LIVRE XXI
trois fils de jYfahjpud , le fils d'Aalem-Sçhah.
Osnian cl le fils de Schchin- Schah Mohammed ;ce dernier n'avait que sept ans, les autres claicnl àgi'sd.- quatorze à \in;;t-un ans. Tous les cfnq Furent renfermés dans une chambre et réservés au supplice pour le lendemain. Le petit Mahmud se jeta aux genoux des bourreaux, les supplia de lui laisser la vie, offrant de servir fidèlement le sultan moyennant un aspre par jour ( 1 ). Osman , fils d'Aalcm-Schah , jeune prince de vingt ans rempli d'espérances, se défendit vigoureusement contre les exécuteurs au moment où ils voulurent remplir leurs fonc-
;tions : a l'un il cassa le bras et frappa l'autre mortellement d'un coup de couteau (2). Selim, qui d'une pièce voisine contemplait le massacre de ses neveux, envoya d'autres bourreaux qui lièrent les mains au prince, et alors ils purent l'étrangler sans aucun risque pour leur propre vie. Les cinq cadavres furent ensevelis à Brusa, près du tombeau de Murad II (3).
Jusque la , Korkud s'était tenu paisiblement
idans son sandschak \ ; mais, à la nouvelle de cette exécution, ne pouvant plus douter (pie
pelim ne réservait pas un meilleur sort à ses
(frères qu'à ses neveux , il tenta, par des lettres, de gagner les gouverneurs et les janilschares.
•Instruit de ces manœuvres , Selim quitta Brusa, avec un corps de cavalerie de dix mille hommes , sous prétexte d'aller à la chasse , et le cinquième jour de sa marche, il atteignit JMagne-
■ sia, où il espérait surprendre son frère. Celuici eut à peine quelques instans pour s'échapper par une porte de derrière avec Piale, l'un de ses plus dévoues serviteurs. Durant vingt jours ils se tinrent dans une caverne, puis s'enfuirent déguisés vers Tekke, l'ancien gouvernement de Korkud,, d'où ce prince se flattait de pouvoir gagner l'Europe. Là encore, Korkud resta quelques jours enseveli dans une caverne, tandis
(1) Rapport de l'ambassade vénitienne, dans Marini Sanuto et Giovio; Fatti illustri di Sclim , dans Sansovino , 1. 1 , fol. 314.
(2) Menavino.
(3j Les biographies des personnages illustres ensevelis à Brusa.
(4) La lettre par laquelle Korkud avait fait la paix avec Selim , et la réponse de celui-ci se trouvent dans Feridun , nos 244 et 245; dans le Codex parisien, 79, p. 283; Notices etextrails, t. v , p. 683.
que Piale confiait son cheval à un Turkman, afin d.'aller chercher dés alimens pour le prince. La richesse de la selle et des harnais, éveillèrent les soupçons d'autres Turkmans, qui épièrent les alentours delà grotte, et donnèrent avis (je leur découverte au sandschak-beg Kasim\l\ Celui-ci s'empara de la personne de Korkud et de son compagnon Piale, et de suite expédia un courrier à S. Mm , qui, après avoir pris possession du palais et du harem, était revenu à Brusa. Karalschinogli fut chargé d'amener à Brusa le frère du sultan. Le kapidsehfbaschi Sinan fut envoyé à la rencontre du prince , aux approches de la ville, comme pour lui présenter les compliments de Selim, mais en réalité porteur d'un ordre de mort. Dans la nuit , Sinan trouva moyen, à l'aide d'une ruse, d'éloigner Piale de son maître, puis il éveilla Korkud pour qu'il prit connaissance de la sentence prononcée par son frère (-'). Korkud demanda une heure de délai, et se mit à écrire à Selim une lettre en vers, pleine de reproches sur sa perfidie. Le lendemain le cadavre fut apporté devant le sultan, et l'élégie lui fut présentée. Le meurtrier pleura de repentir ou peut-être ne versa-t-il que des larmes hypocrites. 11 ordonna un deuil de trois jours; quinze Turkmans, qui avaient dénoncé le lieu de refuge de la victime et qui s'étaient rendus a Brusa dans l'attenté d'une récompense, furent mis à mort, comme jadis avaient été traités par Bajesid les brigands qui s'étaient vantés d'avoir pillé les bagages de Dschem (3). I.e fidèle Piale déplora toute sa vie la perte de son maître, et se tint connue gardien du tombeau de Korkud, jusqu'à ce que lui-même rendit le dernier soupir | \ .
A peine l'hiver louchait à sa fin, qu'Ahmed partit d'Anasiaavec vingt-cinq mille cavaliers, se dirigeant sur Brusa. Selim envoya en toute hâté laça des janilschares à Constàntfhople , avec ordre de l'aire débarquer, dans l'espace de trois jours, dix mille janitschares sur la Bote,
(1) Seadeddin , fol. 665 ; Ssolaksade fol. 83; Nochb» let-Tewarich, Aali.
(2) Menavino , delta morte di sultan Corcuth fralello di sultan Selim ; Giovio, Fatti illustri di Selim in Sans.', vino, I. j , fol. 345.
(3j Menavine
(t) Seadeddin , Ssolaksade , Aan.
près de Mndania (1). Aussitôt que ces troupes furent arrivées , Selim marcha contre son frère, qui déjà avait pris position au passage d'Ermeniderbend, qu'il faut franchir le long du mont Olympe, pour aller d'Aincgœl à Brusa Ce défilé était célèbre dans l'histoire ottomane : là était tombé le neveu d'Osman, fondateur de la dynastie, et il avait été enseveli près du village d'Hamsabeg. C'est dans ce lieu aussi que Dschem, fuyant du champ de bataille près de Nicée, avait eu à subir les attaques des Turkraans. Le grand écuyer Mohammed-Aga, commandant de l'avant-garde et le beglerbeg d'A natoli furent battus par Ahmed, avec une perte de sept mille hommes. Il ne restait plus guère au sultan que huit à dix mille guerriers^). Si Ahmed avait su poursuivre ses avantages, Selim aurait indubitablement perdu la première bataille et le trône ; mais Ahmed laissa au sultan le temps d'appeler à lui les renforts de Dukaginoghli, d'Ahmed-Pas ha, et du fils du chan tatare Sead"t-Girai, fils de Mengli-Girai, beau-fère de Selim , qui éfait arrivé avec cinq cents Talares, dont chacun menait quatre chevaux (3), afin de présenter les hommages du chan au sultan. Avec ces forces nouvelles, Selim franchit l'Akszu (eau-blanche), qui le séparait d'Ahmed , et les deux armées se rangèrent en bataille dans la plaine de Jcnischehr, la veille de l'anniversaire de l'abdication de Bajesid (4). Avant d'engager l'action | 24 avril 1513J, Ahmed appela son frère en combat singulier, pour épargner l'effusion du sang. Selim renvoya le messager avec 8,000 aspres. Il y eut d'abord une escarmouche entre cent cavaliers de part et d'autre. Ahmed courut se mettre à la tête de mille ehevaux,avec lesquels il fondit sur un corps de trois mille hommes qui lui était opposé; mais le beglerbeg d'Anatoli, avec les janitschares , d'un côté, et Seadet-Girai avec les Tatares , de l'autre , le chargèrent si vigoureusement, que ses troupes furent battues et que
(1) Neschri , fol. 26; Aali , fol 10, et Dschihannuma, p. 426.
(2) D'après Menavino , huit milie hommes , selon les rapports de l'ambassade vénitienne, dix mille.
(3) Seadeddin , S; olaksade, Aali , Menavino , Giovio, Tubero.
(4) La date du 24 avril ne se trouve que dans Alphonse Clloa , p. 105.
lui-même fut réduit à prendre la fuite; il courut rapidement le long d'un fossé , et, la terre cédant sous son poids , il tomba dans l'eau avec ! son cheval et fut saisi par Dukaginoghli, qui i le poursuivait (1). Ahmed demanda à être conduit devant son frère; mais cette prière futre- ! jetée et Selim répondit qu'il allait lui accorder ' un sandschak tel qu'il convenait aux princes ; ottomans : c'était un arrêt de mort. Le chambellan Sinan,qui avait déjà immolé Korkud, fut chargé aussi d'exécuter la sentence portée i contre Ahmed. Avant de se livrer au bourreau, , Ahmed tira de son doigt une bague dont le prix égalait, disait-on, le produit du tribut delà Rumili,et l'adressa comme un legs à son frère, ) en le priant d'excuser le peu de valeur de ce souvenir (2). Son corps fut déposé, à côté de ses ' cinq neveux exécutés avant lui, près du tom-f tombeau de Murad 11 , à Brusa (3).
Alors, tous ces meurires accomplis, le sultarii revint à Gallipoli , et après avoir inspecté Ie| château européen des Dardanelles appelé la Clef-de-la-Mer (Kilidul-Bahr), il se rendit au mont Athos (4), où, au milieu de fêtes pompeuses, il reçut de riches présents de ses vesirs;! puis il se dirigea vers la capitale de rempire,l pour gagner enfin Audrinople. Là se présentèrent les députés de la Moldavie et de la Vala-t chie, déposant à ses pieds le tribut, et les am-i bassadeurs de Hongrie et de Venise , qui , maintenant qu'il n'y avait plus de doute sur la toute-j| puissance et la souveraineté absolue de Selim .1 sollicitaient avec ardeur le renouvellement deMi traités existants ; ils furent d'autant mieux accueillis que les pensées de conquête de Selim s(> portaient , non point sur l'Occident , mais Orient. A peine assis sur le trône , le sultan avait adressé au doge un ambassadeur extraop dinaire chargé d'une lettre pour lui notifie l'abdication de son père en sa faveur (5). Re vêtu de drap d'or, l'ambassadeur Semis-Tschau-j sch (6), avec sa suite qui étalait des robes de
(1) Menavino , Giovio , Tubero , Ssolaksade , Seaded i din, Aali.
(2) Ssolaksade, fol. 84.
(3) Seadeddin, Ssolaksade, Nochbetet - Tewaricb ,J| Aali et le rhéteur de Brusa, Aali, fol. 190.
(4) Cette circonstance ne se trouve que dans l'histoire) du grand vesir , Lutfi p. 76.
(5) La lettre est dans Marini Sanuto , de juin 1512
(6) Marini Sanuto le nomme Simii-Zaus.
tfours aux mille couleurs , fut introduit à 1 autence du sénat par dix patriciens(l) [14 juillet .13]. fticolo Giustiniani, l'ambassadeur véni- 'n. admis à Constantinople (2), accompagna sultan à Brusa, où, un siècle auparavant, ■s envoyés hongrois avaient été incarcérés par ijesid-llderim , et de là il rendit compte à la gnoria des événements de la campagne de Sein contre Korkud et Ahmed. Dans l'automne, î nouvel envoyé de Venise Antonio Giustiiani se rendit auprès du sultan à Andrinoe, et se flatta, au renouvellement de la paix , obtenir en outre trois ou quatre articles addionnels en faveur des témoignages des chréeus dans les affaires litigieuses contre les urcs , des testaments des sujets vénitiens en urquie , et de la prolongation à quatre années ■je l'autorité du baile, qui, jusque là, devait (rechange tous les trois ans (3). L'ancien traits fut confirmé à la fin de l'année sans ces artiles supplémentaires (4). Un envoyé turc pré- ?nta l'acte en turc au doge . en audience solen- ;elle : il parut vêtu de velours cramoisi, avec à[ne veste de drap d'or garnie en martre zibeline; sa suite portait du damas jaune et de rihes étoffes turques couleur écarlate. A ses lieux audiences de réception et de congé, il rel 'ut chaque fois, en présent, 500 ducats de la ■1 iignoria (5). En même temps que l'ambassa- » Jeur de Venise parut aussi à Andrinople l'en- ' oyé de Hongrie Martin Czobor. Pendant son J»oyage Pierre Berislo, évèque de Vesprim, I tivait battu les Turcs entre la Save et l'Unna, Ijvec une perte de deux mille hommes, et Jean Zapolya , dans une irruption en Valachie, avait enlevé un riche butin et de nombreux prisonniers, près de " zœreny. Le renouvellement de \ ila trêve pour trois années arrêta les progrès des [armes hongroises (6). On vit aussi se présen- | .ter, dans la seconde capitale de l'empire, un
1 MariniSanuto.
(2) Son prédécesseur était le baile Foscolo.
(3) Rapport de Giustiniani. dans Marini Sanitio , septembre 1513. L'acte du renouvellement de la paix, du 17 octobre 1513 (scbaaban 919), est en turc, et les lettres de créance de Giustiniani, en grec, aux archives de Venise.
(4) Marini Sanuto et Laugier.l. vin, p. 428.
(5) Marini Sanuto.
(6) EngeJ , Histoire de Hongrie , I. h , 2e division ,