LIVRE XX11I
deux ou Irois parasanges (1). L'armée persane 'se dispersa dans toutes les directions; quelques hommes s'enfuirent à travers la plaiue de Sindschar (2); d'autres, avec la sœur du schah, veuve de karachan, par Moszul et Kerkul, auprès du schah. Après cette victoire , les châteaux kurdes d'Arghana, Sindschar, Dschermik et de Biredschik se rendirent, ainsi que la ville de Mardin, qui reçut les Turcs pour la seconde fois; mais la citadelle ne fut pas plus disposée que précédemment à capituler. Le commandant était Suleiman-Chan, frère de Karachan , resté sur le champ de bataille de hotschlhiszar. A la sommation de se rendre , il répondit que la place lui avait été confiée par rSchah-lsmaïl, et qu'il la conserverait. Elle fut donc assiégée par les Ottomans, qui se consumèrent sous ses murs, en vains efforts, pendant toute une année ; et ce fut seulement à [l'époque de la campagne de Syrie, de Selim , après la chute d'Alep et de Damas, que Biiklu- Mohammed , ayant été détaché de la S) rie avec mne nouvelle armée et de l'artillerie, la garnison de Mardin céda devant les assaillants. Bii- Wu-Mohammed fit mettre à mort tous les vaillants défeusturs qui avaient retenu si longtemps le croissant, et la tète de Soleiman-Chan fut déposée aux pieds du sultan. Après la prise de Diarbekr et de Mardin , il ne manquait plus, [pour l'affermissement de la puissance ottomane dans ces contrées, que la conquête d'Hosznkeif et des villes de Boha , Raka et Moszul.
Hoszukeif ( château du caprice ou de l'oubli [ifle tout souci i avait reçu des anciens Persans le nom de Gilkerd, et les Arabes lui donnèrent [celui de Basgul (tète des démons ou de Méduse1. fToutes ces dénominations ont de l'analogie i avec celle de château de l'oubli, qui revient souvent dans l histoire byzantine; c'était alors une jprison d'état dans laquelle les malheureux ren- ^ fermés pour la vie étaient voués à un oubli 'éternel. Au reste, la forteresse, placée sur un | roc escarpé , présente un aspect effrayant. Les cachots étaient taillés dans les rochers où les habitants demeurent durant l'hiver, et qu'ils transforment en étables dans l'été. Hosznkeif s'élève sur la rive orientale du Tigre , non loin
(1; Ebulfasl , fol. 93.
(2) Sindschar, dans Tnéophylacte , 1. m , p. 16.
de l'embouchure de l'Ersen, que l'on traversait autrefois sur l'un des plus beaux ponts de l'empire ottoman, à peu de distance de l'ancien château des Magyares (1) (aujourd'hui Matnra)(2).
Avec Amid , Mardin, Sindschar et Hosznkeif, les autres villes importantes du Diabekr, c'està-dire de la plus grande partie de la Mésopotamie septentrionale habitée par les kurdes, tombèrent entre les mains des Ottomans; ils prirent possession de Niszibin, Dara, Miafarakain et Dschesirei-Omar ; les tribus des Ruscheni , des ïlariri , Sindschari , Nsatschlu , Dschesirewi, répandues en hordes errantes autour de ces places, et les familles arabes des Mewali, reconnurent aussi l'autorité de la Forte. C'est dans ces contrées de l'Asie occidentale que les Persans se heurtèrent si souvent contre les forces de Rome et de Byzance, comme les armées du nouveau royaume de Perse luttent avec celles des Ottomans; les limites entre les deux États étaient marquées par le IS'ymphius qui, descendant du nord, vient se jeter dans le Tigre. Là s'étendent les plaines célèbres par les défaites des consuls et des empereurs; là s'élevaient Us forteresses construites pour arrêter les Perses , et qui furent arrachéesalternativement par les deux parties belligérantes. JNulle ne changea plus souvent de maîtres que iNisibis, la capitale de l'ancienne Mésopotamie, connue, pour la première fois, des Romains, dans la campagne de Lucullus(3) contre le roi Tigrane, et qui, à la paix, fut remise à ce monarque avec d'autres villes de la Mésopotamie. Trajan (4) la conquit, et Adrien la restitua encore; Sévère la fortifia et l'embellit^); et, durant deux siècles, les efforts des Persans vinrent se briser sur INisibis, comme sur le boulevard le plus ferme de l'Orient (6). Trois fois elle fut assiégée par Schabur pendant cinquante, quatre-vingts et cent jours; et toujours les habitants et la garnison triomphèrent des attaques de l'ennemi. Ce fut seulement après le désastre de Julien que son successeur
(1) Théophylalce, I. n , p. 18.
(2) Mackinn's jouiney, p. 425.
(3) Dio Cassius , I. xxxv , p. 7.
'4) Jbiil , I. xlviii , p. 23.
(5) Jbid., I. lxxy , p. 3 , et xxx , p. 6.
(i Ainniien Marcellin ,1. xxv, p. 8.
Jovien céda Nisibis arec Singara et d'autres villes frontières, qui toutes restèrent incorporées à la Perse (7). Aujourd'hui Niszibin sur l'Hermas (le Mygdonius n'est plus qu'un misérable village où l'on voit seulement les fondements des anciennes murailles et quelques tours isolées. De Niszibin on aperçoit, à huit lieues de là sur la route de Mardin, Dara , dont l'empereur Anaslase, après la perte de iNisibis, fit une place frontière, et que Justinien entoura de nouveaux ouvrages; le rempart de soixante pieds de hauteur et d'une épaisseur de dix pieds, encore subsistant, les ruines de palais et de temples, présentent bien l'image de ce qu'é- (ait une ville frontière des Byzantins au delà de l'Euphrate. Dara , appelée d'abord Anastasiopolis, du nom de son fondateur, était enclavée dans la Mygdonia , dont la capitale était Nisibis, comme Miarafakain sur le Nyniphius était la capitale de la province de Sophene. Sur la frontière orientale du Diarbekr ou de la Mésopotamie septentrionale, est l'île d'Omar entourée par le Tigre. Là le Tigre se partage et enveloppe la ville construite dans l'île, l'ancienne Thomanum. Le chalife Omar-Abdolasis éleva des digues pour contenir les flots, et c'est d'après lui que la ville ainsi que l'île portent aujourd'hui le nom de Dschesirei-Omar. Les murailles, construites en pierres noires comme celles de Diarbekr, sont aujourd'hui eu grande partie tombées. Les habitants , qui sont des Kurdes, montrent comme des objets de curiosité de leur ville de prétendus tombeaux de chalifes et d'imams qui reposent ailleurs. Dsehesirei peut , avec plus de raison, se vanter d'avoir donné naissance à plusieurs des plus grands savants de l'islam , qui tous s'appellent Dsehesirei de leur berceau; au reste, 'ce nom de Dsehesirei désigne également la vaste contrée située entre le Tigre et l'Euphrate', la Mésopotamie; c'est un terme générique employé pour désigner une île en général; celle dont il est ici question est, de beaucoup, la plus grande des quinze Dsehesirei que connaît la géographie arabe. Les Arabes la divisaient en trois contrées qu'ils appelaient, d'après les noms des trois chefs de tribus, le pays de Rebia, Masar
(1) Amraien , 1. xxxv, p. 7 ; Libanius , Zozinius, dans Gibbon.
et de Bekr. Bekr, fils de Wail, s'établit dans:
la partie septentrionale de l'île, dont les principales villes ont déjà été décrites. Rebia e;| Masar, fils de Nesar, s'accommodèrent du suc' de la Mésopotamie; le premier se fixa sur l< Tigre, à Moszul ; l'autre, sur l'Euphrate, a Rakka. Ces places furent conquises avec ce.1' lieux, en dépendant, par Biiklu-Mohammed La ville de Moszul, capitale du gouvernement actuel de ce nom, est sur l'ancien emplacement de Ninive; elle est habitée par des Kurdes, qu( parlent leur langue maternelle ainsi quel'arabej le persan et le turc. La capitale du pays de Mat sar est Roha ou Orfa , l'ancienne Edesse ou Kal-j lirhoe. Depuis Alexandre, les habitants étaient un mélange de Grecs, d'Arabes, de Syriens e| d'Arméniens. Caracalla envoya le dernier ro' d'Edesse, Augarus, chargé de chaînes, à Rome' mais trouva lui-même la mort dans la capital.^ de l'ennemi dont il avait triomphé. C'est au>j portes d'Edesse que Valérien fut vaincu et pri; par Schabur (1). L'empereur Justinien relevj les ouvrages tombés de cette ville (2); ce fus ensuite l'image de la Vierge qui enflamma le; habitants d'un nouveau courage et leur donnât les forces nécessaires pour repousser Chosroes Nuschirwan. Mais Edesse et toute la contre» environnante tombèrent sous la domination deflj chalifesdes maisons d'Ommeije et d'Abbas ; en-j| suite elles obéirent aux princes des dynasties» arabes d'Hamdan (3) et d'Okail (4); elles furent^ arrachées à ces souverains par Baudouin, quil fonda la principauté chrétienne d'Edesse. Au bout de cinquante ans, cet État fut conquis encore par Amadeddin-Sengi (5), qui le fit ad-l miuistrer par la dynastie d'Okail (6); après l'exctinction des Atabegs et la conquête d'Holaku , dans la Mésopotamie , régna une branche! de la dynastie kurde d'Ejub (7), dont le dernier!
Cl) Hist. aug. Zozimus.
(2) Pi ocopius, De aedifieiis , 1. n.
(3) Ben-Hamdan, de 323 [934] à 380 [990], cinq: princes
(4) Ben-Okail ,de 380 [990] à 495 [1101] , dix princesJ
(5) Les Ata-Begs d'Alep ,de 408 [1017] à 630 [1232], quinze princes. Seugi est le Sanguinus des historiens européens.
(6) Dschihannuma, p. 436.
(7) Une des branches de cette dynastie en Egypte , la deuxième à Damas, la troisième à Himsz, laqua-