‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 216 sur 288 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Pj des jouissances de toute espèce ; la vieillesse e venue pour lui avant le temps.» L'esprit de J.doctrinc des ssofi, que Schak-lsmail faisait tirner à des vues politiques, afin de transfori r une famille de scheichs en une dynasiie de nahs, domine non-seulement en Perse, mais icore en Turquie, et se manifeste depuis un i cle par diverses œuvres mystiques et par la hdation d'ordres ascétiques. Dans le premier :cle de l'empire ottoman , il n'y eut que trois tdres de derwicshs, les nakschendis, les saat>et les begtaschis, dont l'histoire fasse menijn jusqu'à la fin du règne d'Urchan. Le scond siècle en vit fonder six autres, les chal- ,-tis ( I , les seinis (2), les babajis (3,\ les beiimi(4;,les eschresis et les bekris, qui toutes Lifturd'hui se perpétuent par de nombreux discales , et dont les tombeaux , d;ins les villes où . vécurent et moururent, sont autant de lieux ; pèlerinage pour les fidèles. Malgré la riicLir ascétique de Bajesid et l'expression puce et tendre de ses traits, il est accusé de are adonné à l'ivrognerie (5), et d'avoir fait fnpoisonner son frère Dschem et l'un de ■' s fils ; toutefois , ces crimes ne sont aplyés sur aucune preuve historique. Qu'il ait julu se défaire de son malheureux frère, afin ; être délivré d'une pension de 40,000 ducats , , y aurait là quelque vraiseml «lance . d'au (nul lus que le conquérant avait érigé le fratricide i loi de l'empire ; mais qu'il ait fait administrer lu poison à son fils Mohammed par le grand mitre de la cour, comme le rapporte le Génois , lenavino G, parce que le jeune prince sérail enu sous un déguisement à Constanlinople, estuiiesupposilionque repoussent l'amour et Fjindnlgence de Bajesid pour ses autres enfants, •ont il pleurait sincèrement la perte. A la nouelle de la mort d'Aalem-Schah, qui lui fut ransmise , suivant les règles de l'étiquette, sur m papier noir, portant des caractères tracés à i'encre blanche, il arraclia son turban, fit re-

(1) Omar Cbalweli, mort àKaisaiijeen 800 [139/].

(2) Seineddia-Ebubekr-Chati , mort à Kufa eu 8S3 ,1424].

(3j Abdulohani pir Babaji ,mort à Andrinopleen 870 1465].

(4) Hadschi-Beiram , mort à Angora en 876 [1471].

'Uiiiia.iji.'.i i '(Jhqssoii . I. iv, p. 50, W.s. (G; Menavino.

tourner les tapis de son appartement , défendit toute espèce de musique, interdit les marchés pendant trois jours, et fit distribuer 6,000 aspresaux pauvres (I). Il dépensait beaucoup en aumônes, dont le compte s'élève durant son règne à 8,600,000 aspres (2). 11 envoyait chaque aunée, 14,000 ducats à la Mecque (3). Bajesid ne porta, ni le bonnet brodé d'or (uskut) des six premiers sultans, ni la coiffure ronde des ulémas (urf) adoptée par le septième; il prit le turban élevé à forme cylindrique , entouré de mousseline, qui depuis est resté la coiffure de cérémonie, sous le nom demudsehe\vese(4). D'après les rapports des ambassadeurs vénitiens résidant à Andrinoplesous le règne de Bajesid, Giustiniani et Foscolo , les revenus de l'empire s'élevaient alors de 4 à 5,000,000 de ducats. L'Asie comprenait vingl-quatre sandschaks et l'Europe trente-quatre, dont les titulaires jouissaient d'un revenu annuel de 2 à 10,000 ducats, menaient en campagne de 600 à 1,000 cavaliers, de manière que cinquante mille saims et timariotes et douze mille janitscliares composaient l'armée permanente des Ottomans. La flotte était ordinairement forte de soixante-dix galères; les produits desgouvernemenls des princes montaient à 80,000 ducals; les revenus des vesirs, à 25,000 ducals; les émoluments des beglcrbegs d'Asie et d'Europe furent fixés à 30,000, des deux juges de l'armée, à 5,000, des deux defterdars, à 4,000, des deux kapidschibaschis, à 1,000 ducats. Trois vesirs à trois queues, avec les deux kadiaskers, deux defterdars, et le secrétaire d'État pour la signature du sultan, formaient le divan, qui s'ouvrait le samedi, se continuaitles trois jours suivants, au malin, dans le palais du sultan; vingtcinq écrivains, qui furent ensuite les présidents d'aulant de bureaux de la chancellerie , tenaient les registres , et cinquante préposés aux balances pesaient l'or et l'argent apporté au trésor. Après que les opinions avaient élé exposées, les vesirs prenaient leurs repas, el faisaient ensuite successivement le rapport de leurs affaires

(1) Menavino.

(2) Seadeddin , 1. iv, fol. 570 ; Ssolaksade, Idris, Mouradjea d'Ohsson , ne partie , p. 422.

3 Ibid. iueparlie ,p. 11 1.

4< Mouradjea d'Ohsson , I. vui , p. 26|.

respectives à l'audience du sultan. Soixante tschauchs ou messagers d'État , soumis au maréchal de la cour (tschauschbaschi), attendaient, aux portes du divan, les ordres du conseil, pour expédier des courriers, faire venir les personnes appelées , transmettre les sommes ordonnancées ou faire rentrer les objets réclamés; trois cents kapidschis gardaient les portes du palais. Six généraux de cavalerie des sipahis, des silihdars des mercenaires, et des étrangers, de l'aile droite et de l'aile gauche, l'aga des janitschares turcs, quatre lieutenants généraux, et l'aga de l'artillerie, formaient l'état-major de l'armée. Les trois mille chevaux de l'écurie du palais et leurs cavaliers étaient sous les ordres du grand écuyer de la cour. Quand le sultan sortait à cheval, il était entouré de deux cents archers (ssolak) et de trois cents valets; en campagne, ses gens se tenaient auprès de lui , campaient à côté de sa personne, tandis que les tentes des janitschares formaient un cercle autour du pavillon du souverain.

Malgré sa nature pacifique, Bajesid, dans sa piété, attribuait un puissant mérite à la guerre sainte; à l'exemple de deux des plus grands souverains de l'islam, Nureddin, si connu par l'histoire des croisades (1), etdeTimur, il fit recueillir avec soin la poussière attachée à ses bottes et à ses vêtements dans ses expéditions contre les infidèles , la destinant à être placée sous sa tête après sa mort , afin que sa tombe fut embaumée comme avec du musc par l'odeur de cette terre sanctifiée (2), qui le préserverait du feu éternel (3). Un plus grand mérite pour lui aux yeux des croyants, ce fut d'avoir élevé des édifices consacrés au culte du prophète. Sur la troisième des sept collines de Constantinople se dressa la musquée de Bajesid , dont la construction ne fut accomplie qu'en neuf années; il y rattacha une maison des pauvres et une académie (4). A Andrinople, il fit bâtir aussi une mosquée, une maison de pauvres, unhôpiial, un collège; à Amasia, des cloîtres; des écoles, des cuisines pour les pauvres, une médrèse; enfin , à Constantinople , encore une mosquée

(1) Dschamiet-Tewarich.

(2) Dscberefeddin.

(3) Seadeddin.

(4) Dscheuabi , p. 413.

et un cloître en l'honneur du scheich Sch seddin-Bochari (1). C'est encore à la piété i Bajesid qu'il faut attribuer le rétablissemen la dignité de chef des émirs, c'est-à-dire descendants du prophète, qui, instituées Mohammed Ier, avait été supprimée sous hammed II. Bajesid y rattacha le titre de nak bul-eschraf, ou élu des nobles (*2). Ce sultan o>. donna aussi des ouvrages d'utilité publiqm Sous son règne furent construits, à Osmanc schik , un grand pont de neuf arches sur le K silirmak(IIalys); àKiwa, un pont de quaton arches, sur leSangarius; un autre de dix-nei arches, à Ssaruchan, sur le Kodos (Hermas). Se vesirs imitèrent son exemple pour des fond; tions pieuses; Mohammed et Daud firent élevé des cuisines de pauvres, sur le modèle des éta blissements de ce genre attachés aux mosquée de Mohammed 11 ; Ali-Pascha et Mustapha-Pas cha se signalèrent sous ce règne par de pareH actes de bienfaisance (3). Bajesid accorda au sciences une protection généreuse; chaque an née, il faisait de riches présents aux légistes au mufti, aux kadiaskers, aux muderris et au: scheichs.

Sous cette rosée abondante devaient fructi fier les sciences; quelques-uns des principal» légistes furent employés dans les ambassades e les négociations les plus importantes : ainsi Ssarigurs (4) porta des propositions de Bajesid à Selim ; Imam-Ali fut envoyé en ambassade , une première fois , auprès de Kaitbai en Egypte (5), et, la seconde , au sultan Korkud. A d'autres fut confiée la direction des bib!io-< thèques attachées aux mosquées, et dont les trésors s'accroissaient chaque jour, ainsi qu'ii arriva au chroniqueur Nigisari et à Jusuf- Dschuneid(6). Quelques-uns, qui, dans l'exercice des premières charges de la magistrature, avaient acquis de grandes richesses, les consa-

(1) Aali , fol. 174. Peut-être Bochari est l'Ebrubehari de Kycaut ; mais Bocbari vivait sous Bajesid 1er , et non pas sous Bajesid 11 ; il ne fonda aucun ordre.

(2) Mouradjea d'Obsson.

(3) Rumili d'Hadschi-Cbalfa , p. 66.

(4) Ssarigurs, mort en 929 [1522].

(5) Ali , mort en 927 [1520], Seadeddin , fol. 598.

(6) Acbi-Jusuf-Ben-Dscbuneid de Tokat , auteur de gloses au Ssadresch-Scheriat ; Seadeddin , fol. 587 ; Aali.

Page 1