‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 239 sur 288 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

K)stés les eunuques du harem (1). Le divan se :onvoquait les mardis et les jeudis (2). Si le iultan sortait à cheval, on lui tenait un parasol de soie au-dessus de la tète , et les extrémi- , es de son turban, sur lesquelles ses titres étaient ,)rodés en or, flottaient derrière lui (3).

C'est avec tout cet appareil de pompe et de missance que le sultan des mameluks Kanszuîhawri alors âgé de quatre-vingts ans (4), sortit du Kaire pour marcher a la rencontre des Dttomans. Outre les émirs, il avait encore dans ;a suite les quatre juges des quatre sectes orthodoxes , et les deux plus fameux scheichs du i pjays. Le nombre des mameluks ramassés de tous es pays, durant son règne de seize ans, monait à treize milles; avec eux, il tenait eu bride ,.es korsans, ou mameluks de la troisième classe, ,!jue lui avaient légué ses prédécesseurs. 11 y ivait donc des motifs de jalousie dans les diverses classes de l'armée, et, de plus, des rivaités entre quelques-uns des principaux begs hjie Kanszu-Gbawri traitait avec faveur ou devance, sans le moindre discernement. Sibai, Içouverneur de Damas, serviteur loyal et sincère, était suspect au sultan, parce que son loom commençait par une S, et que l'historien f,ie cette campagne , Ibn-Seinel, versé dans la isciencc cabalislique, avait prédit à Kansza- ^Savri que S le menaçait d'un grand danger. \ Damas, Sibai fit savoir au sultan que le gouverneur d'Alep, Chair-Beg, avait des intelligences avec les Ottomans ; mais Ghawri , qui Iprenait le fidèle serviteur pour un traître, ipréta d'autant moins l'oreille àj'accusation, que Berdi-Ghasali, l'un des premiers begs de l'armée , prit la défense de Chair-Beg dont il était !Complice(5). Le gouverneur d'Aintab seul, qui, après avoir servi de guide à l'armée ottomane, était venu se présenter à Damas comme un serviteur dévoué, subit le dernier supplice

(1) Pietro Martire,fol. 30.

(2) Sojuti, dans le Husnul-Mohaseret.

(3) Le même , ibid.

(4) D'après les rapports vénitiens, quatre-vingts ans; d'après Pietro Martire , soixante-dix; Suheili et Ibu Seinel disent quatre-vingt-six , et Ulloa soixante-seize , p. 111

(5) lbn Seinel, Selimname de Schukri , Suheili, fol, 11 ; Selimname de Keschfi , fol. 44 , et Histoire d'Egypte de Mohammed- Ibn-Jusuf.

qu'il avait bien mérité. La marche se continua , et le 24 août [1516] , les deux sultans se trouvèrent en face l'un de l'autre avec leurs armées prèles au combat, dans le voisinage d'Alep, dans la plaine de Dabik , où les moslims vinrent s'incliner devant le tombeau de David. Selim confia le commandement de l'aile droite au beglerbeg d'Anatoli Seinel-Pascha et au beglerbeg de Karamanie Chosrew - Pasclia , auxquelsil adjoignit Ali-Beg-Schehsuwar-Oghli et Mahmud-Beg-Ramasan-Oglili , les deux derniers rejetons d'anciennes familles souveraines. L'aile gauche était sous les ordres de Biiklu- Mohammed-Pascha , gouverneur de Diarbekr, et du beglerbegd'Amasia. L'artillerie, fort nombreuse, fut placée au front, protégée comme de coutume par une barricade de charriots. Du côté des mameluks la droite était conduitepar Chair- Beg, gouverneur d'Alep; la gauche, par Sibai, gouverneur de Damas. La bataille ne fut ni longue ni sanglante, et la perte fut attribuée , non-seulement à l'artillerie formidable desOttomans(l), mais encore à l'inaction des dschelbaus, qui, dans la fausse opinion que le sultan leur préférait les korsans, ne bougèrent pas d'abord , puis tournèrent le dos plutôt que de prendre part au combat (2). Le sultan Ghawri, qui comptait sur leur fidélité, et qui voulait les ménager en même temps qu'il désirait éclaircir les rangs des korsans, dont le dévouement était bien moindre (3) , plaça ceux-ci en tète , et leur ordonna de commencer l'attaque, afin de les sacrifier d'autant plus sûrement . Les dschelbans, ne soupçonnant pas ses desseins, virent dans l'ordre du sultan un affront qu'ils n'avaient pas mérité, et ne bougèrent pas , même au moment où le danger devint le plus pressant. A peine mille korsans restèrent sur la place, le reste de l'armée prit la fuite. Le sultan octogénaire périt auprès d'un étang, accablé peut-être par l'âge et l'effroi , ou bien frappé d'apoplexie , ou im mole par ses propres begs (4). Ainsi le coup qu'il méditait contre les korsans lui coûta le

(1) lbn Seinel et Suheili , fol. 14, portent le nombre des canons gros et petils à cinq cents.

(2) lbn Seinel , Selimname de Schukri , Suheili , fol. 13 ; Selimname de Keschfi , fol. 50 et suivants.

(3) Pietro Martire , fol. 37.

(4) L'histoire d'Al-Bakni , dans les notices et extraits, parle de l'apoplexie , 1. 1 ,p, 172.

trône et la vie, et cette bataille fit perdre à l'Egypte Alep avec toute la Syrie. Junis-Pascha fut chargé de poursuivre Chair-Beg, qui s'enfuyait vers Alep; mais celui-ci, au lieu de se jeter dans la place , revint sur ses pas , et se rendit lâchement à Junis-Pascha, en invoquant la faveur du sultan. Sclim se transporta dans la tente de Ghawri , où il trouva des trésors immenses, deux cents quintaux d'argent et cent quintaux d'or. Parmi les morts se trouvaient le grand prince de l'armée Sudun-Adschemi et l'un des plus vaillants émirs (1), que Sel im ordonna d'ensevelir avec toutes sortes d'honneurs. Un tschausch qui avait été envoyé pour reconnaître le corps de Kanszu-Gahwri, lui coupa la tète et vint la déposer aux pieds du sultan , qui ordonna aussitôt de décapiter le féroce messager. A grand peine les vesirs obtinrent par leurs prières que le tschausch eût la vie sauve et perdit seulement son emploi (2). Le sultan quitta le champ de bataille d'Hailan, et se porta sur Alep, dont les habitants allèrent au-devant de lui, et lui rendirent toutes sortes d'honneurs sur la Place-Bleue (3), en avant delà ville. Les trésors en or et en étoffes trouvés à Alep, surpassèrent toutes les espérances : un million de ducats et trois mille vêtements en riches tissus, garnis de fourrures de lynx et de zibeline (4). On nomma pour gouverneur d' Alep, Karadscha- Pascha , chef de l'avant-garde de l'armée ; pour juge, Dschœlmekdschisade-Kemaltschelebi. Des lettres annonçant la victoire de Merdschdabik et la conquête d'Alep furent envoyées au sultan Suleiman et aux puissances étrangères, aux Génois de Chios (5) et à Venise. Avec Alep tombèrent toutes les autres places frontières de la Syrie (6), appartenant aux mameluks, Malatia, Diwrigi (7), Behesni (8), Aintab (9) et

(1) Snheili, fol. 16.

(2) Seadeddin, ISsolaksade, Nochbetet-Tewarieh, Aali.

(3) Meidan-F.srak.

(4) Suheili ,18, 1,3; Ibn Seinel , SuHmname , Scbtikri, Seadeddin,l. iv, fol. 689; Ssobksade, fol. 91 ; Aali.

(5) Dans la Chronique de Marini Sanulo , elles sont datées d'Alep, du 27 août.

(6) Seadeddin, I. iv, fol 630; Ssolaksade, fol. 91.

(7) Diwrigi , aujourd'hui dépendance du gouvernement de Siwas, élait sous la domination de l'Egypte tomme un poste perdu dans le pays ennemi.

(8) Rehcsni , enlre Meraascb cl Kaiszai-ije; Dschilianirnna, p. 599.

,'•), Aintab , à trois jours au nord d'Altp

Kalaater-Rum. Lorsque Selim assista pour 1 première fois à la prière du vendredi, le pretr chargé de la réciter ajouta aux titres ordinaire du sultan la qualification , jusqu'alors réclaméi exclusivement par les souverains des mameluks de serviteur des deux saintes villes de la Mecqw et de Médine. Selim , reconnai>sant de cetti adroite flatterie . tira son surtout qui valait plu; de 1000 ducats et ordonna d'en revêtir l'i main. C'était une imitation de la conduite d'1 Mohammed qui donna son manteau au poeti Kaab-Ben-Soheir, pour le récompenser dur poème fait à sa louange.

Alep, surnommée Schehba ( la bigarrée. ) , 1; sixième ville de l'empire ottoman , bâtie suii l'emplacement de l'ancienne Beroia ou Chalybon , est sacrée aux yeux des raoslims , à caus» de la tradition qui place en ce lieu les scènes dC l'hospitalité pastorale exercée par Abraham (l)i : Des sept collines qui s'élèvent au milieu de se vaste plaine (2) quatre sont renfermées dani l'enceinte de la forteresse construite à la firj du xine siècle (3). A l'ouest , coule le Kowaite ! douze portes de la ville conduisent dans douztt faubourgs (4), et la population s'élève à 200,001(1 âmes (5). Alep est le siège d'un gouvernement comprenant sept bannières(6), et s'étend jusque sur les ruines de l'Euphrate, et le long de n fleuve, depuis Bir ou Barbai issus jusqu'à Birtha Parmi les villes qui en relèvent on comptd Manbedsch, l'ancienne Iliérapolis (7), et MaarJ raton-Nooman. Les habitants de la contrée en-l vironnante, à l'ouest du côté d'Antioche, et à> l'orient vers l'Euphrate , sont des Turkmans J des Kurdes et des Arabes de diverses tribus. Tout ce pays, avec sa capitale, passa facilement' comme de lui-même sous la domination de Selim; Alep avait pourtant jadis opposé une vt-i

(1) Dschihinnuma , p. -573. Oit indiqué Ici deux résidences d'Abraham.

(2) D'Arvieux , dans la traduction allemande de 1755,' vie part., p. 35.Ï.

(3) An de l'hégire 690 [1291]; Dscbibaniiuma, p. 593. (<5) Dans le texte de Russcl , il n'est nueslion que de

neuf pones; mais sur la carte jonle à l'ouvrage on eu voit dix avec leurs noms.

(5) D'après Russcl , deux cent trente-cinq mille ; d'après d'Arrieux , deux cent-quatre-vingt-dix mille ;d'aprèsTavernier , deux ceiit-cinquante-huit mille.

(6) Dschihanni'ma , p. 593.

(7) Alauuert , l. vi, 1. 1 ,p. 510.

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