‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 41 sur 288 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

la fiancée , on vit paraître à Kermian les épouses du juge et du porle-étendard , et la nourrice de Bajesid avec une suite de trois mille personnes. Le prince de Kermian les reçut pompeusement , remit sa fille aux trois dames , et donna mission à son écuyer tranchant de l'accompagner et de conduire son cheval. Ce personnage demeura à la cour investi des mêmes fonctions , et la dignité de grand écuyer se transmit longtemps dans sa famille , comme la charge de tschauschbaschi ou de maréchal de la cour se maintint héréditairement dans celle de Ssamszamatschausch , celle de général des coureurs dans la famille de Kœse-Michal , de vesir dans celle de Dschendereli. Les noces furent célébrées à Brusa avec la plus grande solennité; on y vit paraître non-seulement les représentants des princes d'Aidin et de Mentesche, de Kastemuni et de Karamanie , mais encore ceux des sultans de Syrie et d'Egypte apportaient de riches présents. Ils offrirent des chevaux arabes et des étoffes d'Alexandrie, des esclaves grecs des deux sexes. Ewrenos-Beg, le renégat grec , présenta, comme esclaves, cent des plus beaux garçons et des plus belles filles de sa nation. Les dix premiers portaient chacun une assiette d'or remplie de ducats; les dix qui suivaient, chacun un plat d'argent avec des pièces de monnaie de même métal ; les autres , dix-huit aiguières et lavabos en or et en argent, des coupes et des tasses émaillées, des vases, des gobelets enrichis de pierres précieuses ; en sorte que, selon les paroles d'Idris, la description du paradis semblait réalisée : «et les bienheureux sont entourés d'enfants dont la jeunesse est éternelle , portant des vases, des aiguières et des coupes (1). » Tous ces présents, appelés en turc salschu , c'est-à-dire objets répandus, parce que les présents de noces, particulièrement les monnaies d'or et d'argent, étaient versés sur la tète de l'épouse , furent étalés en spectacle devant Murad, qui, loin d'en garder un seul pour lui-même , donna les chevaux arabes et les étoffes égyptiennes à Ewrenos, les esclaves grecs des deux sexes aux envoyés égyptiens, et distribua les riches offrandes envoyées par les princes de l'Asie

(t) ldris, fol. 166.

TOM. I

Mineure parmi les ulémas , les savants et les scheichs qu'il honorait. La princesse de Kermian apporta les clefs d'Egrigœs, de Tawschanli, Simaw et Kutahije. La première de ces villes est aujourd'hui le siège d'une des plus importantes juridictions du sandschak de Kermian (1) ; la seconde , située à huit lieues au nord-ouest de Kutahije , est renommée par ses fruits et d'autres productions (2); la troisième est plus fameuse encore pour avoir donné naissance à l'usurpateur Simawna-Oghli, dont il sera question dans la suite; la quatrième enfin , l'ancien Cotyœum , où passa Xenophon dans sa marche vers la Perse , située sur le Pursak (ïhymbris), est la capitale de l'Anatolie, et le siège du beglerbeg, gouverneur de l'Asie Mineure : elle renferme neuf mosquées, dont la plus grande élevée par le prince de Kermian, et sept grands bains. La montagne qui commande la ville est fortifiée par deux châteaux, l'un à sa base, l'autre au milieu de son sommet; le dernier porte le nom de Gewheri-Nigin (joyau de l'anneau). Kutahije est entourée de vergers délicieux , de sources thermales dont les eaux sont propres à guérir les affections rhumatismales ; les voyageurs sont attirés en foule par la beauté du lieu, et par les tombeaux du lexicographe Achteri, du scheich Kermiani et du poëte Firaki (3), nés sur cette terre.

Ces acquisitions ne suffirent point encore à Murad ; il s'agrandit au moyen d'un achat , et les historiens ottomans avouent que , de la part du vendeur, l'acte ne fut pas volontaire. Le prince de Hamid , pays enfermé entre Tekke, Kermian et Karaman, sollicité d'abandonner ses six plus belles villes , intimidé par la présence du<|ultan à Kutahije, dut se résigner à ce sacrifice pour conserver la possession des misérables restes de ses domaines. Ces villes étaient Begschehri (la ville du prince), bâtie par Alaeddin , le grand prince des seldschuks de Ru m, sur la rive orientale du lac du même nom ; Sidischehri, sur un petit lac poissonneux, au midi du précédent, appuyée à une montagne couronnée de chênes (4); Aks-

| (t) Dschihannuma, p. 632.

(2) /hid., p. 633.

(3) Ibid. ,p. t32.

(4) lbid., p. 618.

chehr (la ville blanche), située aussi sur les bords d'un lac poissonneux (1), capitale du sandschak actuel d'Akscliehr, comme Begschehri est le chef-lieu du sandschak du même nom (2); Isparta, chef-lieu du sandschak de Ilamid. à l'ouest (3), Jalawadsch, à l'est du grand lac dlgirdir (4) : et Kara-Agadsth , à une journée à l'ouest d'Isparta (6) Toutes ces villes se recommandent par une situation avantageuse et de riches productions. Akschehr qui, de plus, renferme de nombr< ux clollres et les tombeaux de p:eux personnages, entre autres de Bucharidède et de INimetullah , d'Achi-Oren et de Naszreddin-Chodscha, a larenommée d'une ville de saints.

Des neuf princes qui s'étaient partagé avec Osman les d( bris de l'empire seldschukide, trois avaient vu déjà leurs possessions absorbées dans les Étais ottomans : Karasi avait été acquis par la conquête dès le règne d'Urchan, Kermian par mariage, et Hamid par achat. A la place de ces trois petites principautés, dans les trois premières années de la paix, sur la frontière orien'ale opposée de l'ancien empire des Seldschucks , s'élevèrent trois nouvelles dynasties dont ls domaines ne furent réunis à ceux des Ottomans que plus d'un siècle après: c'étaient les Kara-Kojunlu (ou mouton noir), dans le Diatbekr (6), les Sulkadr a Merasch (7), et les Beni-Ramasan d'Adana (8). Les premiers nous occuperont assez souvent; quant aux autres, on signalera seulement leur extinction. Le flot de la conquête ottomane ne 'monta pas encore assez haut vers l'Orient pour emporter ces nouve les puissances; il fut poussé maintenant en Europe. Tibwrstàch , qui avait envahi les villes du Rhi dope et de l'Axios , où avaient dominé les princes Drageses et Boghdan, promena les ravages de son armée par toute la Macédoine, jusqu'aux frontières de

(1) Menasikul-Hadscb.

(I) Dschibanriuma , p. 619.

(3) Jbid., p. 640.

(6) Celle dynastie commença en 778 [1375] , et s'éteignit en 874 [1469].

(7) Celte o;ii..siie commença rn 780 [1378], et s'éteignit eu 921 [1515].

(8) Cette dynastie commença en 780 [1378] , et s'éteignit en 921 [1515].

l'Albanie, où il enleva les villes deMonastir (1), Pirilpa (2) et Istip.

Tandis que Timurtasch renversait ainsi tous les obstacles en deçà de l'Orbelos, les troupes placées sous les ordres d'Indsche-Balaban, par delà l'Hœmus, étaient arrêtées au siège de Sofia. I avilie, | arune résistance de deux années, avait lassé la patience des assiégeants, lorsquela ruse vint au secours de la force impuissante [138*2]. Un beau jeune garçt.uturc, Usundsche- Sunduk,seprésen!ani comme déserteur au commandant de la place, s'engagea fauconnier a son service. Un jour, dans une chasse au héron, il l'attira loin des murs, de plus en plus, jusqu'à ce qu'il vit le moment favorable de se saisir de sa personne; il le lia sur un cheval , et l'amena à Balaban , qui, présentant le commandant, ainsi garrotté, sous les murailles, détermina aussi la libre reddition de la p'ace (3). Sardika, célèbre par la naissance de l'empereur Maximien, et par un concile tenu dans ses murs, ra\agée par les Huns, dévastée par les Valaques, se releva de ses ruines sous le nom de Sofia, et aujourd'hui , c'est encore une ville remarquable par ses sou "ces chauies et froides, ses mosquées et ses bains (4).

Depuis la prise d Andrinople , la paix et l'amitié avaient régné entre Murad et Jean Paléologue; car les nombreuses conquêtes accomplies dans cet espace de temps n'avaient pas été faites directement sur l'empire byzantin , mais sur les rois de Servie et de Bulgarie, et sur d'autres princes bulgares et valaques, comme Drageses et Boghdan ; ou bien c'étaient des dépouilles enlevées A des commandants grecs révoltés, qui fondaient leur indépendance sur l'impuissance de l'empereur, réduit à la possession de quelques villes. Après av ir supporté cette paix durant sept années , sans faire une tentative pour la rompre, Paléologiïe , dans l'espoir d'obtenir quelque protection contre les Ottomans, en compensa' ion des concessions faites à l'Église latine, venait de conclure avec le pape Urbain Y un traité qui lui promettait quinze galères pontificales avec

(1) Hjdsclii-Chalfa , Rumili, p. 96.

(2) Ibid.

(3) SeadeddindaiisBralutti , p. 125.

(4) Rumili d'Hadschi-Chalfa , p. 51.

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