‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 228 sur 288 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

gatahen, que lui présenta l'auteur, Ciodscha- Iszfahani(I); puis il expédia les bulletins de la bataille de Tschaldiran par des envoyés extraordinaires à son fils Suleiman, gouverneur d'Andrinople (2) ; au chan de la krimée (3), au sultan d'Egypte (4) et au doge de Venise (5) ; le messager adressé à ce dernier ne fut qu'un sipahi, c'est-à-dire un simple cavalier feudalaire.

Selim ne resta que huit jours (6) dans la capitale; parmi les habitants, il choisit mille artisans des plus habiles pour les envoyer a Constantinople (7); ne se sentant point en sûreté à l Tebris, soit à cause des habitants ennemis jurés de tous les sunnites, soit en raison de la proximité du schah, il partit pour le pays de Karabagh, dans l'intention de passer l'hiver dans ses belles plaines bien boisées, où s'étendaient de gras pâturages [15 septembre 1514]. Lors- |!que son armée était sur les bords de l'Araxe, I les janilschares déclarèrent ne pas vouloir aller plus loin, et se révoltèreut; ils présentèrent au I sultan les lambeaux de leurs vêtements au bout ['de leurs lances; et le désordre alla si loin que ■-plusieurs percèrent sa tente avec des balles ou la pointe de leurs piques '£). Cette fois, Selim Mut réduit à céder. Mais, attribuant, en réalité ['ou en apparence, la faute de la révolte à ses versirs, et surtout aux manœuvres de Mustafa, au I milieu de la marche, aux environs de Nachd- I schiwan, il ordonna à l'un de ses muets de s'aprprocher furtivement de Mustafa, et de couper ['brusquement les sangles de la selle. Le vesir, [•tombant de cheval, fut livré à la risée des soldats, et le ridicule, détruisant son autorité, del'vail présager la perte de sa dignité (9), qui lui

(1) Ebulfasl donne les deux exemplaires , fol. 37.

(2) Ils se trouvent dans le recueil de papiers d'État de Feridun, n° 255 , avec la réponse , n° 255.

(3) Dans le recueil de Feridun , n° 25!3; cette lettre manque dans le Codex de Paris.

(4) La longue lettre arabe manque dans Feridun , mais se trouve dans le Selimname de Schukri, où elle remplit sept grandes feuilles , p, 36-42.

(5) La lettre du sultan (translata da lingua gra?ca) est dans la chronique de Sausovino dans toute son étendue.

(6) Tubero se trompe lorsqu'il ne l'y fait rester que trois jours.

(7) Tabi-Beg , fol. 159.

(8) D'après les paroles de Selim lui-même, dans le Selimname de Seadeddin.

(9) Selimname de Schukri, fol, 35.

fut retirée eu effet quelques jours après, aux environs d'Eriwan [22 septembre]. 11 fut remplacé par le defterdar Piri , dont Selim avait si fort loué le conseil avant la bataille de Tschaldirau [28 septembre]. Le nouveau vesir marcha en avant , du coté de Baiburd, pour recueillir les vivres nécessaires (1). A Karsz, Selim fit tourner sa tente du coté de la Géorgie, afin d'inspirer des craintes à Dschanik, qui avait promis de se rendre en personne dans le camp , et qui ne paraissait pas. Après quatre jours de marche dans cette direction, on rencontra des envoyés géorgiens, qui apportaient des présents et des provisions (2); ils furent bien accueillis; car la disette de vivres était si grande que le kilo de farines se vendait mille quatre cents aspres (3). A Erserum, Selim reçut les clés de Baiburd. Biiklu-Mohammed, qui avait été chargé de poursuivre le siège, lui avait exposé les difficultés de l'entreprise. Selim écrivit aux begs de l'armée assiégeante : « Si la forteresse ne tombe pas avant mon arrivée, j'abats vos tètes (4). » Cette dépèche accéléra la chute de la place. Vers la fin d'octobre, il tomba une grande quaniilé déneige, ce qui détermina, trois jours après, le licenciement de la cavalerie feudalaire à Utschkiliseou Etschmiazin (5). La prise de Baiburd fut suivie de celle de Destberd et de Keifi (6). Le gouvernement du pays soumis, d'Ersenschan, fut conféré au vainqueur, le grand écuyer Biiklu-Mohammed , qui eut, en outre, sous ses ordres, karahiszar, Dschanik et Trabesun (7). Trois stations plus loin, les paysans se jetèrent, en suppliants, aux pieds du cheval de Selim, poussant des gémissements sur la cruauté des soldats. Selim suivit la politique adoptée dès l'entrée en campagne, rejetant toute la faute non pas sur l'armée, mais sur les vesirs, parce qu'il lui était toujours plus facile d'abattre quelques tètes, même innocentes, que de frapper sur de nombreux coupables. Les deux vesirs Hersek- Ahmed et Dukagin virent leurs tentes tomber sur leurs tètes, en signe de dégradation. La

(1) Ssolaksade, fol 87.

(2) Selimname de Schukri , fol. 35.

(5) Ibid.

(6) Dschelalsade, S *v.

7) Seadeddin, Ssolaksade , Aali , Ebulfasl.

dignité de grand vesir fut conférée, pourlaquatriëlde fois, au raillant eunuque Sinan-Pascha beglerbeg d'Anatoli , qui , a la bataille de TVchaldiran, avait décidé le succès de la journée en dirigeant avec tant de prudence les mouvements de l'aile droite. On lui assigna, ainsi qu'a la cavalerie, Angora pour quartier d'hiver, et le sultan établit le sien à Amasia, vers le milieu de novembre (1).

Le jour où Selim arrivait à Amasia, à une certaine distance de la ville, il appela auprès de sa personne le Schehsuwaroglili-Ali, cousin et ennemi personnel de Suleiman, prince de Sulkadr, et lui conféra le sandschak de Kaiszarije, en le chargeant de conquérir aussi le pays dépendant de Suleiman (2). Schehsuwar se jeta de son cheval aux pieds du sultan, et s'enfoneant à travers les neiges, il alla surprendre lîosuk, et envoya la tète de Suleiman à la porte du sultan (3). L'esprit de sédition, qui s'était si souvent manifesté dans cette campagne, s'agita encore dans les quartiers d'hiver. Ces miliciens pillèrent la maison du vesir Piri et du précepteur du sultan, Halimi. Selim, toujours fidèle à sa politique, au lieu de châtier les rebelles, fit tomber la tète de l'ancien vesir Dukagin(4). A Amasia, furent aussi déposées les tètes des Hongrois, envoyées par Ali-Beg comme trophées de sa victoire sur ses voisins, qui avaient fait une vaine tentative contre le château de Sarno ou d'Havala (5), silué à égale distance de Belgrad et de Semendra, et des Croates, adressées par Hadschi-Beg comme une attestation du succès de ses irruptions du côté de S\vornik(6).

(I,1 Seadeddin, Ssolaksade, Aali, Ebulfasl, Schukri. (2) Seadeddin , 1. îv, fol. 659 ; Ssolaksade , fol. 87 ; Ebulfasl , Aali , et. Selimname de Schukri , fol. 42. f8) Ibid.

(4) Jbid.

(5) Istuanfi . Ilisl., lib. vi.

(6) Selimname de Schukri, fol. 43; Chronique de Marini Sanulo, t. xix; leltera data in Laurana da saijredo l'astellan di Laurana.

Enfin, pendant l'hiver, parut à Amasia unebril lanle ambassade de Schah-lsmail, avecbeaucouj de présents, pour obtenir la liberté de sa sultane favorite, prise à la suite de la bataille de Tschaldiran. Les ambassadeurs étaient quatre personnages recommandantes par leurs familles et leurs services (1); le seid Abdalwahab, le juge Ishak , l'un des premiers légistes de laj Perse, fameux sous le nom de Juge-Pascha,lej mollah Schukrallah-Moghani , et Hamsa-Chalfa . l'un des disciples et des successeurs du scheicli Haidcr (2). Ces quatre dignitaires ne purent rien obtenir du tyran, qui ne respecta point en eux le caractère dont ils étaient revêtus, et qui les rendait sacrés devant les nations. Selim les fit arrêter, et envoya Abdalwahab et Ishak ;1 Constantinople, pour qu'ils fussent renfermé^ dans le nouveau château du Bosphore; quant au! mollah et au scheich, transportés à Demitoka, ils, furent jetés dans une tour obscure (3). Au lieu, de mettre la sultane en liberté, Selim, violant toutes les lois de l'islam , qui ne donnent aucun! droit au vainqueur sur la femme légitime d'un moslim, la livra pour épouse à son secrétaire d'État, le savant rédacteur de ses bulletins. Tadschisade-Dschafer-Tschelebi.Ces deux actes forment deux graves accusations au tribunal dé l'histoire contre Selim, qui n'en est point absous] même par les historiographes ottomans; ces écrivains se montrent plutôt disposés à justifier! le massacre des prisonniers et l'extermination des hérétiques (4).

(1) La lettre de Schah-lsmail est dans le recueil deFeridun , n° 258 ; dans le Codex de Paris , 79 , p. 297 , et dans le Dscuelalsade de la bibliothèque de Dresde , fol. 45.

(2) Seadeddin, I. îv , fol. 659; Ssolaksade fol. 88:} Aali , fol. 188; Ebulfasl , fol. 68; Selimname de Schukri fol. 43.

(3) Seadeddin , 1. iv, fol. 659; Ssolaksade, fol. 88; Ebulfasl, fol. 68; Aali, Nochbetet -Tewaricb, Selimname de Schukri, Rausalul-Ebrar.

(4) Rapport du baile Giustiniani , du 1er mars 1515 , dans la Chronique de Marini Sanulo.

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