LIVRE XXV
ilors par les Turcs, et par l'emploi des contrenines dû à l'ingénieur Martinengo (1).
Après un mois de marche , Suleiman atteignit I lonstantinople , où bientôt la mort du prince . vbdallah vint troubler la joie qu'il avait ressentie de la naissance de son fils Mohammed, innoncée durant le siège de Rhodes; il reçut les félicitations du doge de Venise, le seul des ptfnces chrétiens auquel il avait fait annoncer ion triomphe. La conquête de Rhodes fit romire enfin aux schahs de Perse et de Schirwan l»e silence peu bienveillant observé par eux jusqu'alors. Ils adressèrent en même temps les fé- Btftations sur l'avènement au trùne et la conquête de Rhodes avec les compliments de condoléance sur la mortdeSelira(2). L'ambassadeur •persan était arrivé à Constant inople avec une suite de cinq cents personnes ; Suleiman ne se soucia point de déployer tant de pompe, et il fil son entrée accompagné seulement de vingt Itchevaux (3). A ce moment, se trouvait dans la fcrapitale l'envoyé russe Jean Morosow, qui vint, lau nom de son maître, le czar Wassiliji, faire lune nouvelle tentative inutile de transformer Jes simples rapports de courtoisie en une alliance sincère avec Suleiman (4).
Le 27 juin 1523, le grand vesir Piri-Mohammed. malgré ses immenses services, succombant kiux calomnies d'Ahmed-Pascha, qui espérait le ■remplacer, fut congédié avee une pension de ■00,000 aspres, et sa dignité ainsi que les fouillions de beglerbeg de Rumili furent conférées lau chef des pages du palais, grand fauconnier, ilbrahim-Pascha , favori déclaré de Suleiman. Fils d'un marin grec de Parga , dès sa jeunesse f Ibrahim s'était signalé par son talent sur le vio- >lon; et enlevé par des corsaires turcs, il avait été 'vendu comme esclave à une veuve des environs ^deMagnésia , qui s'était plue à relever les grâces du jeune Grec par la parure, et ù augmenter
(1) Fontattus, p. 401: Rourbon.
(2) Dans le journal de Suleiman , n° xxn , fol. 71 , du 1« mabarrem 938 [9 novembre 1523], avec la réponse n° xxm , fol. 72; lelire du sebah de Schirwnu, u°xxiv,
I fol. 73, avec la réponse , n° xxv, fol. 75, de la main d'Haider Tsrtaelebi , dalée du 13 mobarrem 930 [22 novembre 1523].
(3) Relazionedi Zen di quondam Piero , oratore veneto , a di 6 décembre 1523 ; dans le t. xxxvde Marini Sanuto.
(4) Karamsin, Histoire de Russie, I. va, p. 113.
ses talents par l'éducation. Dans une de ses promenades, lorsqu'il était encore prince héréditaire, Suleiman rencontra le bel Ibrahim jouant du violon, et il fut si charmé du jeu et de l'esprit du jeuni' Grec, que dès lors il en fit son compagnon inséparable, et, lorsqu'il monta sur le trône , il le mit à la tète de ses pages et de sa fauconnerie. L'influence toujours croissante du favori, auquel Suleiman se livrait avec une entière confiance, ne pouvait plus être balancée par les importants services de Piri-Pascha ; d'ailleurs, ce grand vesir, dont les avis étaient opposés a l'entreprise sur Rhodes, n'avait pas été chargé du commandement supérieur du siège. Le crédit du Grec sur l'esprit du sultan, et son action sur les affaires de l'Europe qu'il dirigea dès lors avec un pouvoir illimité, irritèrent l'âme ambitieuse et emportée d'Ahmed- Pascha , auquel appartenaient en réalité, depuis quelque temps, les fonctions de premier vesir. Rientôt l'aigreur éclata dans les débats du diwan (1), et Suleiman se rendit avec empressement aux désirs d'Ahmed, qui sollicita le gouvernement d'Egypte (2).
-Mohainmed-Girai, chan de Krimée, dans la huitième année de son règne et la cinquantehuitième de *on âge . venait d'être immolé avec le kalgha dans une révolte nocturne provoquée par ses deux fils Ghasi-Girai et Raba-Girai. Après cette horrible action, les deux princes se partagèrent le pouvoir : Ghasi-Girai occupa le ran g suprême , et Baba-Girai se contenta du titre de kalgha. Memisch-Beg, qui occupait la dignité desrhirinbeg, la première après celle de kalgha, adressa un rapporta la Porte, et demanda que l'on éievât au rang de chan Sradet-Girai, que sun frère Mohammed-Girai avait jadis envoyé à Constant inople, comme gage de sa soumission, au temps du règne de Selim. Par l'influence de Memisch-Beg, Ghasi-Girai, neveu de Seadel-Girai, fut installé comme kalgha, ce qui était contraire aux coutumes et à la constitution du pays ; car la dignité de kalgha revient toujours au membre le plus âgé de la famille, qu'il soit oncle ou frère du chan. Bientôt après, Ghasi-Girai . qui n'avait que vingt ans, et son frère Baba-Girai furent égorgés durant la fête