans la première année du xvie siècle [1501].
L'attitude d'ismail envers le sultan des Ottomans fut d'abord pacifique et amicale, quoique Bajesid, pour arrêter les émigrations des fanatiques de Tekke, eut fait transporter tout récemment la plus grande partie des habitants
(1) Dschamiet-Tewarich.
(2) Dschenabi , p. 134.
(3) Dschamiet-Tewarich nomme les tribus.
(4) Dschenabi , dans l'Histoire des Ssaifewi, p. 130; dans celle des schahs de Schirwan), p. 139 ; dans celle du Mouton-Blanc , p. 230.
de ce pays , tomme colons . dans les villes nouvellement conquises de Coron et de Modon, en Morée. Ismaïl demanda, par une ambassade , la facilite1 d'une libre retraite pour les partisans de sa doctrine el de sa maison, mais il éprouva un refus (1). Il n'obtint pas plus de succès auprès d'Alaeddewlet, prince de Sulkadr, dont il avait demandé la fille pour épouse, par une ambassade. Il voulut venger cette dernière insulte, mais sans provoquer la puissance de Bajesid; il envoya donc de nouveau des ambassadeurs, pour s'excuser s'il traversait une partie du territoire ottoman. Bajesid, toujours disposé à la paix, bien éloigné de vouloir s'engager dans une nouvelle guerre, se contenta de faire marcher sous les ordres d'iahjah, vers Angora, un corps d'observation qui resta posté dans ces lieux, jusqu'à ce qu'Ismaïl, après avoir ravagé le pays ouvert de Sulkadr, pris Amid et Cliarput (2), eut regagné la Perse [1507]. Le fils et les deux petits-fils d'Alaeddewlet, qui tombèrent entre les mains d'Ismaïl, furent rôtis, et dévorés par les cannibales persans (3). L'année suivante, un ambassadeur d'Ismaïl se rendit à Conslantinople, pour se plaindre du sultan Selim, gouverneur de Trabesun, et aussi pour apporter des assurances de paix et d'amitié. Selim avait fait des irruptions sur le territoire persan, et avait poussé jusqu'à Ersendschan(4) et Baiburd; il s'était emparé de la personne d'Ibrahim, frère d'Ismaïl. Le souverain de la Perse fit protester de nouveau que ses hostilités avaient été dirigées seulement contre Alaeddewlet. Son ambassadeur, revêtu de drap d'or, ne fut pas admis à l'honneur du baise-main; il lui fut permis seulement de baiser le genou du sultan. L'envoyé, qui vint à son tour en Perse de la part de Bajesid, voyant qu'il ne lui avait point été préparé de tapis pour s'asseoir, et qu'il faudrait ainsi s'acquitter debout de son message , se dépouilla de son surtout , et s'assit sur ce singulier tapis. La cour resta émerveillée d'une telle irrévérence, et en même temps de l'indulgence du schah, qui ne le fil point mettre
(1) Seadeddin , l,m, fol. 530.
(2) Marini Sanuto.
(3) Seadeddin , I. m, fol. 533; Ssolaksade , p. 76.
(4) Rapport du consul vénitien de Scio, dans Marini Sanuto.
en pièces sur la place. En même temps que l'ambassadeur persan, parut aussi à Conslantinople, un envoyé Us-Beg (1) de Scheibek - Chan, voisin et adversaire naturel d'Ismaïl.
Nous laissons maintenant le nouveau souverain de la Perse, pour le retrouver lorsqu'il se présentera, au boni de sept années,sur le théâtre de l'histoire des Ottomans, comme le rival redoutable deSelim Ier; et nous allons poursuivre le cours des événements du règne de Bajesid, après la conclusion de la paix avec Venise et la Hongrie. Le premier fait important fut la soumission d'un puissant pirate, nommé Karaturmisch, frère de Karahasan, qui avait trouvé la mort au milieu de l'incendie du vaisseau de Borrak-Reis. A Siwri-Hiszar, lieu de sa naissance, il équipa des vaisseaux, avec lesquels il infesta les mers, et répandit une si grande terreur, qu'une escadre de dix galères fut nécessaire pour détruire sa puissance (2). Au bout de trois années d'exercice du grand vesirat, celte dignité fut retirée de nouveau à Hersek-Ahmed- Pascha, et conférée, pour la seconde fois, à l'eunuque Ali-Pascha. Celui-ci, plus dévoué au prince Ahmed-Sultan, qu'au fils aine de Bajesid, Korkud, augmenta encore le mécontentement de ce dernier, en prenant possession d'un district maritime qui, originairement, dépendait des cantons attribués aux grands vesir», que ceux-ci, par égard pour les princes gouvernants, s'étaient abstenus de réclamer. Irrité de celte attaque, Korkud prit la résolution désespérée de s'enfuir en Egypte. 11 s'embarqua, avec quatre-vingt-sept personnes de sa suite, et avec tous ses trésors sur cinq bâtiments commandés par Reis-Akbasch (3), et fit savoir au sultan, son père, qu'il entreprenait le pèlerinagede la Mecque. Le cinquième jour, il débarqua à Alexandrie, d'où il expédia un messager pour porter au Kaire l'avis de son arrivée, et attendit la réponse du sultan des mameluks. Celui-ci lui envoya neuf coursiers de noble race, neuf rangs de chameaux , trois rangs de droma-
(1) Dans les rapports des Vénitiens , cet ambassadeur est appelé seulement délia testa vente , comme celui du schah delta testa rossa ; les Ottomans eux-mêmes portent la désignai ion de delta testa bianca, et plus tard, les princes de Géorgie délia testa nera.
(2) Seadeddin , 1. m , fol. 53.
(3) Aali , Seadeddin et Ssolaksade.
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claires, deux rangs de chameaux de parade pour lui-même: en outre, cent chevaux et soixantedix rangs de chameaux pour sa suite, quarante rangs de chameaux pour les cuisines, neuf mille ducats, neuf pièces de drap d'or et neuf jeunes garçons, le tout comme prescrit de bienvenue. Avec tout ce cortège et ces équipages, au son de quarante tambours, Korkud se mit en marche pour la capitale, où il fut pompeusement escorté.Lc diwitdar, grand vesirdu sultan, vint au-devant de lui pour le complimenter, et l'inviter a se rendre auprès du sultan ' 21 mai 1")09 ], et l'accompagna, ainsi que les officiers de l'ëtrier. Le i>9 mai (1), le prince ottoman fit son entrée solennelle dans la ville du Kaire, et descendit au palais du sultan. Pour ses besoins de chaque jour, on lui fournit cinq cents moulons, cinquante quintaux de sucre, cinquantetrois mudis de riz, deux mille poulets, deux mille oies, cent cinquante quintaux de miel; mille bourses lui furent en outre assignées pour ses menues dépenses. Après un repos de trois jours, eut lieu l'entrevue avec le sultan, qui alla au-devant du prince turc à cheval. Le souverain égyptien et le prim e descendirent en même temps de leurs montures : le premier b:usa le prince aux yeux comme on fait à son fils; Korkud baisa le monarque au cou, comme s'il eût été son père. Korkud s'assit sur un tronc à côté du sultan. Malgré tant de marques d'hon-
; neur, le sultan n'accorda ni le passage pour le pèlerinage de la Mecque, ni d'autres demandes du prince, ne voulant pas rompre la paix avec Bajesid. Korkud s'étant bientôt ap< rçu que l'in-
. fluence de Bajesid et de son grand vesir surpas* sait de beaucoup la sienne en Egypte, adopta le parti le plus prudent; ce fut d'adresser à Ali-l'ascha, une lettre dans laq iclle il s'excusait de son projet de voyager à la Mecque, et priait ce ministre d'obtenir pour lui, de son père, la permission de retourner dans sou gouvernement. Sa requête fut accueillie, et il obtint le gouvernement de ïekke, vers lequel il se rendit aussitôt. A son retour d'Egypte, sa flotte fut battue par les Hhodiens. Outre cette fuite de Korkud, d'autres traits encore établissent des points de ressemblance entre ce prince et
.1) Rapport des Vénitiens.
Dschcm. Poète comme son oncle, Korkud s'en. lotirait de beaux esprits , et vivait au milieu des illusions. Il favorisait surtout les musiciens, et pratiquait leur art en maître; profondément versé dans le droit de l'islam, il rédigea un traité sur la décision des questions douteuses ( I ). Par un tel emploi de son temps, il parvint en haute estime auprès des poètes et des légistes; mais tomba dans le mépris des janitschares et des vesirs,qui, après la mort de Bajesid, ne contraignirent point leurs préférences pour ses frères puinés, Ahmed et Selim.
Dans l'année 1509, le jour de la fête de l'Élévation de la croix , Constant inople fut ébranlée par le plus terrible tremblement de terre dont l'histoire fasse mention. Cent neuf mosquées, mille soixante-dix maisons , toute l'étendue des doubles murailles du côté de terre , une bonne partie des murs appuyés à lainer, les Scpt- Tours, l'enceinte du sérail, depuis la mer jusqu'à la porte du jardin, s'écroulèrent jusque dans les fondements (2). Les chapitaux des quatre plus grandes colonnes de la mosquée du conquérant se fendirent, la coupole fléchit d'un côté. Les coupoles de l'hôpital , des huit académies dépendant de la mosquée de Mohammed , et celles de beaucoup d'autres édifices de ce gnire se détachèrent; la coupole de la mosquée de Bajesid 11 fut mise en pièces. Quelques milliers d'hommes (3), de femmes et d'enfants, périrent dans toutes ces ruines : de la maison seule du vesir Mustapha-Pascha , trois cents cavaliers furent engloutis avec leurs chevaux. Durant quarante-cinq jours , les secousses se firent sentir, non-seulement à Constantinople. mais encore dans toutes les provinces turques d'Europe et d'Asie. La moitié de la ville de Ischorum disparut; les ouvrages de Galllpoli furentdétruits (4, ; Demotika, lieu de naissance de Bajesi.l '5 , ne présenta plus qu'un monceau
(1) Latin' , Biographies des poêles lurcs, traduites par Chabeii , p. 68 et 241 ; dans Aali , au commencement du xxxvuc événement , d'après Nfsihri.
(2) Sieadeddm , I. m , fol 545; isolaksade , Rausatul- Ebrar , Aali, xxwm événement; Hadschi-Chalfa , Tables chronologiques.
(3) Aali , Ssolaksade.
(4) Lettres de Mictme, daus les Archives de la maison impériale et royale.
(5) Spandugino , p. 66 , Demetria , au lieu de Diraotika ou Demotika.
de décombres. La mer furieuse souleva ses vagues, et les lança par-dessus les murailles de Conslantinople et de Galata; dans la ville et le faubourg, les anciens aqueducs furent emportés. Dans Aja-Sofîa, la chaux et le mortier dont on avait recouvert la magnifique mosaïque de l'ancien temple chrétien , se détachèrent, et les images gigantesques des évangélistes reparurent,comme pour contempler celte désolation et protéger les églises chétiennes, qui toutes furent épargnées par le fléau. Le sultan, ne se confiant plus aux murs de son palais , se tint durant dix jours dans le jardin , sous une tente plantée à ciel découvert. Puis, il s'échappa des ruines de Constantinople, et s'enfuit vers la seconde capitale de l'empire (1). Mais, bientôt après son arrivée, la terre fut violemment ébranlée aussi à Andrinople, et six jours après, éclata une furieuse tempête [16 novembre]. La Tundscha sortit de son lit , et recouvrit de flots et de vase les ruines amoncelées. Alors le sultan convoqua un divan à pied, c'est-à-dire un conseil dont les membres avaient le pied à l'étrier ; il y assista lui-même. Il s'agissait de délibérer sur les moyens de rétablir les murs de Constantinople. Le souverain ouvrit le conseil par les paroles suivantes , adressées aux vesirs : « Vos injustices et vos cruautés ont fait monter vers le ciel les soupirs des opprimés, et la colère divine est tombée sur la ville et sur le pays (2). » Trois mille maçons furent réunis, on leur adjoignit trois mille moszelems comme manœuvres, et huit cents jaja comme chaufourniers(3). Dans l'espace de deux mois [du 29 mars au 1er juin 1510], furent rétablis dans leur ancien état non-seulement les murs de Constantinople et de Galata , mais aussi les tours de Galata, celle de la Fille (ou de Léandre), ainsi que les sept tours de la Porte dorée, le fanal et le nouveau sérail les ponts du grand et du petit Tschekmedsche, et les murs de Siliwri (Selymbria) (4). A l'occasion du festin donné pour célébrer la restauration de la ville, Bajesid, sur les instances des grands et des légistes, permit que, durant trois
(1) Seadeddin, Aali, Ssolaksade.
(2) Aali et Ssolaksade.
(3 S,iandugino , Marini Sanuto , Seadeddin , Giovio , Fatli illusliï di Selim , dans Spandufiino , I. il, p. 337. (4) Aali et Ssolaksade,
jours , il fût fourni à manger et à boire pauvres dans des plats et des vases d'argent, tel étalage d'abondance et de luxe, après I dévastations du tremblement de terre del'anné précédente et du feu , que cette année même (1) : les janitschares avaient mis aux maisons des juifs, devait inspirer un nouveau courage au peuple, émerveillé de voir encore tant de richesses , après la réparation de tant de ruines. Mais ce motif patriotique n'était qu'un prétexte pour la passion toujours croissante de la magni- â ficence, qui éludait ainsi les prescriptions sévères des chalifes contre l'usage de la vaisselle d'argent (2), et luttait contre l'austérité du sultan lui-même. Ainsi, deux ans auparavant, une ordonnance qui défendait, sous peine de mort, la consommation et le trafic du vin n'avait pu être maintenue que pendant trois jours , parce que, les janitschares ayant forcé les tavernes, le sultan s'était vu réduit à révoquer son ordre. Après la reconstruction des murs de la capitaie, Bajesid s'occupa d'assurer la tranquillité de l'État au dedans et au dehors ; il voulut partager régulièrement les gouvernements entre : ses fils, et renouveler les traités de paix avec i la Hongrie et Venise. Les princes Schehin- Schah, Korkud, Ahmed, Selim, administrèrent i les provinces de Karamanie , Tekke , Amasia et i Trabesun. Ensuite Bajesid conféra le gou- j vernement de Boli à son petit-fils, fils de Selim, le prince Suleiman, âgé de seize ans. Le mécontentement d'Ahmed éclata ; il se plaignit que ce jeune homme fut placé ainsi, sur la route d'Amasia à Constantinople, c'est-à-dire fût jeté pour entraver ses pas , si lui-même voulait s'élancer vers le trône. Quoiqu'il n'eût pas l'habitude de changer ses décisions, Bajesid, dans l'intérêt de la paix domestique, envoya son petit-fils comme gouverneur à Kaffa; un tel éloignement semblait l'exclure à jamais du trône ; mais, en réalité, Suleiman se trouva ainsi soustrait aux périls de la guerre civile qui éclata bientôt après (3). Un envoyé du sultan d'Egypte vint annoncer le retour de Korkud dans son
(1) Rapport de l'ambassade vénitienne, dans Mariui Sanuto.
(2) Monradjea d'Ohosson , Tableau de l'empire ottoman.
(3) Seadeddin , 1. m , fol. 536 ; Ssolaksade , fol 77; Aali.