‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 240 sur 288 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

{tireuse résistance au conquérant tatare Ti-

: nr; ces lieux avaient été le théâtre de bien

ts combats au leraps des croisades, et, antérieu-

ment encore, ils avaient été arrachés aux By-

; uins avec le reste de la Syrie, par les armes

lomphantes du chalife Omar; et sous les cha-

:s des maisons d'Abbas et d'Ommia, puis sous

dynasties égyptiennes des Beni-Tulun et

:hschid, Alep avait élé gouvernée par leurs

utenants. Elle fut enlevée à ceux-ci par le

and prince de la dynastie d'Hamdan Seifed-

wlet, qui promena ses armes victorieuses sur

Jte l'Asie mineure, et alla conquérir Brusa.

rpris dans un défilé par les Grecs , ce

fand prince put à peine s'échapper vers Alep,

l« les Grecs enlevèrent ensuite avec Himsz,

pœa , Scheiser et Maarrat. Seifeddewlet reprit

anmoins Alep où il mourut; mais , redoutant

I nouvelles attaques de l'ennemi, il ordonna

l«eses restes Fussent déposés à Miafarakain. Sa

l iévoy.ince fut justifiée par l'événement; car

un peiit-fils vit l'arabe Ssalih-Ben-Mcrdas, de

«tribu de Kelab, lui arracher Alep où la famille

1 ce conquérant régna un demi-siècle avec in-

pendance. Ensuite, au temps de la première

fcoisade, s'éleva dans Alep une branche de la

frison de Seldschuk, qui alors s'étendait sur

■ute l'Asie. Bidhwan, après la Chute d'An-

\ iche, réunit dans Alep contre les croisés les

|;inces de Damas, Himsz et Moszul, et livra aux

Dites la fameuse bataille d'Antioche, à la suite

i • laquelle tout le camp de l'armée confédérée

fmba entre les mains des croisés. Lorsqu'après

hmort de Rihdwan, l'eunuque Lulu s'empara

I la domination au nom de ses fils, les habi-

îts d'Alep appelèrent le prince de Mardin ,

• la maison d'Ortok, le puissant llghasi , qui,

li d'abord contre Aksanghir ala-beg de

oszul avec Tochtegin de Damas et les pri::ces

,rétiens, puis ligué avec son ancien ennemi

ntre ses précédents alliés, inonda le champ de

repla du sang des croisés (1) [24 août 1119].

ix ans après, on vit s'élever dans Alep un

memi bien plus redoutable des croisés, l'ata-

g Amadeddin-Seugi , le destructeur de la

meipauté d'Édesse, qui, suivant un vaste

'an, sans hésiter sur les moyens d'exécution,

[I) Wilkcu , Histoire des croisades, I. n , p. AZô

étendit sa dominaton sur les Turcs et les chrétiens. Après la victoire gagnée sur les croisés près d'Aszuret, il emporta cette place et la rasa, parce que sa proximité d'Alep la rendait dangereuse pour cette ville, et qu'il était difficile de s'y maintenir (1 ). Les croisés tremblèrent encore plus fortement devant Amarleddin, qui ne fut surpassé que par son fils Nureddin et par le fondateur de la maison souveraine d'Éjub , Ssalaheddin. Maîtres de toute la Syrie, à l'exception des villes occupées par les croisés, Nureddin et Ssalaheddin régnèrent aussi sur Alep, qui, après l'extinction de la maison d'Éjub, passa sous la domination des sultans mameluks du Nil, puis des Tscherkesses , et enfin tomba entre les mains des Ottomans, qui ne se laissèrent point dépouiller.

Après quelques jours de station à Alep, Seliin marcha sur Hama, l'ancienne Epiphania (2), illustrée, depuis qu'elle était au pouvoir des mahomélans, par la renommée du second et de l'avant-dcrnier prince de la branche d'Ejub dominant en ces lieux, par Melek-Manszur, roi , poète et historien , et par Abulfeda qui a f ■iiirni tant de secours à l'histoire et à la géographie d'Asie. Selim conféra le gouvernement d'Hana à Guseldsche-Kasim-Pascha, plus tard vesir du grand Suleiman , fondateur d'établissement pieux et utiles, et dont un faubourg de Constantinople porte encore aujourd'hui le nom. Selim poursuivit sans empêchement sa marche vers Himsz, l'ancienne Emessa, qui fut donnée comme sandschakau turc lhtiman-Oghli. Là on s'arrêta un peu, et l'on poussa vers Damas, lorsque se fut répandue la nouvelle que les begs des mameluks, n'ayant pu s'entendre dans celte ville sur le choix d'un sultan, étaient partis pour le Kaire [22 septembre 1516]. A la fiu de septembre, les étendards de Selim flottaient sur Musztaba , faubourg des Damas. Par l'entremise de Chair-Beg, l'émir arabe Naszireddin, auquel les mameluks avaient confié la défense de la ville , fut déterminé à la rendre , et, douze jours après son arrivée à Musztaba, Selim fit son entrée dans Damas , et descendit au palais Kaszr-Eblak. Là il reçut les hommages des commandants des chat eaux de Syrie, des

(I) Nuchbclel Tewarirli.

PO AH-Beg, t. ii, p. 292.

émirs arabes et des Druses du Liban, et conféra les gouvernements de Tripoli , de Jérusalem , et de Ssafed , au fils d'Iskcnder-Pascha-Mustapha, à Ewrcn-Osoghli et à Mostanszir-Oghli. Il investit le chef de (ribu Druse Moin-Oghli d'un sandschak , et il envoya le fils d'Isa-Beg avec deux mille cavaliers vers Ghasa , pour prendre le commandement de ce point , et s'y placer en avant-poste sur TEgypte. Il ne craignit pas de passer quatre mois à Damas, visitant les tombeaux des scheichs el les monuments superbes de celte belle cité; car trois de ces mois, ramasan, silkide, silhidsche, étaient consacrés chez les anciens arabes, aux jeûnes, au repos des armes, et aux pèlerinages, et correspondaient à octobre , novembre et décembre.

Dimischk, ou Damas, offre en effet le plus grand intérêt , c'est l'une des villes les plus anciennes; aujourd'hui elle figure au cinquième rang clans l'empire ottoman, sous le nom de Parfum du Paradis, qui indique la beauté de sa situation et du pays qui l'entoure. Elle est assise dans la délicieuse vallée de Gutha , arrosée par le fleuve Baradi d ivisé en sept bras et par le Findscha. Mohammed, qui dans sa jeunesse était venu trafiquer à Damas, lui donna le nom de Trois fois heureuse, disant que les anges de Dieu avaient étendu leurs ailes au-dessus de cette ville. Sur le mont Kasiun, qui ferme la valléedeKulha,lalradilionmoslimc place l'autel du sacrifice d'Abel, le meurtre de ce juste, les scènes de délices et de tristesse d'Adam et d'Eve, puis, la naissance d'Abraham et la demeure de la mère de Jésus. La conquête d'un tel paradis fut tout d'abord l'objet des pensées des premiers chalifes. Deux des premiers disciples du prophète et des meilleurs généraux de l'islam, Chalid, l'épée, et Ebu-Obeide, le bras de Dieu , investirent Damas de deux côtés à la fois. Ce dernier voulut bien la recevoir à composition; mais Chalid rejeta toutecapitulation. Ebu- Obeide entra paisiblement par les portes qu'on lui ouvrit ; Chalid enleva d'assaut les murailles. L'église principale de la ville, dans laquelle on vénérait saint Jean-Baptiste, fut réclamée en même temps par les moslims et les chrétiens, qui la partagèrent entre eux. Mais Abdolmelek, cinquième chalife de la maison d'Ommeije, viola la capitulation observée depuis un demisiècle . en expulsant les chrétiens de leur portion

réservée dans le temple, et en les forçant d'accr ter en échange l'église de Saint-Thomas, situ ( hors de l'enceinte de Damas (1). Il fit de grande métropole le chef-d'œuvre de l'archM tecture arabe, qui devintla mosquée à jamais c lèbre des fils d'Ommeije , où l'on venait vénè> 1 les tombeaux des saints, admirer la magnifj{ cence des colonnes, le nombre infini des coi pôles, l'élégance des inscriptions, la raultitiu des autels, des lours et des tribunes.

Cette mosquée, objet de la première vis! du sultan, longue de cinq cent cinquante piet de l'est à l'ouest , large de cent cinquante d' nord au sud , surpasse en étendue et en magn ficence tous les temples fameux de l'islan1 même celui de Cordoue. Sa construction coùfc! dit-on , 5,000,000 de ducats , et 300 ducats soi consacrés chaque jour à son entretien (2). C dernier chiffre peut être facilement admis : C£ seize imams , quatre pour chacune des sectf i orthodoxes, présidaient à la prière ; soixante' ; quinze muezzims y appelaient en même tenir1 1 les fidèles du haut de trois minarets, et douzli mille lampes brûlaient pendant les nuits du ni masan(3). Quant aux dépenses de constructio!) on peut les expliquer en partie, en tenar!' compte du prix des six cents lampes siispcndudl par des chaînes d'or et d'argent (4), des coloni nés de serpentin , de granit , de porphyre et d marbre aux mille couleurs, dont quarante, alteni nalivement vertes et rouges, soutenaient l| nef du milieu. Deux des colonnes sur lesquellej reposait la coupole du milieu , dite de l'Aigle(6l avaient été achetées par Welid de Chalid an fils de Jesid, moyennant 500 ducats; deux au très, d'un vert pistache d'Alexandrie, payée 100 ducats chacune, ornent le tombeau où re-l pose la tète de saint Jean; les deux plu/ grandes, auxquelles on ne peut comparer qui1 les quatre colonnes de la mosquée de Suleimanije à Constantinople, se trouvent à la porti principale, à l'ouest, appelée Babol-Burid trois autres portes sont tournées vers les trois

(1) Dsctaihannuma , p. 573 ; Gibbon, 1. 1 , t. v, p. 307 appelle ce temple l'église de Marie ; les écrivains arabe la placent sous l'invocation de saint Jean.

(2) Dschihanmmia , p. 577,

(3) ma., p. 576.

(5 Kiibbetun-Nesr,

Page 1