‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 213 sur 288 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

av l'ordre de faire incendier les vaisseaux de Siim. Ce prince avait perdu deux mille ca\ali g dans l'action ; les autres se dispersèrent ou s'iruirent vers la Krimée , où son beau-père, h han des Tatares, l'accueillit avec amitié, et l',sura de son assistance pour qu'il prit possessin du trône.

,a nouvelle de la défaite du beglerbeg d'Anoli, karagœs, qui , fait prisonnier par JScheit.kuli, avait subi le honteux supplice du pal, aùt, ainsi qu'on l'a vu, déterminé la marche dScliin vers Andrinople, parce que le départ d grand vesir Ali-Pascha pour l'Asie, avec t is mille janitschares et quatre mille Asab^l ), faisait espérer une plus faible résistance e Europe. Ali-Pascha, de sou côté, s'était flatté. eus cette expédition, d'effacer la honte de la rut du beglerbeg et de la destruction de Tarie ollomane, de refouler les hordes de Sieitankuli qui avaient poussé leurs courses jjqu'a Firusa(2), mais encore , à cette occasion, c placer sur le trône le prince Ahmed, du vivant c son père et avec l'agrément de Bajesid , en dpit du traité tout récemment juré avecSelim. m ministre du sultau Korkud, gouverneur mSsaruchan, fît savoir au grand vesir que Innemis'étaittournéde Brusavers Alaschehr, sait attaqué et battu l'armée de Korkud forte « sept à huit mille hommes, et s'était emparé, Alaschehr, du trésor du beglerbeg d'Anatoli, «t récemment empalé, et de quarante rangs B chameaux (3). Le prince Ahmed et le grand ,sir firent leur jonction sur le territoire de ermian, près d'un lieu appelé Altuntasch (4) lierre d'or). Le projet de mettre à profit cette xasion pour se saisir du trône fut déjoué par s manifestations des janitschares, qui, depuis [fils avaient reçu des preuves répétées de la •rmeté inflexible et du courage indomptable riSelim, avaient porté sur lui toutes leurs esipauces; les présents mêmes qu'Ahmed répanàt parmi eux ne purent lui gagner leurs incliations aux dépens de sou frère. Alors, le prince

(1) Aali , xnie événement , d'après Seadeddin , 1. îv , 11.555.

(2) Seadeddin, I. îv, fol. 254.

(3) Le rapport de Korkud au grand vesir se trouve ans Aali.

(4) Dans Giovio, Fatti illustri di Selim , ce lieu pourlit être Tascia.

et le grand vesir résolurent d'attendre des circonstances une occasion plus favorable pour l'accomplissement de leurs plans. Pour le moment, ils se contentèrent de poursuivre les révoltés de Tekke, qui, au bruit de l'approche du grand vesir, se retirèrent dans les gorges de kisil-Kia ( rocher rouge ), où ils avaient pillé les bagages de Korkud, lorsque ce prince se rendait de Tekke à Ssaruchan l'année précédente. Comme celte vallée profonde touche sur un point à la Karamanie, le grand vesir confia l'investissement de l'ennemi de ce côté à Haider- Beg, grand maître de la cour du prince gouverneur de Karamanie Aalem-Schah; le beg de Kaiszarije s'était aussi approché avec deux mille hommes tandis que le vesir occupait ainsi les issues; les brigands se trouvèrent donc enveloppés de toutes parts. Cetteespèce de blocus dura trente-huit jours; mais, enfin, les assiégés taillèrent un chemin à travers les rochers, exterminèrent Haider-Beg, et marchèrent sur la route de Kaiszarije, du côté de Siwas. Le grand vesir, qui ne fut informé de cette retraite que le second jour, fit monter à cheval les plus vaillants de ses janitschares, laissant le reste de la cavalerie au prince, et, se mettant à la poursuite des rebelles, il les atteignit à Sarimschaklick (1) [août 1511 J. De part et d'autre, on combattit avec un grand acharnement; Scheitankuli et le grand vesir restèrent sur la place , et les deux armées, privées de leurs chefs, se dispersèrent. Ainsi périt l'eunuque Ali-Pa-cha, conquérant de Coron et de Modon, signalé, malgré son infirmité, par sa valeur et son élévation d'âme, protecteur des sciences et des hommes d'étude ; il fut le premier grand vesir de l'empire ottoman qui finit ses jours sur un champ de bataille. Une fois par mois il rassemblait les savants et les poètes auprès de lui , et leur distribuait de l'argent ; un jour il leur donna plus de trois cents bourses (2). Plusieurs ouvrages importants lui furent dédiés : le plus remarquable est l'histoire des Otlomans par le persan ldris. Les qualités politiques et les vertus guerrières d'Ali-Pascha ont été dignement célébrées dans la composition d'Idriset dans les élégies du poète Meschi (3),

(1) Aali , XLUe événement; d'après Seadeddin, I iv fol. 561 , sur la rivière de Kœklschai.

(2) Seadeddin , I. iv , fol. 555 et 556.

'3) ldris; Élégie de Meschi, dans son divan.

Les compagnons de Scheitankuli se retirèrent sur les frontières de Perse; dans leur marche vers Tebris, ils pillèrent un grande caravane persane, et tuèrent plus de mille hommes. Parmi ces! victimes se trouvait avec son fils l'un des plus grands savants de la Perse le scheich Ibrahim - Schebesteri , auteur d'une épopée des prophètes, composition arabe que l'on place à côté du fameux poëme de Toghrajï, et d'une grammaire rimée qui lui valut le surnom de second Sibuje. Les brigands l'immolèrent, après avoir égorgé son fils sous ses yeux. Ismaïl-Schah, ne pouvant laisser impunis de tels actes, encore bien qu'ils fussent commis par ses partisans déclarés, invita à une fête les chefs des brigands qui étaient venus pour lui rendre hommage. On fit chauffer deux énormes marmites pour préparer le repas, du moins les conviés le pensaient ainsi ; leurs deux chefs, dont l'un s'intitulait sultan, et l'autre vesir, parureut devant Ismail. Il leur reprocha leur ingratitude envers leur souverain Bajesid , leurs révoltes, leurs attentats contre de paisibles caravanes. Ils se jetèrent à terre en produisant d'humbles excuses; alors Ismail les fit jeter dans les deux chaudières remplies d'eau bouillante, et leurs soldats, qui avaient assisté à ce terrible enseignement, furent distribués parmi ses troupes. En agissant ainsi, Ismail se proposait d'assurer son État, nouvellement fondé, contre des troubles intérieurs, et de détourner la guerre étrangère; car un tel châtiment infligé aux rebelles ottomans étouffait l'esprit de révolte, et, d'un autre côté, c'était une preuve de dispositions pacifiques données à Bajesid. Il confirma encore cette opinion par une ambassade à Constantinople, et voulut, en même temps, donner une manifestation de sa puissance. En effet , il envoya comme présent au sultan des Turcs la tète embaumée de Scheibek-Chan, souverain des Usbegs, au delà de l'Oxus,qui, par la communauté d'intérêt politique et comme sectateur des Sunnites, était l'allié naturel des Ottomans contre les Persans et les Schiites.

Bajesid reçut cette ambassade à Constantinople, où il avait fait son entrée le lendemain de la bataille livrée à Selim, comme vainqueur de son fils. L'objet de sa prédilection, Ahmed, destiné à la succession du trône du vivant

même du prince aîné Schehinschah (1), apri la défaite et la mort d'Ali-Pascha (2), avait re pris le chemin de la capitale , s'était avant jusqu'à Gebise, dans l'intention d'exécuter I plan si longtemps médité sur le trône, d'anic ner l'abdication de son père, afin de pouvoir;, saisir lui-même du pouvoir suprême. Le grau vesirHersck Ahmed-Pascha, auquel cettedignil avait été conférée pour la troisième fois apri la mort d'Ali-Pascha, n'osa point réprimer k janilschares , qui, après les désastres d'Asie, s prononcèrent hautement contre Ahmed et e faveur de Selim; et, Muslapha-Pascha,secon vesir, jadis envoyé par Bajesid auprès d'Alcxan die Borgia, ayant fait des dispositions pou aller à cheval au-devant du prince Ahmed, d côté de Skutari , un soulèvement éclata à Con; tanlinople |21 août 1511]. Dans la nuit .le janilschares pillèrent le palais de Mustapha Pascha, qui eut peine à sauver sa vie, et perdi des effets pour une valeur de trente mille du cals; ensuite ce fut au tour du palais du gram vesir Hersek-Ahmed, qui essaya d'apaiser le janilschares en leur donnant des privilèges ej de l'argent, puis, de ceux des vesirs Hasan^ Pascha, kadiasker d'Anatoli, de Muejidsad< ! et du nischandschi Dschaafertschelebi , toit cinq partisans connus d'Ahmed, enfin, desbou. tiques des marchands européens , et particulièrement des Florentins (3). Pour mettre fin ai soulèvement, Bajesid déposa le grand ver et conféra sa place au second vesir Mustapha- Pascha , celle de juge de l'armée d'Anatoli ai Molla-Chalil , celle du nischandschi au fil d'Ibrahim-Pascha , le dernier grand vesir de li famille des Dschendereli (4).

Le prince Ahmed, se voyant si près des portes de Constantinople, privé de l'espoir d'entrer dans la capitale (5), retourna en arrière, et se dirigea vers son neveu Mohammed, fils du prince Schehinschah mort tout récemment, gouvesneur de Karamanie , l'assiégea dans Konia, et le réduisit par la famine à se rendre, en

(1) Mouradjea d'Ohsson , ire partie , édit. in-8°, p. 284.

(2) Aali, xune événement; Seadeddin, 1. iv, fol. 589 rapport des Vénitiens de Raguse , d'après des lettres de Constantinople, du 13 septembre.

(3) Aali.

(4) lbid., Seadeddin , Ssolaksade.

(5) Menavino.

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