‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 212 sur 288 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

jiuvernement (1 ). Ln ambassadeur turc se renrt à Ofen (2). Un plénipotentiaire hongrois se "ésenta à Constantinople pour renouveler la îix. Un négociateur turc partit aussi pour enise, afin de renouveler la trêve, et de suivre iffaire des subsides que la république, pressée tdement par ses ennemis, sollicitait pour la •emière fois, mais sans succès, par Nicolo Giusniani, son ambassadeur auprès de la Porte. Au intraire, le baile dut promettre au sultan, i nom de la république, la mise en liberté du arquis de Mantoue qu'elle retenait prisonnier, '. qui avait réclamé la puissante médiation du onarque ottoman (3).

Bajesid était vieux et maladif; et, si la tranuillité extérieure paraissait assurée en Europe arle renouvellement des traitésavec la Hongrie, 1 Pologne et Venise; à l'intérieur, la guerre allumait entre les frères, entre le père et ses ls. Depuis longtemps, larivalité de prétentions avisait les princes ottomans; tous visaient au "■ône; le changement de gouvernement de Su- :iman fit éclater la discorde. Ahmed, que Bajesid destinait à lui succéder de préférence au I Js aîné Korkud, avait été nommé héritier du ïône. Il avait les suffrages des janitschares et 'es vesirs; car, àleursyeux, Korkud,quipassait les jours dans les délassements de la musique ;t de la poésie, était incapable de gouverner. ■Jn tel avantagedonné au prince Ahmed, au prétidice de son aine Korkud, était un aiguillon tour les espérances ambitieuses de Selim, ■■mi, plus jeune qu'Ahmed, voulait arriver à la succession du trône par la ruse ou par la force. Son humeur guerrière, ses occupations toutes miliaires,sa passion pour les armes lui auraient assuré les affections de l'armée , si elle n'avait pas :téeffrayée par sa cruauté et sa tyrannie. Il commença par blesser son père et le grand vesir, en quittant sans permission son gouvernement de Trabesun, pour se rendre dans celui de Kaffa attribué à son fils Suleiman ; là il afferma , de sa pleiue autorité, les divers canlonsdu Sandschak; puis,ilfitdescoursescontrelesTscherkesses. Bâ-

ti) Rapport de l'ambassade vénitienne, dans Mariai Sanulo.

(2) lstuanfi , Hisf., I. iv, p. 37 , et Katona , t. xi, ord. xvm , p. 596.

(3) Guicciardini , I. ix,

jesid lui envoya l'ordre de retourner dans son gouvernement. Au lieu d'obéir, Selim, dans sa réponse, sollicita un sandschak en Europe, au lieu de celui de Trabesun si éloigné du centre de l'empire (l). Plus il était près de son père, plus il avait de moyens pour déjouer le plan d'abdication que méditait Bajesid en faveur d'Ahmed, ou de se mettre lui-même sur le trône à la mort du sultan. Trois fois Selim renouvela sa prière ; il désirait qu'il lui fût permis de venir à Andrinople baiser la main de son père qu'il n'avait pas vu depuis vingt-six ans; trois fois le sultan rejeta sa supplique (2), et lui refusa le sandschak de Rumili. Alors Selim rompit les liens de l'obéissance [ mars 1511 ], et se mit en marche avec des troupes pour Andrinople, afin d'appuyer sa demande du sandschak de Rumili, par sa présence. Les vesirs, effrayés d'une telle indocilité, réunirent toutes leurs voix pour affermir le sultan dans ses premières résolutions; ils lui représentèrent combien était dangereux cet exemple de désobéissance, qui pourrait entraîner ses frères ; et lui firent sentir les conséquences funestes de toute concession en cette circonstance; il ne fallait, disaientils, s'écarter, en aucun point, des principes jusqu'alors rigoureusement observés, de ne jamais accorder à aucun prince un gouvernement en Europe. Le savant légiste Nureddin-Ssarigurs reçut la mission d'aller faire les plus pressantes instances à Selim à ce sujet; mais il n'obtint aucun succès. Alors Bajesid, poussé par les conseils de ses vesirs, envoya le beglerbeg de Rumili, Hasan-Pascha , avec quinze mille hommes, contre ce fils indocile. A peine était-on parvenu à unejournée de distance, que l'on apperçut les étendards de Selim; et Hasan-Pascha , dont la marche n'avait d'autre but que d'effrayer le prince, se voyant si près de lui, se replia sous les murs d'Andrinople. Cette retraite fut regardée comme un mauvais présage, et aussitôt l'armée prédit que Selim ornerait son front de la couronne. Le camp de Selim était établi dans la vallée dite Tschukurowa , devant

(1) Seadeddin, I. m, fol. 567-569 ; Ssolaksade, fol. 68; Aali , Rausatul-Ebrar, Spanduj;mo, Cambini, Menavino, et , d'après eux , Sansovino.

i2) Seadeddin, fol. 570; Ssolaksade, fol. 78; Aali, xvme événement ; Giovio , Spandugino , Cambini , Menavino, Sansovino

les portes d'Andrinople: Bajesid se rendit luimême au milieu de son armée; et, faisant tirer les rideaux de sa tente, il considéra, les yeux pleins de larmes, les troupes de son fils rangées en face de lui clans une disposition menaçante. Cette fois, le beglerbeg de Rumili s'interposa pour empêcher une bataille. Il alla représenter au prince, qu'il était impossible, pour le moment, qu'il vit son père; mais il lui apporta la promesse de Bajesid de ne point résigner, de son vivant, le trône au prince Ahmed, et de lui accorder, à lui-même, le gouvernement de Seraendra, en y ajoutant Widin et Al.idschahiszar. On rédigea un traité en forme, et l'acte fut rapporté revêtu de la signature de Bajesid, avec de riches présents en jeunes garçons, en chevaux, et en argent: ensuite, le sultan reprit le chemin de Constantiuople, et Selim se rendit a Semendra.

Tandis que ces événements se passaient en Europe, l'Asie était menacée aussi d'une guerre civile. Le prince Korkud , à la nouvelle de la marche de Selim sur Andrinople, avait quitté Antalia, et s'était mis en possession du gouvernement de Ssaruchau, qui lui avait été refusé jusqu'alors (1), afin d'être aussi plus près du théâtre où allait s'engager la lutte sur la possession du trône, et sur lequel il voulait agir du vivant même de son père, ou au moins aussitôt après sa mort. Lorsqu'il traversait la province de Tekke, tous ses bagages furent pillés près du village d'Almalu, par les bandes de brigands qui inquiétaient le pays. Leur chef était le fils de Karabiik( la moustache noire ), qui se mit à la tète des fanatiques de ce canton dévoués au Schah-Ismail, s'annonça comme le représentant de ce prince, investi de son pouvoir, et prenait le titre de schahkuli ( esclave du Schah ), tandis que les Otlomans , le considérant comme un dangereux rebelle, l'appelaient Schcitankuli (esclave du diable). Karagœs, beglerbeg d'Anatoli . qui avait été chargé de soumettre les rebelles, fut surpris par Scheitankuli et détruit avec toute son armée. Cette nouvelle se répandit en Europe au moment où Selim, se rendant d'Andrinople à son nouveau sandschak de Semendra, se trouvait à Sagora. Ce fut pour lui

(1) Aali , xliii' événement , Ssolaksade , fol. 78.

M PIRE OTTOMAN

un prétexte pour s'arrêter, en attendant quel troubles d'Asie fussent apaisés. Bajesid lui voya plusieurs messages pour le presser dec tinuer sa marche vers Semendra : mais ! n'obéit pas, ef le sultan, qui commença craindre pour Constantinople, se tourna vei celte capitale (I). A peine Bajesid était-Ile marche dans cetlc direction , que Selim vint Andrinople, ouvrit les prisons . vida les cals»* et installa de nouvelles autorités dans la villt Cependant, à Constantinople, le parli d'Ahraet qui s'efforçait d'assurer de suite le trône à . prince, par l'abdicalion de Bajesid, avait un supériorité décidée. A sa tète était le grand Vf sir Ali-Pascha, ami personnel d'Ahmed. Potiss par ce minisire, Bajesid quitta de nouvea Constantinople pour marcher contre Selim. qt s'était mis en marche d'Andrinople avec un armée. Près du village d'Ograschkoï (2), mu loin de Tschorli (Tzurulum ', les deux année se trouvèrenl en présence. Le grand vesir Ali' Pascha courut à la voiture dans laquelle étai' étendu le vieux sultan tourmenté par la goultfi • leva le rideau , lui montrant l'armée de son fil? composée pour la plus grande partie de Talareik de la Kriraée : « Ce fils, s'écria-t-il, vient-il bai' ser la main de son père, ou le précipiter di'rt trône?» Les autres vesirs provoquaient d' même le sultan à l'attaque. F.nfin Bajesid s'adressa à l'armée : «Vous esclaves, qui voti nourrissez de mon pain , tombez sur les rebelles ! » Dieu e>t grand ! s'écrièrent à la fois d!)' I mille fidèles soldats, et aussitôt ils atlaquèrcDi* et triomphèrent (3\ Selim ne dut son salut qu'é' la rapidité de son Courier Karabulut(4)(nuéfM noire), le bucéphale de l'histoire ottomane, e! à son fidèle compagnon, qui devint plus tard1' son gendre, et son vesir, Ferhad, dont le bras abattit les cavaliers qui serraient son maître de' trop près : 5). Selim précipita ainsi sa courte vers Achioli ( l'ancien Anchialos), sur les rives de la iner Noire, et s'embarqua pour la Kriinée, avant l'arrivée du messager de Bajesid expédié

(1) Seadeddin , 1. îv , fol. 548.

(2) Dans 1.» Tuico-Graecia de Crusius , le village e*l appelé Sirdkoi , p. B6.

(2) Menaviuo.

(4) Dans Giovio Charabulo.

(5) Seadeddin , I. iv, fol. 551 ; Aali , Sjolaksade , fol. 79.

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