‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 232 sur 288 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

fit appeler le canton environnant le pays de Bekr ( Diarbekr ) ; et ce nom , jusqu'aujourd'hui , est resté ainsi à la ville. La famille qui eut la domination dans ces lieux était celle de Rende. Le fils d'Haclschr, roi de Kende, appelé Amrolkais , fut l'un des sept plus grands poètes arabes avant l'islam, dont les vers, écrits en lettres d'or, furent exposés dans la Kaaba , à la vénération de toutes les tribus. Sous le règne !de l'islam , Diarbekr , après la conquête d'Omar, passa au pouvoir des chalifes de la maison d'Ommeije et d'Abbas. Les Grecs la reprirent au milieu du xe siècle (1): mais, avec le commencement du xic siècle de l'ère chrétienne , s'éleva une dynastie particulière de Kurdes ; ce 'furent les fils de Merwan qui établirent un pouvoir indépendant à Diarbekr, où ils se maintinrent quatre-vingts ans. Renversés par le turkman Ortok , les Merwan furent remplacés par la dynastie du vainqueur ("2). Timur abattit ies descendants d'Ortok, se saisit de Diarbekr parla ruse [1390] (3), et conféra le gouverne- (ment de l'Irak-Arabic et de Diarbekr à son petit-fils Ebubekr (4) ; mais , après la mort de ïihnur L1402] , le souverain du Mouton-Blanc, [Karajuluk, se saisit de Mardin et d'Amid, et [sa famille régna sur le Diarbekr pendant un [siècle entier, jusqu'à ce que Schah-lsmaïl la ren- [versât. Alors le conquérant confia Diarbekr au [plus vaillant de ses chans, à Ustadschlu; puis au frère de celui-ci, Karachan. On a vu comment la place était tombée ensuite sous le pou-

I voir des Ottomans.

i Après la délivrance de Diarbekr, l'armée [réunie des Kurdes et des Ottomans s'arrêta [trois jours à Dschewsak, où fut tenu un conseil i de guerre pour décider si l'on attaquerait Mardin, place regardée comme imprenable. Idris ;|fut d'avis qu'il fallait marcher sur cette forteresse; car il avait des intelligences avec Melek- Chalil , commandant de Hosznkeif , alors renfer- ,mé dans Mardin. La sommation écrite par Idris commençait par ce vers du Koran : « O vous,

\ (1) De 392 [1001] à 478 [1085], il y eut six priuces. ! Tables chronologiques d'Hadschi-Ctaalfa, p. 163. I. (2) La famille Ortok de 470 [1084] à 8011 [1408]. Tables chronologiques d'Iladschi-Chalfa , p. 164. (3) Scherefeddin , Hist.de Tiinur-Beg, 1. m, cli.35,

II il, p. 202,etcb. 41, p. 287.

Y (4) Jbid., I. vi, ch. 3 , t. iv , p. 92,

qui croyez, entrez tous dans la paix, et ne suivez point la route de Satan , qui est votre ennemi déclaré (1). » Les habitants de la ville députèrent auprès des Ottomans Seid-Ali, qui s'entendit avec Melek-Chalil et Idris sur la manière d'ouvrir les portes et de livrer la garnison persane. Aussitôt après la remise de la place, un ordre fut publié pour que tous les bonnets rouges, symboles d'hérésie et de rébellion , fussent apportés à un lieu désigné, et Idris les fit jeter dans le réceptacle des immondices de la ville (2). Restait encore le château, assis sur le pic Izale,qui forme l'extrémité orientale de la chaîne appelée Masu, Masis ou Masius; il avait bravé deux fois toutes les forces de Timur.

Maintenant, un nouvel embarras parut devoir rendre l'entreprise encore plus impraticable. Idris , qui avait su , avec tant d'adresse et de succès, maintenir l'union entre les begs kurdes, ne put apaiser la querelle qui s'éleva entre le général ottoman Biiklu-Mohammed-Pascha et Schadi-Pascha. Le dernier prétendit que ses ordres lui enjoignaient seulement cle s'avancer jusqu'à Diarbekr: et, malgré toutes les représentations d'Idris et de Chalil , il quitta Dcheusak avec ses cinq mille hommes, et prit la route de Diarbekr, au lieu de se porter sur Mardin. Idris rendit compte à la Porte de cette circonstance,sollicitant de plus grands secours, nécessités par une telle désunion. A l'entrée du printemps parut une armée auxiliaire ottomane de vingt mille hommes, dans laquelle figuraient mille janitschares , six mille guerriers sous les ordres de Chosrew-Pascha , beglerbeg de Karamanie; les sipahis et les silihdars, commandés par Bali-Aga, au nombre de cinq mille.

A la nouvelle de la mésintelligence et de la séparât ion des paschas ottomans, Karachan marcha aussitôt sur Mardin, et envoya six cents de ses plus braves kurlschis, par les passages de Surai et de Kerkuk, dans la direction de Bagdad, afin qu'ils pussent parvenir de ce côté à Mardin , parce que tous les autresabords étaient occupés par des begs kurdes dévoués aux Ot-

(1) Ebulfasl, fol. 8t.

(2) Ibhl.

toniiins(l). Ces six cents gardes du corps du schah,avec les troupes du beg de Marnerait, de Gulschehr et d'autres, montant à environ deux mille hommes, rencontrèrent, dans la plaine de Sindschar, quelques centaines d'Ottomans, parmi lesquels se trouvaient les begs kurdes Dschesirei , Omar et Kerkud-Buchlan , et l'un des fils de l'historien Idris, Abulmewahib-Tschelebi. Ils s'ouvrirent un passage à travers l'ennemi, qui perdit deux cents hommes.

Cependant , après le départ de Schadi-Paseha, la ville de Mardin avait rouvert les portes aux Persans, qui, en possession du château, et maîtres d'Hosznkcif, se portèrent sur Kerch(2), d'où ils étaient sans cesse harcelés par les Ottomans de Diarbekr (3). Les vingt mille hommes de renfort, envoyés par le sultan, étaient arrivés à Diarbekr, et Idris fit les plus vives représentations à Biiklu-Mohammed-PuScha , sur la nécessité d'attaquer maintenant l'ennemi avec toutes ces forces réunies. Biiklu , ne tenant aucun compte de ces instances, prit position contre le pont, entre Diarbekr et Kerch , et détacha le commandant de Charpurt [4), Husein-Beg, avec deux mille hommes, pour faire des reconnaissances , avec l'ordre de se replier sur le pont , s'il rencontrait des forces supérieures. On était alors à l'époque des pluies de printemps : le terrain était fangeux, les chemins défoncés. Le jour des huit éioiles, considéré comme fort important par les soldats et les Turcs , les fourrageurs furent surpris et attaqués par les Persans, qui les jetèrent dans le Tigre; à peine mille hommes purent se sauver a la nage (5). Satisfaits de cet avantage pour le moment, les Persans se dirigèrent vers Pire, pour adirer à eux les tribus des Turkmans de Diarbekr, qui se tenaient la pendant l'hiver. A Karghandede, dans le voisinage de l'ancienne ville de Kotschiszar (6), ils firent halte, et, lu, l'armée de Karachan en vint aux mains avec les troupes des Ottomans, qui étaient enfin sorties de Diar-

(1) Ebullasl, fol. 89.

(2) Kerch , daiisTéhopliylacte , 1. 1 , p. 13.

(3) Ebulfasl , fol. 91.

(4) Ibid., fo\. 92.

(5) Ibid.

((î) Sur la roule de Hoha à Niszibin. Dscbihannutna, p. 444.

bekr. Ces troupes se divisèrent en deux corps dont l'un , fort de six mille hommes , commande par le beglerbeg Chosrew-Pascaa , réunissai la cavalerie d'Anatoli et de Karamanie; l'autre composé de quatre mille hommes, était souslw ordres des begs kurdes, parmi lesquels se trou vait l'historien Idris. Entre ces deux corps, e en avant, Biiklu-Mohammed-Pascha avait prit position avec deux mille janilschares (1). Ave< les Kurdes, a la droite , étaient les quatre begi; d'Hosznkeif, Ssasznu, Schirewanat (2) Egilj et , à la gauche , les quatre begs de Bidlis , Nenv ran, Atak et Tschemisgesek, avec les autres(3) Karachan, voyant à l'avant-garde les janitscha-'1 reset l'artillerie, dont la supériorité avait dcl cidé la victoire de Tschaldiran en faveur de Ottomans , sentit bien que , sur ce point , toute attaque serait vaine, et suivit le plan adoptu par Ismail à la journée qui avait vu sa défaite' Il disposa ses forces en deux divisions, doni l'une devait se porter contre les Ottomans ; l'aile droite, et l'autre attaquer les Kurdes à 1; gauche; de sorte que lesjanitschareset l'artillerie, au milieu, se trouvaient complétemen enveloppés. 11 avait confié son épouse , sœu« d'Ismail, à une tribu de Turkmans; mais tonte: les femmes de la suite de cette princesse , revè: tues de costumes d'hommes, avaient étédistriji buées parmi les cavaliers. A l'aile gauche de Perses, en face des Ottomans, combattirent Karachan et Husein-Dchani-Beg , neveu ddi schah ; à l'aile droite, opposée aux Kurdes i étaient le commandant d'Hamadan, Dergesiq et troisceutskurtschis d'élite. Karachan chargea l'aile droite des Ottomans, et l'aurait enfoncée si Biiklu-Mohammcd, avec les janitscharesj" n'était accouru les soutenir. Le général persan tomba blessé d'une balle. A l'aile gauche des] Kurdes , le combat fut plus long et plus achar-i né : Husein-Beg, serré de près par Tchcmisge-| sek, ne fut sauvé que par les begs de Iloszn-; keif et de Bidlis , accourus a son aide et animé.'; par Idris. Alors tous ensemble renouvelèrent le combat, repoussèrent l'ennemi et le pouri suivirent sur la route de Mardin , éloigné d<

(1) EbulfasI.

(2) Schirwan ou Schirwanat , dans Niszibin (sur k carte de Kinneir, Schirak).

(3) Le fils d'idris donne leurs noms et prénoms.

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