‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 248 sur 288 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

B la demande, pourvu qu'un envoyé vint conure une capitulation régulière. 11 était nécesire de montrer une telle prudence, dans un ornent où Léon X profitait de la courte trêve anl jouissait l'Italie pour envoyer quatre carlinaux aux quatre premières puissances de la iirétienté : à l'empereur, aux rois d'Espagne, Angleterre et de France, afin de les solliciter à neenlreprise en commun conlrelesTurcs; l'anée suivante, Selimrenouvelaencorepourun an [ trêve conclue avec la Hongrie , et dépêcha le ischausch-Mustapha à Venise, pour réclamer eux années de tribut de 8,000 ducats pour hypre. La signoria s'excusa , en déclarant que M gommes arriérées avaient déjà été expédiées •;i9ur Chypre , et 16,000 ducats vénitiens furent îrsés dans le trésor du sultan. En les récent, Selim , contre sa coutume, s'entretint Me l'ambassadeur, et l'avertit de recommaner l'équité au gouvernement de Venise, s'il oulait conserver la paix.

' Cette année et la suivante, les armées de Sem furent occupées à combattre un soulèvement Jjangereux provoqué en Asie, par un novat eur appelé Dschelali. Ces troubles furent étouffés avec |utant de bonheur et de rapidité qu'avait été imprimée l'année précédente, en Syrie, la révolte du scheich arabe, qui fut abattu par les >rces réunies d'Iskender-Pascha, gouverneur ic Tripoli, de Guseldsche-kasini-Pascha , et lie Berdi - Ghasali , gouverneur de Damas; il tète fut envoyé a Andrinople. Quant à Jschelali , il se tint avec ses adhérents à Ter- Ithal, aux environs de Tokat, dans une caverne lu il prétendait attendre à la fin du monde ■ arrivée promise du Mehdi. Le grand vesir, •iri-Pascha , était posté sur l'Euphrate pour •ouvrir l'empire contre la Perse ; Ferhad-Pas- 'ha, gouverneur de Rumili, reçut ordre de Marcher contre les rebelles. Schesuwar-Oghli, ieigneur de Sulkadr, les poursuivit de son côté Mepuis Elbistan jusqu'aux frontières deSiwas ; t Dschelali, ayant marché vers Karahiszar, hrhad-Pascha vers Angora, Schehsuwar tomba .ur les révoltés, et les anéantit sans l'assistance ie Ferhad-Pascha , ce qui lui attira la haine mplacable de celui-ci. Des bruits d'apparition l'un prétendu prince Murad , fils d'Ahmed , lui, après avilir cherché un refuge en Perse, y Mit mort , furent combattus par les déclara-

tions d'Hasands-Chan , père deSeadeddin, et les alarmes de Selim se dissipèrent.

La peste , qui exerçait ses ravages à Andrinople, détermina le sultan a quitter la ville; d'abord il parcourut les pays environnants, en se livrant à la chasse, puis il se rendit a Constanlinople, où le defterdar Abdel-Selam faisait construire devant les murs du sérail un kœschk de marbre, .que l'on décorait de tableaux, dont l'un devait représenter le conquérant. Selim, qui se rappelait son aïeul comme peut le faire un enfant de sept ans, trouva peu de ressemblance au portrait, où ne se retrouvait pas le grand nez de vautour ; il exprima son mécontentement sur ces constructions dispendieuses et sur l'élévation du kœschk , disant que c'était dissiper inutilement les trésors de l'empire. Le rusé defterdar se prosterna devant son maître, et l'apaisa en rassurant que toutes ces dépenses avaient é!é fournies par ses propres ressources. Selim, satisfait de cette déclaration, le fit revêtir de trois habits d'honneur, et lui permit de produire la demande qui lui conviendrait. Le defterdar, déjà très-riche, sollicita seulement deux villages derrière ÎNiconiédie, dans le district de la forêt profonde appelée Mer-d'Jrbres. Le sultan fit la concession sans connaître son importance ; et dès lors la famille d'Abdel- Selam fut l'une des plus riches de l'empire par la possession de tous les pâturages et de tous les champs qui s'étendent de Nicomédie aux limites delà Mer-dJrbres. En même temps que s'élevait le kœschk, étaient jetés lesfondements delà mosquée de Selim Ier à Constanlinople, Inquelle ne fut achevée que par son petit-fils.

Ce qui avait un plus puissant intérêt pour le conquérant , c'étaient ses arsenaux et ses chantiers ; il ordonna la construction décent cinquante bâtiments grands et petits, dont trois de sept cents tonneaux ; en outre, cent galères déjà disposées furent garnies de leurs agrès. L'armée d'Asie fut rassemblée ; il y avait quinze mille cavaliers feudataires à Kaiszarije ; le pnscha de Kouia réunit tous les sandschak-begs de Karamanie àLarenda, avec vingt mille hommes, le beglerbeg d'Anatoli Ferbad avait trente mille hommes: tout cela formait donc une force de plus de soixante mille hommes, qui semblait dirigée contre la Perse, comme la destination delà Hutte paraissait être Rhodes. Déjà, de-

puis que, sousBajesid II , Kcmal-Reis avait débarqué à Rhodes, et avait ravagé une partie de l'île , la chrétienté craignait une nouvelle attaque sur ce point. En conséquence, le belliqueux pape Jules II avait, par un bref, recommandé aux chevaliers de se tenir scrupuleusement dans l'île au poste qui leur avait été confié. Lorsque , à l'époque de la conquête d'Egypte , la flotte turque faisait voile pour Alexandrie , Rhodes trembla pour sa sûreté ; mais alors on en fut quitte pour des injures. L'amiral turc, dans une lettre grossière, traita le grand maître de chien, de fils de chien, sorti de la famille des chiens de l'enfer (1). Pour celte fois , les nouveaux préparatifs laissaient peu de doute aux chevaliers de Saint-Jean. Toutefois , Sclim voulait que rien ne manquât à ses apprêts avant de commencer son entreprise , afin de ne point être obligé d'y renoncer, ainsi qu'il était arrivé à son aïeul. Il laissa éclater sa colère contre les vesirs qui auraient volontiers précipité l'entrée en campagne. Un jour qu'il sorlait de la mosquée d'Éjub, il était accompagné d'Masandschan , père de l'historien Seadeddin. Il venait de lui montrer le tombeau de sa nourrice , lorsqu'il vit sortir de l'arsenal et voguer dans le port une des grandes galères destinées à recevoir l'amiral. «Par quel ordre, s'écria-t-il en fureur , ce bâtiment a-t-il été lancé- » A grand'peine Piri-Pascha put-il sauver la tête de l'amiral Dschafer-Beg, en représentant, avec une humble instance, que c'était une règle de lancer un vaisseau lorsqu'il était achevé. «Vous me pressez, disait Selim aux vesirs , de courir à la conquête de Rhodes ; mais savez-vous ce qui est nécessaire pour cela, et pourriez-vous me dire quelle quantité de poudre vous avez en magasin? » Les vesirs , tout confus, gardèrent le silence, et le lendemain ils annoncèrent qu'il y avait de la poudre pour un siège de quatre mois. «Qu'est-ce qu'un approvisionnement pour quatre mois, dit Selim irrité , lorsque le double ne suffirait pas ? Voulez-vous renouveler la faute de Mohammed II ? Avec des préparatifs si incomplets , je ne me lance point dans la guerre ; d'ailleurs, je n'ai

(1 ) Lettera del rapo dell' aruiaia turca al gran maestrp. Marini Sanuto,

plus d'autre voyage à faire que celui de l'aui monde. »

Il avait prononcé ces dernières parc dans le pressentiment de la mort qui le fra| bienlôl, en effet, sur la route de Constantinople à Audrinople. Déjà , trois jours avant son départ, il avait ressenti une douleur brûlante dans les reins , et , malgré toutes les représentations d'Hasandschan , père de Sea- ' deddin , de laisser aboutir l'abcès qui se mon- 1 trait , il se mit en route à cheval. Arrivé en face de Tschorli , vers le village d'Ograschkoi , à l'endroit où il avait livré à son père la bataille qui coûta à ce prince le trône, et plus tard la vie, il éprouva des douleurs si violentes qu'il fallut faire halte. Les quatre médecins attachés à sa personne ne purent trouver d'autre moyen contre les progrès effrayant des ulcères, que d'appliquer une emplâtre de poix contre la ' plus grande. Malgré toutes leurs représenta- 1 tions, il ne voulut point renoncer à la jouissance de l'opium. Hasandschan ne le quittai pas un instant: les médecins se réunirent à lui i pour l'accomplissement exact de leurs prescriptions ; Hasandschan le veilla nuit et jour : dans la septième nuit,depuisson départde Constan- i tinople, il priait avec lui en lisant la Sura-Jes , et Selim le suivait en remuant les lèvres. Lorsqu'Handschan arriva au verset : La parole du Tout-Puissant est le salut, la main de Selim le serra convulsivement, et il rendit l'àme |22 septembre 1520]. Hasandschan fut assez maître de lui-même pour courir après le grand trésorier qui allait publier la mort du sultan, et pour déterminer le grand chambellan à garder le secret , et à convoquer les vesirs en divan au point du jour , comme à l'ordinaire. Puis il se mit à prier toute la nuit avec le trésorier, et à réciter la Sura-Jes. Au point du jour arrivèrent le grand vesir Piri-Pascha, Mustapha-Pascha, et lebeglerbeg Ahmed-Pascha, l'ancien grand écuyer du sultan. Piri- Pascha versa des larmes, et rendit grâces à Hasandschan, des mesures qu'il avait prises; sans ces précautions, les clameurs des eunuques auraient provoqué les mouvements des janitschares, et l'empire eut été précipité dans les plus grands périls. Les délibérations dudN van se tinrent donc comme de coutume; des emplois furent conférés, des vêtements d'hem*

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