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Maître de Gustendil, Murad revint a Brusa; mais, dans l'année suivante, sur l'avertissement donné par le commandant de Wisa, que des troupes byzantines osaient inquiéter le pays, il franchit de nouveau lHellesponl [1372]. Après la réunion de ses troupes asiatiques aux forces de Lalaschahin en Europe, il trouva que son armée était trop forte pour se contenter de châtier les commandants des places grecques sur la mer Noire ; il en détacha une partie, sous la conduite du beglerbeg , pour enlever Feredschik, sur le golfe d'Ainos, et avec le reste il se montra devant les places de Tschatal-Burgas et Iudschigis , la première à deux journées, et la seconde à quelques milles seulementà l'ouest de Conslantinople. Après qu'elles se furent livrées librement au vainqueur , Murad parut sous les murs d'Apollonia, dans le district d'indschigis. Après un siège de deux semaines, ne voyant pas la garnison disposée à se rendre, il allait se retirer , laissant seulement quelques troupes pour l'investissement de la place, lorsqu'une partie des murs s'écroula et ouvrit le passage aux assiégeants. Quand il reçut cette bonne nouvelle, Murad se trouvait appuyé contre un platane qui dés lors fut appelé le platane heureux, et devint un objet de la plus grande vénération populaire. Quant au château, il recul le nom de Tanri- Jikdughi , c'est-à-dire détruit par Dieu (1). L'histoire ottomane rattache encore à la prise d'Apollonia l'introduction des bonnets brodés d'or (serkulah ou uskuf ), coiffure affectée aux employés de la cour, et qui fut comme le fond du turban du sultan. Au moment où les assiégeants se retiraient d'Apollonia, chargés d'un riche butin en or et en argent , Murad aperçut un soldat qui portait une coupe d'or assez mal cachée dans son bonnet. Il lui reprocha de vouloir dérober une partie du butin, et cependant, comme l'idée lui plut, non-seulement il fit présent de la coupe au pillard, mais encore , en souvenir de cette circonstance, il ordonna l'adoption du bonnet doré, que depuis portèrent les gardes du corps et les autres officiers de la cour (2). Lui-même distingua sa coif-
Rausalul-Ebrar, an 773; Hadschi-Chalfa, Tables chronologiques.
(1) Seadeddin, Idris, fol 157.
(2) Seadeddin, dans Bratmti, p. 109; Idris, fol. 157.
fure de celle de ses ancêtres, en prenant le bonnet doré, quoique d'ailleurs il eut le goùl de la simplicité, et qu'il enveloppât ordinairement sa tête d'un tissu blanc des fabriques de Kermian, et que son kaftan et sa veste fussent d'une étoffe rouge tirée de la même province, (le fut la le costume favori des officiers des sipahis et des employés de la cour; les casques dorés et les riches vêtements des peiks (1), gardes du corps du sultan, qui l'entourent armés de piques , rappellent la coupe d'or dérobée par le soldat au pillage d'Apollonia.
En paix avec Byzance , Murad résolut maintenant d'attaquer les princes slaves ou valaques des villes situées au pied du Rhodope. I! chargea le vesir Chaireddin-Pascba et le vieux guerrier Ewrenos d'attaquer Drages, fils de Zarkos, et Boghdan, dont le nom fut ensuite donné à la Moldavie [1373]. Les Ottomans prirent Burla, Iskela , Marula, les châteaux de Cawala, Awrethiszar et Feria, les bourgs de Dirama, Sichna, sur la route de Serès, et enfin cette ville elle-même. Dragès et Boghdan tombèrent tous deux entre les mains du vainqueur, qui, selon Chalcondylas, les traita avec générosité (2). La campagne du sud contre les villes maritimes de ïhessalie fut aussitôt suivie de deux autres au nord, au delà de l'Hœmus: la première contre Lazare, despote de Servie ; la seconde contre Sisman, kral de Bulgarie. Murad marcha contre Naissos , aujourd'hui Nisch ou Nissa , alors déjà fort importante , l'une des quatre places d'armes de l'empire byzantin , et qui était comme le centre des communications entre la ! hrace, la Servie et la Pannonie. Au bout de vingt-cinq jours de résistance, la ville succ tinba 1375]. A cette nouvelle , Lazare im- I lora la paix et l'obtint, moyennant rengagement de fournir annuellement mille cavaliers et mille livres d'argent. A peu près au même temps, l'on traita aussi avec Sisman , qui , au lieu du tribut, livra sa fille pour épouse au vainqueur.
Le calme étant ainsi rétabli en Europe, Murad passa le premier hiver dans sa nouvelle
v'1) Constitution et administration de l'empire ottoman , î, 53 , n,52.
(2} Chalcondylas.
résidence d'Andrinople, qui dès lors obtint la préférence sur Brusa. C'était la première fois qu'il goûtait le repos; et durant six années entières écoulées dans cette tranquillité , il put compléter l'organisation de l'armée par le système féodal des sipahis et l'institution des woinaks. L'on régla la tenure militaire , et leur distribution des fiefs en grands et petits (siamels el tiniars) : aux sipahis fut conférée la bannière rouge , distinguée entre toutes celles qui l'avaient précédée dans l'islam. L'étendard de Mohammed était jaune , celui des Fatimites vert , celui des Ommiades blanc , celui des Abbassides noir. Le prophète avait choisi la teinte du soleil , sa famille celle de la terre, les Ommiades celle du jour, el les fils d'Abbas, par esprit d'antagonisme, celle de la nuit. Les enfants d'Osman préférèrent la couleur du sang. Le bleu de ciel , en si haute estime auprès des ssofis de Perse , dès les premiers temps couleur favorite de la cour et de l'empereur de Byzance, ainsi que des cochers du cirque pris sous sa protection ; l'azur était odieux aux ennemis des Grecs , et tomba en si grand mépris aux yeux de£ Ottomans, qu'il fut affecté à la coiffure et à la chaussure des juifs. Quant aux woinaks , c'était une troupe fournie par les sujets chrétiens, qui dans les campagnes étaient employés aux services inférieurs de l'armée , aux soins des écuries, à la conduite des voitures, et qui , en récompense , étaient déclarés affranchis de tous droits et impôts. Ces deux institutions pour le complément du système des fiefs militaires, et pour l'établissement des transports , sont dus à Timurtasch (pierre de fer), qui remplaça, comme beglerbeg , Lalaschahin, mort à la fin de la guerre.
Murad sut tirer parti du calme de la paix comme du tumulte des armes pour l'accroissement de son empire. Il négocia le mariage de son fils aine, Bajesid-Ilderim avec la fille de Jakub, souverain de Kermian, qui apporta en dot la plus belle portion des domaines de son père. Pour faire solennellement la demande de la princesse, le sultan députa le juge de Brusa, Chodscha-Efendi , le porte-étendard Aksankor, avec le tschauschbaschi Timurchan, fils de Ssamszamatschausch , si fréquemment nommé au temps d'Osman ; et pour accompagner