V-Ali-Chalife , qui avec vingt mille Turkmans
ivageait le paysde Karahiszar et de Nigisar(l).
( fut la troisième défaite que subirent les Ot-
i nans . succombant sous les coups des troupes
< Scheitankuli ; et ils purent, en grande partie,
: ribuer ces désastres à l'inaction d'Ahmed.
(i le vit déclieoir bien vite dans l'opinion; la
j\ix de l'armée et du peuple éclata en faveur
I Selim. Bajesid, irrité contre Ahmed qui
■■ait fait couper le nez et les oreilles au messa-
ir de la Porte (2), persuadé d'ailleurs par les
uisons des deux vesirs Hersek et Mustapha (3),
institua le gouvernement de Semendraà Selim,
autorisa ainsi le retour de ce prince de la
"imée en Europe. En même temps Korkud ,
u jusqu'alors s'était tenu paisible dans son
juvernement de Ssaruchan, et qui devait
jaindre maintenant d'être traité par Ahmed
jmme l'avait été son neveu Mohammed , fit i '
le tentative pour gagner la faveur de son eux père et des janitschares, et s'assurer la îccession au trône, au préjudice d'Ahmed et e Selim. Suivi seulement de trois serviteurs, et iché sous un déguisement, il se rendit à Conantinople et descendit à la mosquée des caîrnes des janitschares qu'il espérait gagner au loyen de cette confiance, en invoquant les iroits de l'hospitalité et en rappelant le souvenir les présents qu'il leur avait distribués trois ans uparavant, alors que, pendant deux semaines, il
(1) Seadeddin , 1. îv, fol. 572.
(2) Traduclion d'Dlloa de Dias Tanco , p. 98.
(3j D'après Seadeddin , 1. iv, fol. 573 , ce fut volouairemeul; selon Giovio , il fui contraint par les deux pascbas.
avait tenu les rênes du gouvernement au nom de son père (1). Mais leur opinion sur son incapacité, et leur prédilection pour Selim étaient si puissantes, qu'ils les manifestèrent ouvertement devant lui ; lorsqu'il exprima le désir de baiser encore une fois, après trente ans, la main de son père , ils le conduisirent respectueusement à l'audience du sultan; mais ils le surveillèrent rigoureusement jusqu'à l'arrivée de Selim, qui s'approchait de la capitale (2). Ahmed avait fait solliciter secrètement l'assistance du chan de Krimée , en lui promettant à l'avance la possession delapresqu'ile; déjàMengii-Girai était ébranlé, lorsque son fils Seadet- Girai vint combattre l'influence de l'autre prince Mohammed dévoué au parti d'Ahmed , et fit préférer les offres de son ami Selim (3). Avant même la lettre de son père, à la fin de janvier, Selim était parti avec trois mille cavaliers, dont moitié Tatares de Krimée; il avait passé le Danube sur la glace près d'Akkerman, où un grand nombre de ses gens étaient morts de froid. Le 6 mars 1512, les janitschares, en tumulte, demandèrent au sultan sou fils Selim pour chef contre Ahmed. Bajesid accueillit favorablement leur requête; et aussitôt des courriers des janitschares furent expédiés à Selim, pour lui porter la réponse de son père, et lui faire accélérer sa marche (4). Lorsqu'il fut à trente mille de Constantinople, l'aga des janitschares alla à sa rencontre (5). Le 19 avril (6) , il fut reçu à la porte du jardin neuf (7) par les vesirs, les grands, par son frère Korkud (8). Bajesid, qui avait amassé de grands trésors avec lesquels il espérait se maintenir sur le trône, fit offrir à son fils Selim 300,000 ducats sur-le-champ, et 200,000 de revenu annuel, s'il voulait s éloigner (9). Mais Selim refusa de telles conditions,
(1) Giovio et Spandugiuo sont complètement d'accord avec Aali et Seadeddin.
(2) Seadeddin ,1. îv, fol. 574 , Aali.
(3) Dschelals , exemplaire de Dresde , $ i v. fol. 17.
(4) Rapport du Bailo Foscolo , de Constantinople , 6 mars.
(5) Jbid., dans Marini Sanulo.
(6J A di 19 venue in terra, ibid.
(7) Aali , XL11' événement; Seadeddin , I. iv, fol. 574, et Spandugiuo, fol. 88.
(8; Giovio, Fatli illustri di Selim ( Sansovino , 1. il, fol. 332).
(9) Rapport de Giusliuiani, dans Marini Sauuto.
assuré de l'appui des janitschares, auxquels il avait promis troisaspresde solde parjour, s'il parvenait au trône. Alors Bajcsid demanda 1° de pouvoir mourir sur le trône , en assurant la suecession à Sclim; 2" de conserver son trésorier et ses trésors; 3° la réconciliation deSelim avec Ahmed. Selim n'accorda que le dernier article, et fit ses dispositions pour précipiter son père du trône (1).
Le samedi 25 avril 1512(2), les janitschares et les sipahis ainsi que toute la population de Constantinople, les vesirs en tète, se levèrent à la fois, et ces masses se portèrent au sérail ; Bajesid, assis sur le Irône , reçut les vesirs, et fit demander par eux à la multitude ce qu'elle désirait, une voix immense répondit : «Noire padischah est vieux et malade, nous voulons le sultan Selim. » Douze mille janitschares poussèrent à la fois leur cri de guerre. Alors Bajesid, accablé, laissa tomber ces paroles : >i J'abandoune l'empire à mon fils Selim ; que Dieu répande sur lui ses bénédictions (3) ! » Aussitôt de toute cette multitude s'éleva le cri : Dieu est grand ! qui fut répété par les murs du palais et par les sept collines. Tandis que celle scène se passait du côté du sérail , Selim s'était arrêté à la porte de la première à la seconde cour, où doivent attendre, encore aujourd'hui, les paschas et les ambassadeurs, avant d'être admis en audience, là où se tient le bourreau pour serrer le lacet autour du cou ou abattre la tète des vesirs condamnés à mort , à leur entrée ou à leur sortie, horrible vestibule du despotisme, où l'esclave, dans des transes affreuses, se tient l'œil fixé vers le palais, ne sachant si le premier message sera l'admission devant son maître ou l'ordre de sa mort. C'est là que les vesirs vinrent chercher Selim, pour l'introduire dans les appartements intérieurs. Il baisa les mains de son père, qu'il renversait du trône; puis il remonta à cheval, précéda la voiture de Bajesid jusqu'à l'ancien sérail, et vint ensuite dans le nouveau recevoir les hommages de ses sujets. Bajesid, abandonné de tout le monde, resta ainsi vingt jours dans une affreuse soli-
(t) Rapport de l'ambassade, dans Mariui Sanuto.
(2) Seadeddin , fol. 574 , et Ssolaksade.
(3) Ces paroles sont bien différentes du discours imaginé par Giovio.
tude; alors, il sollicita de son fils la grâce ( pouvoir se retirer à Demotika, afin de rendi l'âme dans le lieu de sa naissance (1). Sa prièi fut exaucée, et il partit accompagné du ve» Junis-Pascha, et du d< fterdar Kasim, dont dernier avait sauvé sa vie par le sacrifice i plus d'un million (2). Selim lui-même marcha côté de la voiture de son père jusqu'à la pori d'Andrinople , à pied, dans une attitude respei tueuse, paraissant écouter avec humilité |< derniers avis du vieillard. Bajesid n'atteign' point Demotika; il mourut le troisième jour d' sa route [26 mai 1512] à Aja, dans le voisinag d'Afsza , succombant sous le poids de l'âge, d(' infirmités et des douleurs morales , ou peut êti des suites du poison , qui lui aurait été adniini1 tré par un médecin juif , sur l'ordre de son fils suivant l'accusation du Génois Menavino,qi servait Bajesid en qualité de page. Au resti ce témoignage, répété par les historiens italien» est bien affaibli par le silence des ambassadeur' vénitiens contemporains; mais il est fortifi' par la réserve des historiographes ottoman»1 qui évitent de toucher ce point, et par le resl de la vie de Selim.
Le long règne de Bajesid, signalé par de guerres fréquemment malheureuses et par urn1 politique habituellement pacifique, porte sou plusieurs aspects l'empreinte de cette philosophie mystique, de cette poésie mélancolique qu' se réfléchissaient dans les traits du sultan, et qu apparaissaient dans les institutions de l'époquel Andréa Gritti, ambassadeur et plus tard dopé de Venise , représente ainsi le vieux sultan dans' ses rapports à la Signoria : « Rien , dans son visage plein et gras, dans son aspect, n'annonce la cruauté , n'inspire l'effroi ; l'expression en est plutôt mélancolique. On croit y lire la superstition, l'opiniâtreté et la convoitise, lise plait aux arts mécaniques, aime les cornalines bien taillées, l'argenterie ouvragée, les objets tournés; il est très -versé dans l'astrologie et la théologie , se livre à l'étude sans relâche, et sait bander un arc mieux que personne. Depuis bien des années il a renoncé au vin, et vit très-régulièrement, sans pour cela s'abste-
(1) Spandugino, p. 89 ; Dschelals, Selimn., S *"•
(2) Rapport de l'ambassade de Venise , dans Marini Sanuto.