‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 227 sur 288 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

» ire de bataille accoutumé. La cavalerie des oeglerbegs d'Anatoli et de Karamani . Sinan et seinel-Pascha, formaient l'aile droite ; le beg- j erbeg de Rumili . Hasan-Pascha , était à la gauhe : ils s'étaient partagé les Asabes d"Asie et l'Europe. Au centre se trouvait la foi\e de l'arnée . les jauitschares; et derrière eux. à l'ar- •ière-garde. se tenait le sultan, avec ses quatre «taillons formant sa garde; à ses cotes étaient es trois vesirs. Hersek -Ahmed, le grand vesir )ukagin-Alnned et Mustafa. les janilschares lacèrent, sur leur front, leurs bagages et les hameaux, comme à l'ordinaire. L'artillerie, lont l'effet devait être décisif du côté des Ot-

. tomans. attendu que cette arme manquait en-

t ièrement aux Persans , formait aux deux arrhes de l'ordre de bataille, derrière les Asabes,

[une barrière infranchissable, car les canons étaient liés les uns aux autres par des chaînes

\ !n fer. Selim ordonna que l'on n'ouvrit pas le i'eu des pièces avant qu'elles n'eussent été

j démasquées par les Asabes 1 . Son armée com-

Kprenait plus de cent vingt mille hommes 2 . parni lesquels quatre-vingt nulle cavaliers: mais ses chevaux étaient maigres . épuisés par lemaniijue de fourrages. Il y avait aussi dix mille jaaitsehares, et le même nombre d' Asabes affaiblis parles maladies qu'avaient provoquées un soleil ardent cl une mauvaise nourriture composée de farine corrompue et de fruits aigris.i .Eu somme, •es soldats étaient mal disposés, mécontents, surtout les janitschares. L'armée persane avait i peu près la même force en cavalerie que ses adversaires; cette cavalerie était bien nourrie, bien montée : on y remarquait dix mille guerieis d'élite, avec des chevaux bardés de fer. des casques d acier surmontés de panaches, des masses de fer, des ares et des lances en bois de frêne qu'ils maniaient en les tenant par le milieu, comme les Espagnols i : tous étaient dévoués, corps et âme . au sebah, ci ils étaient transportés pour son service d'un zèle aveugle et ardent : mais cette année manquait d'infanterie comme d'artillerie. Là se trouvaient Us-

(1) lWliniai'i , p. 415; PeHÏa . C.iovio.

"2 Rapport véuitieu , dans Marim Sanuto , I. xix , du 14 mars 151 1.

•iovio , Fatti illuslri di Selira , in la Storia imi- Wrsale de Sansovino . fol. 349.

(4) Giovio, fol. 350.

tadschlu-Oghli. le gouverneur de Diarbekr. les gouverneurs de Bagdad et de Meschhed . du Chorasan et de Mogan. et le plus haut dignitaire de la loi , Mir-Abdulbaki . fils de Niinetullau.lsmail. informé, par des espions ou des déserteurs, de l'ordre de bataille de Selim . et de ses dispositions pour masquer l'artillerie . divisa sou armée en deux corps, avec l'ordre de suivre les mouvements d^s Asabes. aussitôt que ceux-ci s'ouvriraient, et de faire en sorte de les déborder. Il espérait ainsi pouvoir prendre le sultan et les janitschares à revers, car il envoyait un corps sous l'ordre d'Lstadschlu contre l'aile droite, et lui-même conduisait l'autre contre l'aile gauche de l'armée ottoman*. Poussant le cri ilcgverre :.-c/ia/i .' schaft .' lacavalerie persane chargea celle des Ottomans, qui reçut le choc avec fermeté, eu invoquant Allah. Ismail. eu tournant les Asabes aussitôt qu'ils s'ouvrirent pour démasquer, déjoua le plan de

I Selim. et rejeta sur l'arrière-garde des Ottomans l'aile gauche tout entière de la cavaierie européenne, dont le commandant, lebeglerbrg Hasau. était tombé à la première charge : de l'autre cùté. au coût: aire, le beglerbeg Sinan- Pascha trompa les efforts d Tsladschlu-Oghli. en ordonnant aux Asabes de ne point o.:\rir leurs rangs, (le se replier sur les canons, et de franchir même la chaiuequi les unissait . pour se mettre à 1 abri derrière celte barrière 1 . ("e inouvcient fut opéré arec ensemble et rapidité: les Persans se trouvèrent sous la bouche des canons, qui. tonnant tout à coup, tirent d'effro> ables ravages dans leurs rangs. , t emportérenl leur chef Lstadschlu-Oghli. Selim. (émoinde la défaite de l'aile gauche, composée de ses plus vaillants soldats, qui avaient été mis en pièces sous ses yeux avec leurs Ivgs. rii rompre lebarricades formées par les bagages et les chameaux, et ordonna aux janitschares d'ouvrir le feu. Treize mille cinq cents janitschares rirent sept décharges consécutives . et la cav aleri sane fut écrasée. Le schah lui-même fui I au pied et au bras; son cheval s'abattit, l'entrainani dans sa chute, et à l'instant un cavalier turc courut sur lui . la lance en arrêt : mais Mirsa-Sultan-Ali , confident dlsniail et armé comme lui . se rendit au cavalier en s'éeriant : — ■

| {V Dschenalii. p. 415.

c Je suis le schah ! «Tandis que l'on s'assurait du prétendu scliah, un palefrenier, nommé Chisr, donna son cheval à son maître, aux dépens de sa propre vie , sacrifice qu'Ismaïï récompensa dans la suite en faisant élever un monument funéraire en l'honneur de Chisr. Ismaïl s'enfuit, et aussitôt se dispersa le reste de l'armée persane, qui avait perdu, ain-i que l'armée ottomane, ses plus vaillants chefs. Quatorze sandschaksbegs, et autant de chans persans, étaient restés sur le champ de bataille. Le schah précipita sa course durant toute la nuit; et au point du jour il arriva à Tebris, dont les habitants allèrent au devant lui par curiosité plutôt que par affection , et, ne se croyant pas en sûreté dans sa capitale , il poursuivit sa route vers Dergesin (1). Le camp persan devint la proie des vainqueurs, qui s'emparèrent d'immenses trésors , de nombreux esclaves , et même de la plus chère des épouses du schah. Les kuridschis ( gardes du corps d'Ismaïl ) furent amenés devant le sultan , qui aussitôt les fit mettre à mort (2).

Le lendemain matin [24 août 1614] , dans un divan solennel, Selim reçut les félicitations des vesirs et de l'armée; le reste de la journée fut consacré au repos ; et , le 25 , on se mit en route pour Tebris, où Selim n'arriva qu'au bout de treize jours, parce qu'il avait pris à dessein de longs détours. Le vesir Dukagin-Ahmed,ledefterdar Piri et l'historien Idris (3), jadis secrétaire d'État au service de Jakub, prince du Mouton-Blanc, furent détachés vers cette capitale, afin d'en prendre possession et de régler toutes choses pour la réception solennelle du sultan (4). Dans le camp , tous les prisonniers furent égorgés; on n'épargna que la vie des enfants et des femmes. A la station de la plaine des Oiseleurs, on fit une halte d'un jour; et le chan persan Rustem , qui était venu avec ses deux fils et une suite de cinquante personnes pour offrir ses hommages au sultan, fut mis à mort avec les siens. Le Kurde Chaled , et sa

(1) Seadeddia , Ssobksade, Aali , Ebulfasl , le Selimname en prose de Schukri.

(2) ma.

(3) Aali , Ebufasl , p. 93; le Selimname de Dscbelalsade.

H) Seadeddin, Ssolaksade, Aali , Ebulfasl, Selimname de Schukri.

suite, subirent le même sort, deux jours après Neuf jours après la bataille, eut lieu la prise dt. possession de Tebris, par le vesir Dukagin- Oghli et le defterdar Piri (1). Le treizième jour, la population alla au-devant du sultan jusqu'à Surchab ; et , de là , Selim s'avança triomphale-i ment, entre deux rangs de ses soldats, pour en trer dans la capitale du schah. Dans la ville, il rencontra une procession de derwischs , à la la tête desquels se distinguait un de ces saints! hommes par les respects que les autres lui ren-; daient:c'élait le descendantde Timur, le princei Bedius-Seman (la merveille du temps), qui,, depuis que son père Husein, chanté par lesi grands poètes persans, Dschami et Mir-Alis-j chir, avait perdu le trône du Chorasan , vivait à la cour du schah Ismaïl , sous la surveillancei d'un derwisch. Selim le fit vêtir en prince, le plaça sur un trône dressé à côté du sien , hono-i rant le sang de Timur, lui assigna mille aspresi par jour, et l'emmeua plus tard avec lui à Con4 slantinople , où ce prince mourut ensuite de lajl peste (2). Selim s'enquit aussi de Mohammed-j Hafis d'Iszfahan , muezzin renommé pour sa belle voix; il leconduisit également à Constan-j tinople , et prit son fils Hasand-Schah , père der l'historien Seadeddin , pour le service intérieur» du palais (3). Les magasins des derniers grand» souverains de l'Aserbeidschan, les trésors du] sultan Abusaid et de Jakub, furent vidés; les riches étoffes, les armes précieuses furent disposées en trophées devant le Lsultan ; les élé-, pliants furent emmenés, et les pierreries entrèrent dans le trésor du sultan (4). Le second jour de son arrivée [5 septembre 1614], un vendredi, Selim assista, dans la grande mos-| quée du sultan Jakub, à la prière publique, qui fut récitée en son nom, et ordonna de restaurer l'édifice qui , dans plusieurs parties, menaçait ruine. Il visita le marché et le magnifique j jardin du sultan Jakub, appelé Heschtbihischt | (les huit paradis) (5); il reçut un poëme qui célébrait son triomphe en persan et en tscha-

(1) Selimname de Dscbelalsade, xve chapitre.

(2) Seadeddin , Ssolaksade , Aali , Ebulfasl , Selimname de Schukri.

(3) Selimname de Seadeddin.

(4) Selimname, fol. 33; Seadeddin, et, d'après lui , Aali ; Seadeddin , fol. 640.

(5) Schukri, fol. 34.

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